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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 17:47

ETATS-UNIS



Editions Le cherche Midi, collection "Lot 49", 2008

Brian Evenson est une voix à part dans la littérature américaine. Ancien prêtre mormon, on peut dire que sa prose tient à la fois de Kafka, Borges et de Tarantino !
Son dernier opus oscille entre thriller, absurde et récit d'horreur.

Imaginez Kline, un détective privé qui se fait couper la main au hachoir par l'un de ses ennemis. Qu'à cela ne tienne, il se fait cautériser illico sur une plaque de cuisson en oubliant pas de tuer son mutilateur !!!
Alerté par son courage extrême, deux drôles de bonshommes comiques, mutilés également,  lui demandent de rejoindre "la confrérie des mutilés" pour enquêter sur le meurtre du leader de la secte.... Sauf qu'arrivé dans le mystérieux établissement, il n'y a pas de corps et il se pourrait bien qu'il n'y ait même pas eu de meurtres...De toutes façons, on lui annonce qu'ici, "c'est la chair contre le sang" : pour savoir, il faut perdre un membre à chaque fois. ...Car, pour monter dans la hiérarchie, il faut utiliser le plus possible le hachoir...Ainsi, les hommes sont appelés les un, les deux jusqu'à 12. Je vous laisse deviner l'état des 12.....

Jusqu'où Kline va-t-il aller pour percer le secret de la confrérie ?

L'écriture, tout en étant très froide, très épurée, laisse transparaître une certaine ironie, une dose d'humour noir : les personnages ressemblent à des pantins, tel le duo de mutilés qui convoquent Kline. Les situations sont si absurdes, les personnages sont si flous et manipulables qu'on en sourit.

La fin est véritablement gore et apocalyptique et évoque les tueries des films de Tarantino tel Kill Bill, atmosphère amenée par le trop plein d'hémoglobine.

Mais derrière l'humour noir, la surenchère et les situations absurdes, transparaît une réflexion sur le rôle de la croyance religieuse et ses dérives.
L'auteur est un ancien mormon et a dû rompre avec sa famille pour pouvoir écrire. Les références religieuses abondent : en guise d'introduction, une citation de Mathieu"si ton oeil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi...et si ta main droite est pour toi  une occasion de chute, arrache-la et jette-la loin de toi...". Kline apparaît comme un sauveur, un rédempteur et le feu purificateur évoque l'apocalypse.
Et si ce roman était une métaphore des dérives religieuses aux Etats-Unis ?

Outre la réflexion philosophique, nous apprécierons des dialogues absurdes, un décor mystérieux constitué de chambres d'hôpital et de couloirs sans fin et un personnage principal qui est dépassé par ce qui lui arrive.

Assurément l'une des oeuvres les plus mystérieuses de la littérature américaine, à la croisée de plusieurs influences littéraires et cinématographiques.

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 19:19

GRANDE-BRETAGNE

Quelque chose à te dire

Editions Christian Bourgois, 2008

Hanif Kureishi, anglo-pakistanais né en 1954, est le plus célèbre représentant de la "world litterature", la littérature métissée  anglo-saxonne (et qui a fait des émules comme par exemple Zadie Smith). C'est Le boudha de banlieue qui l'a fait connaître. On lui doit également des scénarios de films comme Ma beautiful Laundrette. Ses thèmes de prédilection sont l'immigration, le désir et secondairement l'homosexualité.

Il brosse ici un magnifique portrait d'une génération,celle des gauchistes des années 60, qui sont tombés dans le matérialisme le plus pur à l'aube des années 2000. Avec en toile de fond le multiculturalisme de la société londonnienne.

Le prétexte de l'intrigue est très subtil : c'est un psychanalyste qui prend la parole, nous présente son métier (le gardien des secrets ou encore une benne à ordures qui recueillent toutes les fautes inavouées des patients, toute leur culpabilité). Puis on apprend au fil des pages qu'il garde lui-même un secret au fond de lui, quelque chose dont il n'a jamais guéri. Tout consistera donc pour le narrateur à accoucher de ce secret, à dire cette parole enfouie, à "avoir quelque chose à dire". C'est donc le psychanalyste qui entame sa propre psychanalyse. Avec comme arrière plan métaphorique l'inceste et le complexe d'oedipe. Tout est formidablement orchestré.

Portrait intime donc (un homme peut-il encore tomber amoureux à 50 ans ? le poids de la culpabilité, l'absence de désir, le poids du passé). Jamal, le psychanalyste anglo-pakistanais va retrouver deux personnes, dont son premier amour,  ce qui va l'obliger à rouvrir les plaies du passé).
Un portrait tout en subtilité qui aborde la question de la paternité, de la faute mais aussi la nécessité du désir.

Ce portrait intime prend place au sein d'une société foisonnante où les portraits déjantés apportent un rythme effréné au livre. Et c'est sans aucun doute le plus grand talent de Kureishi : aborder un sujet subtil, intime à la charge émotionnelle indéniable avec un humour à toute épreuve et des personnages hauts en couleur : la soeur Myriam, ex-gothique hystérique, l'ex petite amie Karen, une présentatrice télée foldingue, Henri, le meilleur ami, metteur en scène en panne d'inspiration, des couples d'homosexuels très attachants, une mère qui devient lesbienne sur le tard. On va voir les putes, on pratique l'échangisme. ...Kureishi se fait l'habile observateur des moeurs contemporains, d'une société de consommation malade. Ce pourrait être du Houellebecq. C'est au contraire une formidable farandole humaine enjouée et rythmée qui s'interroge sur la force des sentiments et du désir.
Avec en arrière-fond la réflexion sur le passé colonialiste de la Grande-Bretagne et la politique de Tony Blair qui mènera aux attentats islamistes.

Kureishi traque l'intime et le social  tout en nous offrant une intrigue rythmée et fantaisiste. Un livre qui m'a donné envie de découvrir l'ensemble de son oeuvre.

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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 22:16

ETATS-UNIS -Adaptation cinématographique par Terry Gilliam



Editions Naïve, 2006

Voici un récit mystérieux qui ne ressemble à aucun autre ; on pourrait le qualifier d'Alice au pays des merveilles gothiques...En effet, l'auteur nous dévoile la force que peut avoir l'imaginaire d'une petite fille face à la mort.

Tout commence comme La petite maison dans la prairie : une petite fille nommée Jéliza-Rose emménage avec son père dans une maison au fin fond de la campagne texane. On apprend vite que son père, ex rocker, est un junkie et que sa mère vient de mourir. D'ailleurs, le père, lui non plus, ne va pas tarder à rendre l'âme suite à une overdose. Mais cela, nous le devinons que progressivement car tout est vu par les yeux de l'enfant. Jeliza-Rose est livrée à elle-même ; elle parfume et coiffe son père et découvre le monde alentour : des écureuils "Superman", des lucioles, des hommes des marais....Elle a pour seule amie une tête de barbie, Classique, avec qui elle dialogue sans cesse. En se promenant dans les environs, elles vont apercevoir une grande silhouette féminine. Est-ce une reine ? Une sorcière ?

Je vous laisse découvrir la suite...Ce qui frappe dans ce livre, c'est d'abord sa puissance visuelle. Les éléments féeriques côtoient les sujets les plus morbides ; Jeliza-Rose nie la mort de son père et s'invente un scénario avec ses poupées Barbies. Elle rencontre des personnages foldingues. Sont-ils réels ? Fantasmés ? A vous de choisir !

Tideland, c'est l'imagination passionnée de l'enfance et la transfiguration de la mort. Maquillage, animaux empaillés, momifications...Le roman multiplie les évocations des "rituels mortuaires".

On peut parler de conte noir ; la féerie côtoie toujours le morbide le plus sombre. L'auteur adopte le point de vue de Jeliza-Rose si bien que nous sommes plongés dans le cerveau déjanté de la petite fille qui s'invente une vie, des amis, un mari. Un champ devient un vaste océan où l'on va tuer le méchant requin...

Cela pourrait être du Tim Burton pour la puissance visuelle , le côté burlesque en moins. Fantasmes, folie, rêves : bienvenue dans un monde revisité par l'enfance meurtrie...

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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 16:15
Vincennes- 26, 27, 28 septembre 2008

Festival America

"L'Amérique-Monde"

A noter à Vincennes le week-end prochain, le festival de la littérature américaine. Pour sa 4ème édition, ce salon est consacré à la littérature issue de l'immigration. En effet, depuis quelques années, bon nombres d'écrivains originaires d'Afrique, de Colombie, d'Asie par exemple redynamisent la littérature américaine et offre bien souvent une vision désenchantée ou douce-amère du rêve américain.

http://www.festival-america.com/Edito.htm

A noter qur la "littérature de l'immigration" n'est pas une originalité de la littérature américaine. Rappelons que la littérature française, avec des noms tels Alain Mabanckou, Fatou Diome ou Léonora Miano, interroge également ces questions, notamment à travers la question du statut de la littérature francophone.

Parmi les titres de ces auteurs américains, présents au Festival America, citons :

Dinaw Mengestu

Les belles choses que porte le ciel
Les belles choses que portent le ciel

Colson Whitehead

Ballades pour John Henry
Ballades pour John Henry
Et puis aussi d'autres titres que je vais découvrir :

Miles fron nowhere de Nami Mun
Miles from nowhere

L'odyssée d'une jeune coréenne immigrée sous forme de descente aux enfers dans l'univers de la drogue et de la prostitution. Inspiré de la vie de l'auteur.

Bêtes sans patriede Uzodinma Iweala

Bêtes sans patrie

Par un auteur d'origine nigériane. Incontestablement, l'un des grands romans de la rentrée. La guerre africaine racontée par un enfant-soldat sur une traduction d'Alain Mabanckou.

Dans la villes de veuves intrépidesde James Canon

Dans la ville des veuves intrépides

On dit de l'auteur que c'est l'héritier de Garcia Marquez et du réalisme magique. Ce jeune colombien signe un récit baroque hilarant sur des femmes qui sont restées toutes seules au village. En l'absence des hommes, elles montent un bordel et se font élire maire...
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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 22:32

ETATS-UNIS

Le bûcher de Times Square

Editions du Seuil "Fictions et Cie", 1980

Robert Coover, écrivain américain de premier plan, est connu pour ses fresques irrévérencieuses sur les travers de l'Amérique. Il est considéré avec Thomas Pynchon et William Gass comme l'un des fondateurs du roman post-moderne et récuse à ce titre toute idée de réalisme. Ses fictions oscillent toujours entre tragédie et burlesque.

Ce roman est son titre le plus connu ; il prend pour point de départ l'un des plus grands scandales politiques américains du 20e siècle, à savoir la condamnation à mort des époux Rosenberg pendant la Guerre de Corée en 1953, pour avoir soit disant livrer le secret de la bombe atomique à l'URSS. Le roman relate de manière burlesque les trois jours qui ont précédé leur mort sur la chaise électrique. La chasse aux sorcières, la guerre de Corée, la nouvelle croisade contre les impies d'Eisenhower et de Nixon. Coover s'inspire de faits réels (la biographie des deux juifs communistes, les différentes étapes du procès) pour faire de cette fable foraine un examen clinique de la politique-spectacle des Etats-Unis. 

Il imagine que les autorités américaines ont concocté une exécution à grand spectacle où sont convoquées toutes les grandes figures de la culture américaine, de Mickey à Cecil B De Mille, de Laurel et Hardy à des chanteurs mythiques. Tous se rassemblent autour du bûcher de Times Square pour célébrer la victoire de l'Oncle Sam (qui symbolise l'esprit américain) contre le Spectre (le communisme).   Car dans cette immense foire, les idées sont personnifiées. Le mythique Oncle Sam avec son grand chapeau, sa barbichette et son accent texan incarne l'esprit américain obsédé par  la persécution des ennemis de l'Amérique, en l'occurrence les communistes. Il apparaît comme une marionnette foldingue qui se contrefout d'un procès bâclé, des fausses preuves...Ce qu'il veut, c'est trouver une incarnation, c'est à dire un nouveau président pour défendre ses idées. Il se trouve qu'il a choisi d'introniser Richard Nixon, pour l'instant vice-président.

Cette intronisation, qui dure pendant les trois jours qui précèdent l'exécution des Rosenberg, ne vont donc pas être de tout repos pour Nixon ! D'autant plus qu'un juge de la Cour Suprème , contre l'avis des autres juges, a accepté l'appel des condamnés à mort. Les juges sont donc obligés de revenir de vacances...

Les chapitres font alterner une narration omnisciente avec l'histoire contée par Nixon qui nous fait vivre à l'instant T son parcours du combattant : comment va-t-il faire pour convaincre les juges, liquider les démocrates...En même temps, il se souvient de ses souvenirs d'enfance, de son mariage, de ses premiers émois sexuels et co^mpare son itinéraire avec celui de Julius et Ethel Rosenberg. Je ne vous dit pas tout mais sachez que le discours de Nixon réserve bien des surprises graveleuses !Tous les personnages ressemblent à des pantins burlesques mus par une folie meurtrière non justifiée. Sexe, violence, mauvaise foi sont au rendez-vous.

La condamnation devient une grande fête foraine rassemblant tout le gotha mondain ; les chansons folkloriques se succèdent, tous les grands personnages représentatifs de la culture américaine.

Bien sûr, on peut parler d'outrance. Mais ce qui est génial, c'est que c'est du caricatural, de l'aspect farcesque que naît la vérité de la pensée américaine. Coover ne cherche pas à défendre les communistes mais au contraire à mettre en relief une société manichéenne qui ne vit que dans le conflit. Ce récit est d'autant plus universel et intemporel que l'on pourrait remplacer le spectre communiste d'hier par l'islamism d'aujourd'hui. On est en effet frappé de la similitude entre les discours d'Eisenhower et ceux de Bush. A travers la fiction, Coover se fait l'analyste de la logorrhée américaine. Du pur divertissement et en même temps une fine analyse de la politique américaine qui a toujours eu besoin d'un ennemi pour exister.

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 22:12

ETATS-UNIS

Tout est illuminé

Editions de l'Olivier, 2003

Avec deux romans seulement à son actif, Safran Foer est devenu l'enfant prodige de la jeune littérature américaine. Je vous avais présenté il y a quelques temps Extrèmement fort et incroyablement près, son deuxième opus.

On retrouve dans son premier roman la même originalité : un style inimitable, un mélange de bouffonnerie et de tragédie, un travail sur la langue et la narration et une description des liens familiaux très émouvante.

Alors qu'Extrêmement...est fondé sur le 11 septembre 2001, ce premier opus repose sur les coutumes juives yiddish.

En Ukraine, une famille qui tient une agence de voyage très spéciale est contactée par un jeune écrivain juif américain -Jonathan Safran Foer !- qui veut retrouver la femme qui a sauvé son grand-père des persécutions nazies  dans le mystérieux village de Trachimbrod...Et voila qu'Alex, le fils du propriétaire de l'agence spécialisée dans ce genre d'affaires, est chargé d'emmener l'écrivain sur les lieux en compagnie....de son grand-père faussement aveugle et de son chien pour aveugle....

L'écrivain surnommé par Alex Le héros n'est pas au bout de ses surprises, surtout qu'il n'aime pas les chiens...Le burlesque naît de l'image de l'Amérique véhiculée par les Ukrainiens.

Les chapitres font alterner l'histoire mythique du village de Trachimbrod, de 1791 à 1942 (histoire écrire par l'écrivain-héros, alias Safran Foer) et les lettres d'Alex adressée à l'écrivain dont il est en train de traduire le roman.

Tout commence par une bouffonerie sans nom : Alex parle "en petit nègre" (chapeau pour la traduction) avec des expressions mythiques telles que "être charnel avec une fille " ou "manufacturer des RRR" pour dire ronfler ! C'est d'abord ce travail remarquable sur la langue qui fait le génie de ce  récit.

Lorsque nous dégustons la première partie, nous avons l'impression de voyager dans un film de Kusturica ou encore de lire un roman sud-américain hérité du réalisme magique ; le roman regorge de situations truculentes et surréalistes (un bébé qui émerge des eaux, un homme qui vit avec une scie dans la tête, une communauté juive dévisée entre Verticalistes et Avachistes !!!) Ca rit, ca danse, ça crie.

Puis petit à petit, le drame s'immisce en douceur jusqu'en 1942 où les nazis massacrent les juifs d'Ukraine.

Finalement, c'est Alex qui en apprendra davantage sur son passé que Safran Foer. Car les souvenirs du grand-père ressurgissent ...

Tout est tellement bien construit que nous avons l'impression à certains moments que la vie de l'écrivain et celle d'Alex, leur passé, se confondent.
Quant au titre énigmatique, il désigne tout aussi bien une tragédie que la fureur érotique...

Avec ce roman qui ne ressemble à aucun autre, Safran Foer réaffirme la puissance du romanesque qui est capable d'embraser les sentiments les plus contradictoires, allant du profane au sacré, du burlesque à la pure tragédie. Roman rime ici avec Vie ; en même temps, il renouvelle la tradition du roman juif américain en inventant un nouveau choc des cultures drolatique entre les américains et les ukrainiens ...Comme dans Extrêmement..., la grande Histoire se mêle à des histoires de famille tragiques.

Quel premier roman !

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 18:49

NOUVELLE-ZELANDE

Mister pip

Editions Michel Lafon, 2008

Voici un livre qui nous vient de très loin, qui nous attire par sa couverture très originale, et qui nous laisse un souvenir très émouvant sur les pouvoirs de la littérature.

L'intrigue se déroule dans le Pacifique, à Bougaiville, sur l'une des îles Salomon minée par les guerres civiles, dans les années 90 ; des rebelles se soulèvent contre les concessions minières exploitées par les australiens. Les indigènes de couleur noire sont assaillis par des raids incessants. Alors que les femmes et les enfants sont seuls dan les villages, un mystérieux bonhomme, Monsieur Watts, surnommé Bel Oeil, s'évertue à tenir la classe pour les enfants. Mais ce n'est pas un cours ordinaire puisque Watts leur fait découvrir la vie avec Mister Pip, le héros des Grandes espérances de Charles Dickens. Chaque jour, un nouveau chapitre est lu ; Matilda et ses camarades s'identifient à ce petit orphelin de Londres qui voit un jour la chance lui sourire ; un autre monde s'ouvre, l'espoir renaît et on oublie la guerre...Mais les atrocités reprennent vite du galop, même devant la littérature....

Car Bel Oeil et les pouvoirs de la littérature ne sont pas bien vus par les mères de famille très traditionnelles qui croient encore au pouvoir du diable. Qui est ce professeur qui envenime l'esprit de leurs enfants avec les sornettes d'un roman ?

L'intrigue savamment menée nous réserve des moments très violents et aussi des passages très fort sur ce que peut la lecture. L'orpheline Matilda, la petite noire, s'identifie au petit blanc londonien, orphelin lui-aussi ; ce dernier lui donne le courage de ne pas perdre espoir et de quitter son île lorsqu'il le faudra. Une jolie réflexion sur les pouvoirs atemporels et aculturels de la lecture.

A travers cet émouvant récit d'enfance, nous découvrons également l'instabilité politique d'une région très peu connue du globe. Et il y a avant tout ce professeur Watts, cette énigme de dernier blanc sur une île noire en guerre, dont nous découvrons petit à petit l'étrange secret...

Un titre étonnant qui a concouru pour le Man Booker Pize qui récompense les auteurs du Commonwealth. Un roman d'apprentissage qui fait preuve d'une  belle leçon d'humanité.

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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 21:06

ETATS-UNIS -National Book Award, 2007

La chambre aux échos

Editions Le cherche midi, collection Lot 149

Ce titre a été salué comme l'un des grands romans de l'année 2008 ; saluons l'originalité d'une telle oeuvre qui ne ressemble à aucune autre ! Il faut dire que Powers a un parcours très particulier : scientifique à l'origine, il fait des études de physique et travaille dans l'informatique; il se passionne également pour la musique ; puis, le virus de la littérature le prend ; à ce jour, trois de ses romans sont traduits en français dans la célèbre collection Lot 49, dirigée et traduite par Claro.

Comment définir ce roman tant ses portes d'entrée sont nombreuses ? Réflexion sur les défaillances du cerveau et les progrès de la neurologie, focus sur la disparition des grues dans le Nebraska, drame intimiste, ou récit aux allures d'énigmes ? C'est tout à la fois ! Je ne suis pas sûre d'avoir saisi toute la philosophie du récit mais ce roman touche vraiment le lecteur. Sous ses allures de récit à énigme scientifique, le roman touche par son écriture limpide et son intrigue savamment menée.

L'histoire se déroule dans l'Amérique profonde, le long des marécages du Nebraska où, chaque année, des milliers de grues viennent se poser pour se reposer de leur migration annuelle.
Un soir, Mark Schluter, 27 ans, a un grave accident de la route ; lorsqu'il se réveille du coma, il retrouve à son chevet sa soeur, Karin, qui revient sur sa terre natale pour le soigner. Mais ce dernier semble atteint du syndrome de Capgras : alors qu'il reconnaît parfaitement les traits de sa soeur, il est persuadé que cette dernière a été remplacée par un sosie lui ressemblant parfaitement. Il la reconnaît physiquement, intellectuellement, mais pas émotionnellement. Karin, déboussolée, va contacter Werber, un neurologue très médiatique, qui soigne ses patients en parlant avec eux et qui refuse la médicalisation de la neurologie.

La rencontre de ces trois êtres va bouleverser leur vie et celle de Barbara, l'aide-soignante de Mark, qui l'aide à reprendre pied. Puis il y a aussi Daniel, l'écologiste forcené, qui défend l'espace vital des grues....

A cette intrigue "médicale", s'ajoute une "enquête" rondement menée;  A son réveil, Mark trouve à son chevet un papier marqué :

"Je ne suis personne
mais ce soir sur la North line
DIEU me conduit jusqu'à toi
pour que tu puisses vivre
et ramener quelqu'un d'autre"

Qui est l'ange gardien de Mark ? Ce dernier n'aura de cesse de  retrouver ce témoin mystérieux qui l'a sauvé ?

Tous les personnages sont en fait à un tournant de leur vie et traversent une crise existentielle ; ensemble, ils vont tenter de mieux se comprendre.
Entre deux réflexions sur les dysfonctionnements du cerveau, les personnages tentent de comprendre leurs limites et leur crise avec autrui.

Ne vous laissez pas dissuader par le thème scientifique de l'intrigue : il s'agit d'abord de condition humaine et de réflexion sur l'identité et les émotiens ; on retrouve parfaitement l'itinéraire de l'auteur dans le parcours du neurologue Weber ; il fait de chaque "cas" neurologique, une fiction, un récit. La science devient littérature.

D'ailleurs, la moralité du roman ne serait pas que tout est finalement fiction ? Pour garder son unité, pour survivre, la conscience crée des récits cohérents qui ne coincident pas forcément à la réalité. La vérité se cache souvent derrière un voile de fiction, de mensonge.....

On appréciera également que ce récit intimiste est aussi en phase à les grands problèmes de civilisation contemporain : la guerre, la disparition des espèces naturelles...

Un récit d'une richesse captivante.

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 19:48

ETATS-UNIS, 2004

La famille royale

Editions Actes Sud

Voila c'est fait ! Il est vrai que j'ai ramé pas mal quand même ! Cette plongée vertigineuse dans les bas-fonds de San Francisco me laisse un peu perplexe. On a crié au chef d'oeuvre (la longueur est-elle maintenant un critère pour honorer un livre ???). C'est un bon livre qui dérange, qui interpelle mais je trouve quand même le ton et la narration très classique.

Je vous résume l'intrigue : Henry Tyler, détective privé, est embauché par un sale type, un homme daffaires qui veut créer un vaste bordel virtuel comme un parc d'attraction. Pour cela, il doit capturer la mystérieuse Reine des Putes qui règne sur les bas-fonds de San Francisco. Tyler s'immisce dans la prostitution et est adopté par la famille royale, le royaume des prostituées, avec à sa tête leur Reine, qui les protège et leur fournit toutes sortes de drogues. Mais Brady est à la tête d'une "congrégation morale" qui veut éradiquer toute prostitution illicite. La famille royale est menacée et en passe d'être détruite...

Si vous n'appréciez pas les détails scabreux dans la littérature, passez votre chemin ! Vollmann décrit l'ensemble des prostituées comme une vaste colonie d'insectes, d'où la référence à de nombreux fluides comme le sperme, la salive, la sueur, le sang. On communique, on s'aime avec les fluides et moins avec la parole. Il y a aussi un pédophile, Dan Smooth, qui est de loin, le personnage le plus attachant du livre.

L'aspect le plus intéressant de cette grande fresque est sans conteste la référence constante à la Bible. Toute l'histoire est vue comme lutte contre le mal incarné par les prostituées, représentantes des idoles du pays des Cananéens. Ces idoles ont été détruites par Jésus. De même, Henri Tyler est en perpétuel conflit avec son frère John et cette lutte est comparée à la lutte perpétuelle entre Abel et Caen. A plusieurs reprises, Tyler déclare qu'il porte la "Marque de Caen".

Chaque chapitre est précédé d'une citation de la Bible qui replace l'intrigue dans la Grande Histoire biblique.

Assurément, Vollmann se place du côté des Cananéens ; en effet, le peuple élu est représenté par des sbires fanatiques et l'éradication de la famille royale donne lieu finalement à un parc de débauches.

Henry Tyler quitte le monde d'en haut, celui des affaires, pour finir dans le dénouement le plus complet et trouver un sens à sa vie.

Vollmann métaphorise la lutte contre le mal, thème si présent  dans la conscience américaine et qui plus est dans l'actualité.

Un traitement intéressant d'un thème universel mais pas de grandes originalités narratives ni stylistiques.

Les critiques sont nombreuses sur les blogs et souvent positives. Faites moi partager vos avis !

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 10:28

CANADA




Editions Au diable vauvert, 2007

De l'écrivain canadien un peu déjanté, j'avais lu récemment la tragicomédie Toutes les familles sont psychotiques, un chef d'oeuvre de fantaisie et d'humour.

Dans son dernier opus, Coupland quitte les communautés familiales pour brosser le portrait intimiste d'une "pauvre fille" célibataire et sans amis. Son surnom est bien sûr inspiré de la célèbre chanson des Beatles.

Liz Dunn a la quarantaine et vit seule dans son appartement tout terne. Pour contrer sa solitude, elle passe sa vie devant les films et feuilletons télévisés. Sa mère, sa soeur et son frère la mettent de côté ; ses collègues, les autres la considèrent comme quelqu'un de totalement transparent. C'est vrai qu'elle est grosse, un peu laide, bref c'est "Madame Tout le Monde" en pire. Jusqu'au jour où son destin bascule lorsqu'elle se fait opérer des dents de sagesse.Sur le bracelet de son voisin de chambre, est écrit "En cas d'urgence, contactez Liz Dunn" !

Et s'il était possible que des événements incroyables arrivent à Liz Dunn ? A partir de là, tout est chanboulé !

Oscillant toujours entre tragédie familiale et conte de fée déjanté, Coupland nous livre une formidable histoire pleine de rebondissements. Aussi incroyables qu'ils puissent être, le lecteur se laisse bercer par ces multiples rebondissements.

Impossible de tout vous raconter car là, je gâcherais vraiment le charme ! Sachez seulement que Liz va tomber nez à nez avec un faux météorite qui va déclencher de multiples rencontres !

L'ensemble est parfois très triste, très mélancolique mais Doupland y introduit toujours une bonne dose de fantaisie surréaliste.

La construction est intéressante : il s'agit du journal intime de Liz Dunn, sans aucun chapitre, qui alterne le moment présent et les événements du passé. Le regard de Liz est pessimiste et lucide à la fois. Un conte de fée moderne et rocambolesque qui n'exclut pas la tragédie.

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