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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 19:56

...De MICHAEL CHABON

Le club des policiers yiddish - Michael Chabon

ETATS-UNIS,2009

Micheal Chabon est avec Jonathan Safran Foer l'un des jeunes prodiges de la littérature juive américaine. Les héritiers de Philipp Roth mais avec un piment d'imagination et d'humour. Chabon a participé entre autre au scénario de Spiderman 2. Son plus célèbre roman, Les aventures de Kavalier et Clay a remporté le Prix  en 2001: on y voit le Golem cohabiter avec les super-héros !

 

Le club des policiers yiddish ne manque pas de piquant non plus puisque ce roman mélange uchronie, roman policier et considérations géopolitiques actuelles. Imaginons qu'après la Seconde Guerre Mondiale, Israël ne fut pas créée sur la Terre Promise....mais en Alaska !!! Les Juifs cohabitent donc avec les Indiens et les ours depuis cinquante ans. Mais les Etats-Unis ont prévu la rétrocession du territoire de Sitka ....les Juifs vont encore devoir vivre une période d'exil.
C'est alors que le fils (junkie et homosexuel) du rabbin local de la communauté orthodoxe est retrouvé assassiné dans l'hôtel minable ou réside le policier Meyer Landsmann, dépressif mais dur à cuire.

Accompagné de son cousin Berko et de son ex-femme (désormais devenue sa chef !), il va mener l'enqûete avec des méthodes....pas très juives !
Et voila partie la joyeuse bande sur le territoire des juifs ultra-orthodoxes, les "Verbovers" : le rabbin, le gardien des frontières (qui est le gardien des fils électriques censés délimiter le territoire du shabbat !), les vaches rousses, les centres de désintoxication....Un monde fou où l'enquête va débusquer un complot international digne d'un conflit post-11 septembre...

On admirera les situations toujours rocambolesques ( lorsque Landsmann s'évade avec un matelas...Hilarant !), les déboires sentimentaux des personnages, la caricature du milieu orthodoxe. Mais l'humour est au service d'une critique des dérives de l'extrémisme et des considérations géopolitiques actuelles. L'uchronie ne sert qu'à dénoncer les conflits actuels.

Un récit mené tambour battant dans une langue très inventive et colorée. On retiendra les multiples termes issus de l'argot ou du parler populaire yiddish et une poésie incongrue née de l'usage de métaphores et de comparaisons très fantasques : le rabbin est "
une montagne informe, un dessert géant dévasté, une maison de B.D. aux fenêtres condamnées et à l'évier qui fuit » qu'un enfant « a dû modeler » en réunissant « la pâte de ses bras et de ses jambes à celle de son corps » avant de « coller sa tête par-dessus » !!!

Du pur divertissement bourré d'intelligence !


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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 14:41

ETATS-UNIS



Editions Stock, "La cosmopolite",2003

Joyce Carol Oates est l'un de mes écrivains américains préférés. En fine psychologue, elle focalise son attention sur le malaise de la civilisation américaine en interrogeant toujours intelligemment la question du mal.

Dans La fille tatouée, l'auteur imagine une rencontre improbable entre un intellectuel juif, admirateur de Virgile, et une jeune femme pauvre, originaire du pays minier de Pennsylvanie. Joshua Seigl, écrivain riche et estimé, est brusquement atteint par une maladie nerveuse dégénérescente. Célibataire endurci, il se décide par obligation à engager un assistant pour l'aider.
Alors qu'il pourrait engager un étudiant latiniste, il emploie conte toute attente Alma, la fille tatouée (une tâche de vin ou un tatouage sur la joue, nous ne le saurons jamais), quasiment analphabète, exploitée par son souteneur, à ces heures garçon de café, Dmitri.

Alors qu'il croit engager une fille sage et soumise, il apparaît qu'Alma a été élevée dans la haine du "Juif". Le considérant comme l'incarnation du riche juif qui vit uniquement de ses rentes, Alma ne tarde pas à le haïr en silence. Mais à un certain moment, le scénario prend un autre tournant....


N'en dévoilons pas plus. Une histoire habilement construite qui va bien au delà de la dialectique maître-esclave.
Entre l'homme malade, oisif et tourné uniquement vers la culture livresque et la jeune analphabète, les jeux ne sont pas définitivement faits ; à tel point qu'avec son bon sens, la fille tatouée pourrait bien déstabiliser le maître...

Un langage violent, très cru, qui peut choquer le lecteur. Oates décrit avec précision le ressenti raciste de la fille tatouée, les propos misogyne de Dmitri et la maladie de Seigl.

Une lecture simpliste pourrait n'y voir qu'un récit de plus sur l'antisémitisme. C'est beaucoup plus subtil que cela. Derrière les préjugés de race, se développe une dialectique où les deux personnages principaux se déstabilisent mutuellement. A la réflexion sur le rôle et l'utilité de la culture, succède une réflexion sur l'"être juif".

A noter les plus belles citations du roman :

"Si les gens intelligents savent, et s'ils disent ce qu'ils savent, pourquoi, y-a-t-il ...je veux dire...il n'y aurait pas autant de livres, non ?"

"Faire des livres multiples n'a pas de fin
"

Avec ensuite une réflexion post-moderne sur le lien entre littérature et mensonge....

Puis le récit prend un tout autre chemin, déjouant la fin annoncée trop facile. Les multiples références antiques (la Némésis par exemple) font penser à une tragédie grecque. Les personnages sont victimes de leur destin , manipulés par des fils imprévisibles.

De la noirceur, de l'ambivalence , le mal qui rode. Les thèmes favoris de Oates, rassemblés ici, dans un récit taillé au cordeau.

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 12:21

de Laura KASISCHKE

ETATS-UNIS

Un oiseau blanc dans le blizzard

Editions Christian Bourgois, 2000

Il y a encore quelques semaines, je ne connaissais pas Laura Kasischke, surtout connue aux Etats-Unis pour sa poésie. En Europe, ce sont ses romans qui sont publiés. C'est en lisant un article la comparant à Joyce Carol Oates que j'ai été tentée de la découvrir.

Tout comme Carver et John Cheever, ses personnages sont issus de la middle class américaine, de cette banlieue pavillonnaire bien propre au dehors mais qui au dedans masque un tas de frustrations  ; Kasischke démasque toute l'hypocrisie d'un cadre de vie aseptisé.

L'histoire nous est racontée sur plusieurs années par une adolescente dont la mère vient de disparaître ; femme au foyer, elle en eut un jour assez de cette vie maussade, sans crier gare, elle s'est volatilisée.

Kat, la jeune adolescente nous raconte son quotidien de jeune fille qui découvre ses premiers émois amoureux, tout en essayant de comprendre pourquoi sa mère a disparu.

Mais le but du récit n'est pas de faire une enquête policière sur une disparition inexpliquée. Certes, il y a un inspecteur, mais l'objectif est avant tout pour la jeune fille de comprendre sa mère, de découvrir sa véritable personnalité, sa vie de couple avec son père : cette mère au foyer refusant tout exotisme et qui pourtant reprochait à son mari d'être trop simple.

Tout en vivant sa vie d'adolescente, Kat se remémore des épisodes passés avec sa mère comme par exemple la jalousie qu'elle a éprouvé lorsqu'elle est sortie avec un garçon. Le prétexte du récit est d'ordre psychologique : Kasischke le portrait brillant  d'une femme frustrée qui se tait jusqu'au jour où...

Précisons que le récit est conduit d'une main de maître jusqu'à la surprise finale trois ans après. Pour parler de Joyce Carol Oates, ce roman m'a justement fait penser à Zarbie et les yeux verts : le même cadre idyllique, la même disparition de la mère, l'histoire racontée par une adolescente ; mais Oates livrait d'abord un thriller psychologique ; ici, nous sommes d'avantage dans un récit d'apprentissage doublé d'une "enquête psychologique".

L'auteur évite tout misérabilisme ; l'adolescente établit un constat plutôt qu'elle ne s'apitoie sur son sort ; elle privilégie l'analyse froide, la distanciation ; on devine d'ailleurs à certains moments une certaine rivalité entre les deux femmes.
Des portraits tout en nuance (le père, l'inspecteur, le petit ami), le tout rapporté dans une écriture à la fois très poétique et très prosaïque. Si elle choisit une dominante thématique de la neige, de la glace  ou de la brume, enveloppant son histoire de mystère, rien n'empêche l'auteur de faire des métaphores ou comparaisons très inhabituelles comme par exemple des traces comme des dents déchaussées ou une sauce de plusieurs jours....

Un récit taillé au cordeau qui reste dans les esprits...

Une première page envoûtante :

" J'ai seize ans lorsque ma mère se glisse hors de la peau par un après-midi glacé de janvier -elle devient un être pur et désincarné , entouré d'atomes brillants comme de microscopiques éclats de diamant, accompagné, peut-être, par le tintement d'une cloche , ou par quelques notes claires de flûte dans le lointain- et disparaît.

La veille, au matin, ma mère était encore une femme au foyer-qui, depuis vingt ans, maintenait notre maison dans un état de propreté et de stérilité qui aurait pu rivaliser avec l'esprit de l'hiver lui-même. alors, peut-être a-t-elle tout simplement fini par s'épousseter elle-même, en un nuage lumineux qui s'est envolé par la fenêtre de la chambre, un nuage fait d'une poudre douce comme le talc , qui s'est mélangé avec les flocons qui tombaient, avec la poussière céleste et les cendres lunaires qui flottaient au loi
n
"

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 16:47

ETATS-UNIS

Ici et maintenant

Editions Joelle Losfeld, 2009

Voici un curieux roman (c'est le premier roman de Robert Cohen traduit en France) entre tradition et modernité. Nous voici plongé à New-York dans la communauté hassidique, c'est à dire chez les Juifs orthodoxes qui suivent scrupuleusement les interdits et pratiques religieuses et s'habillent en costume traditionnel.

Nous découvrons cette communauté à travers un quadragénaire paumé, Samuel Karmish, aussi bien dans l'impasse professionnelle qu'affective.  Sa rencontre avec un couple de juifs hassidiques va tenter de lui ouvrir les yeux....Lui, le Juif "à moitié" du côté de son père, qui ne connaît rien aux traditions...

Ne vous attendez pas à un roman révélation où un gars complètement paumé trouve le salut grâce à la religion. C'est beaucoup plus nuancé que cela. Que l'on appartiennent aux "bobos" new-yorkais ou à la communauté hassidique, on est de toute façon paumé.

Il faut dire que les hassids décrits ne sont pas vraiment ce qu'on peut appeler des clichés ! L'homme est un ancien babacool et la femme, Magda, ne cherche qu'une chose : coucher avec Samuel pour faire un enfant car son mari est stérile....Pas vraiment l'image que l'on se fait du juif orthodoxe !

Si bien que ce roman est très moderne ; il montre une fois de plus le malaise contemporain dans les grandes villes, l'impasse affective mais tout en faisant le parallèle avec les communautés suivant la tradition, ce qui évite tout manichéisme.

Car, de solution, il n'y en a pas : pas de porte de sortie mi de happy end ; juste une réflexion sur sa propre identité et un essai de "rédemption".

Tous les personnages oscillent vraiment entre burlesque et tragique. Car, chacun à leur manière, maladroitement, ils tentent de trouver un sens à leur vie.

Un roman à la fois philosophique, d'une gravité extrème  et très drôle : on ne compte plus les scènes désopilantes comme lorsque Samuel fait le tour de New-York pour préparer un repas casher, qu'il s'évanouit devant une circoncision ou encore qu'il a une érection en pleine séance de bain rituel....

Le Club des policiers yiddish

En ce moment, la ittérature juive-américaine à le vent en poupe : je vais quant à moi découvrir le nouvel opus de Michael Chabon, Le club des policiers yiddish : mélange d'uchronie, de polar et de satire politique....quand l'Etat Juif s'installe en Alaska !

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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 22:37

ETATS-UNIS
NATIONAL BOOK AWARD 2007

Arbre de fumée

Editions Christian Bourgois, 2008

Voici un livre somme de 700 pages sur les guerre du Vietnam et ses conséquences de 1962à 1983. Sur une vingtaine d'années, nous suivons l'itinéraire d'une douzaine de personnages, soldats américains, colonels et jeunes soldats, une infirmière humanitaire et quelques vietnamiens, ennemis ou alliés des Etats-Unis.

Arbre de fumée n'est pas un roman de guerre classique. Rien à voir avec A l'ouest rien de nouveau qui montre continuellement les soldats au front. Très peu de bataille, très peu d'action. Mais beaucoup d'attente ; nous sommes entre le roman d'aventures, le roman psychologique et le roman d'espionnage.

Les deux personnages principaux, Skip Sands et son oncle colonel, appartiennent aux services secrets américains aux Philippines puis ensuite au Vietman. Mais le colonel joue cavalier seul et se met à critiquer dans un rapport secret les agissements des services secrets américains. L'idéalisme américain du début, à savoir lutter contre le communisme, en prend un sacré coup....Espionnage contre contre-espionnage, double jeux des vietnamiens....L'horizon se brouille et le lecteur tâtonne dans cet arbre de fumée (une citation biblique) qui désigne aussi le champignon atomique.

Les hommes immergés dans la jungle attendent...vont voir les prostituées et philosophent. Si bien que Skip Sands est relégué dans un petit village pour collecter les contes et légendes locaux et à traduire Cioran et Artaud. Un curieux personnage que ce Skip.

Car la qualité du roman réside d'abord dans l'épaisseur psychologique des personnages, à leur mystère non dévoilé. La palme revient au colonel Sands dont le lecteur ne saura jamais toutes les causes de ses actions. Il devient à la fin une légende morte ou vivante, on ne sait.

On appréciera des personnages bien campés, aux motivations diverses. Les vrais guerriers, les jeunes américains désoeuvrés qui quittent leur patrie pour évacuer leur violence intérieure, les "bonnes âmes", les vietnamiens voulant quitter leur pays pour une vie meilleure aux Etats-Unis.

Pour appécier ce roman aux qualités certaines, je pense qu'il faut d'abord être vraiment intéressé par le sujet. Certes, il n'y a pas de batailes à tout bout de champ mais les tenants et les aboutissants de l'espionnage sont parfois difficiles à suivre.

Le style d'écriture est très prosaïque, va à l'essentiel, les discussions sont souvent anodines ce qui fait ressortir les épisodes philosophiques. L'atmosphère gluante de la jungle ne fait que ressortir davantage l'enlisement des Etats-Unis.

Je retiendrais de ce roman le mystère des personnages.


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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 17:58

De THEODORE ROSZAK



Editions Le Cherche Midi, collection "Neo", 1995

Après L'enfant de cristal, voici un tout autre roman de Theodore Roszak, aux accents gothiques. L'auteur imagine en effet de la célèbre histoire de Frankenstein de Mary Shelley nous est racontée par la fiancée du célèbre docteur, Elisabeth. Le professeur Wilson qui a lui même recueilli les souvenirs de Frankenstein des années plus tôt, est poursuivi pendant plusieurs années par cette étrange histoire. Il recueille du frère cadet du professeur les mémoires de sa belle-soeur...

L'histoire racontée du point de vue d'une femme...Roszak prend justement partie pour une vision féminine du monde ; les hommes sont vus comme des scientifiques érigeant la raison comme pouvant dompter la nature (nous sommes justement au siècle de la raison, à l'aube du XIXe siècle) : Frankenstein veut créer un nouvel être, un nouvel Adam et tous les moyens lui sont bons pour arriver à ses fins. A côté de la vision scientiste du monde, apparaissent des pratiques ancestrales féminines qui trouvent leur aboutissement dans l'alchimie. S'inspirant du tantrisme et de la légende alchimiste, Roszak décrit des pratiques érotiques censées libérer le Grand Oeuvre. D'une érudition exemplaire, ce roman oppose la vision féminine de la nature (la fusion) à la conception masculine (le rapport de domination).
La deuxième partie est davantage centrée sur le personnage de Frankenstein et sur ce qui conduisit à sa perte Elisabeth.

Ce roman nest pas seulement la même histoire racontée par Elisabeth. Quasiment absente du roman initial, elle occupe ici la première place, défendant sa propre conception du monde.

Naissance de l'électricité, combat entre la magie noire et la science, émergence de l'hypnotisme. Tout le roman oscille entre raison et magie, matérialisme et paganisme. Nous sommes convoqués aux séances d'hypnotisme de Mesmer et à des séances expérimentant le fluide électrique. L'auteur mêle habilement les deux conceptions du monde : l'inconscient frôle la raison, la science naissante n'est pas loin des pratiques alchimistes.

La construction du roman oppose le journal d'Elisabeth et les remarques de Walson qui prend cette femme pour une illuminée fanatique....

Une réquisitoire déguisé contre la science toute puissante et un hommage à la figure féminine. N'oublions pas que la mère de Mary Shelley fut l'une des premières féministes anglaises...et que Frankenstein parut en Angleterre sans nom d'auteur...car c'était une femme.

Dans la logique des choses, l'auteur redonne la parole à la figure féminine pour donner une autre vision de l'histoire.

...Ce qui nous donne envie de relire l'oeuvre de Marie Shelley.


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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 21:43

ETATS-UNIS

L'enfant de cristal

Editions Le Cherche Midi, collection "Neo", 2008

Un roman coup de coeur inclassable ! Assurément le roman contemporain le plus divertissant, intelligent et érudit que j'ai lu depuis pas mal de temps.

Théodore Roszak, 75 ans, professeur d'Histoire à l'université de Californie, sociologue (il a inventé le concept de contre-culture), est l'auteur du best seller La conspiration des ténèbres, une enquête sur l'origine du cinéma hollywoodien.


Il signe ici un roman étonnant sur le vieillissement dans notre société.
Aaron Lacey est un enfant atteint de la progéria, cette maladie génétique qui provoque un vieillissement précoce et qui font ressembler les enfants à des vieillards. Julia, une gérontologue renommée qui souhaite lutter contre le vieillissement, se rend au chevet de l'enfant. Remarquant chez l'enfant une volonté de se battre, elle l'encourage à développer l'activité de son esprit : jeux de stratégies et jeux vidéos....Et le miracle se produit : Aaron passe le cap du vieillissement et devient un être d'une beauté exemplaire et d'une intelligence rare. Mais est-ce encore un enfant ?

 

Aaron va exciter la convoitise de charlatans comme De Leon qui a instauré un paradis artificiel et dépravé de riches recherchant l'éternelle jeunesse au Mexique ou de généticiens qui veulent découvrir le gène responsable de l'éternelle jeunesse d'Aaron.

 

Quant à Julia, réellement hypnotisée par Aaron, elle va se tourner vers les contes et légendes, vers les mythes pour comprendre la nature d'Aaron.

 

Comment définir cette intrigue foisonnante ? C'est tout à la fois ! Un roman fantastique qui allie science et mythologie, un thriller, un conte philosophique....

Les références mythologiques, picturales, littéraires, religieuses abondent. Aaron devient un nouvel Eros, un nouveau Cupidon ou encore l'incarnation de Narcisse. Julia cherche le secret d'Aaron dans les histoires mythologiques : il devient l'incarnation de l'amour, une forme parfaite indépendante du temps qui passe. Nous passons de Shakespeare à Titien, en faisant un tour du côté des réflexions scientifiques sur le génôme humain. Sans oublier les références au jeux vidéos ! avec un passage obligé vers la caverne du mythe platonicien.

 

L'intrigue est bien sûr menée tambour battant avec de multiples rebondissements. Théodore Roszak signe ici un brillant plaidoyer su les limites de la science qui ne peut tout comprendre. Et lorsque la science est incapable, c'est aux légendes de prendre place...

 

Ce roman est à la fois une satire de notre société contemporaine ayant le culte du jeunisme et un magnifique roman fantastique et philosophique sur la signification de la vieillesse.

 

Enfin, n'oublions pas la très belle histoire d'amitié entre Aaron et Julia.

Du très grand art, ce qui m'a donné envie de lire toute l'oeuvre de Roszak...

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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 14:09

TENNESSEE WILLIAMS

ETATS-UNIS -Recueil de nouvelles

Le poulet tueur et la folle honteuse

Editions Robert Laffont "Pavillons poche"

Le célèbre dramaturge américain est aussi un excellent nouvelliste. Je vous avais fait découvrir il y a quelque le recueil Le boxeur manchot, une merveille de poésie aux accents véritablement tragiques. Ici, si l'on retrouve le goût de Williams pour les marginaux, le ton est davantage humoristique, ironique, voire franchement comique.

Il se moque tout particulièrement de la sexualité, des désirs refoulés des vieilles filles, des homosexuels non déclarés et de la vieillesse qui....ne veut pas vieillir. Sans vergogne, Williams décrit les frôlements du sexe masculin par la gente féminine. Retenons la nouvelle Dass Wasser is Kalt où une retraitée forcée est mise toute en émoi par des officiers italiens dans le train qui la mène à Naples. Dès lors, elle n'a de cesse de vouloir "voir et toucher" un sexe masculin...Elle se rappelle l'épisode scabreux de sa seule expérience sexuelle forcée dans le métro de Manhattan et se pouponne pour aller à la plage...mais l'arthrose est bien là...

Coup de chapeau également pour la nouvelle du même nom que le recueil où un boursicoteur quadra fait passer un jeune gay pour son fils pour le présenter à sa mère...Quant au jeune gay, il l'initie pour que la "folle honteuse" sorte de l'armoire !

Il y a aussi cette vierge de vingt qui, pour la première fois, à vingt ans, est horrifiée d'avoir ses premières règles...

Derrière cette ironie grinçante, on devine la cruauté de l'existence et la mort qui n'est jamais loin. En effet, la plupart des personnages de ces nouvelles sont saisis sur le tard et prennent conscience de tous leurs espoirs vaincus. Il est trop tard pour être aimé, trop tard pour être reconnu...On retiendra le portrait d'une poétesse reconnue dans le passé qui se fait virer de sa maison d'édition et de son café habituel, détrônée par les poètes de la Beat Generation. Où encore ces deux vieilles filles qui voit en New-York une ville de tombes éclairées dans une nécropole.

La vieillesse est souvent assimilée à la folie où à une sexualité débridée, inassouvie.

A certains moments, ces nouvelles sont franchement cruelles et tragiques. Williams met en relief la bêtise humaine lorsqu'une femme atteinte du pian lui dévorant le visage, est mise en quarantaine par le village et sa fille et finit sa vie dans la montagne parmi les oiseaux.

Un recueil vraiment différent du boxeur manchot, moins poétique, plus grinçant, qui montre toutes les facettes du talent de Williams.

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 22:12

ETATS-UNIS



Editions Gallimard "Du monde entier", 1981

John Edgar Wideman, né en 1941, est l'un des plus importants écrivains noirs américain après James Baldwin et Toni Morrison. Fils d'éboueur de Homewood, le  ghetto de Pittsburg, il est l'auteur d'une oeuvre abondante qui est un hommage à la mémoire afro-américaine.

Damballah est le premier volet de la trilogie de Homewood consacrée justement à l'histoire d'une famille noire de ce ghetto (histoire largement autobiographique)  de 1840, lorsqu'un couple mixte composé une esclave et du fils d'un maître s'installe à Pittsburg, à nos jours. Dans ce roman, pas d'intrigues linéaires, chronologiques. Au contraire, l'image d'une toile d'araignée est évoquée , celle qui rassemble plusieurs voix qui tentent de sauver de l'oubli une mémoire familiale bicentenaire. Chaque chapitre est consacré à un personnage, le plus souvent des femmes : l'aïeule raconteuse d'histoires, la fille mère, la mère d'un taulard mais aussi une chanteuse de blues, une fillette qui tente de sauver son père alcoolique. Un vendeur de glace qui trouve un cadavre de bébé dans la neige et un délinquant qui erre dans les rues.

Cet oratorio de voix donne à ce magnifique roman un air de complainte et d'épopée lyrique. L'influence du gospel est certaine ; ces voix déchirantes en appellent à un Dieu miséricordieux de l'Eglise Méthodiste et aussi à Damballah, le dieu vaudou des africains.

Chaque voix évoque souvent un épisode dramatique de l'existence qui place les âmes au bord de la déréliction. La parole est retranscrite grâce à une narration omnisciente ou à des dialogues. Mais le plus souvent, ce sont des monologues qui retranscrivent de façon très lyrique les émotions des personnages. On peut alors parler de véritable chant poétique dont les influences vont du gospel au rap, du vaudou africain au récit biblique.

On appréciera la divervité des tonalités, allant de la tragédie au burlesque (un sans abri qui s'effondre dans un tas de pastèques...).

Le lecteur peut être déstabilisé par la multitude de personnages et l'absence d'intrigue centrale. Plus qu'un roman, ce récit est un chant poétique qui célèbre, par delà la douleur, l'espoir et la grandeur humaine face au silence des dieux.

"

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 08:29

GRANDE-BRETAGNE

Sur la plage de Chesil

Editions Gallimard "Du monde entier", 2008

Ian McEwan est le plus grand écrivain anglais contemporain avec Martin Amis. C'est le premier roman que je lis de lui et c'est une belle découverte.
Son dernier roman fait partie des grands romans étrangers de cette rentrée littéraire. Ce titre relate sur moins de 150 pages le fiasco d'une nuit de noce dans l'Angleterre encore très guindée du début des années 60. C'est très ironique et en même temps d'une grande finesse psychologique. La fin brusque constitue une chute très amère. 

"Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible"

Voila le début qui annonce rapidement la couleur : nous sommes sur le littoral, dans un hôtel proche d'une plage de galets. Défilé des serveurs, repas du soir : les jeunes mariés, Edward et Florence, ont la gorge qui se noue ; ils touchent à peine à ce qu'il y a dans leur assiette ; et pour cause : le moment fatidique approche ; il vont devoir consommer leur mariage. Or, Edward est un jeune puceau et visiblement, Florence est plus que dégoûtée par l'acte sexuel....

McEwan dilate ce moment en examinant le plus possible l'intériorité des deux personnages ; ces derniers se parlent davantage à eux-mêmes qu'ils communiquent entre eux. Entre fantasmes et inhibitions, interdits sociaux, ils tâtonnent, ils hésitent, ils ont peur.

On admirera le brio de la construction : au centre du roman, unité de lieu, de temps et d'action : description du fiasco d'une nuit de noces dans l'Angleterre des années 60. Puis des pauses qui examinent le passé, l'enfance des deux protagonistes. Enfin, les dernières pages examinent en une rapidité exemplaire tout le déroulé d'une vie sur quarante ans et tous les regrets qui vont avec.


Tout en insistant sur les interdits sociaux, le conservatisme des mentalités, Mc Ewan parvient brillamment à saisir la psychologie des personnages et à décrire un magnifique paysage anglais entre landes campagnardes et paysages marins.

Le lecteur hésite toujours entre le rire (l'auteur est très ironique lorsqu'il décrit par exemple le couple qui ne parvient pas à déguster son repas à cause de la peur de "l'après", de même les situations imprévues décrites pendant la nuit de noce sont très cocasses et burlesques).

Mais finalement, on finit par s'identifier à ces personnages qui subissent le poids de leur éducation ; la sympathie va tantôt à Edward tantôt à Florence ; quant à la conclusion, celle qui clôt une vie, elle est très amère...

Saluons McEwan d'avoir su brillament traiter un sujet scabreux, si peu traité en littérature, en oscillant toujours entre la farce et l'amertume.

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