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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Littérature orientale:Maghreb, Turquie...

Mardi 21 juin 2005

TURQUIE 

Orhan Pamuk , grand écrivain turc contemporain, nous plonge dans la ville d'Istambul au XVIe siècle. L'Empire Ottoman commence à s'ouvrir à l'extérieur en commerçant avec la République de Venise. Admiratif devant les portraits de la Renaissance, le sultan demande à ses miniaturistes de faire un portrait de lui à l'italienne. C'est alors que l'un des peintres du roi est assassiné...

Ce polar historique est basé sur le fossé culturel existant entre un Occident marqué par l'individualisme et l'amour de soi et un Orient ou Dieu est encore très présent. Pamuk nous fait découvrir tous les secrets des peintres de la cour du sultan. Pour eux, leur talent excelle lorsqu'ils sont arrivés à copier un modèle existant depuis l'Antiquité. Il n'y a donc aucune place pour la création et l'originalité de l'artiste. La création de l'artiste est une notion typiquement occidentale née à l'époque de la Renaissance.

En Orient, à l'époque des sultans, le talent est d'abord basé sur la mémoire: un génie devra reproduire à l'identique les modèles codifiés. Devenir aveugle demeure ainsi la sublime récompense: le peintre, guidé uniquement par ses propres mains et ses souvenirs, doit arriver à se remémorer le modèle. Il existe d'ailleurs des peintres qui se sont volontairement crevé les yeux...

Dans la cour du sultan, les peintres sont prêts à tout pour obtenir la place de premier peintre du sultan; ce roman enquête sur ces luttes internes à la cour. Les lecteurs romantiques seront également ravis: l'enquêteur doit retrouver l'assassin s'il veut épouser la fille du directeur de l'école des peintres.

Ce roman foisonnant, polyphonique (les narrateurs sont les différents peintres suspects) ravira les lecteurs férus d'Art et d'Histoire et aussi de romans d'aventures !

Par Sylvie
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Vendredi 1 juillet 2005

'                                                          

Prix Goncourt 1987 pour La nuit sacrée

 Tahar Ben Jelloun est le plus grand écrivain marocain contemporain. Son oeuvre la plus célèbre se constitue de deux ouvrages qui se suivent mais qui peuvent se lirent séparément: l'enfant de sable et La nuit sacrée.

Le grand écrivain nous conte l'histoire d'une jeune fille, Zahra, huitième fille d'un père qui décide d'en faire un garçon , pour échapper au destin qui lui est infligé. En effet, dans la société musulmane, c'est un honneur pour le chef de famille d'avoir des fils. Zahra va donc devenir Ahmed et cacher son véritable sexe à son entourage. Il assume son destin et se marie avec une jeune fille. Mais après le décès de son père et de son épouse, Ahmed-Zhara décide de revendiquer son identité. Commence alors une lente descente aux enfers....

L'histoire nous est racontée à la manière d'un conte oriental polyphonique: des conteurs se succèdent sur une place célèbre de Marrakech et donnent à chaque fois leur propre version des faits. Le lecteur est entraînée dans un labyrinthe foisonnant pour son plus grand plaisir...

Dans le deuxième tome, La nuit sacrée, Zahra-Ahmed prend enfin la parole et nous raconte sa véritable vie: sa révolte contrel'ordre des choses et la découverte de son corps et de sa sensualité: après avoir joué les travestis, elle va tomber amoureuse d'un forain. Mais son destin va peu à peu la rattraper...

Cette histoire, inspirée d'une histoire vraie, vous bouleversera à vie. L'écriture foisonnante, poétique, est digne des plus grands conteurs orientaux. Tahar Ben Jelloun mêle à la poésie un vif plaidoyer pour l'émancipation de la femme dans les pays musulmans.

Par Sylvie
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Lundi 18 juillet 2005

ALGERIE

Assia Djebal a été élue très récemment à l'Académie Française: c'est la première femme d'origine maghrébine à faire son entrée dans le temple de la littérature.

C'est l'occasion, aujourd'hui, de redécouvrir son oeuvre. Assia Djebar milite depuis longtemps pour la libération de la femme au sein de l'Islam.

Loin de Médine est un vibrant exemple de son militantisme;elle nous conte les vies des femmes au moment de la diffusion de l'Islam: la femme et la soeur de Mahomet, des guerrières qui ont contribué à diffuser l'islam, des prophétesses... Ces vies montrent bien qu'à l'origine, l'Islam ne prônait pas la soumission de la femme; bien au contraire, les femmes qui désiraient se convertir à la nouvelle religion pouvaient quitter à tout moment leur foyer et rejoindre le prophète...

Assia Djebar s'appuie bien sûr sur des textes, y compris le Coran. Nous y apprenons que Mahomet était entouré de femmes qui l'ont fortement influencé.

Un beau portraits de femmes musulmes fortes, combattantes à faire méditer aux prophètes contemporains qui prônent la soumission de la femme....

Par Sylvie
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Vendredi 22 juillet 2005

ALGERIE

Yasmina Khadra est le pseudonyme d'un officier supérieur de l'armée algérienne, Mohamed Moulessehoul. Ecrivain reconnu dans le monde entier, il a caché sa véritable identité par peur des représailles et pour échapper aux comités de lecture militaires.Son surnom féminin s'inspire des prénoms de son épouse.

 En 2001, il a livré sa véritable autobiographie dans L'écrivain: l'histoire d'un enfant doué pour l'écriture et passionné de littérature, rêvant de devenir écrivain mais dont le père a déja choisi le destin: il sera officier.

Le lecteur s'identifie parfaitement au jeune adolescent qui est partagé entre sa véritable vocation et le respect du à son père. Khadra n'en livre pas pour autant un portrait monolithique et violent de l'armée; ainsi, certains professeurs de l'école militaire reconnaissent son talent et lui conseillent de publier ses textes. C'est plutôt la figure paternelle qui est incriminée.

Depuis quelques années, Yasmina Khadra partage sa vie entre la France et le Mexique. Ce n'est qu'à l'âge mur qu'il a décidé d'assumer réellement sa vocation.

A part dans ce roman, l'ex-officier est très discret sur le milieu de l'armée. Je vous propose la lecture d'un autre de ses romans, L'hirondelle de Kaboul, s'inspirant de l'Histoire récente de l'Afghanistan.

L'hirondelle de Kaboul, Juilliard

Ce magnifique roman a pour cadre le régime des talibans. Le personnage principal est geôlier dans les prisons de Kaboul. C'est un être déçu par la vie qui nous livre son désespoir.

Un jour, une femme ayant tué son mari, est jetée en prison. Le geôlier va peu à peu tomber sous le charme de la meurtrièe qui lui redonne le goût de vivre. Sa femme va vite s'en apercevoir en décelant l'étincelle dans son regard...

Ne vous imaginez pas une simple histoire d'adultère. Dans ce drame, les trois protagonistes vont livrer le meilleur d'eux-mêmes et retrouver un sens à leur vie. Je ne vous en dit pas plus par peur de délivrer le coup de théâtre.

Ce roman vous poursuivra pendant de longs mois après sa lecture. C'est un véritable hymne à l'amour et au courage au coeur d'un régime ravagé par la violence et la pauvreté.

Par Sylvie
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Vendredi 22 juillet 2005

TURQUIE

Yachar Kemal est le plus grand écrivain turque contemporain avec Orhan Pamuk. Il est en fait issu de l'une des seules familles kurdes de Cilicie. Son oeuvre est dédiée aux héros humbles qui luttent contre l'oppression des sultans ottomans. Son oeuvre la plus célèbre, Mehmèd Le Mince, est le portrait du Robin des Bois oriental.

Ce roman nous plonge au coeur du Mont Ararat, montagne qui a vu s'échouer la légendaire arche de Noé, et qui marque aujourd'hui la frontière entre la Turquie et l'Arménie. Ahmed, un jeune berger, voit un magnifique cheval blanc s'arrêter devant sa porte à trois reprises. Selon lui, c'est le Tout-puissant qui lui a accordé ce présent.

Le cheval appartient en fait au pacha ottoman qui contrôle la région. Ne voulant pas rendre le cheval, Ahmed est jeté en prison...

Kemal nous plonge dans un véritable conte oriental mêlant histoire d'amour, politique et légende: le berger Ahmed tombe amoureux dans sa geôle de la fille du sultan, le peuple des bergers kurdes va se révolter contre la domination turque. Le roman commence par une légende: chaque année, au début du printemps, les bergers de la région montent au bord du lac du Mont Ararat en jouant un aire mystérieux à la flûte; ils semblent honorer un aigle qui passe au dessus du lac chaque année à cette période. L'histoire d'Ahmed et du sultan nous délivrera progressivement le sens de cette mystérieuse cérémonie.

Cette histoire nous fait découvrir avec poésie les luttes entre les Ottomans et les peuples qu'ils ont assujetis.

Par Sylvie
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Jeudi 1 septembre 2005

ALGERIE

Editions de l'aube, 1996

Dans ses romans,Maïssa Bey met brillamment en scène la femme musulmane éprise de liberté. La jeune Nadia est une belle adolescente qui, lors de ses vacances, va sur la plage pour admirer la beauté des éléments : la mer, le soleil...

Mais une ombre menaçante pèse sur ce bonheur: sa famille, de pure tradition musulmane, refuse cette liberté. Son frère aîné fréquente de plus en plus la mosquée et Alger semble être peu à peu gagnée par l'islamisme radical...

Pourtant, cet été, Nadia va tomber amoureuse du beau Karim...

Raconter cette histoire avec mes mots fades ne rend pas compte de la qualité de ce récit. Maissa Bey ne nous livre pas un roman sociologique à thèse. Ce roman est avant tout de la poésie à l'état pur, un hommage aux différents éléments de la nature: la mer, le vent, le sable, le ciel. Chaque phrase nous livre l'intériorité de Nadia, ses états d'âme, ses sensations. Chaque mot exprime du ressenti et une sensibilité à fleur de peau: "La mer monte en elle comme un lent désir. Un halètement. Battements réguliers des vagues contre son corps bercé comme aux premiers jours. Plus loin encore. Et lorsque enfin, elle s'endort, la mer encore berce ses rêves".

La mer symbolise l'éveil de la sensualité. Au contraire, la tempête, la poussière d'Alger  laisse deviner un dénouement funeste. Maissa Bey évite tout misérabilisme. Le drame n'est qu'effleuré avec une phrase finale. Les éléments se fondent au destin de la jeune musulmane sacrifiée...

 
Par Sylvie
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