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  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 18:37

NOUVELLE

 

L'idole noire

 

Editions du moteur (sortie 10 mars 2011)

 

Voici, en avant-première, le nouveau bijou de Stéphane Héaume : une nouvelle de 39 pages parue dans une collection "Histoires courtes" ("des histoires courtes qui pourraient devenir des films" selon les deux éditrices http://leseditionsdumoteur.fr/pages/editions1.php)

 

Un huis-clos dans un palais vénitien, un tableau du peintre tchèque Kupka, des mystérieux visiteurs retrouvés assassinés...Voici quelques éléments du décor...

 

"Carlo Baffometi -c'était le nom du maître- n'avait pas un ego atrophié, c'est le moins que l'on puisse dire. Il avait ordonné sa vie, carrières, honneurs, rumeurs, passions, autour du personnage qu'il s'était composé. Chaque fil de sa broderie intime avait été trempé dans le bain d'une musique en vitrail; une partition écrite par des soins, sur mesure, si je puis dire. Il aurait pu être chef d'orchestre ; il avait été l'un des grands décorateurs de cinéma du demi-siècle écoulé.

Ce n'est pas que l'art de la vitrine lui fut cher, il abhorrait le paraître ; c'est que l'enchantement était pour lui le but ultime, tout du moins le plus noble, de toute entreprise artistique. Combien de fois me m'avait-il pas dit lorsque je lui rendais visite dans sa chambre, les derniers temps. Allongé sur son lit dans la posture du gisant, déjà, les bras étendus le long du corps, à demi enveloppés dans un peignoir de satin pourpre piqué de minuscules croix d'or, il tournait son visage vers moi. D'une voix calme qui avait su dompter les foules, il murmurait :

"Hugo, mon petit Hugo, ne te désenchante jamais"

 

Justement, ce petit Hugo, né dans le palais vénitien de Minari, le palais de Baffometi, n'y est jamais sorti. Il n'en sortira que le jour de sa majorité.

Soixante dix ans plus tard, il se souvient de son enfance, dans cette prison dorée, mystérieuse, en compagnie de la servante du vieux décorateur et de son affreux secrétaire, Mindorf, odieux personnage.

Quelques mois avant ses 18 ans, tout se gâte. Le vieil homme est sur le point de mourir, tandis que de mystérieux visiteur sont retrouvés morts non loin du palais.

Tous ces mystères semblent avoir une origine : une aquatinte du peintre Kupka, l'idole noire...

 

L'écriture de Héaume, très visuelle,  donne naissance à de magnifiques tableaux envoûtants comme celui dont il est question. Après le point final de la nouvelle, on aimerait encore déambuler longtemps dans cettte propriété.

 

Un merveilleux conte sur le maléfice de l'art.

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 17:30

Editions du Seuil, 2009

 

La nuit de fort Haggar

 

Je continue l'exploration de l'oeuvre de Stéphane Héaume, "l'enchanteur" , mon "auteur découverte" de l'année.

 

Après entre autres Le clos Lothar et Orkhidos, Héaume nous emmène dans les sables du désert à la frontière du Tchad et du Niger.

Imaginez Julia, une jeune femme photographe, qui attend Clifton, son fiancé journaliste, disparu depuis trois ans. Est-il mort ? L'a-t-il quitté parce qu'elle est stérile ?

 

Julia vit dans la mélancolie jusqu'au jour où elle est...enlevée pour se retrouver dans un oasis où règne Paul Lamartre, à la tête d'un cercle mystérieux qui sauve les enfants maltraités ; ce dernier lui apprend que son fiancé, sous ses allures de journaliste philanthropique, est à la tête d'un trafic d'enfants.

 

Et qu'il réside dans la forteresse de Fort-Haggar, en compagnie d'une reine des Amazones, Zeynab La Reine...A eux deux, ils feraient régner la terreur dans la région...

 

Mensonges ? Mirages ? Manipulations ? Julia, par amour, part en quête de son fiancé, au sein d'une caravane composée de personnages tous aussi mystérieux que les autres.

 

La phrase, plus courte, est moins élégante que dans ses précédents romans. L'histoire est tellement "tirée par les cheveux" qu'il faut vraiment accepter d'y croire !

 

Mais peu importe ! Et c'est en cela que Héaume est un véritable enchanteur ; acceptez d'ouvrir une fiole magique qui vous transporte dans le monde des contes et laissez vous envoûter par l'odeur entêtante du lilas roux. Usurpation d'identité, thème du double, tout cela dans les brumes du désert, au sein d'un paysage magique.

 

Dans ces forteresses ensablées, l'attente est interminable. On pense à la fois à Gérard de Nerval, Dino Buzzati ou Julien Gracq.

 

Du pur plaisir.

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 18:50

MANGA - 1972

 

Lorsque nous vivions ensemble - Lorsque nous vivions ensemble, T1

 

Editions Senseï (3 tomes)

 

Le mangaka Kamimura est connu comme l'un des plus grands illustrateurs. Disparu en 1986 à l'âge de 45 ans, on lui doit entre autre les dessins de Lady Snow Blood (inspiration de Quentin Tarantono pour Kill Bill).

 

 Ce magnifique manga de trois tomes est son oeuvre la plus connue. Il relate l'histoire d'amour entre deux jeunes gens au début de la libération des moeurs au Japon dans les années 70. Kyoko est graphiste dans une agence de pub, lui, Jiro est illustrateur. Ils décident de vivre ensemble, bien que non mariés, situation extrèmemenr rare à l'époque.

 

Au fil des saisons, nous vivons les splendeurs et misères du couple

 

On pourrait se dire que ces trois tomes sont monotones puisqu'ils ne font que finalement raconter le quotidien. Cependant, l'auteur "décortique" ce quotidien en de courtes séances cinématographiques ; les dessins épousant de près les visages et les actions des deux héros (voir ci-dessous) saisissent les instantanés (sentiments : colère, tristesse, larmes...) de chaque événement.

 

 

L'auteur s'inspire en cela de la technique du haïku, petit poème japonais au rythme ternaire qui saisit l'instant de la nature, d'une sensation, d'un sentiment. 

 

Le séquencage s'appuie d'ailleurs sur des citations de poème et sur un leitmotiv qui illustre les trois tomes : L'amour se présente toujours comme un ensemble de fau 

 

 

 

 

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Published by Sylvie - dans Mangas
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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 12:56

AUSTRALIE

 

La gifle

 

Editions Belfond, 2011

 

L'une des révélations étrangères de cette rentrée 2011. Un roman australien, première originalité. Ecrit par un auteur australien d'origine grecque, deuxième originalité. Ce dernier nous fait découvrir les échecs du melting pot australien, cette île immense si à part, qu'on ne connaît pas "son envers du décors".

 

Et c'est justement le grand mérite de ce roman de faire un portrait sans concession d'une société malade de surconsommation et de racisme ; La gifle a déjà remporté un énorme succès en Australie (Prix du Commonwealth, Man Booker Prize). Il vient d'être réédité une deuxième fois en France ; 1ère traduction en France, pour un auteur dont  l'oeuvre ne nous est pas tout à fait inconnue puisqu'il est l'auteur de Head On, adapté au cinéma par Fatih Akin.

 

Les critiques évoquent l'influence des Correctionsde Jonathan Franzen ; c'est vrai que l'on y retrouve un beau portrait de groupe, microcosme d'une société occidentale malade. Mais même si ce roman est de bonne facture, il n'a pas la qualité littéraire nécessaire pour "durer". Mais le thème et l'intrigue ont de quoi faire oublier ce petit bémol.

 

 

Le prétexte qui donne son titre au roman : une gifle donnée lors d'un repas entre amis, lors d'une soirée barbecue à Melbourne. Chez Hector et Aïcha, respectivement immigrés grecs et indiens, couple modèle de l'intégration réussie, se réunissent la famille et les amis. Tout à coup, une dispute éclate entre deux enfants. Le plus petit, insupportable tient une batte de base-ball. Ne supportant pas le laxisme des parents de Hugo, Harry lui administre une belle gifle.

 

C'est la déflagration...Les parents, Rosie et Gary, attaquent en justice Harry. Et les uns et les autres prennent partie pour l'un des deux camps....

 

A travers cette péripétie éminemment théâtrale, ce fait divers digne des journaux télévisés, se joue une réflexion générale sur l'éducation, et la vision de la société. L'auteur prend bien garde de ne pas trancher : il explore avec brio les travers de chaque camp : entre Harry, le garagiste parvenu, richissime, raciste qui crâne sur sa terrasse devant la mer et Rosie et Gary, le couple soixantuitard, laxiste et sans ambition, le lecteur est bien partagé....

 

Le principal intérêt de ce livre (et c'est en cela que l'auteur révèle son talent) est que Tsiolkas se met dans la peau de chaque personnage ; chaque section du roman est consacrée à un personnage et l'histoire est racontée à travers son regard. L'auteur se met aussi bien dans la peau d'un retraité (une vieil immigré grec) que d'une mère, une femme célibataire, un adolescent mal dans sa peau, un homme qui a la crise de la quarantaine. Et à travers ces chapitres, il questionne aussi bien le passé (l'arrivée des "métèques" grecs et européens de l'Est en Australie), le présent (la génération gâtée, blasée d'avoir tout obtenu) et le futur (à travers les ados, micro société de la drogue et du sexe).

A travers toutes ces générations, c'est l'échec de la société occidentale qui est visé : racisme, échec du melting pot, absence d'éducation, frustrations en tout genre, extrême solitude aussi bien des vieux que des jeunes).

 

On attend un drame, une catastrophe dans le genre des faux thrillers. Elle ne viendra pas. Tsiolkas se contente juste de faire un constat amer brillamment orchestré.

 

Dépaysant par le pays qu'il décrit, ce roman ne fait finalement que nous renvoyer vers nous mêmes, occidental déchu...

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 13:12

BD - RECIT DE VOYAGE

 

 

Editions Picquier, 2010

 

Voici un curieux objet entre la bande dessinée et le carnet de voyage par un jeune auteur illustrateur, Florent Chavouet, qui s'était fait connaître l'an dernier par un récit du même type, sur Tokyo.

 

L'idée de départ : 2 000 euros et passer deux à trois au Japon (sans parler japonais) et, avec surtout des crayons de couleur, croquer la vie de tous les jours, loin des clichés véhiculés sur le pays.

 

Voici donc notre auteur plongé dans une minuscule île de 100 âmes, Manabé Shima, au large d'Osaka, un îlot de pêcheurs. Florent s'invite dans le seul hôtel (désert) de Manabé et va à la rencontre des habitants. Il y a le tenancier du bar du coin, qui boit à longueur de journée son saké, les pécheurs, les mamies, les enfants, les jardiniers, les chercheurs écolos et...le clodo du coin !

 

Tout ce petit monde est croqué avec humour et tendresse ( ah, le chapeau et le sac des mamies !!!). L'auteur est parvenu à cartographier l'île et même à réaliser la carte des intérieurs si typique.

 

 Le dessin est naïf mais on est loin de la shématisation classique du manga. Comme un naturaliste, l'auteur réalise des planches qui énumèrent les différeents poissons, fruits et légumes, chats, mets de Manabé.

 

Venez découvrir les Hana-Bi, le gori-gori, les umibotaru, les cérémonies religieuses.....sans oublier les chats et les crabes, véritable obsession du dessinateur !

 

Partez à la découverte du Japon rural revu par le crayon affectueux, astucieux de Florent. A réserver aux férus du Japon !

 

 

Pour en savoir pls : le blog de Florent Chavouet : http://www.florentchavouet.com/home.htm

http://florentchavouet.blogspot.com/ 

 

 

 

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 12:00

POLICIER

Guerre sale

 

Editions Viviane Hamy, 2011

 

Voici le nouvel opus de l'auteur de Passage du désir, Prix Elle 2005. Du très bon polar, toujours avec cette verve si particulière, qui nous emmène cette fois-ci dans les arcanes des relations secrètes Françafrique, autour de rétro commissions de trafics d'arme.

 

Un avocat d'affaires, Vidal, est retrouvé sauvagement assassiné au bord d'une piscine municipale, un pneu enflammé autour du cou. il s'agit d'une "technique africaine" utilisée entre autres par les tontons macoutes d'Haïti. Lola Jost, l'ex commissaire de la crim' fait tout de suite le rapprochement : son collègue, Toussaint Kidjo, a subi le même sort cinq ans plus tôt. Effondrée, elle a pris sa retraite un an plus tôt..

 

Enquête officielle et non officielle...Lola, en compagnie de son amie américaine strip-teaseuse, va mener sa contre-enquête clandestine, parallèlement au commandant Sacha Duguain. Les soupçons se portent rapidement sur Gratien, le chantre de la France-Afrique...

 

DGST, services secrets, politiques. Tous sont dans la ligne de mire...

 

Dans cette intrigue aux nombreux rebondissements, Dominique Silvain orchestre avec brio les conflits personnels qui entraînent de multiples manipulations. Amours et amitiés passées, collaborations diverses et variées...Les pistes se brouillent et personne n'est à l'abri du soupçon. L'auteur plonge au plus profond de l'intimité des personnages pour saisir leurs failles, leurs frustrations qui peuvent mener à une vengeance extrème.

 

La toile de fonds, c'est bien sûr les scandales politico-financiers de la Franceafrique, mais ce n'est pas cela qui nous tiend en haleine. C'est au contraire la course poursuite effreinée qui va peu à peu faire tomber tous les masques et dévoiler les secrets les plus intimes des personnages. Personne n'est épargné et chaque flic cache une fêlure inavouable.

 

Sans oublier ce style inimitable fait de jeux de mots, de citations en tout genre, d'humour à toute épreuve. Et lorsque Lola et Ingrid se retrouvent au bar Les belles de jours et au Vigneron d'Oberkampf, pour boire un coup, c'est encore mieux....

 

C'est du grand art : humour, psychologie, analyse d'une société gangrénée par le fric...Il y en a pour tous les goûts !

 

 

 

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Published by Sylvie - dans Romans policiers
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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 19:13

ETATS-UNIS

 

Serena

 

Editions du Masque, 2011

 

J'avais découvert Ron Rash il y a un an avec sa première traduction française, Un pieds au paradis : un pur roman américain de facture faulknérienne sur la faute originelle et la culpabilité.

 

Ron Rash "récidive" avec le magistral Serena ; amateurs d' âmes fortes féminines, d'"antihéroïnes" sans foi ni loi, ce roman est pour vous !

 

Nous sommes dans les années 30, en Caroline du Nord, en pleine crise économique. Pemberton et sa jeune femme Serena débarquent dans cette région reculée, où la forêt, la faune et la flore règnent en maîtres. Qu'à cela ne tienne, le couple infernal a décidé d'exploiter ce territoire vierge en y installant une vaste scierie. Alors que le travail manque, une armée de bûcherons se précipite pour obtenir une embauche.

 

A mesure de la déforestation sauvage, des voix s'élèvent pour obtenir la création d'un parc national. Le couple va entreprendre moult activités illégales pour éviter la création de ce parc.

A partir de ce moment, c'est la loi du plus fort qui règne ; d'autant plus que Serena, stérile après une fausse couche, voue une haine féroce au jeune fils de Pemberton, qu'il a eu avec une fille de ferme juste avant son mariage.

La chasse à l'homme commence...

 

Ce magnifique récit psychologique prend alors soudain des allures de thriller...Nous sommes dans un monde d'avant ou  au delà des lois. Serena et secondairement Pemberton, incarnent la capitalisme sauvage qui ignore les limites de l'homme et de la nature ; ce n'est pas un hasard si les métaphores animales abondent et que le thème de la chasse est primordial.

A côté de ce couple infernal, il y a l'aigle mais aussi le puma, figure fantômatique, qui finira par apparaître subrepticement.

L'homme se fait progressivement animal pour entreprendre une lutte contre les plus faibles et les plus fragiles...

 

La figure de Serena arrive bien sûr au premier plan ; sur son cheval, tenant son aigle dans sa main, elle apparaît telle une créature mythologique ou fantastique. Figure démoniaque par excellence, avec son fidèle serviteur manchot, elle teste la force de chacun, même des plus proches. Poison, couteau, fusil, tout est bon pour affirmer son pouvoir.

Certains critiques évoquent Lady Macbeth ; je trouve que c'est un peu exagéré !

Serena est juste elle-même. On peut évoquer par contre sans doute, l'unfluence de la tragédie grecque : en effet, les bûcherons, qui commentent chaque scène, constituent une sorte de choeur antique. Au centre, une histoire de sperme et de sang ; deux femmes, un homme, un enfant. Jalousies, vengeances. La lutte est sans merci.

 

Bravo à Ron Rash pour cette oeuvre d'un lyrisme époustouflant (citons les magnifiques descriptions des paysages, de la faune et de la flore) où les passions sont exacerbées. Un roman qui nous remue.

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 18:28

TURQUIE

 

Istanbul était un conte

 

Editions Sabine Wespieser, 2010

 

Voici le roman fleuve (700 pages !) d'un auteur majeur de la littérature turque représentant la minorité juive, Mario Levi. Issu d'une famille juive sépharade arrivée d'Espagne après la Reconquista, l'auteur a à coeur de se remémorer toutes ces communautés juives, grecques, arméniennes, qui ont fait le charme de cette ville cosmopolite.

 

Dans ce roman, l'auteur convoque 47 personnages (qui nous sont présentés brièvement en préface) du début du 20e siècle à nos jours, d'Istanbul à Paris, en passant par Alexandrie, Odessa ou Vienne).

 

Le narrateur navigue de personnages en personnages ; imaginons une barque qui se laisse flotter sur une rivière et qui est attirée par des dizaines de petites îles ; c'est l'idée que je me fais de la narration de ce roman.

Un itinéraire, une vie nous sont racontées sur une vingtaine de pages puis nous passons lentement mais sûrement à un autre parcours de vie.

 

Nous nous perdons facilement dans tous ces méandres mais pour notre plus grand bonheur ! Car le dénominateur commun de tous ces personnages, c'est la nostalgie, les regrets, la mélancolie et un goût prononcé pour une autre vie rêvée ; ce n'est pas pour rien que Mario Levi est surnommé le Proust turc. Une fiancée laissée à Londres ; un émigré rêvant à sa ville natale ; un homme qui attend le bateau vers "le paradis blanc" ; une femme qui attend toute sa vie son fiancé ; une autre qui se dit ancienne actrice....Entre regrets, rêves et mensonges, les personnages ressassent leurs regrets et leurs désirs. L'auteur excelle dans la description de ces vagues à l'âme sans pour autant sombrer dans le ressentiment ou le misérabilisme. et c'est en cela que réside la poésie de l'oeuvre.

 

Car que ce soit chez les personnages ou chez le narrateur, le lecteur ne sait jamais si les personnages rêvent leur vie ; comme dit le narrateur, le mensonge enjolive nos vies. Nous avons toujours l'impression que le narrateur enquête sur ces dizaines de personnages mais qu'il ne sait pas tout ; alors, il se met à rêver les pièces manquantes...

 

D'ailleurs, nous ne saurons jamais qui est ce narrateur ; nous savons juste qu'il a fréquenté de près cette famille sur trois générations ; mais à savoir vraiment qui il est...c'est l'un des grands suspense du livre.

 

Ne vous imaginez pas un récit de voyage dans les petites rues tortueuses d'Istanbul. Il ne s'agit pas non plus de découvrir de façon précises les traditions juives même si nous assistons aux fêtes traditionnelles et aux repas. Nous partons davantage à la découverte d'un petit peuple, celui des artisans émigrés, qui ont fait le charge de cette ville cosmopolite. On sent que Mario Levi regrette le nationalisme qui a sonné le glas de ce charme.

 

Mais, plus largement, pour moi, ce livre fleuve parle tout simplement de l'âme humaine ; que l'on soit de Paris ou Londres, de Vienne ou de Rome, d'Odessa ou d'Alexandrie, chaque lecteur se reconnaîtra dans le portrait de cette nostalgie universelle.

 

Roman proustien ou Conte des mille et une nuits ? Également une réflexion envoutante sur les pouvoirs de l'écriture et de l'imagination pour remédier au vide de la vie réelle.

 

Un seul conseil : laissez-vous perdre dans ce roman fleuve !

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 15:54

 

ISRAEL

 

Little big bang

 

 

EDITIONS ZULMA, 2011

 

Voici ma première découverte de cette année 2011. Merci encore aux éditions Zulma de nous faire découvrir une littérature étrangère qui sort des sentiers battus, des auteurs iraniens (Zorya Pirzad), islandais (le magnifique Rosa Candida de Audur Ava Aulafsdottir) et de la littérature indienne, hébraïque....

 

Benny Barbash nous livre son deuxième récit traduit en français. Un récit truculent, qui sous son aspect fantasque, est une satire de l'attachement viscéral du peuple juif à sa terre et de ses conséquences diplomatiques...

 

Tout commence par un récit familial raconté par un enfant ; le père souffre d'un léger surpoids, sa mère va chez le psychanalyste pour dire sa névrose post-Shoah, sa grand-mère, qui n'a jamais rien dit sur l'Holocauste dit par contre beaucoup de choses contre les Arabes. Quant au grand-père, il règne dans les hautes sphères de l'astrophysique, ne jugeant que par les vérités démontrées par les sciences. Nul miracle dans ce monde...

 

Dans cette famille déjà pas triste du tout, tout va se gâter lorsque le père rondouillard va essayer de faire un régime. Tout viande, tout légume...et tout olive ! Jusqu'au jour où un noyau va se coincer dans sa gorge.

Il s'en sortira mais le noyau va rester dans le corps du pauvre père ...jusqu'à donner naissance à un petit arbuste qui va lui sortir de l'oreille....

 

Sous des allures de conte burlesque digne de Calvino ou de Voltaire, Benny Barbash utilise de la métaphore et de la parabole pour faire le portrait de toute une génération obnubilée par son attachement à la terre du peuple élu.

 

C'est divertissant et intelligent en même temps. Quoi de mieux pour commencer l'année !

 

 

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 15:09

BD

 

Editions Bayou, 2010

 

Voici la "première vraie" BD "longue" de cette jeune illustratrice de publicité âgée de 28 ans qui s'est fait connaître du grand public par son blog :"Ma vie est tout à fait fascinante"

 

http://www.penelope-jolicoeur.com/page/4/

 

bagieu_intro

 

Des dessins plein d'humour croqués sur le vif et des commentaires acerbes sur notre vie quotidienne...Résultat, depuis 2007, jusqu'à 250 000 visiteurs par jour et une adaptation de ce blog version papier BD.

 

Puis, vint le tour de Joséphine, une série de volumes consacrés à une jeune parisienne un peu complexée par son poids et accro du shopping (un peu la Bridget Jones française).

 

Et enfin, Cadavre exquis, sélectionné au Festival d'Angoulême 2011.

Une BD colorée, rafrâchissante et pétillante, sur fonds de comédie romantique hollywoodienne...mais attention, le scénario réserve plein de surprises !!!

Une jeune femme hôtesse d'accueil que l'on accuse de manquer d'ambition. Salon de l'automobile, salon du fromage où l'on est déguisé en gruyères. Superbes journées...

Un jour, alors qu'elle déprime sur un banc, elle voit à la fenêtre un homme bien séduisant...Elle entre chez lui prétextant qu'elle a envie d'aller aux toilettes !

 

 

Notre homme est horrifié lorsqu'il découvre que cette jeune femme ne le reconnait pas..comment ça, lui, le

 

 

célébrissime écrivain Thomas Rocher, auteur de best-sellers !

Qu'à cela ne tienne, une romance naît entre eux. Mais pourquoi Thomas ne veut jamais sortir de chez lui ? Tout se complique, lorsque rapplique Agathe, l'éditrice de Thomas. Lorsque Zoé va entrer pour la première fois de sa vie dans une librairie, elle va avoir le choc de sa vie....

 

 

N'en disons pas plus. Côté scénario, de bons rebondissements malgré des ficelles un peu grosses...mais ce n'est pas grave ! Une belle satire du monde de l'édition et des femmes réputées nunuches qui n'ont pas dit leur dernier mot.

 

Côté illustrations, des dessins très rafraîchissants, aux couleurs acidulées roses, jaunes et vertes.

 

Un très bon divertissement, sans prétention aucune !

 

 

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