Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
  • Contact

Bienvenue sur mon Blog !




Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Recherche

7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 13:55

ETATS-UNIS

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/Images_Produits/FR/fnac.com/ZoomPE/0/0/7/9782752906700.jpg

Editions Phébus, 2012

Le Prix Fémina étranger 2012 est intéressant à plus d'un titre, à la fois par son thème relatant un fait historique méconnu et par sa forme originale. 

Julie Otsuka, auteur américaine d'origine japonaise, explore un fait méconnu des relations américano-japonaises des années 20 jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale. 

Au début du 20e siècle, des japonais ont émigré en Californie et ont été embauchés pour travailler dans les vignes et dans les champs de fruits et légumes. Une main d'oeuvre à bas prix, très disciplinée, plus docile que les mexicains ou les chinois, principalement des hommes....

Quelques années plus tard, des femmes attirées par le Nouveau Monde, reçoivent des lettres de demandes en mariage d'hommes japonais devenus riches....croient elles...

A l'arrivée, c'est la mauvaise surprise. Des hommes pauvres et plus âgés que sur les photos. Mais leur dignité et leur éducation les poussent à accepter leur destin. Le travail, les enfants, la vie quotidienne...puis le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale. Toute une population japonaise considérée comme ennemie, espionne au service de l'ennemi...et emmenée dans des camps de travail. 

Sur 120 pages, l'auteur relate magnifiquement ces trente années en donnant directement la parole à ces femmes. Au lieu d'utiliser le "je", elle emploie un "nous" indifférencié qui "noie" chaque femme dans un choeur antique mêlant les individualités entre elles. Loin de dénuer toute personnalité à chaque femme, ce procédé d'énonciation mêle les différentes voix, faisant intervenir aussi bien le "bourgeoise" que la pauvrette ou la dévergondée. 

Ce choeur  de "vous" loin de n'être qu'une série de lamentations, est au contraire très rythmé puisque chaque chapitre  long de 10 à 30 pages est consacré à un tableau précis : le départ du Japon, la première nuit, la découverte des Blancs, les naissances, les enfants...jusqu'à un changement de narrateur au final.

Un récit poignant évitant tout misérabilisme, très bien construit, qui met aussi l'accent sur la découverte du Nouveau Monde par les japonais ; autre culture, autres moeurs : des hommes grands, poilus, buvant du lait et mangeant de la viande. 

A découvrir

Repost 0
29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 19:06

ETATS-UNIS -2001

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/0/1/6/9782253124610.jpg

Editins Albin Michel

L'un des premiers romans de Louise Erdrich, la grande romancière américaine, aux origines indiennes. Sa mère était ojibwé, tribu indienne du Dakota du Nrd. Son père, d'origine allemande. Elle est avec Sherman Alexie, la grande voix de la littérature d'outre-atlantique. 

Elle est propriétaire d'une petite librairie indépendante dans le Minnesota. Son oeuvre met en scène les communautés indiennes du Dakota ; lyrisme et "réalisme magique" à la Garcia Marquez sont les maîtres mots d'une voix reconnue comme l'une des grandes plumes américaines. 

Je l'avais découvert avec La malédiction des colombes, une oeuvre chorale et lyrique autour d'un lynchage d'indiens. Faisant fi de toute chronologie, usant de la polyphonie, narrant l'histoire de plusieurs générations aux ramifications multiples, Louise Erdrich n'est pas très facile à apprivoiser ! Il faut s'accrocher mais le plaisir est au bout, avec la découverte de passages magistraux. 

Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse, finaliste du National Book Award, a fait entrer Louise Erdrich dans la cour des grands. Moins lyrique peut-être que le roman cité ci-dessus (qui lui est postérieur) mais beaucoup plus fantaisiste ; c'est pour cela que l'on a évoqué Garcia Marquez. 

L'histoire se déroule sur plus de 80 ans, de 1910 à 1996 et relate "l'évangélisation" un peu spéciale d'un village indien du Dakota du Nord, Little No Horse. Le roman débute en 1996 : le père Damien, dans sa petite église, âgé de plus de cent ans,écrit depuis plusieurs années au Saint-Père au Vatican pour lui signaler des miracles pas très catholiques...Quelques pages plus loin, flash back en 1910. Agnès, prise de crises mystiques au couvent, en jouant un morceau de Chopin au piano, se promène nue au couvent. Expulsée, elle trouve refuge chez un fermier d'origine allemande...avant de se faire enlevée par un braqueur de banque...et d'endosser les habits d'un prêtre...Car, c'est cela la supercherie et le miracle : Père Damien est une femme cachée....

En 80 ans, Père Damien-Agnès, aura réussi à évangéliser à sa manière le village indien, tout en respectant les traditions magiques des autochtones.

Personnage au grand coeur, doutant parfois de ses méthodes si peu orthodoxes, il sera devenu l'emblème de ce village, l'ami des indiens.

Parmi les autres personnages, mentionnons le patriarche Nanapush, génial de truculence, retrouvé par Damien à moitié mort de faim dans les bois, se cherchant ensuite de multiples femmes...Le passage le plus sublime est sans aucun doute le récit de sa mort, à la fois burlesque et tragique (oùil est question d'oignons et de pets !). Du grand art !

Sans oublier les émissaires du Vatican, de pauvres prêtres amoureux, une soeur qui martyrise ses semblables...

Et c'est tout cela, le talent de Louise Erdrich. Sur plus de 500 pages, elle nous perd au sein de tous ces personnages : mariages multiples, mort miraculeuse, amours clandestins...Mais elle nous scotche avec des passages sublimes tels la mort de Nanapush et le braquage de la banque. 

Bienvenue dans le monde des hallucinations truculentes, fantaisistes ou apocalyptiques.

Acceptez-vous de vous y perdre un peu...

Repost 0
10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 12:02

RENTREE LITTERAIRE 2012

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/Grandes110/1/3/8/9782267023831.gif

EDITIONS CHRISTIAN BOURGOIS

L'une des grosses têtes d'affiche de cette rentrée littéraire. Toni Morrison, 81 ans, écrivain noire américaine la plus connue au monde, Prix Nobel de Littérature, nous livre un roman très concis de 150 pages, centré sur l'histoire d'un frère et d'une soeur à l'époque de la guerre de Corée. 

Frank Money, né à Lotus, village perdu de Géorgie,  vient de quitter les rangs de l'armée de Guerre de Corée pour rejoindre Cee, sa soeur malade, qui lui a écrit une lettre de détresse. Mais voyager dans l'Amérique ségrégationniste des années 50 n'est pas simple : alors il va être entraidé par sa communauté noire. On apprend même qu'un guide répertoriait même les lieux où les noirs avaient le droit de résider...

Sur son chemin, on apprendra leurs parcours, leur fuite de Lotus après une enfance très pauvre, sans amour, persécutée par une marâtre acariâtre. Puis c'est le moment du retour au village, bien mouvementé. L'expiation, le pardon, la sérénité...La morale est "Semons notre propre jardin..." après de multiples aventures et fautes. 

Un récit profondément humaniste, centré sur l'entraide et l'amour filial, qui joue involontairement, je pense, sur le jeu de mot "Home" et "Homme" : Morrison nous conte l'histoire d'un retour chez soi, à la maison, comme possibilité de rédemption des erreurs passées. Mais, grâce à ce retour chez soi, le personnage devient un homme, au sens noble du terme ; il est expié de ses péchés et trouve la sérénité, de même pour la soeur. Le récit commence et se termine d'ailleurs par le même genre d'assertion : "Ils se sont dressés comme des hommes" et "Ici se dresse un homme". Ou comment rapprocher l'anglais et le français...

On admire également la construction subtile du roman : le récit fait alterner la voix de l'auteur qui fait corps avec ses personnages, et la voix de Frank Money, qui nous livre ses souvenirs et qui admoneste l'auteur quant à sa capacité à dire la pauvreté, la souffrance et surtout les secrets de ce dernier...Un jeu habile sur la fausse omniscience de l'auteur...

Je m'attendais à une oeuvre beaucoup plus lyrique, plongeant corps et âme dans la souffrance. Au contraire, Morrison choisit la tempérance, la simplicité pour dire finalement le passage à la sérénité après des années d'errance. Une écriture qui semble dire constamment "Calmons nous, arrêtons nous là". Et c'est peut être ce qui m'a déstabilisée à la fermeture du livre. 

Mais en y repensant, on en sort comme détendu, apaisé. Quelque chose que je ne recherche pas forcément en littérature. Une expérience donc très particulière ..


Repost 0
30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 10:09

ETATS-UNIS -PREMIER ROMAN

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41+7uvnNh-L._SL500_AA300_.jpg

 

Editions Gallimard, Rentrée littéraire 2012

Voici un drôle de premier roman qui, sous ses allures fantasques de road movie, questionne avec intelligence l'identité américaine.

Pourquoi ai-je décidé de lire ce roman ? Tout d'abord parce l'héroïne Lucie est bibliothécaire ! Dans un village paumé du Michigan, à 26 ans, elle végète dans une vieille bibliothèque pour la jeunesse, alors que son père et ses ancêtres sont de valeureux révolutionnaires russes qui ont pris la fuite de leur pays, menacés par le pouvoir en place...

Elle vit si mal sa position qu'elle fait une irritation des cuisses dû au frottement de sa chaise ! Première qualité du roman : son humour, son second degré. 

Son quotidien va être bouleversé lorsqu'elle se prend d'affection pour le jeune Ian, féru de littérature mais dont les lectures sont fortement contrôlées par les parents appartenant à une scène evangéliste. Lorsque Lucie apprend que Ian assiste à une "rééducation spirituelle", le pasteur de la paroisse ayant décelé des "risques d'homosexualité", elle décide de partir au volant de sa voiture avec l'enfant. 

De Chicago à la frontière canadienne en passant par le Vermont, les deux compères vont partir à la découverte d'eux-mêmes. Une occasion pour Lucie de revisiter le passé de sa famille et de s'interroger sur l'identité américaine. 

Un roman très attachant qui, sous des allures humoristiques, fait un beau portrait réaliste de l'Amérique contemporaine. Extrémisme religieux et surtout besoin de s'expatrier...mais pour aller où ? Comme le dite le père de Lucie, y-a-t-il encore un lieu où fuir aux Etats-Unis ? 

C'est la question que pose intelligemment ce récit ; un moyen de revisiter de manière originale le mythe de l'émigrant américain. 

Repost 0
27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 10:08

ETATS-UNIS -PREMIER ROMAN

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/Grandes110/1/8/6/9782709636681.gif

Editions Lattès, 2012

Ce premier roman a été un best-seller aux Etats-Unis. Porté aux nues notamment par le New-York Times et Jonathan Franzen, il est en cours d'adaptation par la chaîne HBO. 

Un premier roman écrit par un journaliste littéraire sans doute surestimé mais qui a le mérite de porter un regard acerbe sur la crise spirituelle que vivent les américains. 

Chad Harbach nous plonge avec réalisme dans le monde sportif au sein du système scolaire américain. Il faut savoir que chaque lycée ou université a son équipe locale de football et/ou de baseball. Les écoles se fédèrent en partie autour de ces équipes.

Mais rassurez-vous, ce roman ne parle pas uniquement de baseball mais aussi littérature à travers Hernan Melville...

Le roman a pour cadre une université du Wisconsin, au bord du lac Michigan. Mike, le capitaine de l'équipe de baseball, remarque en la personne de Henry Skrimshander, un véritable don pour le baseball. Il va en faire une star locale jusqu'au jour où ce dernier va rater un lancer facile. 

Cet échec provoque une crise intérieure aussi bien chez le joueur que chez le coach. Et c'est en cela que le roman est intéressant et très abouti. L'auteur examine à la loupe le monde sportif de l'intérieur, dans l'esprit des joueurs. L'art du jeu n'est pas un art solitaire comme la peinture ou l'écriture. Ces artistes peuvent "se rater" quelques fois, dans leur solitude. Le sportif, lui, est condamné, en public, à répéter chaque fois le même geste parfait, à l'infini, comme une machine. L'atteinte de la perfection mais après ? La répétition obligée ou le néant, l'angoisse et la crise. La crise intérieure d'Henry est analysée comme une "angoisse postmoderniste" et comme l'un des symptômes de la crise américaine. Le syndrome de l'échec...

Mike, le coach, quant à lui, se considère uniquement comme un coach et un incapable. En effet, il n'est bon qu'à apprendre aux autres, il n'a aucun don. C'est pourquoi il est aussi pris dans la spirale de l'échec. 

Ces chapitres consacrés à l'angoisse existentielle sont vraiment bons et font tout l'intérêt du roman.On peut cependant reprocher à l'auteur d'être trop bavard, d'illustrer sa thèse par des propos philosophiques alors que seule l'histoire et la parole des personnages suffiraient à mon avis. 

 

Quant aux autres personnages, le président de l'Université, Gert Affenlight, sa fille Pella et un élève en littérature, Owen, ils vont aussi faire face à des bouleversements intimes.

Homosexualité, problèmes de gestion et de financement des universités....

Le roman choral, aux multiples personnages, brasse beaucoup de problématiques et sans doute trop. C'est le duo Mike-Henry qui reste le plus intéressant en terme de personnages même si le duo Affenlight/Owen permet d'aborder le fonctionnement d'une université américaine : la découverte d'un manuscrit d'Herman Melville en fait la mascotte de l'université. On se met à vendre des tee-shirts et des casquettes à son effigie et l'équipe locale de baseball s'appelle les Harponneurs...Bien sûr, tout cela se vend dans la boutique de l'université, fait inimaginable en France.....

Roman sans grandes qualités littéraires, parfois trop démonstratif mais d'un intérêt sociologique certain !

Repost 0
22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 07:48

RENTREE LITTERAIRE 2012-ETATS-UNIS

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/3/0/0/9782226243003.jpg

Editions Albin Michel, collection "Terres d'Amérique"

Attention, gros coup de coeur ! C'est ma première lecture de la rentrée 2012 en avant première et une grosse découverte. 

Ce premier roman de cette jeune romancière a été classé parmi les cinq meilleurs romans américains de 2011 par le New-York Times. 

Il faut dire que ce récit est original à plus d'un titre ; pour moi, il m'évoque à la fois Alice au pays des Merveilles et La nuit du chasseur de Charles Laughton, mêlant à la fois le récit d'aventure fantasmagorique et le roman familial. 

La jeune auteur née en 1981 nous plonge dans la région marécageuse de Floride, les Everglades. Nous voici au pays des alligators, sur l'île de Swamplandia où la famille BigTree règne sans partage au sein de leur parc d'attraction. Le numéro qui a fait leur renommée : le plongeon de la mère Hilola dans un bassin rempli d'alligators !

Mais la mère meurt d'un cancer, et là, comme dit la cadette, Ava, ce fut "le commencement de la fin". La famille, le père et ses trois enfants, vont tenter chacun à leur manière de sauver leur famille et le parc criblé de dettes...

La mort,le deuil, mais aussi et surtout une ode formidable à l'aventure et à l'amour filial. L'auteur navigue constamment entre émotions et événements insolites. Son écriture très imagée, regorgeant d'odeurs et de sons, ne fait que rajouter de la fantaisie au récit. 

Il faut dire que cette famille Bigtree ne manque pas de piquant : le "Chef" se prend pour un indien pur souche, il a d'ailleurs créé un musée retraçant l'histoire et la généalogie de la famille. Le fils aîné, Kiwi, féru de latin, veut quitter son île paumée pour faire des études. Il est finalement embauché dans le parc d'attraction concurrent, Le Monde de l'Obscur avec sa baleine-toboggan géante...Quant aux filles, elle vont partir dans une aventure fantasmagorique palpitante...La grande, Osceola, férue de spiritisme, tombe amoureuse de fantômes et part à la recherche des morts...Un jour avec Ava, elle vont croiser un étrange personnage dragueur de fond, Louis Thanksgiving...

 

Et c'est parti pour une palpitante aventure au pays des enfers...Réalité ? Fantasmagorie ? Les jeunes filles frôlent à chaque fois la féérie et l'horreur, ce qui fait penser au chef d'oeuvre de Charles Laughton, La nuit du chasseur. La promenade en barque, le cadre de l'histoire (la faune et la flore des marais) nous rappellent ces images cinématographiques. Elles croiseront des personnages très fantasques tels l'Oiseleur et Mama Weeds, qui recoud les vêtements des fantômes. A-t-on basculé de l'autre côté du miroir, tel Lewis Carroll, cité en exergue....

Peu importe ! Ce qui compte, c'est la force des histoires qui peut nous aider à guérir d'un deuil. Ce qui ressort de ce roman, c'est une formidable énergie, une force de vivre, un optimisme fantasque qui aide à faire face et à aller de l'avant.

Une nouvelle raconteuse d'histoire est née. A noter aussi l'intérêt historique de l'oeuvre qui nous fait découvrir l'Histoire méconnue de la Floride : le dragage meurtrier des Everglades en passant par la naissance du peuple Séminole, constitué d'indiens et d'esclaves noirs affranchis. 

Repost 0
23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 20:12

ETATS-UNIS

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/0/0/4/9782742755400.jpg

Editions Babel, 2005

Plusieurs lectrices m'avaient conseillé ce roman. De Siri Hustvedt, j'avais lu il y a quelques mois Un été sans les hommes, une oeuvre très caustique avec des personnages attachants. 

Tout ce que j'aimais est considéré comme son oeuvre phare. Une oeuvre très ardue au début, qui se laisse apprivoiser petit à petit, pour nous émouvoir profondément au final. 

Nous sommes dans le milieu artistique et intellectuel new-yorkais : Léo, un critique d'art, se lie d'amitié à Bill, artiste peintre qu'il va contribuer à faire connaître sur la scène new-yorkaise. A l'origine de cette amitié, un coup de foudre pour un tableau pouvant faire penser à une oeuvre de Hooper : une femme regarde dans le vague, est est en train d'être peinte. On remarque une ombre qui est sans doute le regard du peintre mais qui peut être aussi celui du spectateur. Dans un coin du tableau, on remarque la jambe d'une femme qui s'en va....

Ce tableau est décrit au début, c'est la scène inaugurale ; imprégniez-vous en car c'est la métaphore de tout le roman ....Léo, toute sa vie, va regarder la vie de Bill et de Violet, et la raconter puisque c'est lui le narrateur...Quitte à vivre à côté et cacher ses sentiments...

Une magnifique illustration de la citation d'Oscar Wilde qui déclare que c'est la vie qui imite l'art plutôt que le contraire. 

Une tableau, des vies...Deux couples qui vivent à deux pas l'un de l'autre leurs rêves de liberté et qui vont s'épauler face aux drames de la vie. Chacun de leurs fils va vivre une tragédie. Je ne vous en dirai pas plus au risque de dévoiler toute l'intrigue. 

Siri Hustvedt vous raconte des vies, des destins, des trajectoires et leur donne une dimension éminemment romanesque avec la réflexion sur l'art ; comme si le tableau représentait au début le destin du narrateur, comme si tout était joué. 

La deuxième partie prend quasiment des allures de thriller existentiel ou d'enquête policière menée toujours par le narrateur, avec des soupçons de suspense. Les drames arrivent mais l'art est toujours là. 

L'histoire se déroule sur une bonne vingtaine d'année, ce qui laisse le temps à l'auteur de développer l'analyse psychologique des personnages, leurs illusions, leur détresse, leur solitude. Deuils, sparations, folie... La fin est déchirante d'humanité. L'histoire est bien sûr raconté au passé, ce qui rend le récit encore plus humain ; le narrateur fait ainsi revivre tout ce qu'il a perdu, tout ce qu'il aimait. 

Un grand roman qui se déguste très lentement, comme un grand vin. 

Repost 0
13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 11:12

ETATS-UNIS

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/9/2/4/9782226238429.jpg

Albin-Michel, collection "Terres d'Amérique", 2012

Un roman que l'on pourrait sûrement classer en polar : certes il y a une enquête, un homme soupçonné, un enquêteur mais ce n'est que le prétexte pour nous présenter des personnages hauts en couleur et l'atmosphère étouffante du Mississippi. Philipp Roth a d'ailleurs parlé d'une force d'évocation digne de Faulkner.

Tom Franklin, lauréat du Los Angeles Times Fiction Prize, signe un récit d'une forte intensité psychologique opposant deux anciens amis d'enfance, le blanc Larry Ott et le noir Silas Jones.

Silas, le flic, revient après des années d'absence, dans la petite bourgade perdue de Chabot, alors que Larry est soupçonné de deux meurtres de jeunes filles. Alors qu'un matin, on retrouvé Larry blessé par balle, Silas va tout faire pour trouver le vrai coupable. Il se souvient alors de leur enfance....

Il y a d'abord l'atmosphère poisseuse du sud ; avec peu de moyens, Franklin campe tout de suite le décor : un village paumé au milieu de la forêt, une vieille scierie,des friches bordées de marécages, un snack où l'on sert des hot dog et des "Kentucky fried chicken", une vieille maison, une route qui ne mène nul part, un garage à l'abandon, un shérif qui s'ennuie ferme. 

Et puis le personnage de Larry Ott, surnommé Norman Bates, du nom du personnage de Psychose d'Hitchcock. Il est vrai que c'est une personnage ambigu très réussi : célibataire quadragénaire, il vit seul dans son garage délabré qu'il a hérité de ses parents ; ostracisé depuis qu'il a été soupçonné vingt ans plus tôt du meurtre d'une jeune fille, il vit depuis au milieu de ses revues et ses livres d'horreur, fan de Stephen King mais aussi collectionneur d'armes et de serpents. Le coupable tout désigné...Il montre toute son affection à ses poules. 

D'ailleurs, Silas Jones nourrira ses poules lorsque son ancien ami sera à l'hôpital. Ce flic qui va livrer peu à peu les souvenirs de son enfance, ses secrets et ses liens indéfectibles avec Larry Ott...

Le lecteur entre tout de suite de plein pied dans ce village perdu et tombe sous le charme des personnages rongés par la culpabilité mais oh combien fragiles et profondément humains. L'auteur évite avec brio les clichés du clivage blancs/noirs en créant un personnage de blanc à la déroute. 

Du très bon roman psychologique. 

Repost 0
9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 11:19

ETATS-UNIS

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/7/0/2/9782330005207.jpg

Editions Actes Sud, 2012

Sans doute le roman le plus ambitieux, le plus marquant de cette année même si nous ne sommes qu'au mois de mars. 

Une oeuvre dérangeante qui assigne à la littérature son plus beau rôle : celui s'interroger les rouages malades de notre société, aller voir du c^té où l'on ne va jamais voir, par peur, par dégoût, par notre bonne conscience triomphante. 

Russell Banks va là où ça fait mal en prenant pur personnage principal Le Kid, un jeune délinquant sexuel de 21 ans. Ce Kid est devenu un sans abri, condamné à vivre sous un viaduc, en Floride,comme les autres condamnés. Son seul ami : un iguane qu'il a recueilli depuis qu'il est enfant. Un enfant solitaire qui regardait sur Internet des films pornos lorsque sa mère recevait des hommes dans sa chambre... La société américaine le condamne pendant 10 ans à porter un bracelet électronique et à ne pas s'approcher à moins de 800 mètres d'une école, d'un parc ou d'une aire de jeux.

Scène inaugurale emblématique de la société américaine sécuritaire et puritaine : Le Kid rentre dans une bibliothèque pour se renseigner sur la présence d'un délinquant sexuel dans son quartier. La bibliothécaire lui indique sur son ordinateur un point rouge signalant sa maison...puis tout à coup, sa photo et sn nom apparaissent...Big brother à l'assaut de la délinquance....

Le roman prend toute sa dimension romanesque lorsque le Kid rencontre sous le Viaduc, "Le Professeur", génie obèse, professeur de sociologie, qui dit vouloir faire une étude sur les sans abris délinquants sexuels et comprendre l'origine de cette nouvelle déviance...et aussi les aider à construire une vraie société organisée de sans-abris avec leurs règles et leurs interdits. 

Qui est ce professeur ? Un universitaire ? Un ancien espion? Lui-même un délinquant sexuel ? Ou encore un génial raconteur d'histoires ? 

Toujours est-il qu'entre le Professeur et le Kid se noue une étrange relation d'attirance et de répulsion, de maître/élève Au contact du "génie", le Kid s'ouvre à lui et au monde, raconte son histoire, une histoire...

Car finalement, il est question de beaucoup d'histoires dans ce roman. D'histoires pour se constituer une identité, pour se sauver, pour se guérir. Et alors, si tout est fiction, rien n'est faux, rien n'est vrai. Oublions donc la logique rationnelle qui cherche à prouver scientifiquement la vérité. Il suffit juste de vouloir croire à ces histoires qui nous font avancer et accepter de vivre....

N'en disons pas plus au risque de dévoiler l'intrigue. Russell Banks construit des personnages énigmatiques qui garderont à jamais leurs secrets. Car le but de la littérature n'est pas de trouver des solutions et de dire la vérité mais au contraire de poser les questions, les problèmes,de donner une piste sans forcément y répondre...

La fiction relève du domaine de la croyance et du questionnement alors que la société américaine juge et stigmatise.

Russell banks nous fait approcher des personnages que nous n'aurions jamais approché si la littérature n'existait pas. Il leur donne une complexité humaine alors que la société les juge.

L'objectif n'est pas de comprendre mais de complexifier l'humain, de lui donner une vrai dimension même s'il est coupable. 

Un roman humaniste comme nous n'en avions pas vu depuis longtemps. 

A lire, un entretien intéressant de Russell Banks sur http://www.slate.fr/story/52219/russell-banks-lointain-souvenir-de-la-peau-litterature

 

"ces hommes là sont des êtres humains, pas des chimpanzés ni des gorilles. Ils appartiennent à la même espèce que nous. Et nous ne sommes pas câblés pour commetre de tels actes. ...Et si nous n'identifions pas les changements qui, dans notre civilisation, attaquent nos systèmes immunitaires socieux et éthiques -systèmes auxquels nous nous référons d'habitude en parlant de tabous- il ne faudra pas longtemps avant que nous succombions tous. Nous deviendrons tous des délinquants sexuels"

Repost 0
28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 19:03

ETATS-UNIS - PREMIER ROMAN

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/7/0/2/9782879298207.jpg

 

Editions de l'Olivier, 2012

 

Le premier roman d'un écrivain d'origine porto ricaine né en 1981, à suivre de très près !

L'auteur nous livre le récit d'une enfance somme toute classique, quand le quartier new-yorkais de Brooklyn; le quotidien de trois frères, Joel, Manny et le narrateur, le petit dernier, fraternité fusionnelle tels des petits animaux. Puis, à la 126e page, le trio se fissure...L'événement qui fait tout basculer, tout cela décrit en 15 pages. Un vrai tour de force !

Tout d'abord, il y a la description de ce quotidien des pauvres mais, en séries de courts instantanés, l'auteur nous décrit la relation passionnelle qui existe entre les trois frères et leurs parents, telle une meute qui se déplace, qui se tape dessus, qui se caresse. Une famille un peu foldingue, née de parents ados, d'une mère très fragile, Mame et d'un père bagarreur, Paps. Des scènes "sauvages" où l'on se tartine au ketchup, où l'on se fabrique des cerfs volants avec des sacs poubelles, on danse le mambo,ou l'on fugue avec un étrange pick-up. Puis un jour,....

Tout le talent de l'auteur réside dans cette écriture au lyrisme maîtrisé ; la violence des passions est toujours présente mais temporisée par une pudeur naturelle qui évite tout misérabilisme. Une écriture belle, rythmée, une musique de l'âme,sans fioriture, qui bat le tempo. 

Un condensé d'émotions fortes, sur 130 pages. Du beau travail !

 

"On en voulait encore. On frappait sur la table avec le manche de nos fourchettes, on cognait nos cuillères vides contre nos bols vides ; on avait faim. On voulait plus de bruit, plus de révoltes. On montait le son de la télé jusqu'à avoir mal aux oreilles à cause du cri des hommes en colère. On voulait plus de musique à la radio, on voulait du rythme, on voulait du rock. On voulait des muscles sur nos bras maigres. On avait des os d'oiseau creux et légers, on voulait plus d'épaisseur, plus de poids. On était six mains qui happait et six pieds qui trépignaient ; on était des frères, des garçons, trois petits rois unis dans un complot pour en avoir encore"

Un premier paragraphe qui donne le tempo....


Repost 0