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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 12:01

ETATS-UNIS-1966

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/3/9/8/9782916589893.jpg

Editions Cambourakis, 2012

Une réédition d'un chef d'oeuvre méconnu de la littérature américaine des années 60. Don Carpenter (1931-1995), dont il s'agit ici de son premier roman, fut notamment l'ami de Richard Brautigan. 

La réédition de ce chef d'oeuvre fut saluée outre-atlantique entre autres par Georges Pelecanos, Jonathan Lethem et Richard Price. 

Le roman se déroule de 1936 à 1963 avec un bref prologue allant de 1929 à 1936 et raconte l'itinéraire tragique de Jack Levitt, orphelin vivant dans la ville sinistrée de Portland. D'orphelinats en maisons de corrections, de bars de billards américains en prisons du comté et d'Etat, l'auteur brosse le portrait tragique d'un jeune homme qui réfléchit sans cesse à la condition humaine, à la liberté et à la nature de la société. 

Sur 350 pages, Carpenter mêle différents styles allant de la description très rapide à la méditation du personnage. 

Tout l'intérêt du roman réside dans l'introspection du héros : Jack est une "monsieur tout le monde" sans talent. Il le répète sans cesse devant ses copains, as du billard américain. Ayant subi les déconvenues des maisons de correction et des prisons, il réfléchit sur la manière de faire le bien autour de lui. Mais si la vie n'était qu'un jeu de hasard comme une partie de billard ? La deuxième partie du livre, beaucoup plus introspective, est un chef d'oeuvre de psychologie. Malgré sa bonne volonté, Jack "le brave" n'arrive pas à être du côté des gagnants. Le roman est donc très noir et d'une profonde humanité ; les plus beaux passages sont sans aucun doute ceux où l'auteur analyse l'amitié à tendance homosexuelle de Jack et de Billy et aussi les pages où Jack s'interroge sur son rôle de père. 

Un roman carcéral magistral qui interroge les fondements de notre société. A souligner, le prologue de 8 pages, véritable chef d'oeuvre de concision, qui retrace 7 ans de la vie des parents de Jack : une moto rouge déferle dans un petit village et renverse trois cow-boys; au moteur de la bécane, un homme et une femme, deux crinières noire et blonde. Une vie qui déferle comme la moto, le bonheur, l'ennui, le drame. Rarement un écrivain aura décrit avec une telle fulgurance un destin, dans un festival de couleurs et de sons. Des parents au destin brisé, la chute, la vie de Jack commence ainsi que le roman...

Des phrases coupées dans le vif, sans fioritures, entrecoupées de beaux passages introspectifs, ainsi avance la plume de Carpenter. 

A redécouvrir. 

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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 21:58

1953

 

La lune dans le caniveau

 

Editions 10/18

 

L'un des chefs d'oeuvre de David Goodis, adapté au cinéma par Jean-Claude Beinex.

Ce court roman reprend le schéma de Cassidy's girl : un homme partagé entre deux femmes, le rêve de se sortir de la fange mais un destin inexorable qui tue la moindre velléité de bonheur.

 

William Kerrigan vit dans les ruelles lugubres des docks de Philadelphie entre un père et un frère alcooliques,  une promise hystérique ....et surtout un deuil inconsolable ; sa soeur violée et suicidée un an plus tôt. Les gouttes de sang séchées sont toujours éclairées le soir dans le caniveau, par la lune....

 

Un soir, dans un bar, il rencontre la jeune Loretta. Une belle femme, venue chercher son frère ivre mort. Elle incarne la figure protectrice et aussi la possibilité du rêve.

 

Pour oublier son désir de vengeance qui le mine, Sullivan et Loretta vont vivre une nuit dans un ailleurs fantasmé...

 

Comme à son habitude, Goodis joue sur un magnifique clair-obscur ; la lune dans le caniveau, c'est ce lieu hors du temps où le couple va pouvoir vivre son idylle. Une magnifique description de la lumière dans la nuit qui fait osciller la scène entre rêve et réalité.

Mais la lune dans le caniveau, c'est aussi le faisceau du destin qui poursuit sans fin les âmes désespérées. Les dernières pages sont vibrantes de poésie ; le grand coupable, ce ne sont pas les hommes, mais la nuit et le ruelles embourbées dans la fange. Un joli décor tragique qui matérialise, comme dans un film expressionniste, les forces du destin.

 

A noter aussi le leitmotiv des scènes du bar, où se jouent les scènes cruciales de la rencontre et de la tragédie finale. Les oeuvres de Goodis nous offrent de formidables huit-clos où la simplicité de l'intrigue est magnifiée par de superbes décors.

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 19:02

1968

 

 

Editions Moisson Rouge

 

Voici un chef d'oeuvre méconnu de l'auteur du célèbre Psychose, adapté au cinéma par Hitchcock. Bloch fut un auteur de polars et de science-fiction mais aussi un amoureux fou du cinéma.

 

Avant de devenir plus tard scénariste, il voulut écrire une trilogie de l'histoire du cinéma ; il s'en tint à ce crépuscule du cinéma muet et pour cause....il mit plus de dix ans à le faire publier, puis il fut publié en format poche. Puis traduit en français en 1974 plus de 20 ans après son écriture.

 

C'est un chef d'oeuvre trop méconnu, à réserver aux amoureux du cinéma mais pas seulement !

 

En guise d'introduction, une citation du roman :

 

" Si le silence est vraiment d'or, alors, le cinéma met fut notre âge d'or"

 

Hollywood ; 1922-1929. Splendeurs et misères du cinéma muet. L'histoire d'un jeune homme, Tom Post, orphelin  pour qui Hollywood est un rêve éveillé.

Son rêve : intégrer ce milieu. Un jour, il rentre par la petite porte dans le studio de Théodore Harker, un metteur en scène mythique. Tom est engagé par hasard comme scénariste ....autrement dit, comme responsable des sous-titres des films muets.

Il fait connaissance avec des actrices déjà étoiles déchues, un acteur au pieds en or...Amours, machinations...Le cinéma est une fosse aux lions, cela n'est pas sans nous rappeler Freaks.

 

Tom Post est amoureux, mais davantage du cinéma que de sa promise...Alors qu'il monte les échelles de la renommée, le monde du cinéma change : ce n'est plus le metteur en scène et ses folies qui sont rois mais le producteur qui fait ses calculs.

Ce n'est plus de l'artisanat mais une industrie....

 

Nous assistons alors au crépuscule du cinéma muet. Le passage du Crime et Châtiment muet à la version parlante est un chef d'oeuvre d'épisode tragicomique. Pendant ce temps, les personnages se perdent, aux prises avec des secrets monstrueux inavouables...

 

Bloch peint magistralement ce monde de passions maléfiques exacerbées, qui nous font penser à un film expressionniste allemand. En même temps, il nous donne à lire quasiment un documentaire sur cette période. Nous y découvrons tous les métiers : metteurs-en-scène anciens forains, scénaristes, producteurs, acteurs...et nous voyons comment les films sont devenus parlants.

 

Crépuscule, extinction...mais la passion et le souvenir restent. Comme dit Tom, on se souviendra de nous...

 

Un livre magique, hommage au 7e art. Après l'avoir lu, on a qu'une envie ; revoir un fim de Murnau ou de Lang...

 

 

 

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 15:42

Editions Gallimard, 1935

 

La Belle lurette

 

Collection "L'imaginaire"

 

De Henri Calet je vous avais déjà présenté Le tout pour le tout :

                                              http://passiondeslivres.over-blog.com/article-21560928.html

 

Avec La belle lurette nous sommes dans le même registre : ce récit autobiographique nous décrit le Paris ouvrier et artisan des années 30/40 : les bistrots, les maisons de passe, les usines, les viux appartements sentant l'urine...Il est d'ailleurs beaucoup question de fluides corporels dans ce récit ! Pisse, urine et merde sont au rendez-vous.

La mère d'Henri devient même Madame Caca et le petit homme en profite pour acquérir une solide expérience en la matière !!!!

 

"Je suis un produit d'avant guerre. Je suis né dans un ventre corseté, un ventre 1900. Mauvais début"

 

Une père anarchiste. Une mère "Madame Caca". Dure école de la vie !

La belle lurette, c'est la belle époque d'autrefois, les années d'avant l'entrée en usine. On admire la gouaille populaire de Calet à travers laquelle transparaît son amour pour les petits gens et son humour noir, anarchiste ! Prostituées, anarchistes, bistrotiers. Calet fait l'école de la rue et erre de petits métiers en petits métiers.

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 21:48

ETATS-UNIS, 1947

 

 

Editions Moisson Rouge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici d'une des oeuvres emblématiques de David Goodis, écrivain maudit, chantre du roman noir américain. Ayant vécu une vie de paria (il vécut jusqu'à sa mort chez ses parents, en sombrant dans l'alcoolisme), c'est un auteur oublié aux Etats-Unis.

Heureusement, François Truffaut a adapté Tirez sur le pianiste ! et depuis, la réputation de Goodis en France ne fait que grandir.

 

Cassidy's girl est une parfaire illustration de ce qu'est un roman noir ; le portrait d'une figure tragique, confrontée à son destin, qui ne fait que l'enfoncer dans la bout...

 

L'intrigue est simple ; Cassidy, ex sportif de haut niveau et ex pilote de ligne erre dans les bars des docks de Philadelphie depuis qu'il a été l'unique rescapé d'un accident d'avion dont il n'était pas responsable...mais il a été déclaré coupable. Depuis, il est chauffeur d'autocar et s'est marié avec une femme fatale, Mildred, qui ne fait que reluquer les autres hommes. Au bar, chez Lundy, alors que Mildred courtise un autre, Cassidy est attiré par Doris, une jeune femme timide qui n'a que la bouteille pour compagne...

 

Cassidy rêve de lui faire "quitter sa bouteille" et qu'ensemble, ils reconstruisent quelque chose de stable...Mais le destin semble s'acharner....

 

Ce que j'aime chez Goddis, c'est la simplicité magistrale de l'intrigue, admirablement construite (une situation de départ sordide, une porte de sortie possible puis....). Aucune fioriture, il va à l'essentiel et n'en fait que davantage ressortir l'épaisseur de ses personnages. Aucun scénario alambiqué, juste un homme partagé entre deux femmes.

On fait corps avec leurs rêves impossibles, leur chute, leur bien-être dans la boue.

Le tout présenté dans une atmosphère glauque tout en clair-obscur, sur les quais brumeux des docks de Philadelphie. La lumière est cette alcool démoniaque qui éclaire et brûle les âmes jusqu'à la damnation.

 

 

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 20:20

Un chef d'oeuvre sauvé de l'oubli

 

Les mers perdues

 

Editions Attila, 2010

 

Bande dessinée ? Sûrement trop réducteur ! Roman graphique ? Peut-être... Disons plutôt un fabuleux récit illustré par le grand illustrateur des Cités obscures, notamment. et aussi un carnet de voyages...

 

Les qualificatifs sont trop peu nombreux pour tenter de décrire ce magnifique objet ; signalons d'abord l'histoire de sa naissance, très originale.

Les jeunes éditions Attila, qui publient des "auteurs marginaux, pirates, maudits ou non traduits en français", mais surtout - ce qui nous intéresse plus ici - qui confient l’identité visuelle de leurs livres à de grands dessinateurs, décident un beau jour de faire redécouvrir Les Jardins statuaires un texte maudit de Jacques Abeille, auteur méconnu du grand public, texte qui a eu un destin pour le moins tragique ! Publié une première fois en 1982, victime de la faillite d'éditeurs ou de l'incendie des bureaux d'éditeurs , le tapuscrit a été égaré...Légende noire d'un texte sans nul autre pareil jusqu'à ce que les éditions Attila demandent à François Schuiten d'illustrer ce fameux romans.

 

A la lecture de ce dernier, Schuiten découvre d'étranges résonances avec son oeuvre ; il part rencontrer Jacques Abeille à Bordeaux et le convainc de faire un travail à quatre mains : Jacques Abeille écrit un court récit original s'inspirant des Jardins Statuaires (qui font initialement 500 pages !) et Schuiten l'illustre.

 

Ainsi naissent Les mers perdues, presque trente ans après le roman culte.

 

Bien sûr, Attila fait aussi paraître en même temps Les jardins statuaires.

 

Le récit des mers perdues tien à la fois du récit d'aventures, du conte philosophique, du récit fantastique et du carnet de voyage. On peut citer l'influence de Julien Gracq et de Tolkien.

 

Un dessinateur, un géologue et un écrivain sont rassemblés à la demande d'un étrange milliardaire qui ne se fait pas connaître pour tenir le journal d'une expédition dans un pays légendaire, celui des Mers perdues. Leur raison est mise à rude épreuve lorsqu'ils découvrent que ce pays légendaire existe vraiment...Ils découvrent les Hulains, les autochtones, de petits êtres qui les guident vers des cités étranges dominées par des immenses statues souvent effondrées ou alors défigurées par des maisons, des usines, des chemins de faire qui ont directement été construites sur ses dernières.

 

Quelle n'est pas la surprise des trois explorateurs quand la géologue découvre que ces statues n'ont pas été sculptées mais qu'elles ont été un jour vivantes et qu'elles ont poussées directement de la terre...

 

François Schuiten en territoire inconnu

 

 Emanations des puissances chtoniennes, elles ont été malmenées, détruites, torturées par la technique toute puissante des hommes.

 

Nos trois compères, happés par ce paysage fantastique, continuent leurs déambulations pour comprendre ce qui est arrivé aux statues...

 

L'interprétation de ce récit unique peut être multiple ; on peut sans aucun doute y voir une allégorie de l'histoire des rapports homme/nature passant d'une vénération à une exploitation sans borne.

Les fans de la littérature gracquienne y verront une méditation poétique pour des espaces abandonnés, où le regard humain est fasciné et amené à la rêverie.

Un peut aussi y voir un récit fantastique ou de fantasy, puisque les trois aventuriers découvrent un peuple méconnu.

 

 

 

  JPEG - 79.7 ko

 

J'ai commencé à lire Les jardins statuaires, le ton est très différent, très descriptif et l'action se passe dans des jardins de monastères où l'on cultive des statues...

 

Ici, c'est l'écrivain chargé de raconter le périple qui raconte l'histoire par lettre, à un ami, clandestinement, puisque son rapport ne soit pas aller dans d'autres mains que celles de l'étrange commanditaire...

Le récit, très fluide, fait donc alterner impressions subjectives et histoire de la découverte des statues.

 

Une des grosses découvertes de l'année...

 

 

 

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 12:49

Prix du roman populiste 1942

Le Pain des rêves

Editions Gallimard, Folio

Louis Guilloux, contemporain d'André Gide et de Camus, antifasciste dès la première heure, fait partie de ces écrivains somme toute assez confidentiels, mais dont l'oeuvre magistrale gagne absolument à être découverte.

Guilloux, l'écrivain breton qui a vécu toute sa vie à Saint-Brieux, est un écrivain populiste : son oeuvre, profondément humaine, met en scène le petit peuple, celui des artisans, comme les tailleurs et les cordonniers, ce peuple pauvre mais si grand. Comme il est dit sur le site
Les amis de Louis Guilloux "Dans toutes ses œuvres, il montre la détresse des êtres confrontés à l’injustice, à la guerre, à la solitude, au mal de vivre, de l’enfance à la vieillesse. Mais s’il peint le caractère tragique ou dérisoire de la condition humaine, il en souligne aussi la grandeur".

A noter que chaque année, le Prix Louis Guilloux récompense depuis 1983, à l'initiative du Conseil Général des Côtes d'Armor, "une oeuvre de langue française, caractérisée notamment, outre l'excellence de la langue, par "la dimension humaine d'une pensée généreuse, refusant tout manichéisme, tout sacrifice de l'individu au profit d'abstractions idéologiques".


Le Pain des rêves a été pour moi une véritable révélation ; c'est l'un des plus beaux récits d'enfance qu'il ait été donné de lire.
L'auteur (l'histoire est semi-autobiographique), des années plus tard, nous raconte son enfance pauvre dans la petite rue délabrée du Tonneau à Saint-Brieux, entre son vieux grand-père tailleur, un père absent, une mère généreuse et un petit frère handicapé. Mais peu importe si l'on est pauvre...Car il y a la nourriture des rêves consommée sans modération par le petit garçon ; il y a d'abord l'album de famille grâce auquel on peut partir en voyage car les cousins et les oncles sont devenus marins ou sont partis faire fortune dans les colonies.
Puis les personnages pittoresques de la rue comme le crieur ou La fée, vieille marchande.
Puis vient le temps de la procession de la Sainte-Vierge puis celui des Théâtres ambulants....Au fil des découvertes et des rencontres, l'enfant se constitue toute une imagerie qui émerveille son enfance. La lecture ne fait qu'"aggraver" cette tendance. 

Attention ! Ce roman n'est pas du tout mièvre et évite les images d'Epinal ; il s'agit avant tout de décrire l'émerveillement de l'enfant  et surtout de percer l'humanité de chaque personnage qui devient inoubliable ; comment ne pas oublier l'ancien marin qui rêve désormais avec sa pipe devant son bateau miniature, le cousin Michel qui a renoncé à ses rêves de jeunesse et à la belle Gisèle, épiée par l'enfant, derrière les vitres de sa boutique des merveilles, emplie de jouets et de masques.

Touts ces personnages ont une grandeur qui nous touche profondément ; l'humour n'est jamais absent, surtout à travers la fantasque cousine Zabel et ses folles aventures avec son amant.

Tout cela écrit dans une belle langue simple et classique, racontée par l'enfant devenu homme.

Si je devais vous conseiller un livre de Noël, ce serait celui là : une ode aux merveilles de l'enfance et à la force de la famille. Un chef d'oeuvre.

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 23:10

1930

Le bal

Editions Grasset, collection "Les Cahiers rouges"

Toujours l'argent et la vengeance...Dans son deuxième opus, Némirovsky quitte les affres de la vieillesse pour étudier les aspirations de l'enfance..Le Bal est considéré comme l'un des rares chef-d'oeuvre consacrés à la description des tourments de l'enfance, au même titre de Frankie Adamsde Carson MacCullers.

Les Kampf sont une famille de parvenus récemment passés de la gêne à l'opulence grâce à de l'argent habilement placé en bourse. Pour "épater la galerie" et faire leur entrée dans le monde, ils décident d'inviter tout ce que Paris compte de banquiers, comtes et autres personnalités importantes...Leur fille, Antoinette, 14 ans, est conviée à la rédaction des cartons d'invitation...mais pas au bal.

Habituée à se faire constamment rabrouée par sa mère, Antoinette se voit catégoriquement refuser l'accès au bal. Elle restera avec sa gouvernante dans la lingerie ou dans le débarras pendant que sa chambre servira de salle de repas.

Qu'à cela ne tienne...Antoinette, comme sa mère, est éprise de belles robes et d'amour. Pourquoi n'aurait-elle pas le droit de de danser elle aussi ? Lorsqu'elle va poster les invitations avec sa gouvernante, lui vient l'idée d'une vengeance cruelle....

Chez Némirovsky, les victimes de la mesquinerie ambiante n'ont pas dit leur dernier mot...Ils peuvent inventer milles stratagèmes pour faire tout basculer.

A travers cette fable cruelle et grinçante, l'auteur se gausse de cette bourgeoisie juive parvenue qui ne rêve que de ses pavaner devant le beau monde. Antoinette est un magnifique personnage : une enfant romantique, rêveuse, capable de haine féroce lorsqu'elle n'obtient pas ce qu'elle veut.

Le lecteur n'oubliera pas de si tôt la confrontation mère-fille et la jouissance de la "jeune fille en fleur" devant la déroute de la mère. Ce roman est un récit d'une férocité jouissive. ..Tout comme dans David Golder, le personnage principal exprime directement sa rancune, ses rêves, la vérité criante de l'enfance bafouée.

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 22:23

1929

David Golder

Editions Grasset, collection "Les cahiers rouges"

Et dire que j'ai tant tardé à découvrir l'auteur de Suite française, prix Renaudot 2005 ! J'ai été si enthousiasmée que j'ai envie de lire toute son oeuvre !

Présentons brièvement Irène Némirovsky : elle naît en Ukraine, à Kiev en 1903. Fille de banquier, elle et sa famille son chassées de Russie après la révolution bolchévique ; ils s'installent en France. Irène avait découvert le français grâce à sa mère et à son institutrice française. Son premier roman, David Golder, paraît en 1929. Suivront Le bal, Les feux de l'automne, et son roman posthume Suite française. Elle sera déportée à Auschwitz où elle pourra en 1942.

Dans ses romans d'une réalisme et d'une finesse psychologique incroyable, elle peint avec férocité un roman empoisonné par la puissance de l'argent roi.

Dans David Golder, elle brosse le magnifique portrait d'un veil homme d'affaire juif, malade, ruiné, qui se fait "dévorer" par sa femme et sa fille qui n'en veulent qu'à son argent. Mais Golder, à l'article de la mort, n'a pas dit son dernier mot...

Ce personnage suscite dégoût et pitié ou tendresse. C'est un financier hargneux qui a causé le suicide de son associé. Seules les affaires le font vivre. Mais lorsqu'il tombe malade, et que sa famille comprend qu'il ne pourra sans doute plus subvenir à ses besoins, sa femme le harcèle pour qu'il lui laisse quelque chose à son nom. Et sa fille (mais est-ce vraiment sa fille?) ne cesse de le quémander pour qu'il lui achète des robes et des voitures...

Némirovsky excelle dans la peinture du monde des affaires juif pour qui l'argent est la fin ultime. Elle n'hésite pas à appuyer sur les défauts physiques et psychologiques de ce milieu matérialiste ; la femme, en particulier, qui passe sa vie en compagnie de gigolos, est décrite comme un pantin plein de graisse couvert de bijoux.

Le personnage de Golder échappe cependant à la noirceur complète de ce milieu. Cette histoire est d'abord la tragédie d'un vieil homme mal aimé. Malade, il découvre finalement la misère de l'âme solitaire et la vanité des biens matériels. Le lecteur ne peut s'empêcher d'éprouver de la tendresse devant l'agonie du vieillard roulé par sa famille, qui revient finalement sur les chemins nostalgiques de son enfance.

Ce roman m"a fait d'une part  pensé à l'univers balzacien par sa description hyperréaliste d'un monde pourri par l'argent (on pense à Goriot même si Golder est un financier véreux qui n'a rien à voir avec la grandeur d'âme du héros balzacien). Deuxième double de Golder : Citizen Kane d'Orson Wells. Au crépuscule de sa vie, l'homme d'affaire repense avec nostalgie à son enfance...

Ce roman cruel a tout d'un chef d'oeuvre brûlant de vérité. Némirovski excelle dans des petits monologues intérieurs où des personnages brisés mijotent leur rancune...

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 16:02

...de Pierre Bost

Récit publié en 1945

Monsieur Ladmiral va bientôt mourir

Editions Gallimard, L'imaginaire

Pierre Bost ; encore un nom sauvé de l'oubli par la collection L'imaginaire....Né en 1901, cet écrivain a eu un parcourt original ; il a été écrivain et dramaturge pendant l'entre-deux-guerres. Il participa, dans la lignée de  Proust, au renouveau du roman psychologique et fut qualifié  de "peintre de l'âme".

Puis à partir de 1945, il devient scénariste ; avec Jean Aurenche, il signe le scénario de films très connus tels Le diable au corps  de Claude Autant-Lara, Jeux interdits et Paris brûle-t-il de René Clément. Puis vient une étroite amitié et collaboration avec Bertrand Tavernier (L'horloger de Saint-Paul et Que la fête commence .
Tavernier lui rend hommage en 1982 en réalisant Un dimanche à la campagne,tiré du dernier roman de Pierre Bost, Monsieur Ladmiral va bientôt mourir.

Un dimanche à la campagne

Ce texte, simple et magnifique, au charme désuet, est une chronique familiale douce amère.
Monsieur Ladmiral, soixante-treize ans, est un peintre à la retraite qui vient de ses retirer dans la campagne proche de Paris. Ce fut un peintre de tradition, qui reçut tous les honneurs, parce qu'il choisit le classicisme au détriment de toutes les révolutions picturales de la fin du 19e  et du début du 20e siècle (impressionnisme, cubisme...). Maintenant, il regrette un peu. Mais il a compris ce qu'il aurait du faire, c'est le principal...
Il commence à vieillir si bien qu'il met de plus en plus de temps à rejoindre la gare pour accueillir son fils et sa petite famille chaque dimanche. Car c'est un rituel désormais : Gonzague vient avec sa femme Marie-Thérèse et leurs deux enfants rendre visite à leur père. Ils incarnent le devoir filial, le confort petit-bourgeois, les valeurs morales. Monsieur Ladmiral se gausse discrètement de ce fils qui a voulu à tout prix lui ressembler. Il souhaiterait bien que ce fils trop sage, "trop académique" se rebelle un peu...Et puis il y a le regard moqueur et plein d'humour des deux jeunes enfants sur leurs parents...

Ce dimanche va être bouleversé par l'arrivée impromptue d'Irène, la fille cadette, la libérée qui "tient boutique" à Paris et qui collectionne les amants. Elle incarne certes la désinvolture mais aussi une promesse de vie pour son père...même si sa visite est de courte durée...

D'où  vient le charme de ce récit si simple ? C'est d'abord un récit d'une ironie mordante, voire d'une certaine férocité (la chute est incroyable !). L'auteur et Monsieur Ladmiral se moquent des petits bourgeois guindés incarnant les valeurs familiales traditionnelles. Ces dernières appartiennent à l'ancien-monde et ne peuvent que déplaire discrètement à Monsieur Ladmiral, qui lui non plus, n'a pas su apprivoiser la modernité. Quant à la frivolité, finalement, c'est un chemin vers la vie, vers l'inconnu.

Bost saisi avec une infinie justesse toutes les petites jalousies familiales, les rancoeurs et les regrets d'une vie. C'est bien un peintre de l'âme...

C'est aussi un peintre impressionniste. En lisant ce récit au charme désuet, nous avons l'impression de passer un après-midi en compagnie de Renoir et de Monet. Il y a ce chevalet qui attend que le vieux peintre veuille bien saisir un éclat de soleil sur les champs...Puis il y a ce jardin, cette tonnelle où la famille se retrouve, discute autour d'un thé...

Un beau voyage entre autrefois et aujourd'hui que j'ai très envie de découvrir en film...



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