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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Dimanche 8 juin 2008

TURQUIE

Le livre noir

Edition Gallimard "Du monde entier", 1995

Voici un roman envoûtant, mystérieux, labyrinthique sur la ville d'Istanbul et la civilisation turque. Nous avons l'impression de pénétrer dans un livre insaisissable, sans fin.

L'intrigue prend à la fois des allures d'intrigue policière et de roman d'apprentissage, de découverte de soi.
Le point de départ est simple : Galip, un jeune avocat, part à la recherche de Ruya, sa femme , qui a disparu. Est-ce un jeu ? Ou au contraire, un drame ?

Galip part à sa recherche dans les ruelles d'Istanbul en tentant de retrouver également Djelal, le demi-frère de Ruya, un célèbre journaliste. Mais celui-ci semble avoir aussi disparu.
Galip va se plonger dans les différents écrits et chroniques de Djelal. Ce dernier étant un adepte du houroufisme, secte religieuse qui affirme que tout est signe et symbole, et qui cherche à découvrir des secrets derrière chaque lettre et chaque visage. Galip va donc chercher dans chaque texte, dans les visages du peuple d'Istanbul, dans les maisons, les ruelles, le secret de la disparition de ces deux êtres.

A la manière d'une grande fresque tels Les Mille et une nuits,les personnages foisonnent, les intrigues se répondent les unes aux autres. Les chapitres montrant la déambulation de Galip dans les ruelles d'Istanbul alternent avec ceux des chroniques de Djelal.

Réflexion sur l'identité humaine en même temps que sur l'identité turque, ce roman foisonne de références historiques, littéraires, religieuses. Le leitmotiv central est "être si-même". Mais ce projet est vain lorsque l'on sait que tout le monde rêve d'être un autre et que la civilisation turque cherche à imiter l'occident.

Comment être vraiment soi-même ? Qui suis-je en tant qu'individu ? C'est tout le secret recherché du livre. On rêve d'être quelqu'un d'autre, on le devient progressivement en s'oubliant. Même les écrivains, les sultans, les stars de cinéma cherchent à imiter quelqu'un d'autre. Comment redevenir soi-même ?

On retiendra de ce roman une magnifique réflexion sur l'image et le regard. Si tout est signe, symbole, il faut chercher à décrypter le secret caché derrière chaque chose, derrière chaque visage, chaque texte. Tout est énigme, le roman y compris.

Le cinéma occupe une place de choix dans la réflexion du roman : le narrateur, aussi bien que Djelal sont passionnés de cinéma ; mes ces images sublimes, les stars sont accusées d'avoir fait perdre sont identité à la population turque. Lorsque chacun se met à imiter les gestes occidentaux du cinéma, on perd son moi profond et toute la tradition d'un pays...

On retiendra également une description très noire d'Istanbul : les rues sont boueuses, enneigées, sales et les passants sont tristes et mélancoliques. L'écrivain se met en phase avec la doctrine apocalyptique du houroufisme sur la fin des civilisations. Istanbul se meurt car l'on a perdu le secret des êtres et des choses. Il suffit de partir à leur quête pour réveiller la ville...

Un roman difficile, qui souvent nous échappe comme un labyrinthe infini. Mais quel plaisir ! Nous avons l'inpression de partir à la découverte de nous-mêmes, de la civilisation turque et en même temps de lire un roman à énigmes !

par Sylvie publié dans : Littérature orientale:Maghreb, Turquie...
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Jeudi 22 mai 2008

Revenant d'Istanbul, la porte de l'Orient, j'ai décidé de me plonger dans

Le livre noir d'Orhan Pamuk

 Le livre noir

Une promenade labyrinthique dans les ruelles d'Istanbul d'un homme qui recherche sa femme.

Et pour se replonger dans la littérature turque, je vous conseille tous les grands auteurs turcs : Yashar Kemal et Nedim Gursel en particulier.

La légende du mont Ararat

La légende du Mont Ararat de Yachar Kemal


La Première femme

La première femme de Nedim Gûrsel

Un jeune étudiant qui découvre la ville d'Istanbul. Magique...

par Sylvie publié dans : Littérature orientale:Maghreb, Turquie...
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Lundi 12 mai 2008

ISRAEL


Seule la mer

Editions Gallimard "Du monde entier", 2002

Bizarrement, alors que j'ai beaucoup lu les écrivains israéliens contemporains, je n'avais pas encore découvert le plus célèbre d'entre eux !

"Albert Danon est seul. Sa femme Nadia vient de mourir d'un cancer, et son fils Rico est parti au Tibet. Bettine, une vieille amie, veuve elle aussi, s'inquiète pour Albert. Surtout lorsque Dita, la petite amie de Rico, emménage chez lui. Un certain Doubi Dombrov veut produire le scénario de Dita, mais il veau surtout Dita. Qui couche avec Guigi, en pensant à Albert, ou à Rico. Qui pense à sa mère, et ne veut pas rentrer du Tibet" 

Non, ce récit n'est pas un vaudeville !
 Seule la mer est un récit unique, entre prose, poésie et pièce musicale. A partir d'un thème bourgeois (un veuf dont le fils est parti au Tibet, tombe amoureux de l'ex fiancée de son fils) brodé autour du chassé croisé amoureux, qui aurait pu donner lieu à un roman psychologique balzacien, Amos Oz construit un récit polyphonique, un chant à plusieurs voix où tous les protagonistes prennent la parole y compris le narrateur, l'auteur et les morts. Oz ouvre les frontières classiques pour créer une orgie (c'est le terme qu'il emploie dans un entretien), une communion mystique entre les êtres qui se cherchent, s'aiment et se désirent.

Autour de thèmes très classiques, très prosaïques, tirés de la vie quotidienne (il aime à dire que ces personnages pourraient être ceux que l'on croise tous les matins dans le bus), il crée une chorale qui exprime de façon très poétique le désir, le remords, la peur de la mort.

Chaque page laisse la place à une voix différente : parfois, il s'agit d'un petit chapitre de prose, le plus souvent de très courts paragraphes comme des versets, qui introduisent une note poétique. L'influence de la Bible est certaine, mais l'auteur le la cite à aucun moment : on reconnaît la figure de Marie-Madeleine (la prostituée qui recueille le fils au Tibet), le fils prodigue parti en exil et de nombreuses maximes.


Les plus beaux passages sont sans doute la voix d'outre-tombe de Nadia, la mère morte, qui protège son fils et aussi les méditations de l'auteur. Et bien sûr la description de la nature paradisiaque d'Israël, la mer, les olives, les montagnes, les sables sont convoqués dans une communion mystique de l'homme et de la nature et  représentent l'éternité face à l'éphémère humain.

Voici quelques extraits :

" Nuit après nuit, mon veuf trempe sa couche, où est allé
celui qu'aime mon âme. Mon enfant orphelin erre de par le monde, déchiffrant les présages.
O toi fiancée enfant, tu es leur épouse, ma chemise de nuit
t'appartient, leur amour t'appartient. Ma chair se consume. Mets-moi comme un sceau
"

"Repose en paix, Maman, après les montagnes, je viendrai et toi et moi irons nous cacher,
au delà du nuage qui existait avant qu'aucune créature ne fut créée
et qui seul demeurera quand tout sera conclu"

"Cinquante ans ont passé et l'oiseau n'est plus,
ni l'homme. Ni mes parents. Seule la mer est encore là qui de bleue
est devenue grise elle aussi. N'y crois pas petit. Ou plutôt si. Crois-le. Qu'importe."

"Route de la mer et rue des cyclamens, Din, Nadav, Alon et Yaël, mes petits-enfants, sommeillent encore,
et là, dans le jardin, veillant à ne pas les réveiller, je caresse
de la main l'ai tendre qui vacille au dessus de leurs têtes en réprimant l'irrésistible
envie de lécher une joue ou un front, de mordiller doucement les doigts et leurs petits pieds.
En ce matin de bonheur orange, le désir s'est éteint et seule
brille la joie.Le chagrin, la peur et la honte sont aussi loin de moi aujourd'hui que deux rêves
l'un de l'autre.Je retire mes chaussures pour arroser au tuyau mes pieds mes fleurs
et la lumière, j'ai oublié ce que j'ai perdu, la douleur s'est estompée,
j'ai appris à renoncer et à me contenter de ce qui me reste. Les trente doigts
de mes enfants, les quarante doigts de mes petits-enfants, ma maison, mon jardin,
ma charmante femme, le coeur de la vie, nous crie par la fenêtre
de rentrer ; il y a des tartines, du fromage, des olives, une salade
et le café sera bientôt prêt. Ensuite, je retournerai travailler
et peut-être parviendrai-je à ramener le jeune homme parti chercher
dans les montagnes la mer qui s'étale à ses pieds. Assez
bourlingué. Il est temps de faire la paix. "

par Sylvie publié dans : Littérature orientale:Maghreb, Turquie...
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Vendredi 24 août 2007
La Grande Femme des rêvesISRAEL













Editions Actes Sud, 2006

Yehoshua Kenaz, né en 1937, traducteur de Balzac et de Flaubert, est l'un des plus grands écrivains israéliens contemporains avec Amos Oz et Abraham V. Yehoshua. Ce livre, paru il y a trente ans, a été édité récemment en langue française aux éditions Actes Sud. 


Quelle belle découverte ! L'auteur nous plonge au coeur d'un immeuble de Tel-Aviv au cours d'un été caniculaire et décrit le quotidien de quatre groupes de personnes en focalisant sur leurs peurs, leurs fantasmes et leurs démons. Tout, débord, Schmoulik, sans travail, qui reste des jours chez lui à attendre sa bien aimée Malka, qui ne cesse de fuguer. La folie semble le guetter...


Il y a ensuite le chauffeur de taxi , Tsion, qui drague les jeunes filles et qui se détache peu à peu de sa femme et de ses deux enfants. 

Puis viennent ensuite un vieux Hongrois à la retraite qui s'ennuie de son travail à l'usine et découvre l'imminence de la mort. Ce dernier va sympathiser avec un couple d'allemands immigrés qui se croient persécutés par leurs voisins. Enfin, Rosa, la vieille aveugle, se sent menacée par une ombre qui pénètre dans sa chambre. 

Kenaz prend le temps d'installer ses personnages, de camper un décor. Il crée une atmosphère lourde, moite, pesante. On sent tout au long du roman que quelque chose va se passer mais on ne sait quoi. Les personnages sont les victimes de leurs démons intérieurs, de leurs angoisses. On pénètre dans leur intimité en épousant peu à peu leurs peurs. A l'analyse psychologique, s'ajoute une dimension fantasmagorique : lorsque l'on est confronté à la solitude, la peur finit par se muer en hallucination et en délire de persécution. 

Kenza réussit avec brio ce roman d'atmosphère : chaque groupe est au début cloîtré dans son intimité puis les contacts tentent de se nouer mais tournent souvent à l'échec. Les dialogues alternent avec une narration omnisciente.

Les critiques évoquent l'influence de Kafka pour la description de l'angoisse et aussi les romans sudistes tels Faulkner et Caldwell pour l'atmosphère moite qui s'en dégage. 

Un très beau roman qui magnifie les délires et obsessions de l'âme humaine. A RECOMMANDER !

par Sylvie publié dans : Littérature orientale:Maghreb, Turquie...
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Jeudi 10 mai 2007

ALGERIE

Editions Julliard, 2003

Yasmina Khadra (l'ancien officier algérien qui a pris un pseudonyme féminin pour échapper à la censure) nous a habitué à des romans politiques notamment sur le terrorisme. Ici, il nous livre un court récit intimiste très marquant mettant en scène un être exclu qui sombre dans la haine et la folie.

Il s'agit d'un monologue intérieur d'un homme relégué derrière les fenêtres de sa grande maison dans un village algérien où la sécheresse règne. Nous ne saurons jamais son nom ; le lecteur saura seulement qu'il est une silhouette fantomatique mal aimée par son entourage : il a découvert son père assassiné à cinq ans. Sa mère lui a toujours préféré son frère aîné. Il voudrait aimer, montrer son affection mais ne sait pas...Il tombe amoureux de Cousine K qui est adorée par sa mère. Mais K est bien ingrate ; ivre de jalousie, le jeune homme pourrait être capable du pire...

Khadra installe brillamment une atmosphère très âpre : la sécheresse du pays, la tristesse et la pauvreté des habitants, le vent qui souffle plante le décor. Puis il y a cet homme enfermé derrière ses volets qui épie le moindre geste et qui se souvient. Khadra prend soin de bien décrire la solitude de l'homme, sa tristesse puis tout à coup le lecteur est surpris par une telle violence. Parfois, nous avons l'impression qu'un monstre enfermé dans une maison nous parle. Le lecteur éprouve alors un rôle de sentiment, entre condamnation et pitié ; car la solitude et le rejet peuvent conduire à la pire folie...

L'écriture très métaphorique nous hypnotise littéralement et nous enferme dans un atmosphère de déréliction.

Je vous laisse découvrir des phrases très poétiques qui font toute la beauté du livre :

"Je ne vis pas vraiment ; je ne fais qu'être là, quelque part ; une ornière sur un chemin, un nom sur un registre communal.

Les nuages qui essaiment par dessus la montagne, la brise musardant dans l'empuantissement, les mioches que délure la rue et le braiment des ânes ne me divertissent pas.

Je considère la nuit comme une agression, subis le regard des autres comme un viol, et me fais violence toutes les fois que j'ouvre ma fenêtre sur le village.

Je n'aime pas les papillons. Pourtant, s'ils pouvaient se pousser un peu pour me frayer une place dans leur chrysalide, je leur donnerais mon âme et mon corps en guise d'offrande et chanterais leurs louanges jusqu'au jour dernier.

Mon matin est aussi navrant que vain ; une île perdue au large du renoncement. Son soleil me brûle, ses perspectives me donnent la nausée; ....

Ma nuit est une concubine frigide et ingénue. Ses baisers sont urticants, ses fantasmes incongrus. Dès le coucher du soleil, elle me rejoint....Souillant mes draps et mes chairs à la manière d'une truie. Ensuite, elle se retire, en même temps que la marée. Tirant la couverture vers elle. M'abandonnant seul et nu, tel un ver solitaire, dans le monde démentiel du "déjà-vu".

.....Captif des lassitudes, des serments avortés et des années mortes, il m'arrive souvent de scruter la pénombre sans savoir pourquoi, de veiller longuement le silence à l'affût de je ne sais quoi. J'ignore pourquoi je suis venu au monde, pourquoi je dois le quitter. Je n'ai rien demandé. Je n'ai rien à donner. Je ne fais que dériver vers quelque chose qui m'échappera toujours..."

par Sylvie publié dans : Littérature orientale:Maghreb, Turquie...
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Dimanche 3 décembre 2006

LIBAN

Editions Sabine Wespieser, 2006

Hyam Yared est une poétesse libanaise; elle publie ici son premier roman. Ce récit est vraiment intéressant dans la mesure où elle livre une intrigue vraiment originale frôlant souvent le fantastique tout en étant bien ancrée dans la réalité sociale contemporaine du pays.

Une jeune femme divorcée et élevant seule un enfant se rend à un casting de théâtre pour devenir comédienne. Dès son entrée dans le théâtre, une atmosphère étrange s'installe : l'ouvreuse lui demande de déposer son ombre à l'entrée. Elle se révolte contre l'idée de quitter son ombre mais le jour d'après, le metteur en scène sans visage lui déclare qu'elle est retenue pour le rôle. Et voila qu'elle découvre la pièce : il n'y a aucun scénario, elle doit chaque soir improviser son texte devant le public.

La première représentation commence : elle découvre sur la scène une chaise et "l'armoire des ombres"...voilà pourquoi il faut qu'elle quitte sa propre ombre tous les soirs. Car il faut qu'elle en revêtisse d'autres chaque soir. Les ombres deviennent des identités : Greta, une jeune prostituée, la mère de l'actrice et Mona, une femme enceinte qui vient de quitter son mari. Alors que la narratrice ne voulait pas quitter son identité au début, elle commence à prendre goût à ces identités multiples...

Mais, au dehors, les manifestations grondent. On pourrait croire qu'il s'agit d'appels à la liberté. Mais les manifestant semblent aussi intolérants que le régime qu'ils condamnent...Le spectacle semble tout à coup menacé...

Ce roman peut déconcerter car les identités multiples de la comédienne qui prennent la parole à tour de rôle rendent le récit difficile à suivre : rêve et réalité se mêlent. A partir de ces multiples personnages, la narratrice invente une intrigue dans l'intrigue où les trois femmes vont se rencontrer. Le récit imaginaire proclamé au théâtre est un appel vibrant à la libération de la femme : la narratrice est au début une femme conventionnelle qui a peur de prendre un amant. Mais progressivement, elle prend les ombres de prostituées ou de femmes révoltées qui fuient leur mari. Peu à peu, elle épouse leur cause....

L'auteur a su savamment mêler le fantastique (le final est vraiment original !) à une fine observation de la société libanaise sclérosée. Un premier roman à découvrir.

par Sylvie publié dans : Littérature orientale:Maghreb, Turquie...
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