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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 20:20

ETATS-UNIS, 2007


Editions de l'Olivier

Est-il encore utile de présenter ce titre sur la blogosphère ? Abondamment critiqué dans la presse et sur les blogs, ce roman est considéré comme un pur chef d'oeuvre. Et c'est le cas.

Ce roman est d'autant plus marquant pour moi que je n'avais pas été conquise par McCarthy, considéré comme le plus grand écrivain américain actuel avec Philip Roth, Thomas Pynchon et Don De Lillo. Des personnages et des intrigues très flous me gênaient. Je n'ai pas non plus été marquée plus que cela par Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, adapté au cinéma par les Frères Coen.

Et là je m'incline avec respect !

Dans un univers post-apocalyptique où le monde est recouvert des cendres, où la nature est absente, où des hordes de sauvages massacrent les survivants, un homme et son fils parcourent une route pour atteindre la mer, le seul espoir d'une vie meilleure. Avec pour tout bagage un sac à dos,un caddie et un revolver, ils s'avancent sur la route à la recherche de nourriture et d'un toit provisoire pour dormir. Sur 250 pages, le roman ne raconte que ces actions...et surtout l'amour désespéré d'un père pour son fils.

Le petit, qui n'a jamais connu le monde d'antan n'a que les souvenirs et les histoires que lui raconte son père pour s'en faire une idée. Et ce qui est le plus troublant est que l'enfant incarne à lui seul les valeurs humaines dans un monde déserté de Dieu. En effet, il conseille à son père de donner à manger aux quelques rescapés qui croisent, il refuse de tenir le revolver. Il incarne "les gentils" comme il le dit à plusieurs reprises. L'influence biblique est indéniable : l'enfant porte le feu sur la route ; il incarne l'espoir, la survivance de l'homme après l'apocalypse. Il est sur la route pour rejoindre les éventuels survivants de la race humaine au sens noble du terme. D'ailleurs, à plusieurs reprises, on parle de lui comme un ange.

Pourquoi ce roman fascine tant ? Il touche d'abord à l'universel. Ce qui m'a gêné le plus dans les précédents titres de MacCarthy est ce qui est le plus fort dans ce titre. Nous ne savons pas pourquoi le monde est dévasté. Nous ne savons où l'on est, ni quand, les deux personnages ne sont pas nommés, c'est "l'homme" et "l'enfant". Et justement, le lecteur en est d'autant plus touché. Les personnages incarnent de manière universelle la relation fusionnelle père-fils. Le lecteur s'immerge sans contrainte dans ce monde.

Il y a d'autre part une construction narrative tout à fait moderne ; aucun chapitre ; au contraire, des paragraphes descriptifs qui décrivent les paysages et les actions des deux personnages ; entre des dialogues très épurés, très courts entre le père et le fils. La peur, l'envie de la mort, l'espoir. Là encore des universaux.

Comment une intrigue qui raconte la même chose sur plus de deux cents pages fascine tant ? Deux paradoxes à mon sens m'ont émerveillés : un enfant qui n'a pas connu le monde humain est le seul à incarner ses valeurs. Il y a aussi ce paradoxe entre une noirceur atroce et une lumière des plus pures.

Car je pense que ce roman incarne un profond optimisme : c'est un message d'amour fou d'un père à son fils qui incarne le feu de l'espoir, de la vie. D'ailleurs, MacCarthy a dédié comme par hasard ce livre à son jeune fils...

Un chef d'oeuvre qui met sur un piédestal l'amour filial.

Voir sur mon blog les critiques du Gardien du verger et De si jolis chevaux

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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 19:11

ETATS-UNIS - 1932



Incontestablement l'un des plus beaux romans de Faulkner. Moi qui ai commencé la lecture de ce et auteur réputé difficile par Le bruit et la fureur, je découvre avec Tandis que j'agonise  et ce titre un auteur de génie, une oeuvre inoubliable. l'histoire, la mise en scène, le traitement du temps et de la narration, les thèmes fondateurs de la mentalité américaine ; tout concourt à faire de ce titre un chef d'oeuvre.

Comme toujours chez Faulkner, il est question de destins de plusieurs personnages sur une trentaine d'années ; mais la construction du roman est si limpide que même si nous revenons constamment au passé, le lecteur n'est pas dérouté.

Tout commence sur une route perdue entre l'Alabama et le Mississippi. Lena Grove, jeune femme enceinte, part à la recherche du père de son enfant Lucas Burch, qui s'est enfuit. Puis Faulkner nous emmène justement où atterrit Lena, dans un village qui abrite une scierie où justement travaille Lucas et un certain Joe Christmas. Le jour où elle arrive dans la bourgade de Jefferson, un meurtre a eu lieu : Joe Christmas a assassiné une vieille notable yankee. Le village est aux abois et part à la traque de Joe Christmas....

Et nous voila plongés dans le passé de Christmas, Faulkner cherchant à expliquer la genèse du meurtre.Puis l'écrivain retournera à la fin au présent pour nous faire part du destin de Lena et de Christmas...

Construction éblouissante, purement logique, circulaire : présent, passé qui explique l'action présente puis effet dans le présent de l'action principale, à savoir le meurtre. Après avoir lu ça, on ne peut plus lire que le roman faulknérien est embrouillé ; ce dernier est le plus classique.

Ce qui marque, c'est l'opposition constante dans le roman entre les figures de sainteté (Lena, la figure de la fécondité, de l'optimisme, de l'innocence incarnant Marie, secourue par Byron Bunch, amoureux d'elle, qui cherche à la secourir ainsi qu'à sauver Christmas) et la haine absolue incarnée par plusieurs situations :

tout d'abord, la référence constante au puritanisme qui rejette toute sexualité hors mariage. On retrouve dans tout le roman la haine de la chair, incarnée parfaitement par le gtand-père de Chistmas, un fou de Dieu. Joe Christmas est
 doublement  marqué par le sceau du péché : c'est un fils né hors mariage et il a du sang noir dans les veines ; il est abandonné et persécuté à ce titre . C'est à une véritable traque que nous assistons, visant à castrer, effacer la faute ; en ce sens, Joe Christmas est sacrifié tout comme Jésus (les initiales JC sont très révélatrices) pour purifier le village.Tuer Joe Christmas revient à éradiquer, tuer le mal à la racine.

Haine du sexe, de la chair, de la femme (beaucoup de passages mysogines comme quoi la femme incarne le suppot de Satan) et haine entre yankees (les abolitionnistes) et les sudistes qui font la chasse au sang noir.

Faulkner dépeint le plus dangereux des puritanismes dans une société sudiste assoiffée de haine, malade de refoulement, embourbée dans les conflits raciaux. Certains passages sont d'une violence extrême.

Roman d'une noirceur et d'une violence extrème...Pourtant, la "lumière d'août" se lève ; Lena Grove et Byron Bunch, partant pour une route incertaine, incarnant Marie et Joseph, incarnent la sainteté et l'espoir...

Un de ces romans qui marquent à vie...

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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 12:52
ETATS-UNIS

L'histoire de l'amour

Gallimard, 2006

Ce livre de la jeune auteur new-yorkaise, épouse de Jonathan Safran Foer, l'auteur de Extrèmement fort et incroyablement près,  a été l'un des grands succès de la rentée littéraire 2006.
C'est vrai que le titre ne fait a priori pas envie. On se dit, c'est niais, c'est du re-re-revisité...Pas du tout !

Avec une écriture souvent tragi-comique et une construction très habile, Nicole Krauss signe un roman très original, à énigmes.

Car trois personnages prennent la parole. On ne sait au début ce qui les lie, on va comprendre progressivement que c'est un livre, L'histoire de l'amour. A la tête de chaque chapitre, un "icône" qui désigne le personnage qui prend la parole : un coeur(l'organe), un livre, une pendule.


Il y a un vieillard, Léon Gursky, vivant comme un reclus à New-York. Après cinquante ans d'"abstinence", il se remet à écrire un roman. On apprend qu'il a échappé à l'holocauste en émigrant à New-York. Dans sa Pologne natale, il était tombé amoureux fou de la belle Alma. Il lui adressait des chapitres du roman qu'il était en train d'écrire. Cette dernière a émigré aux Etats-Unis en 1940 quelques mois avant Léon, avec l'enfant qu'elle portait de lui. Ne voyant pas revenir Léon, Alma a fini par se marier. Enfin arrivé à New-York, Léon retrouve Alma mariée. De dépit, il décide de garder son amour intact, de vivre face à sa solitude...en suivant de près la vie de son fils qu'il n'a jamais vu et qui est devenu un écrivain célèbre.


Vient ensuite Alma, une jeune fille de 14 ans, dont le père vient de mourir. Elle découvre que son prénom est celui d'une héroïne de roman L'histoire de l'amour, titre que son père avait offert à sa mère lors de leur rencontre. La mère d'Alma est contactée par un mystérieux éditeur qui lui demande de traduire en anglais L'histoire de l'amour. Pour conjurer le deuil et la solitude et pour trouver un "second amoureux" à sa mère, Alma se met à la recherche de ce mystérieux éditeur et d'Alma, le personnage, qui selon elle, existe vraiment.

Enfin, le troisième personnage est l'écrivain qui a publié L'histoire de l'amour. On apprend qu'il a fui l'holocauste polonais des années 40 et qu'il s'est exilé au Chili où il a publié cet unique roman...


Ces voix s'expriment alternativement. Au début, le lien entre eux est inexistant. Il va se créer peu à peu, emmenant le lecteur dans un chemin tortueux, labyrinthique. 

Au centre de cette histoire, le deuil, les trahisons, l'amour passion, l'amitié, la solitude. Un foisonnement romanesque où évoluent des personnages blessés par la vie, mais répondant au malheur par la fantaisie : Léon, l'octogénaire reclus, s'est inventé un meilleur ami fantôme, Alma, la petite orpheline, tente de noyer son chagrin dans une enquête qui lui réserve de multiples surprises. Quant à Bird, le petit frère d'Alma, il se prend pour Dieu...

Le ton est gai, alerte tout en évoquant la vieillesse, la mort ("quand ils rédigeront ma nécrologie. Demain. Ou le lendemain. On y lira : Léon Gursky laisse derrière lui un apparetement plein de merde") évitant tout misérabilisme lié aux histoires de l'Holocauste. L'histoire est centrée autour d'un livre et de toutes les vies qui ont été chamboulées par ce dernier.

L'histoire est très marquante, tragique. La fin, géniale, vous fera sans doute verser quelques larmes. Un livre intelligent, remarquablement construit, qui traite avec habilité de thèmes universels.

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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 17:01
ETATS-UNIS



Editions Gallimard "Du monde entier", 2007

Dernièrement, je vous avais parlé de Ballades pour John Henry, le deuxième roman fleuve  de Colson Whitehead ; avec ce dernier opus, Whitehead s'affirme sans doute comme l'un des écrivains les plus critiques de la société de consommation actuelle. Ce dernier roman gagne en précision, en clarté et donc en efficacité. 

Au coeur du récit, encore un thème brillant d'originalité : le personnage principal, un afro-américain,  est un "consultant en nomenclature" : il est chargé par la société de publicité qui l'emploie de trouver des noms clinquants aux produits pour qu'ils se vendent !

Il s'est imposé dans le métier en inventant le sparadrap multiculturel Apex, un sparadrap multiculturel de la même couleur que la peau du blessé : un bon moyen d'oublier sa blessure et son origine ethnique !

Mais Apex lui a joué des tours : après s'être cogné l'orteil, il le protège du prestigieux Apex mais ce dernier produit une réaction chimique ! Depuis, il boîte...

Après quelques mois sabbatiques, notre consultant est recontacté par sa boîte pour être dépéché dans une petite bourgade américaine provinciale, baptisée Winthrop. Mais un investisseur a colonisé les lieux et depuis la petite ville est en plein essor économique si bien que l'on veut la renommer New Prospera. Cela fait quand même plus marketing et ce nouveau nom est susceptible d'attirer les jeunes et les cadres dynamiques ! Mais voila que le maire noir  et le descendant de Winthrop ne sont pas d'accord. Le consultant est chargé d'aller sur les lieux, d'arbitrer ce conflit...et de donner raison à l'investisseur. New Prospera fait vendre !

Mais notre consultant perd bien vite ses certitudes car derrière les démarches commerciales destinées à faire la publicité de la ville, se cache un conflit entre le maire noir de la ville, descendante des fondateurs de la ville fondée par des esclaves libérés et le descendant de l'ancêtre Winthrop, un magnat local du barbelé qui avait assuré jadis la prospérité de la ville. 

Le descendant de Winthrop, Madame La Maire et l'investisseur s'opposent sur le nom à donner...et le consultant découvre le passé occulté de la bourgade. A travers l'histoire de la ville, le consultant dévoile le mal, le secret bien gardé, que l'on voudrait cacher comme Apex cache une blessure, comme un beau mot cache la vérité, la nature de la chose, comme la publicité cache la vérité des produits...

En plus d'une satire acerbe sur le monde de la publicité et de la société de consommation, Whitehead nous livre une belle réflexion sur la nature du langage qui camoufle la nature des choses et des gens. C'est un instrument de manipulation au service des idéologies.

A travers une intrigue extrèmement divertissante, l'auteur dévoile également une partie cachée de l'Histoire de l'Amérique, celle des esclaves noirs.

L'ensemble du récit fonctionne sur un manichéisme vérité/mensonge : tout comme l'histoire véritable du nom de la ville est occultée, le pansement Apex occulte la blessure et le langage occulte également la nature des choses. 

Whitehead est aussi maître dans l'art du suspense : le consultant enquête sur l'histoire cachée de la ville et l'on découvre peu à peu le secret de sa blessure.

C'est drôle, c'est cinglant, c'est intelligent . Du grand art !

"Un nom qui toucherait au coeur de la chose : voila qui serait miraculeux. Mais jamais il ne toucherait au coeur de la chose, il se bornait à coller un pansement dessus pour contenir le pus. Quel est le mot, se demanda-t-il, qui désigne cette chose fuyante ? Il l'avait sur le bout de la langue. Quel est le nom qui désigne ce qui reste toujours hors de notre portée ? Comment appelle-t-on ce qui nous échappe ?"

Réponse à la fin du livre !

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4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 21:49

....de Jonathan Safran Foer

ETATS-UNIS

Extrêmement fort et incroyablement près










Editions de l'Olivier, 2005

Sous ce titre mystérieux se cache l'un des livres les plus originaux de ces dernières années. Safran Foer, né en 1977, est le jeune prodige des lettres américaines (avec sa femme Nicole Krauss, l'auteur de L'histoire de l'amour).

Cette folle histoire romanesque autour du 11 septembre 2001 est une merveille d'originalité, de tendresse et d'humour ! Safran Foer a eu la brillante idée de tout nous raconter avec les mots et les yeux d'un enfant de 11 ans qui vient de perdre son père dans les tours du World Trade Center. 

Oskar Schell, 11 ans, est un enfant surdoué ; il invente des bouilloires qui chantent, une peau qui change de couleurs avec les humeurs, des pets qui parlent et un "googlolplex de choses". Mais c'est aussi un enfant qui souffre, qui n'arrive pas à faire son deuil. Aussi, lorsqu'il découvre dans le placard de son père une mystérieuse clé dans un vase, cachée dans une enveloppe marquée du nom de Black, , il part à la recherche des millions de serrures de New-York et des centaines de personnes prénommée Black...en séchant l'école et en cachant tout à sa mère. Il nous écrit son journal intime parsemé de photos d'appartements, de serrures,de souvenirs et de gribouillis divers. Parallèlement à ce journal, s'écrivent peu à peu les souvenirs de ses grands parents...Nous ne sommes pas au bout de nos surprises !

Peut-être qu'au bout de son périple new-yorkais, Oskar arrivera à faire le deuil de son père...Au lieu de de faire un discours misérabiliste de plus sur le 11 septembre, l'auteur livre ici une brillante fable insolite où tout est vu par le regard d'un enfant. Ce qui donne au livre une typographie étonnante : des mots sont entourés ou barrés en rouge, le nom Black est écrit de toutes les couleurs, il y a des gribouillis d'enfants. Humour et émotion sont à chaque fois au rendez-vous. 

Oskar
rencontre des personnages rocambolesques et se soumet à un jeu de pistes ou il va découvrir des choses sur sa famille. On pourrait se dire que cette histoire est rocambolesque, sans queue ni tête. Mais Safran Foer a le don de nous faire croire à des choses incroyables. 

Car cette histoire a pour thème les liens familiaux, les rapports père-fils, grands parents/petits enfants, les nons dits familiaux, l'amour qui ne se dit pas. Les trous du récit se colmatent et les liens inconnus entre les personnages se tissent peu à peu. 

Un livre sous forme de jeu, un bol de tendresse, un suspense incroyable. En deux mots un chef d'oeuvre ! Vous n'êtes pas prêts d'oublier Oskar Schell !

Le début...

" Pourquoi pas une bouilloire? Pourquoi le bec ne s'ouvrirait et ne se fermerait-il pas au passage de la vapeur, devenant ainsi une bouche qui pourrait siffler de jolies méladies, jouer Shakespeare, ou simplement se fendre la pêche avec moi? Je pourrais inventer une bouilloire qui fait la lecture avec la voix de papa, comme ça je pourrais m'endormir, ou peut-être un ensemble de bouilloires qui chante le refrain de Yellow Submarine qui est une chanson des Beatles...Une autre bonne chose pourrait être d'apprendre à parler à mon anus quand je pète. Si je voulais être extrèmement tordant,je lui apprendrais à dire c'est pas moi ! chaque fois que je pèterais d'une manière incroyablement ignoble. Et pourquoi pas des petits micros que tout le monde avalerait pour qu'ils diffusent le bruit de son coeur ? "

 

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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 22:05

ETATS-UNIS

Choke

Editions Denoël et d'ailleurs, 2001

Chuck Palahniuk est l'enfant terrible des lettres américaines contemporaines. Il doit sa célébrité en partie grâce à l'adaptation cinématographique de son roman Fight Club

Si vous aimez les histoires complètement barges, ouvrez vite ce livre ! On a tendance à comparer Palahniuk avec Breat Easton Ellis. Comme lui, sexe et violence sont omniprésents dans son oeuvre. Mais avec une bonne dose d'humour et d'autodérision.

Palahniuk a d'ailleurs eu un destin très peu commun, marqué par la violence familiale : son grand-père a assassiné sa grand-mère et son père s'est fait tué par le mari de sa maîtresse...

Sexe, masochisme, violence, schizophrénie, mysticisme sont au rendez-vous dans une Amérique complètement névrosée, à la masse : Victor Mancini est un "sexoolique" , autrement dit un drogué du sexe ; il mène une thérapie collective mais tout se complique lorsque sa mère, folle à lier, est hospitalisée. Comme il a tendance à être maso, il va donc chercher à émouvoir tout le monde en s'étouffant (to choke) dans les restaurants chics. Résultat : ses sauveurs se prennent pour des héros, lui en sont éternellement reconnaissants et lui envoient donc de l'argent...qui lui permettra de payer ses frais d'hospitalisation de sa chère maman !

Et entre deux étouffements, il est figurant dans un  parc à thèmes où il y a plein de sexooliques !!!

Encore une surprise de taille : Victor va apprendre qui est vraiment son père (vous ne devinerez jamais qui !) et sa vie va en être complètement transformée !

Même si tout n'est pas abouti, on passe vraiment un très bon moment, les meilleurs passages étant bien sûr ceux des étouffements volontaires et également tous les portrais des gâteux de la maison de retraite. Des révélations très justes sur le besoin contemporain de reconnaissance, d'héroïme tout ça raconté avec beaucoup d'humour. 

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12 février 2008 2 12 /02 /février /2008 20:58
ETATS-UNIS -1955



Editions Denoël et d'ailleurs

Ce roman peu connu de Norman Mailer a été publié en 1955 après avoir été refusé par dix éditeurs ! Il faut dire que le polémiste qu'est Mailer n'y va pas "avec le dos de la cuillère" : il dépeint la jungle hollywoodienne des années 50 avec ses producteurs dégénérés, ses starlettes nymphomanes et ses souteneurs. Le "Parc aux cerfs" était un quartier de Versailles sous Louis XVI où était installées les maîtresses du roi, sous la houlette de la Marquise de Pompadour. Par extension, il désigne un lupanar.

Il est vrai qu'Hollywood ressemble à un vaste lupanar : le roman met en scène le double de l'écrivain qui fait l'apprentissage de cette jungle après avoir été pilote de l'air pendant la Seconde Guerre Mondiale. Décidé à devenir écrivain, il s'offre une année sabbatique au "Désert d'Or" : il y rencontre une ex-journaliste, un metteur en scène sur la touche à cause de la chasse aux sorcières, un producteur entremetteur, un souteneur homosexuel et des actrices voulant percer dans le milieu. Les hommes s'échangent leurs maîtresses, on se refait une célébrité en se mariant avec un homme réputé homosexuel, on adapte sa destinée d'orphelins en film...quittte à y perdre sa dignité. 

On pense bien sûr à Scott Fitzgerald qui a si bien peint les paradis artificiels. Mailer peint avec beaucoup de vérité ce milieu dégénéré près à toutes les compromissions. On est proche du reportage, l'écriture est très simple, presque exclusivement consacrée aux dialogues des personnages. 

Les personnages sont très bien dessinés : les femmes caricaturales, les princes dégénérés, les petits débutants hésitants, les producteurs à l'affût de la publicité. C'est très divertissant, on a l'impression de voir un film américain des années 50. 

Un extrait :

"Savez-vous ce qui se passerait si vous épousiez le garçon qu'il faut. disons, par exemple, un acteur qui viendrait en neuvième ou en septième position sur la liste des grands favoris du public ? Vous pensez peut-être que la côte de votre couple serait une moyenne entre vos deux côtes individuelles ? Pas du tout. Vous atteindriez tous les deux la cote la plus élevée du pays. Savez-vous pourquoi? Deux plus deux ne font pas quatre, mais cinq et bientôt dix, en vertu de la loi des intérêts composés. Pensez à cela, Lulu. Un bon mariage est plus sûr que n'importe quel placement à intérêts composés. Lulu Meyers épousant n'importe quel  homme ayant une côte élevée dans la faveur du public, cela donnerait le couple n°1 des Etats-Unis d'Amérique, c'est à dire u monde entier"



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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 22:14

ETATS-UNIS-2005

Non, ce pays ce n’est pas pour le vieil homme












Adaptation cinématographique par les frères Coen "No country for the old man"

Je continue mon exploration de l'oeuvre de Cormac McCarthy en ayant cette fois ci vu le film avant d'avoir lu le livre. Si je ne compte pas lire ce titre, je compte cependant lire La route, son dernier opus. 

Ce pays ... confirme l'opinion que je m'étais faite de ce grand écrivain américain : dans ce roman apocalyptique où les valeurs n'ont plus aucune place, le mal inexpliqué occupe la première place. Rien ne peut l'arrêter, rien le peut l'expliquer. 

On retrouve les paysages désertiques du Texas à la frontière du Mexique, des paysages de purs westerns. Un homme vétéran du Vietnam découvre un magot en plein désert au milieu de voitures accidentées et de cadavres tués par balle. Mais cet acte déclenche une course poursuite inferrnale entre le tueur fou et le malheureux bonhomme qui cherchait juste à quitter sa caravane pourrie pour couler des jours meilleurs...

Le shérif qui s'occupe de l'enquête ne parvient pas à enrayer la tuerie, ne comprend rien à ce qui se passe et se réfugie dans les souvenirs nostalgiques du passé.

[Affiche]

Le tueur ne tue pas pour cause de traumatismes psychologiques ou parce qu'il est pauvre. Il tue parce que c'est comme ça. McCarthy ne s'embarasse pas d'explicationspsychologiques et sociologiques. Il n'explique pas, il livre les personnages dans leur présent, au coeur de l'action.

Il en ressort une intrigue très épurée, efficace, qui se concentre sur l'action et les suspense. Les scènes sont très rythmées ce qui donne au film une mise en scène très efficace qui renouvelle la cinématographie du Grand Ouest américain. Comme quoi il n'y a pas que des westerns !





 

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3 février 2008 7 03 /02 /février /2008 16:54
ETATS-UNIS-2005

Ballades pour John Henry

Editions Gallimard "Du monde entier"

Colson Whitehead, né en 1969, auteur de trois romans, apparaît comme le prodige de la littérature afro-américaine. On a reparlé de lui en janvier avec Apex, l'histoire d'un consultant qui a inventé un sparadrap révolutionnaire qui change de couleur avec la peau !

Avec des intrigues très originales, Whitehead se fait le critique acerbe et humoristique de la société de consommation américaine.

Ballades pour John Henry fait référence à une figure très connue de la culture populaire noire américaine, John Henry, un ex esclave noir devenu foreur sur les chantiers de chemins de fer de Virginie dans les années 1850 et qui défia un marteau piqueur à la main. Il gagna le duel mais mourut d'épuisement...Depuis, le folklore américain lui rend hommage sous forme de récits, de chansons et de...timbres.

A partir de cette légende, Whitehead construit une intrigue originale où il imagine qu'un petit village de Virginie, Talcott, où John Henry est mort d'épuisement, organise un Festival en son honneur et que la Poste entame un concours de philatélie sur les héros populaires nationaux.

C'est alors que toute la clique des journalistes
new-yorkais est invitée pour faire la promotion de cet événement commercial censé redorer le blason de la petite ville provinciale. Mais ces journalistes prétentieux sont surtout des pique-assiettes qui vont à toutes les promos (livres, vêtements...) pour se sustenter copieusement et gagner des fringues chicos !!! L'un d'eux, James Sutter, décide, tout comme John Henry, de faire un pari : assister à une promo tous les soirs pendant un an sans craquer ! Pari sur lequel misent ses coéquipiers qui font partie de la "liste" de pique-assiettes.

Mais l'entreprise touristico-médiatique va tourner au drame...

Autour des personnages burlesques des journalistes, tourne toute une faune passionnée par le mythe John Henry. Un philatéliste, des chanteurs, un collectionneur fou de figurines, un uinversitaire...Les chapitres font alterner la préparation de la fête par les journalistes, la vie de John Henry et des courts chapitres sur l'histoire d'individus passionnés par John Henry.

Sur 600 pages, Whitehead parvient à retracer toute une partie de l'histoire populaire des Etats-Unis en dénonçant son exploitation par les médias et la société de consommation. Je pense toutefois que ce roman aurait gagné en force avec plus de concision.

Il reste une intrigue originale qui fustige les dérives de la société américaine. Whitehead se distingue assurément des autres jeunes représentants de la littérature américaine (Franzen, Moody, Lethem..). Il oublie le microcosme familial et ses déboires pour se concentrer sur la société dans son ensemble. On reconnaît cependant une "marque de fabrique" commune à ce groupe d'écrivains : un goût pour l'ironie mordante et l'humour noir.

Décidément, la littératre américaine a le vent en poupe...


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26 janvier 2008 6 26 /01 /janvier /2008 17:34

ETATS-UNIS- 1965



Editions de l'Olivier ou Points Seuil

Cormac McCarthy, écrivain en ce moment mis sur un piédestal avec son roman La route (roman postapocalyptique qualifié de beckettien) et l'adaptation cinématographique de Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, est incontestablement l'un des plus grands écrivains américains. Beaucoup le considèrent comme l'héritier de Faulkner, son oeuvre était inscrite dans le Sud et étant profondément marquée par un pessimisme très noir.

Encouragée par les critiques dythyrambiques, j'avais donc lu cet été De si jolis chevaux et n'avait été quà demie conquise. 

J'ai donc récidivé avec le premier roman de McCarthy, Le gardien du verger qui a obtenu le Prix Faulkner en 1965. Ce qui est sûr, c'est que l'on  ne ressort pas indifférent d'une telle lecture ; on marche en terrain inconnu, ardu tellement les personnages ne sont qu'exquissés. On saisit mal leur passé, leur épaisseur psychologique, leurs relations avec les autres. Ils sont d'ailleurs désignés par "l'homme" ou "le gamin". Peu d'indications temporelles également. 

Ce qui domine, c'est la description de la nature, des paysages ingrats du Tennesssee qui semblent dominer l'homme et lui survivre : une végétation calcinée, une rivière capricieuse, des orages apocalyptiques...

On retiendra de magnifiques descriptions lyriques des paysages qui contrastent avec la froideur générale avec laquelle l'auteur traite ses personnages. Ils ressemblent plutôt à des êtres saisis sur le vif sans vraiment d'épaisseur. Je pense que c'est cela qui marque lorsqu'on lit du McCarthy.

Revenons quand même à l'intrigue même si je pense que, tout en filigrane, elle est secondaire par rapport à l'atmosphère générale du livre. Trois personnages typiques de l'univers de l'auteur : un vieil homme (le sage, le gardien), un homme et un gamin. Leurs itinétaires vont se croiser à un moment donné sans pour autant être vraiment liés l'un à l'autre :

Dans les années 30, au temps de la prohibition, Marion Sylder fait du commerce illicite de whisky ; un soir, il tue un "homme", Rattner, sur lequel on ne sait pas grand chose et qu'il enterre dans un verger. Quelques jours plus tard, le vieil homme découvre son cadavre et le protège par les branches d'un cèdre. Six ans passent....
Le gamin, "fils du cadavre", grandit et apprend à chasser, à placer des pièges et se lie d'amitié avec Sylder. ...

On s'imagine déja que le gamin va apprendre la vérité sur Sylder et se venger ! Mais c'est beaucoup plus subtil que cela...Les relation entre les personnages sont esquissées, ils sont très indépendants les uns des autres.

Lire ce titre n'est donc pas un divertissement ; il demande un investissement certain du lecteur, une acclimatation progressive.

En ce qui me concerne, je m'acclimate progressivement mais je suis pas encore "enthousiasmée", plutôt hypnotisée. A suivre ; je compte bien lire Le méridien du sang.

Pour ceux qui ont déja lu McCarthy, faite-moi partager vos impressions...

"La route de la montagne rouge brique sous la poussière avec la dentelle des empreintes de lézards monte à travers le clos des pêchers, brûlante, sans un souffle, monacale dans un silence sans oiseaux sauf un unique vautour qui plane dans le vide gris-bleu de la pente sans soleil et se balance sur l'air ascendant, et la route serpente enserrée entre les buissons de ronces lustrées et vertes, et il y a le sourire grimaçant du cadavre vert scellé dans les eaux fangeuses de la fosse du verger, le crâne vert de vase avec des salamandres lovées dans les orbites et une perruque de mousse"


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