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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 20:27

BD

 

http://www.planetebd.com/dynamicImages/album/cover/large/22/87/album-cover-large-22877.jpg

 

Editions Futuropolis, 2014

 

Tout le monde a entendu parler de l'attentat de Sarajevo le 28 juin 1914...l'assassinat de Franz Ferdinand à l'origine de la Première Guerre Mondiale mais bien peu savent le nom du responsable...le jeune bosniaque Gavrilo Princip qui n'avait pas encore 20 ans en 1914.

Cette magnifique BD retrace sa vie, son enfance pauvre en Bosnie, l'annexion de la province slave par l'Autriche-Hongrie, son départ pour faire des études à Sarajevo et son engagement auprès des mouvements nationalistes qui souhaitent un "fututre yougoslavie" indépendante.

Le grand mérite du scénariste est de donner une multitude de détails sur la vie à cette époque et le contexte politique tout en entrecoupant  les épisodes de la vie de Princip de ceux de l'archiduc. Sans jamais prendre partie bien sûr. Il sait nous rendre sympathique les deux protagonistes.

 

Au fur et à mesure de la progression de l'intrigue, l'auteur découpe de plus en plus les scènes jusqu'à l'attentat final ou le temps est extrèmement dilaté.

Le très beau dessin en noir et blanc ne fait que renforcer la dramatisation du scénario.

A quoi tient le destin du monde ? Telle pourrait être la problématique du récit... A une personnalité troublée, qui se réfère contamment à un autre martyr bosniaque ? Surtout à un ensemble géopolitique explosif qui est ici très bien décrit : Princip n'était pas seul, il y avait toute une mouvance anarchiste autour de lui et la redoutable Main Noire au service du gouvernement serbe...

Mais je vous laisse découvrir cet épisode historique de 1er plan... 


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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 22:16

ANGLETERRE

 

http://www.editionsphebus.fr/data/img_couv/9782752909824.jpg

 

Editions Phébus, 2014

 

Voici un petit roman de 160 pages, un bijou d'originalité, première traduction française d'une auteure anglaise.

 

Avant d'en parler, je vous laisse déguster la première page :

 

" ceci est mon livre et je l'écris de ma propre main

nous sommes en l'an de grâce mille huit cent trente et un, j'ai quinze ans et je suis assise à ma fenêtre. Je vois beaucoup de choses. je vois les oiseaux qui piaillent dans le ciel. je vois les arbres je vois les feuilles

et chaque feuille a ses veines

chaque tronc a ses fissures

je suis pas très grande et mes cheveux ont la couleur du lait

je m'appelle mary et j'ai appris à écrire mon nom m.a.r.y ce sont les lettres de mon nom

je vais vous raconter les choses telles qu'elles sont arrivées.....

 

Voici donc Mary, jeune fermière, cadette d'une famille de 4 filles.  Elle n'a jamais quitté la ferme ce qui ne l'empèche pas d'avoir une langue bien pendue et une belle acuité du regard....même avec sa jambe boiteuse. Son père, paysan violent, la place chez le pasteur du village, trouvant ainsi une nouvelle source de revenus....

 

Dans la maison du pasteur, elle va alors découvrir un monde inconnu ; alors que la maîtresse de maison ne tarde pas à mourir, le pasteur Graham, suspectant une curiosité énorme chez la petite, va lui apprendre à lire. Tous les soirs, il lui donne rendez-vous....

 

Mary raconte un an de sa vie, un an de son apprentissage. Avec son langage bien à elle, tout en spontanéité, sans majuscules, sans fioritures.

 

L'analyse fine des choses et des êtres pourrait finalement lui porter préjudice...

 

Le roman prend alors un tournant inattendu auquel le lecteur ne s'attend pas...

 

Saluons la prouesse de l'écriture de ce court récit qui va à l'essentiel. Le lecteur mesure aussi bien la lucidité de la narratrice que sa sincérité.

 

Le découpage des chapitres en saison donne un caractère poétique au récit, passant de l'espoir au tragique.

Une belle histoire d'un "coeur simple".

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 16:12

LITTERATURE FRANCAISE

 


 

Editions Zulma, 2014

 

Autant le dire tout de suite : cette critique fera pâle figure devant l'original ! On ne peut rester que pantois devant un tel déploiement d'imagination, de fantaisies, de baroque. Jean-Marie Blas de Roblès, que j'avais découvert avec le remarquable recueil de nouvelles  La mémoire du riz, signe ici le plus rocambolesque des romans d'aventure où s'enchassent de multiples intrigues secondaires. Un  tourbillon d'images, d'histoires, de personnages et surtout un magnifique hommage aux grandes heures de la littérature : Dumas, Conan Doyle, Jules Verne, Herman Melville, Agatha Christie sans oublier les Mille et une nuits....Alors acceptez de vous perdre dans ces dédades labyrinthiques où l'objet livre et la pratique de la lecture ont une place centrale...

 

Trois intrigues principales où les mises en abyme abondent...

 

La première, la plus importante : 3 pieds droits sont retrouvés échoués sur le rivage, avec des chaussures de pointures différentes. Elle portent toute la marque Anaké, marque qui n'existe pas...sauf pour désigner un diamant très cher d'un lord écossais. Pour percer l'énigme de ce diamant et de ces trois pieds, Martial Canterel, un dandy faisant penser à Des Esseintes de Huysmans. Il vient d'être dérangé dans sa magnifique reconstitution de la Bataille de Gaugamèles par John Shylock Holmes, l'enquêteur bien sûr mais pas le vrai, juste un amateur de whisky qui travaille au service des restitutions chez Christie's...Ce dernier l'embarque pour l'Ecosse au château de Lady McRae, qui vient de se faire dérober son diamant. Les 3 compères, accompagnés de leurs fidèles serviteurs, partent alors retrouver ce cher diamant qui les mènera de Paris à Londres puis de Moscou à Pékin jusqu'au bout du Pacifique, sur l'île la plus éloignée de toute habitation, l'Ile du Point Némo.

 

Deuxième intrigue, sans doute la plus belle et la plus classique. Dans une grotte au fin fond du Périgord Noir, Damien, gérant d'une fabrique de cigares, est au chevet de Dulcie, sa dulcinée caribéenne, qui lui a appris la pratique de la lecture à voix haute, héritée des usines de Cuba et de Saint-Domingue. Ainsi, au 19e siècle, est née cette tradition dans les fabriques de tabac afin d'éduquer les masses. Tradition bien réelle ! Voir l'article http://www.cubania.com/post/cigare-lecteurs-havanes/ . Dulcie est tombée dans le coma. Alors, pour la réveiller, il lui lit des histoires à voix haute (belle référence détournée aux Mille et une nuit...).

L'usine à tabac périgourdine vient d'être rachetée par le chinois Monsieur Wang, fabriquant de liseuses électroniques et dictateur lubrique qui filme ses ouvrières. Bientôt, il sera victime de ses agissements....

 

Enfin, l'histoire d'un couple en panne sexuelle ! il en découle de multiples scènes tout aussi extravagantes les unes que les autres avec un humour ravageur...Amis de l'ordre moral, s'abstenir !

 

On est à la fois dans un roman steampunk (un roman qui se passe au 19e siècle en faisant référence à des machineries fantastiques qui pourraient se déployer dans le futur) et un récit philosophique et sociétal faisant allusion aux grandes questions  du XXIe siècle (la croissance et l'écologie).

 

Sous ses allures foutraques et baroques, cet opus est une oeuvre immense sur les enjeux de la lecture, du XIXe siècle à aujourd'hui où le contenant numérique compte plus que le contenu...La lecture, dernière utopie ? Réponse en lisant !

 

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 15:25

ROMAN POUR ADOLESCENTS

 

http://p4.storage.canalblog.com/46/14/1111954/97403585.jpg

 

Actes Sud Junior, 2014

 

Quittons l'univers onirique d'Anne-Laure Bondoux pour celui terrifiant de Jo Witek. Bienvenue dans un thriller psychologique très très noir.

 

Imaginez Edward, un adolescent solitaire, mal dans sa peau, le souffre-douleur de sa classe. Son père est un brillant architecte souvent absent mais qu'il adore. Sa mère est maniaco dépressive. Elle vient juste de rentrer de sa "cure". Cette mère qui a quasiment toujours été absente, souhaite se rapprocher de son fils. Mais ce dernier se réfugie dans l'univers virtuel des jeux vidéos. Jusqu'au soir fatidique où son père se tue au volant de sa voiture. Sa mère est juste blessée...

 

S'en suit alors un huis clos haletant entre deux psyché malades. La mère, de plus en plus présente, semble vouloir posséder son fils pour elle toute seule. Elle renvoie par exemple ses domestiques. Un jour, Edward "pète un cable" à l'école. Sa mère l'emmène se reposer dans le chalet familial à Courchevel. Il est alors sûr qu'elle veut le supprimer pour être enfin libre...

 

Qui croire ? La mère est-elle vraiment soignée ? Edward est-il paranoïaque ? Le lecteur est bien en peine de prendre partie.

 

Jo Witeck réussit à nous faire entrer dans l'intériorité tourmentée de l'adolescent en adoptant un ton neutre à toute épreuve. Aucun monologue, aucun emploi de la première personne. Juste des dialogues et un narrateur omniscient.

 

Entre ces deux êtres tourmentés, quelques individus qui vont tenter de percer le mystère : le meilleur ami d'Edward, lui aussi souffre-douleur, le meilleur ami de son père et l'inspectrice de police.

 

S'en suit une suspense inplacable jusqu'à la révélation finale. L'auteur décrit magnifiquement bien les relations violentes entre adolescents, qui plus est dans un milieu favorisé. La présence de l'alcoolisme également. Les situations semblent peut être poussées à l'extrème mais c'est très bien mené. On ne peut que reprocher parfois une écriture un peu lourde.

 

Les lecteurs "bien-pensants" objecteront que l'auteur porte un coup fatal à la relation mère-fils; Mais Jo Witek a plus d'un tour dans son sac pour y répondre !

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 14:37

ROMAN POUR ADOLESCENTS

 

http://adolisant.files.wordpress.com/2014/07/tant-que-nous-sommes-vivants.jpg

 

Editions Gallimard, 2014

 

Voici un magnifique roman d'aventures, un conte moderne comme nous dit l'auteur, qui avec un brin de fantastique et d'onirisme, nous livre avant tout une formidable leçon de vie.

Comme le dit le titre "Tant que nous sommes vivants..."

 

Quelque part....on ne sait pas où ni quand. Un village qui dépérit lentement, des habitants embrigadés tout le temps dans une usine. Même le cabaret du coin, celui des saltimbanques, a fermé. Puis tout d'un coup vient l'amour fou...entre Hama, jeune fille de l'usine et Bo, le beau forgeron étranger  venu des forêts. Un amour qui redonne vie au village. Jusqu'au jour où l'explosion de l'usine change à jamais le destin de ces deux tourtereaux...

 

Nous n'en sommes qu'à la 40e page...il y en a 300...

 

Malmenés par la vie, Hama et Bo vont partir pour refaire une nouvelle vie. Et tout d'un coup, on passe du "nous" de la narration au "Je". Qui est ce Je ? Lisez donc cette formidable aventure !

 

Anne-Laure Bondoux excelle dans la description d'univers très différents les uns des autres et emmène ainsi son lecteur dans un formidable voyage : un village d'ouvriers, une forêt millénaire où vit une étrange fratrie de "minipouces", un cabaret de saltimbanques ressemblant à des "freaks", une île paradisiaque de pêcheurs, un univers en guerre dévasté.

 

L'onirisme est toujours présent, les personnages se découvrant peu à peu des dons cachés ou des malédictions.

 

Et surtout il y a cette magnifique plongée au coeur de l'humain et des grandes questions de la vie : le courage d'aller de l'avant, vers l'inconnu mais aussi l'importance de la mémoire, des racines. Comme le dit si magnifiquement le dernier chapitre, il y a le passé et l'avenir.L'amour et le lien filial indéfectible.

 

Du grand art.

Je vous laisse découvrir la fabuleuse présentation du roman par...son auteur ! http://www.bondoux.net/mes_livres/romans/vivants/vivants.html

 


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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 19:52

LITTERATURE FRANCAISE (VIETMAN)

http://www.franceinfo.fr/sites/default/files/styles/mea_635x357/public/asset/images/2014/10/minh_tran_huy_-_voyageur_malgre_lui.jpg?itok=v3M3Q8sn

 

EDITIONS FLAMMARION, 2014

 

Voici un joli récit érudit et sensible sur les douleurs de l'exil. Minh Tran Huy, née en 1979, n'en est pas à son premier coup d'essai. On lui doit notamment le très remarqué La double vie d'Anna Song

 

Cet opus est à la fois une profonde réflexion sur les différents exils, matérieurs et intérieurs, pathologiques et politiques, ainsi qu'un récit autobiographique émouvant sur le déracinement. L'auteur plonge dans son expérience personnelle pour encore mieux nous le faire ressentir.

 

Tout commence par une installation dans un musée à New-York qui évoque le destin d'Albert Dadas, un ouvrier gazier bordelais de la fin du XIXe siècle, atteint de dromomanie, de "tourisme pathologique" : ce dernier sentait un besoin vital de marcher des kilomètres, souvent dans un état second, proche de l'inconscience...il parcourut l'Europe entière jusqu'à la Russie et Istanbul, malgré lui, souvent arrêté pour vagabondage.

 

La narratrice se documente alors sur ce cas qui fit école puisque son mal fut étudié pendant 20 ans par un médecin...la découverte de ce cas passionnant dérive peu à peu sur les exils politiques et sociaux du XX et XXIe siècle. Ceux liés à la Guerre du Vietnam, qui toucheront directement la famille de l'auteur et celui d'une jeune sportive somalienne qui participa aux Jeux Olympiques de Pékin avant de mourir au milieu de l'Océan Atlantique pour avoir souhaité rejoindre la terre promise....

 

On admire alors l'habile construction du récit. Constitué de courts chapitres, le roman part du cas clinique d'Albert Dadas pour ensuite évoquer une jeune sportive vue à la télé...pour ensuite prendre le chemin des souvenirs intimes ; les figures des oncles et cousins disparus, puis la figure du père, celui qui s'est toujours tû, qui a préféré le silence et l'avenir au lourd poids du passé.Le lecteur fait connaissance avec une galerie de personnages très émouvants, alors que la narratrice survole l'Atlantique à bord d'un Paris New-York...

 

Le roman oscille ainsi entre documentaire et récit de vie, évitant les écueils du récit intimiste. Minh Tran Huy choisit la pudeur pour évoquer ce face à face poignant entre les silences du père et le désir de connaître de sa fille.

 

Biographies, roman historique à base de souvenirs personnels, essai sur l'exil...les dénominatifs ne se comptent plus...Ajoutons à cela une poésie omniprésente ; la profession de la narratrice qui enregistre des sons pour une "agence de création sonore"est très évocatrice et sert de base à une réflexion sur la force des silences. Sans oublier les paysages évocateurs du Vietnam...

 

Un roman hybride d'une profonde originalité.

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 21:11

ETATS-UNIS

 

http://www.froggydelight.com/images/aout2014/joyce_maynard.jpg

 

EDITIONS PHILIPPE REY, 2014

 

J'ai eu l'occasion de rencontrer Joyce Maynard au Festival America de Vincennes fin septembre ; elle m'a dédicacé son dernier ouvrage avec un grand sourire, une bonne dose d'énergie, dans une langue française parfaite...qu'elle me déclara avoir appris en lisant les traductions françaises de ses romans !

 

http://micmelo-litteraire.com/wp-content/uploads/2014/07/Joyce-MAYNARD.jpg

 

Derrière ce joli visage blond de 60 ans qui en paraît 10 ou 15 de moins, se cache un écrivain très sensible qui fait de magnifiques portraits d'adolescents.

 

L'homme de la montagne, sa dernière publication, est à la fois une enquête policière et un thriller psychologique...raconté par la fille aînée de l'inspecteur chargé de l'enquête, 30 ans après les événements. 

 

Cet été là, à San Francisco, Rachel, 13 ans et Pattie, sa petite soeur, s'ennuient. Leur mère, neurasthénique depuis la sépration d'avec son mari, n'a même plus les moyens de se payer une télé. Alors les deux adolescentes se promènent dans le village, regardent la télé des voisins cachées dans les jardins ou font jouer leur imagination...faire les mortes par exemple.

 

Jusqu'au jour où elles vont êtres bien occupées par une série de meurtres de jeunes femmes, étranglées et violées par le mystérieux "homme des montagnes".

 

L'inspecteur Torricelli, le père des deux fillettes, est chargé de l'enquête. Ce dernier est le héros de la localité ; très bel homme, homme à femmes, c'est aussi un policier hors pair. Pour ses filles, cette enquête va être pour leur père l'occasion de montrer tous ses talents. Sauf que l'enquête piétine...le père devient de plus en plus stressé, accaparé par ces meurtres à répétition. Les jeunes filles, profitant d'abord du contexte (elles sont les filles du grand inspecteur, elles savent presque tout de l'enquête, et puis tout d'un coup, elles n'ont plus de copains...), vont être ensuite mises au ban puisque rien n'est résolu.

 

Alors, voulant à tous prix sauver leur père, l'aider, elles vont s'aventurer sur un terrain dangereux en menant leur propre enquête...

 

Joyce Maynard nous livre un récit riche en rebondissemets. Elle sait parfaitement éveiller les soupçons de ses lecteurs en les entrenant sur de fausses pistes.

 

Suspense mais aussi et surtout une très belle déclaration d'amour, une ode aux liens filiaux et fraternels. Un cri d'amour pour un père, une soeur. Chaque ligne, chaque paragraphe magnifie les relations de ce trio. L'auteur excelle en décrivant les états d'âme des deux jeunes filles aux prises avec une imagination qui peut se développer à leurs dépens. Jalousie, fantasmagorie, corps qui muent...Un magnifique portrait d'une famille déboussolée.


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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 19:22

ETATS-UNIS

 

http://www.lesechos.fr/medias/2014/09/04/1035664_le-wild-west-show-de-philipp-meyer-prix-lucien-barriere-a-deauville-web-0203721708082.jpg

 

Editions Albin Michel, Collection "Terres d'Amérique", 2014

 

C'est l'un des grands romans américains de cette rentrée littéraire (Avec le James Salter et le Tim Gautreaux)...que dis-je, plutôt une grande fresque, une épopée de 700 pages, qui se dévore très facilement.

 

On y voit déjà un grand film, je crois même que c'est déjà en cours...

 

Philipp Meyer, qui n'en est qu'à son 2e roman (finaliste du Prix Pulitzer) , retrace l'Histoire du Texas de 1830 à nos jours, de sa fondation à septembre 2011. Et quelle histoire ! Une terre sauvage qui a été conquise succesivement par les Indiens (Apaches, Commanches), par les Espagnols, par les Mexicains et..par les Américains. C'est en 1845 que le Texas devient américain mais le "Frontière" est disputée par les Mexicains. S'en suit une guerre Mexique/Etats-Unis où les Américains seront victorieux. Mais pendant des dizaines d'années, les Indiens, Mexicains et Américains se sont disputés la Terre, la Frontière et ses richesses...en s'entretuant.Une guerre de possessions.  C'est ce que raconte Meyer avec brio dans ce brillant western où l'on est loin des méchants cow boys et des gentils indiens. Les différentes communautés se ressemblent un peu finalement....

 

Trois ou quatre générations où se joue toute l'histoire du Texas et la naissance de ses richesses : la conquête de l'Ouest avec les conflits dans des terres encore giboyeuses où gambadent bisons et cerfs, la création des grands ranchs des éleveurs, les débuts du forage pétrolier, puis une terre dévastée par une surexploitation des ressources...les riches Texans n'ont alors plus qu'à investir au Vietman et dans le Golfe...

 

Mais revenons plutôt à nos trois principaux personnages. Meyer a choisi une forme polyphonique à la Faulkner pour évoquer ce vieux Sud : les trois personnages se succèdent à chaque fois dans 3 ou 4 chapitres : 1830, 1915, 1943, 2011....puis on revient aux années 1830. Cela donne un rythme particulier au récit, fait d'actions clés et de ralentissements. On s'attache d'autant plus aux personnages.

 

Il y a donc Elie McCullough, pionnier enlevé par les Indiens Commanches vers 7 ou 8 ans. Il vivra parmi eux pendant des années, gardant toujours la nostalgie de cette vie sauvage. Ne pouvant se faire à la vie urbaine, il s'enrolera chez les mythiques Texas Rangers, qui défendent la frontière contre les Mexicains et les Indiens. Puis viendra le Guerre de Sécession où il s'illustrera et l'édification de son Empire, celui de l'élevage. Un succès gagné par le vol de terres, par le sang...

 

Les années 1915/1917, la parole est donnée au Fils, Peter, qui incarne la mauvaise conscience face aux exactions de son père. Marqué à tout jamais par la disparition programmée d'une famille de pionniers hispanomexicains, il tombera amoureux d'une cousine de cette famille à ses riques et périls...

 

Enfin, 3e personnage, l'arrière-petite fille, Jennie, l'héritière de son grand-père, qui bâtira de ses propres mains un vaste empire pétrolier.

 

Des vies d'une richesse incroyable où une épée de Démoclès menaçante plane au dessus de leurs têtes..On pense à une tragédie antique comme la famille des Atrides où le sang appelle le sang. Meurtres, vengeances...de générations en générations ; les descendants n'en sont que plus exposés.

 

Meyer prend son temps pour planter le décor ; le lecteur s'attache d'autant plus aux personnages. Il évite soigneusement tout misérabilisme ; indiens, mexicains, américains ont chacun leurs idéaux, leur soif de possession, leur violence.

 

L'écriture est très fluide tout en faisant la part belle à l'intériorité des personnages (discours omniscient, 1ère personne, journal intime..). Ce style très cinématographique nous fait déjà penser à un beau western moderne...

 

Cette grande fresque est à rapprocher d'une autre très grand titre de cette année : Dans le grand cercle du monde de Joseph Boyden, l'histoire de la conqête du Canada. Autre époque, autres peuples mais rêves similaires...


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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 18:43

RENTREE LITTERAIRE 2014

http://www.images-booknode.com/book_cover/504/full/l-amour-et-les-forets-504078.jpg

 

Editions Gallimard

 

Depuis Cendrillon et Le système Victoria, Eric Reinhardt est un auteur français de premier plan...que je n'avais jamais lu. Peut-être que ce physique très "Inrock"  était un frein. C'est en l'entendant présenter son dernier opus à la grande librairie avec une profonde humanité que j'ai eu envie d'ouvrir L'amour et les forêts. Et j'ai découvert une splendeur, sans aucun doute l'un des romans phares de cette rentrée.

 

Pour moi, ce roman réussit à être à la fois ultra classique et ultra contemporain. Je m'explique : une écriture très belle, lyrique donnant naissance à des épisodes follement romanesques. Des références explicites à la fin du XIXe siècle, l'amour des antiquités, des vieilles choses surannées.  Et en même temps, une modernité inouïe en mettant en scène un échange sur meetic mémorable et risible, en nous parlant de la société d'aujourd'hui, en n'ayant pas peur de parler de sexe de manière crue et décalée, avec humour. En bref, un mélange et une richesse de styles admirables mis en scène par plusieurs discours enchassés.

 

On cite une relecture du grand classique Emma Bovary. L'héroïne Bénédicte Ombredanne écrit une lettre à l'auteur pour le remercier d'avoir écrit son dernier roman, qui lui a donné envie de "réinventer sa vie". Ils vont se rencontrer deux fois, dans des cafés parisiens, et cette dernière va lui raconter son calvaire de femme harcelée psychologiquement par son mari. La lecture du dit roman lui a donné un jour l'envie de s'inscrire sur meetic et de vivre la plus belle journée de sa vie...qui marquera aussi le début de sa perte.

 

Ainsi racontée, cela peut être un banal fait divers. Dans les mains d'Eric Reinhardt, cela donne un récit en prose ponctué de fulgurances poétiques, où comme dans des correspondances baudelairiennes, les descriptions font penser à des références littéraires ou picturales : il y a bien sûr la référence explicite aux écrivains décadents de la fin du XIXe siècle et en premier lieu Villiers de L'Isle-Adam (L'agrément inattendu), il cite un tableau d'idylle de Fragonard. La scène de rencontre amoureuse dans la forêt n'est pas sans évoquer l'Amant de Lady Chatterley.

 

Les récits enchassés ne laissent aucun répit au lecteur, les longues subordonnées pouvant s'étaler sur une page. Quant aux dialogues, il sont souvent intégrés au récit. Ce flux verbal traduit parfaitement l'enfermement familial dans lequel se trouve l'héroïne. Tout le roman est traversé par une opposition entre la réalité la plus sordide, inacceptable et la force du rêve, l'idéal incarné par l'amour, la nature)(toute la symbolique de la forêt) et bien sûr la force de la littérature. Car ce roman majeur est bien sûr une ode à la femme bafouée mais aussi et surtout un chant d'amour adressé aux mots qui seuls peuvent sauver ou rendre la vie plus belle.

 

Arrêtons de disserter. Laissons plutôt la parole à Eric Reinhardt. Voici quelques extraits parmi les plus beaux :

 

"Rien n'est pire que le dur des surfaces planes, que le tangible des surfaces dures, que l'obstable des écrans qui se dressent, sauf si des films sont projetés. Je préfère le profond, ce qui peut se pénétrer, ce en quoi il est envisageable de s'engloutir, de se dissimuler : l'amour et les forêts, la nuit, l'automne, exactement comme vous. Claquemurées depuis tellement d'années dans la résignation, ses ambitions pour le bonheur, ses ambitions d'adolescente, avaient beau avoir été violentées par la vie, elle les avait ranimées récemment : elle réclamait dès lors de chaque journée qu'elle lui prodigue une minute irradiante, une heure miraculeuse, une enclave d'émerveillement, un grand soupir extatique oublieux des tristesses de l'existence"

 

"D'après ce que j'ai pu constater, elle ne portait que des couleurs sombres, elle était chaussée de bottines à lacets, elle arborait de la dentelle et des bijoux anciens, elle affectionnait le velours grenat ou véronèse de certaines vestes de coupe cintrée qu'on trouve dans les friperies. Cette allure évoquait l'univers symboliste d'Edgar Poe et de Villiers de l'Isle-Adam, de Maeterlinck, de Huysmans et Mallarmé, un univers crépusculaire et pâli où les fleurs, les âmes, l'humeur  et l'espérance sont légèrements fanées, délicatement déliquescentes, dans leur ultime et sublime flamboiement, comme une mélancolique et langoureuse soirée d'automne, intime, charnelle, toute de velours et de rubans soyeux, rosés, rouge sang"

 

"C'est drôle, quand on s'enfonce ainsi en soi et qu'on marche vers cette lointaine lumière habitée, c'est comme un paysage nocturne qui se déploie, grandiose, empli d'autant de sensations et de phrases qu'une forêt peut raisonner de cris d'oiseaux et de bruissements d'animaux, de senteurs de fleurs et d'écorce, de mousse, de champignon : son mental transformé en paysage ou en forêt, en territoire de chasse et de cueillette, où s'accomplissent des trajectoires cinglantes à travers bois, sinueuses, au mileu des taillis et des ronces, ou au contraire plus douces, rapides, rectilignes, sur l'épiderme d'une plaine cultivée. Les mots sont si gentils, étonnements dociles et bienveillants, il se laissent si facilement entrevoir et cueillir, je les ordonne sur la papier à la faveur de phrases que je trouve belles, qui se révèlent spontanément au fur et à mesure que j'avance, révélant à moi-même mon propre corps empli de sensations et de forces"

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 10:36

RENTREE LITTERAIRE 2014

 

http://www.rentree-seuil.com/sites/default/files/ouvrages/couvertures/deville.jpg

 

Editions Seuil "Fiction et compagnie", 2014

 

Assurément, cette rentrée littéraire française est historique...On convoque les personnages historiques, connus ou moins connus, pour réfléchir à des choses plus abstraites comme le rôle du spectacle de masse (Eric Vuillard dans Tristesse de la terre) ou la notion de l'engagement. C'est le cas de Patrick Deville, modèle exemplaire de l'écrivain voyageur, qui depuis quelques années parcourt l'Afrique, l'Asie et l'Amérique dans le temps et dans l'espace. l'Exofiction, la création de la fiction à partir d'éléments réels, a de beaux jours devant elle.

 

Après le Cambodge de Kampuchéa, c'est au tour du Mexique d'être revisité par la plume flamboyante de Deville. Plus précisément le Mexique des années 20 et 30 qui, après la révolution zapatiste, voit naître ou affluer nombre d'écrivains, intellectuels, artistes. Il y a les natifs, le muraliste Diego Rivera et Frida Kahlo et une multitude d'exilés qui fuient les purges staliniennes. Parmi ces derniers, le plus illustre, Léon Trotsky qui débarque en 1937 et l'écrivain de  Sous le volcan, Malcolm Lowry, qui écrira son chef d'oeuvre en 10 ans, choisissant l'engagement dans la littérature plutôt que l'engagement en politique.

 

Deville va convoquer ces deux figures illustres en quête d'absolu pour réfléchir justement aux affres de l'engagement. Alors que Trotsky choisit l'engagement politique, Lowry choisit le retrait dans son jardin de la création, modèle du paradis perdu dans son célèbre roman.

 

Mais les deux grandes figures ont un "socle" commun : Trotsky, modèle du sacrifice à la révolution, plus grand écrivain du 20e siècle selon Mauriac a été toute sa vie tenté par le retrait, par la vie dans la nature et la lecture. Ce qui explique son refus du pouvoir à la mort de Lénine, lui le grand intellectuel face à l'inculte Staline.

 

Voici un passage admirable :

 

" Ils ont le même goût du bonheur, un bonheur simple et antique, celui de la forêt et de la neige, de la nage dans l'eau froide et de la lecture. Chez ces deux-là, c'est approcher le mystère de la vie des saints, chercher ce qui les pousse vers les éternels combats perdus d'avance, l'absolu de la Révolution ou l'absolu de la Littérature, où jamais ils ne trouveront la paix, l'apaisement du labeur accompli. C'est ce vide qu'on sent et que l'homme, en son insupportable finitude, n'est pas ce qu'il devrait être, l'insatisfaction, le refus de la condition qui nous échoit, l'immense orgueil aussi d'aller voler une étincelle à leur tour, même s'ils savent bien qu'ils finiront dans les chaînes scellées à la roche et continueront ainsi à nous montrer , éternellement, qu'ils ont tenté l'impossible et que l'impossible peut être tenté. Ce qu'ils nous crient  et que nous feignons souvent de ne pas entendre : c'est qu'à l'impossible, chacun de nous est tenu"

 

Loin de s'en tenir à ces deux figures mythiques et à la réflexion désincarnée sur l'engagement, Deville convoque une multitude de personnalités artistiques et intellectuelles qui ont fréquenté ce Mexique révolutionnaire des années 30 : Diego Rivera et Frida Kahlo qui accueille Trotsky dans leur Maison Bleue, André Breton qui "bafouille" devant Trotsky, Antonin Artaud à la recherche de l'authenticité indienne et des figures moins connues comme la photographe Tina Modotti ou le romancier allemand Traven, auteur énigmatique du Trésor de la Sierra Madre, adapté au cinéma par John Huston. La Guerre d'Espagne, La Révolution Russe, la Révolution Mexicaine...

 

Plutôt que de faire un récit linéaire ou réflexif sur l'engagement, Deville téléscope les scènes dans différents pays, villes, à différents moments de la décennie, passant ainsi d'un personnage au suivant pour mieux ensuite revenir au précédent. Le récit est ainsi extrèmement rapide, mêlant les citations, les réflexions et également les passages où l'auteur se rend sur les lieux pour parler avec les témoins contemporains.

 

Le lecteur est abreuvé pour son plus grand plaisir d'une multitude d'informations. Tel le train de l'Armée Rouge dirigé par Trotsky pour convertir conquérir l'ensemble de la Russie à l'idéologie communiste (décrit admirablement dans le récit), nous avons l'impression de faire un formidable voyage à mille kilomètes heure dans l'espace et dans le temps, où les lieux et les périodes se téléscopent.Pas de lignes droites mais des wagons qui s'entrechoquent, qui ne séparent violamment avant de se raccrocher désespérément.

 

Le lien entre tous ces épisodes : l'hésitation entre le retrait et l'engagement mais aussi la ligne de fracture dans l'idéal socialiste : l'anarchisme libertaire défendu par Trotsky et la dictature stalinienne...lutte fratricide qui mènera à l'assassinat de Trotsky.

 

A chaque ligne, nous sentons le plaisir de Deville à se plonger dans le bain bouillonnant des turpitudes du 20e siècle. Un récit habité, foisonnant qui allie l'érudition à l'amour de la langue. Magique !

 

Le lecteur en ressort nourri, abreuvé, conquis...Deville réinvente une nouvelle forme de récit historique en mêlant les multiples figures qui ont transité à un même endroit à la même époque. Le récit évenementiel laisse la place à de formidables portraits psychologiques, créés par de multiples petites touches à la manière des peintres impressionnistes. Mention spéciale à Trotsky, admirablement esquissé, figure tragique par excellence.

 


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