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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 22:22

RECIT DE VOYAGE

http://i-exc.ccm2.net/iex/500/2012563804/866570.jpg

 

Editions Guérin

 

Voici le premier pous que je lis du célèbre auteur de récits de voyage....après être revenue d'un magnifique voyage en Russie. Rien de mieux qu'une récit sur la retraite de Russie pour se replonger dans la grandeur de ce pays grandiose...

Une belle découverte ! Le récit de voyage rocambolesque (suivre le chemin de la retraite de Russie de Moscou à Paris....en side car et bicorne s'il vous plaît avec une ptites bandes de copains français et russes) se double d'un récit historique sur l'un des plus grands massacres de l'Histoire et d'une réflexion sur la signification de l'héroïsme dans notre société affaiblie par la course à la consommation. Un moyen aussi  de railler notre puissance française défaillante et notre bonne conscience "droitdelhommiste" face à la figure poutinienne....

On apprend plein de choses sur l'épopée napoléolienne (qui se souvient que la Berezina est une rivière biélorusse !) : les différentes étapes de la retraite de Smolensk à Vilnius, la fuite de Napoléon proche de Vilnius pour Paris en traineau, sa "séance de psychanalyse historique" avec le Grand Ecuyer Caulaincourt...

 

L'occasion pour Tesson de beaux passages sur la magie qui fait qu'un million d'hommes suit un leader jusqu'à une mort certaine...

Loin d'être manichéen, Tesson vénère la civilisation russe tout en admirant de loin le génie de Napoléon....et en même temps une époque où rien n'était fade mais tragique et héroïque....

Ce qu'on admire le plus, c'est cette plume incisive qui ne fait pas dans la dentelle ! et avec en plus un bel humour...

 

Jugez en plutôt par ces quelques lignes....

 

"Notre hôte s'était installé à Moscou vingt ans auparavant, lassé de la France, e ses régulations, des charcutiers poujadistes, des socialistes sans gêne, des géraniums en pots et des ronds-points ruraux. La France, petit paradis peuplé de gens qui se pensent  en enfer, administré par des pères-la-vertu occupés à brider des habitants du parc human, ne convenait plus à son besoin de liberté. ...Il préférait négocier avec des businessmen à têtes de brutes plutôt qu'avec des barracudas d'HEC qui n'avaient jamais l'idée de lui proposer une cuite au sauna après la négociation du contrat"

 

Une belle leçon d'aventure et d'héroïsme loin des poncifs médiatiques de la Russie actuelle !

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 22:52

RECIT DE VOYAGE -REPORTAGE

 

 

Editions Payot, 1936-1938

 

Annemarie Schwarzenbach,que j'ai déjà chroniquée à travers Hiver au Proche-Orient et Où est la terre des promesses ?, est surtout connue pour ses récits de voyage en Orient.

Mais elle a aussi parcouru les Etats-Unis pendant la crise des années 30 et les années du New-Deal de Roosevelt.

Et là, nous découvrons une journaliste pétrie d'humanisme, de commisération pour les laissés-pour-compte : ouvriers, noirs qui vivent dans des conditions inhumaines.

 

A mille lieux des récits centrés sur sa crise existentielle et son mal de vivre, elle part à la rencontre des syndicalistes, ces pionniers qui ont fait naître la résistance au capitalisme américain sans freins. Visite des coopératives, des associations, des taudis dans lesquels s'entassent les familles ouvrières.

Une plongée intéressante dans les années du New Deal, de Philadelphie au Tennessee en passant par l'Alhabama.

 

C'est ici la voyageuse engagée que nous découvrons, proche des laissés-pour-compte. Ce recueil est constitué d'une série d'articles parus dans des journaux suisses de l'époque. Ces reportages sont accompagnés de magnifiques photos, en majorité de beaux portraits des ouvriers et ouvrières et des habitants noirs de la région (Annemarie Schwarzenbach était aussi photographe).

 

Fille de riches industriels du textile, la voyageuse-journaliste examine la ruine de l'économie. Il est intéressant de voir que le photo-journalisme de cette époque, loin de la médiatisation et de la recherche du scoop et de la "peoplelisation", recherche avant tout à s'engager et à examiner les autres milieux sociaux.

 

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 19:46

RECIT DE VOYAGE

 

Editions Payot, 2000

Voici l'autre "face" du récit de voyage écrit par Ella Maillart, La voie cruelle, un récit beaucoup plus lyrique et poétique que celui de sa consoeur, qu'elle cite d'ailleurs très peu.

 

Rappelons le contexte en 1939 : les deux baroudeuses, Maillart et Schwarzenbach, décident d'aller jusqu'en Afghanistan, à bord d'une Ford. Ella, dans un but d'abord ethnologique et afin de guérir AnneMarie, ayant subi plusieurs cures de désintoxication. L'autre pour trouver l'éternelle terre des promesses, les rives perdues de l'enfance.

 

Instantanées magiques, brefs éclairs de l'instant et toute la nostalgie et la souffrance d'une âme en quête de l'absolu pour qui le voyage est tout sauf une évasion, un divertissement. Car pour elle, le voyage est une série de rencontres, de départs et d'adieux qui nous aident à comprendre les déceptions de la vie. Le refus de l'attache, les rencontres fortuites puis l'oubli. Même le souvenir n'est pas en mesure d'immortaliser ce que l'on a vu, ressenti. Annemarie déclare n'avoir retenu que des bribes, que quelques mots.

 

Et ce sont ces bribes qu'elle nous donne à admirer ; des sensations, des réflexions, des prises de consciences nostalgiques ou mélancoliques qu'elle a écrites dans une série d'articles ou dans son journal intime, publiés après sa mort. Des descriptions magiques du désert, des montagnes mais aussi d'inoubliables portraits de bédouins afghans et des femmes voilées.

 

Les moments de grâce sont très rares mais sublimes ; dominent l'inquiétude et la peur devant le cataclysme international qui se profile à l'horizon en 1940 ; AnneMarie retourne en Europe et médite sur la futilité des choses et le besoin d'être en communion avec ceux qui souffrent.

 

Un récit de voyage mais aussi et surtout un beau poème en prose où alternent monologues intérieurs et descriptions de paysages.

 

 

Ma prochaine lecture : La mort en Perse où comment trouver le désespoir et la mort au cours d'un voyage...

 

 

 

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 12:28

RECIT DE VOYAGE (1943-1945)

La voie cruelle

Editions Petite Bibliothèque Payot, Voyageurs

La voie cruelle est un récit de voyage majeur qui met en scène deux grandes voyageuses mythiques du XXe siècle : l'auteur, Ella Maillart, sportive, photographe et journaliste et sa compatriote suisse, Annemarie Schwarzenbach, écrivain, journaliste, archéologue, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale en 1949 (voir sur le blog, Hiver au Proche-Orient)

L'une est robuste, recherche la sérénité, la paix intérieure ; l'autre, Annemarie Schwarzenbach, a choisi la voie cruelle décrite par Thomas Mann dans La montagne magique: "
La vie peut s'accomplir sur deux chemins; l'un est ordinaire, simple et direct. L'autre est pénible, il conduit au-delà de la mort, et c'est la voie géniale" La souffrance de Christina était-elle miraculeuse au point de mener au-delà de l'intellect, quoique combiné par lui? Je n'étais sure que d'une chose : elle était dans l'erreur lorsqu'elle s'identifiait à un être obsédé par la crainte".

A bord d'une Ford, elles vont parcourir ensemble la route de la Suisse vers l'Afghanistan. Eilla Maillart cherche à aider sa compatriote, à lui faire oublier la drogue et son éternelle souffrance ; à rechercher son "centre" (Emerson), son âme, son identité.
Mais à l'issue du voyage à Kaboul, leur chemin se séparera : Ella, désintéressée par l'engagement dans la guerre, préférera restée en Inde ; Christina (le pseudonyme de Annemarie dans le livre) repartira en Suisse pour s'engager. Deux ans plus tard, Ella reçoit une lettre (Christina est morte à 36 ans d'une hémorragie cérébrale suite à chute de vélo.

Elle se met à écrire le récit de leur périple : livre hommage, aventure intérieure et formidable panorama de l'Asie centrale dans les année 30, qui commence à être dénaturée par l'occidentalisation forcée des dirigeants iraniens et afghans. Les portes d'entrée sont multiples...

Un seul regret : une écriture souvent fourmillant de détails, beaucoup moins lyrique et poétique que celle de sa consoeur Annemarie. Il est souvent difficile suivre même si elle s'efforce de décrire la magie des paysages ; mais le texte est beaucoup moins littéraire qu'il pourrait être.

Le récit montre toute sa richesse lorsque Ella Maillart nous livre le fonds de sa pensée : tout d'abord, son combat acharné pour sauver sa consoeur des affres de la souffrance ; le cri d'Annemarie : "Laissez-moi souffrir" ; une très belle amitié qui va au delà du raisonnable ; "vous m'étonnez, je ne comprends pas comment vous m'aimez ...je ne sais pas..Je vois très clairement quelque chose de grand en vous"

Il s'agit avant tout d'un voyage intérieur, d'une quête initiatique, de comprendre que la vraie vie est en nous, dans notre identité et non dans les affres du monde extérieur.

"
Je sais que mes difficultés de maladies, tristesse, catastrophes et vie gâchée vous ont tourmentée tandis qu'elle me tuaient presque. Il est curieux qu'il m'ait fallu cette double expérience, ;la réclusion et la révolte psychologique parce que je me croyais victime d'un amour sans solution, et que tout mon espoir était de pouvoir partir pour la guerre (sacrifice que je croyais juste et noble, ma contribution à cette réalité en dehors de nous), pour que je comprenne que nos relations avec le monde doivent s'établir dans un domaine infiniment plus vrai, invulnérable, qui est celui de l'âme..Malgré sa bonne ou mauvaise fortune extérieure, notre âme reste pure, et de même le meilleur de notre volonté et de notre foi...

Tout ce qui me restait à faire, c'était donc de trouver le moyen de ne pas être blessée par cette puissance hasardeuse du monde extérieur. Car si je peux être tuée par les hommes comme par la faim ou par une pierre, cela ne touche quand même pas à ce que je porte en moi d'éternel. Et nous sommes quand même nés libres, en dehors de toute loi de ce monde"

Très intéressant également, d'un point de vue historique, l'analyse faite de l'occidentalisation forcée des années 30 en Iran et en Afghanistan, voulue par les gouvernements autocratiques. Ainsi, Maillart s'insurge contre les transformations des paysans afghans en ouvriers d'usine, soumis à l'industrialisation et à la machinisation, conçue par l'Occident comme la seule voix au progrès. Le récit prend alors des allures de pamphlet polémique lorsque l'écrivain en va même à s'insurger contre la scolarisation en masse ; reprenant les propos de Tolstoï dans Guerre et paix, elle fustige les vanités du savoir : "
Avec le développement de l'éducation, nos idées vont continuer à se répandre. Cela viendra en aide au jeune homme qui veut devenir indépendant. Mais notre éducation est une dangereuse émancipatrice : elle divise, elle enseigne la critique et le jeune homme croira en savoir suffisamment pour juger. il augmentera les rangs de petits Prométhée, il se sentira bientôt isolé et se débattra sans une solitude inéluctable"

Eilla Maillart se fait le chantre du pastoralisme afghan, de la richesse et de la paix intérieure , qu'elle recherche justement dans ces contrées encore épargnées par le matérialisme. Son but est de fuir cette Europe malade de sa richesse, qui s'enfonce dans la guerre. C'est pourquoi elle choisit délibérément de ne pas retourner dans la poudrière européenne de 1940 et de rester en Inde pour trouver sa véritable voix intérieure.

Enfin, ce récit de voyage est une belle apologie de l'Afghanistan, ce pays farouche et fier, qui a repoussé de multiples invasions. point culminant du récit, la visite des monastères bouddhistes et des statues de Bamiyan, ces bouddhas mitraillés par les Talibans en 2001. On y admire un pays calme et fier de ses richesses architecturale, berceau de l'expansion du bouddhisme, conquis par les musulmans au IXe siècle après deux cents ans d'échec...Immersion dans un pays, à mille lieux de l'image véhiculée par les médias...

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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 09:37

D'ANNE-MARIE SCHWARZENBACH

Récit de voyage



Éditions Petit Bibliothèque Payot/Voyageurs

Anne-Marie Schwarzenbach (1908-1942) est, avec Ella Maillart et Alexandra David-Neel, l'une des plus célèbres "écrivaines" voyageuses. Sa forte personnalité supporte mal le milieu zurichois étriqué dont elle est originaire. Proche de la famille Mann, elle devient rapidement antifasciste. Mais plutôt que de s'engager, elle préfère voyager. Romancière et très intéressée par l'Histoire et l'archéologie, elle part pour un périple au Moyen-Orient en 1933-1934.
Ce titre est le récit de ses aventures.

Turquie, Syrie, Irak, Perse ; plus de 10 ans après la chute de l'Empire Ottoman, Anne-Marie Schwarzenbach  nous plonge dans l'Orient des archéologues (la Syrie et l'Irak sont sous mandat français et anglais après la chute de l'Empire Ottoman, ce qui favorise le développement des fouilles archéologiques) , l'Orient des ruines babyloniennes et héllénistiques, mais aussi dans le contexte géopolitique de l'Orient dans les années 30 : ressentiments vis-à-vis de l'ex-occupant turc, montée des nationalismes...

Le tout raconté dans une écriture à la fois très épurée et poétique qui magnifie les paysages de sable et de montagnes : description de levée et coucher du soleil, des tempêtes de sable etc...

Les sites archéologiques sont décrits, non par les yeux d'une spécialiste, mais surtout comme un vecteur de méditation visant à décrire le caractère d'un peuple, grandeur et décadence du peuple perse, par exemple.

Grâce à ce récit, nous découvrons la diversité des paysages de l'Orient (déserts, montagnes, zones marécageuses et portuaires le long de la Mer Caspienne, là où l'on pêche l'esturgeon) mais aussi et surtout sa diversité culturelle.

Alors que la Turquie divine son saint laïque ( Mustapha Kemal Ataturk) et interdit tout autre dévotion à des saints, Anne-Marie Schwarzenbach décrit l'Irak comme un pays de villes saintes, celui des saints chiites, les descendants du prophète Ali, martyrs de la foie, qui font de ces villes (Nadjaf, Kerbela, Kufa)  des cimetières à ciel ouvert et des citadelles fermées :

" En leur milieu s'élevait une coupole dorée dont la splendeur rayonnait de toutes parts. La ville avait pourtant quelque chose d'irréel; à la voir si blafarde à l'horizon, on eut été tenté de la croire habitée par des esprits plutôt que par des hommes, et le deuil éternel, raison de son existence, flottait comme un oriflamme dans le ciel trop pâle. A notre approche, les maisons et les rues prirent des contours plus précis. Devant les remparts s'étendaient des tombes, et rien ne faisait mieux comprendre cette ville que ce jardin des morts qui se nourrissait d'elle et qu'il fallait traverser pour atteindre le quartier des vivants"

Asie des bédouins, Asie de l'Islam,Asie des archéologues et des aventuriers, Asie des manoeuvres géopolitiques anglaises et françaises ; Anne-Marie Schwarzenbach nous fait découvrir une Asie riche en diversité et hypnotique.



A lire avant ou après le chef d'oeuvre de Nicolas Bouvier, L'usage du monde, écrit vingt ans après.

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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 22:36

RECIT DE VOYAGE- Carnets du Japon 1964-1970

Le vide et le plein

Editions Hoebecke, 2004

Je continue de découvrir l'oeuvre de Nicolas Bouvier avec bonheur. Ces carnets sont les derniers parus, après sa mort. Il s'agit de fragments restés longtemps inédits, écrits lors de son périple au Japon. En 1967, paraît Chroniques japonaises, un texte de commande avant tout historique. Ce n'est qu'après sa mort que paraissent ses carnets plus intimes et surtout plus critiques.

 

En effet, Bouvier recherche une écriture qui soient toujours à cheval entre l'émerveillement, l'apologie et  le rejet ; tout au long du récit, on sent que l'écrivain voyageur souhaite une écriture suffisamment neutre, même si l'on sent toute la difficulté qu'il éprouve à s'acclimater :

"Si l'on comprenait tout, il est évident que l'on n'écrirait rien...On écrit sur le malaise, sur les sentiments complexes qui naissent de deux + deux = trois ou cinq.
Ainsi le voyageur écrit pour mesurer une distance qu'il ne connaît pas  et n'a pas encore franchie. Si je comprenais parfaitement le Japon, je n'écrirais rien de ses lapalissades, j'emploierais mieux mon temps, je ferais -qui sait ?- du Robbe-Grillet en japonais.
Lorsque le voyageur-arpenteur est parvenu à se débarrasser à la fois de l'attendrissement gobeur et de l'amertume rogneuse que suscite si souvent "l'estrangement", et à conserver un lyrisme qui ne soit pas celui de l'exotisme mais celui de la vie, il pourra jalonner cette distance et peut-être, si le coeur est bon, la raccourcir un peu
"

Réflexion sur le récit de voyage donc, sa portée, sa forme, sa philosophie, et découverte en petits fragments de la culture japonaise si étrange :
contrairement à dans Chronique japonaise, successions de récits, Bouvier choisit ici des thèmes et donnent son avis dessus ; il y a donc moins de rencontres, de portraits et plus d"avis" sur la civilisation japonaise. Il est question de l'étiquette omniprésente, très déstabilisante, des fantômes, de l'absence du bonheur, des suicides, de la littérature ; en bref, tout ce qui fait de ce pays un dépaysement pour quiconque !

Chronique japonaise

Un récit qui est donc moins chaleureux que les Chroniques, plus distancié, qui insiste sur la difficulté de la rencontre.

Le titre évoque le vide de la civilisation japonaise, c'est à dire la toute puissance de l'abstraction, de la frugalité, du "toujours moins".

Ce contact difficile avec le pays n'empêche pas des petites touches d'humour : l'étiquette et ses absurdités, les femmes dites soumises mais en fait très futées....

Pour découvrir le Japon, je vous conseille de lire les deux opus de Bouvier, qui s'opposent et se répondent...Bon voyage !

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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 21:52

RECIT DE VOYAGE

L'usage du monde

Editions Payot , "Voyageurs", 1963

Le récit mythique de Nicolas Bouvier, son ouvrage le plus connu, qui relate son voyage avec le peintre Thierry Vernet, à bord d'une vieille Fiat, de la Serbie jusqu'à l'Inde, en passant par la Turquie, l'Iran, le Pakistan et l'Afghanistan (1953-1954). Un périple en Asie Centrale sur les traces de la Route de la Soie. Récit aujourd'hui considéré comme le grand classique de la littérature de voyage francophone.

Quel beau titre ! Ce récit est une leçon de vie, l'usage de la vie au quotidien : un voyage fait d'aventures et de rencontres ; le voyage vu comme passeport pour l'humain : chaque étape permet à Bouvier de croquer des portraits inoubliables, de saisir comme il le dit les "miettes" du voyage pour les rendre éternelles : avec lui, nous faisons la connaissance des musiciens serbes dans la Yougoslavie communiste, des tziganes macédoniens, des instituteurs kémalistes turcs. Puis, c'est la traversée de l'Asie centrale : dans l'Azerbaïdjan iranienne, découverte de la mythique ville de Tabriz, sous l'hiver glacial et l'accueil chaleureux de la communauté arménienne. L'iran et ses villes mythiques, Chiraz, Téhéran, Persépolis, Ispahan .¨...et sa mosaïque d'ethnies : les kurdes, les baloutchs...

Puis c'est la traversée des no man's land du désert du Lout, désert iranien inhabité à la frontière du Pakistan et de l'Afghanistan.
La vieille voiture fait des siennes. Il faut compter sur l'aide des bédouins qui vous offrent du thé dans les célèbres tchaïckanes, les maisons de thé iraniennes.

Passage de frontières irréelles, aux douaniers endormis aux vapeurs du samovar et du narguilé ; rencontre avec les fiers afghans, dont le territoire n'a jamais été conquis par les occidentaux ; c'est de là que Bouvier partira  pour l'Inde en franchissant les montagnes de l'Hindou Kouch et le Khyber Pass en compagnie des routiers afghans, dans un climat très hostile.


Aventures, rencontres et philosophie du voyage au coeur de ce récit, qui laisse aux lecteurs des souvenirs de scènes cocasses ou de beaux portraits.

Les déambulations de deux occidentaux dans une décharge du désert iranien pour retrouver le manuscrit de Bouvier. La peinture d'une fresque coquine par Thierry Vernet pour tenter d'amadouer le douanier. Ou encore l'aventure cauchemardesque de la Fiat en panne dans le désert hostile du Lout, où la chaleur et les effluves de sel rendent le trajet impossible.

Une apologie de l'errance avec, comme moyen de subsistance, la plume de Bouvier et le pinceau de Vernet.

Des personnages inoubliables : les musiciens macédoniens que Bouvier enregistre, les grands mères arméniennes de Tabriz, les douaniers qui ont donné leurs armes, les gardiens de prison qui ouvrent grand les portes des cellules pour leurs deux invités occidentaux en passant par le gardien de Persépolis refusant qu'il y ait eu des Grecs au Ve siècle avant JC, les Iraniens qui recitent par coeur des poèmes dans les cafés, les grosses paysannes qui posent leurs gros sacs avant d'admirer l'expo de Vernet, les aventuriers anglais, tenanciers de bar dans un coin perdu du Pakistan et enfin les routiers afghans de l'extrême...

Un voyage au coeur de l'humain, érigé comme principe de rencontres ; au coeur de cette philosophie du voyage, il y a le don de soi, ce désir que le monde nous traverse pour que nous en recueillons les "miettes" éternelles.
Une réflexion intéressante qui met aussi en abîme l'écriture de voyage, mettant l'accent sur la difficulté de rendre palpables et vivants ces instants magiques....

" Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, qui vous défait"

"Finalement, ce qui constitue l'ossature de l'existence, ce n'est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d'autres diront ou penserons de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l'amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible coeur"

"Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prêt ses couleurs. Puis se retire et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr"


Pour lire l'histoire de la genèse de L'usage du monde, lire l'article très intéressant paru dans Lire en 2004.

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 20:08

RECIT DE VOYAGE

Chronique japonaise

Editions Payot, "Voyageurs", 1989

C'est le premier ouvrage de Nicolas Bouvier (1929-1998) que je découvre ; l'un des grands classiques des écrivains voyageurs. Ce récit relate son périple au Japon en 1955 puis dix ans plus tard, après son périple en Asie Centrale raconté dans le célèbre L'usage du monde.


Cette oeuvre superbe présente à la fois un intérêt littéraire et documentaire. Sur une centaine de pages, Bouvier nous conte les épisodes de l'histoire japonaise, de la cosmogonie mythique (deux jumeaux qui barattent le limon dans l'atmosphère pour créer des grumeaux se transformant en îles !) jusqu'à la capitulation de 1945, en passant par l'ère Meiji qui a vu naître l'ouverture du pays à l'Occident.

La deuxième partie est un véritable récit de voyage qui se focalise sur quatre lieux différents : le Tokyo typique des échoppes et des maisons closes, les temples zen de Kyoto, une fête honorant les kamis dans les campagnes et enfin l'île d'Hokkaïdo, île la plus septentrionale, "le chemin de la mer du nord", terre inhospitalière de mer, de neige et de brume. En photographiant ces paysages, Bouvier (rappelons qu'il était photographe), nous livre également des portraits émouvants, des instants, des souvenirs.

Car il ne s'agit pas pour lui de faire un traité sur la culture japonaise même si le texte regorge d'informations culturelles nous apprenant énormément de choses sur l'Histoire, la géographie et les croyances du pays (bouddhisme, shintoïsme, philosophie Zen). Bouvier recueille comme il le dit des miettes, des aubaines, à la manière des impressionnistes : il note d'ailleurs ses impressions sur des billets de métro ou autres bouts de papiers pour coller le plus à la culture japonaise qui est spontanéité et culture de l'instant ; il refuse comme il le dit d'emmailloter les japonais dans le discours et l'explication.

Il en ressort des faits bruts, une juxtaposition d'événements et de portraits très émouvants, souvent drôles (un gardien de musée atypique, des pécheurs d'Hokkaido descendants des aïnous, une ethnie autochtones, les "barbus barbares", les paysans, les bonzes, une attention particulière aux vieillards...). On sent que, derrière la rigueur de l'étiquette japonaise, l'écrivain voyageur a souhaité cueillir des instants spontanés où le peuple japonais livre son humanité. Refusant le tout blanc ou tout noir, Bouvier choisit la nuance, l'humour et la fragilité cachés derrière la rigueur.

Il s'agit également d'un parcours initiatique où il convient de se séparer de sa vieille peau : par la frugalité de la culture japonaise, il faut arriver à se dépouiller à l'extrème...Derrière cela, perce une critique acerbe de la "culture touristique" qui cherche à consommer les paysages avec leurs appareils photos....

" Dans l'esprit de bien des Japonais, l'Occidental est un être troublé, plein de scories et de caillots. Tout à fait moi ce soir. Aussi la perfection de cette chambre nue m'écrase. Me réprouve. Me donne l'impression d'être sale alors que je sors du bain. D'avoir trop de poils, et des désirs immodestes, et^peut-être même un ou deux membres superflus. Il y a dans ce décor - comme d'ailleurs dans la nourriture- une immatérialité qui répète sans cesse : faites-vous petits, ne blessez pas l'ai, ne blessez pas notre oeil avec vos affreux blousons de couleur, ne soyez pas si remuants et n'offensez pas cette perfection un peu exsangue que nous jardinons depuis huit cents ans.
Je comprends bien, mais le pays et l'été m'ont déjà gobé comme un oeuf, ne laissant que la coquille, et je vois mal ce que je pourrais faire de plus pour lui et comment exister moins"

Le vide et le plein

Je vais continuer ma découverte de l'écrivain voyageur par L'usage du monde, son grand classique, sa route de la soie personnelle et Le vide et le plein, extraits de ses carnets de voyage au Japon.

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