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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 18:59

ETATS-UNIS

 

Les orphelins de Brooklyn

 

Editions de l'Olivier, 2003

 

Je viens de redécouvrir un titre du talentueux Jonathan Lethem qui m'avait enthousiasmé avec Forteresse de solitude, à l'occasion de la préparation d'un café littéraire sur New-York. L'occasion de se promener notamment dans le quartier de Brooklyn.

 

Et c'est bien à une promenade fantasque et truculente à laquelle nous convie l'auteur ; imaginez-vous, lecteur, dans la peau d'un orphelin atteint du syndrome de Tourette (celui qui vous fait avoir des TOC et des tics de langage vous poussant à utiliser un langage ordurier), recueilli par un faux déménageur doublé d'un faux détective (en fait, le caïd du coin). Ce dernier, Frank Minna, utilise le Tourettique et trois autres orphelins en tant que "Minnas Mens", des détectives tout de noir vêtu, qui parcourent les rues mal famées de Brooklyn.

Tout est chamboulé lorsque Frank Minna est retrouvé sauvagement assassiné par Lionel, notre héros le Tourettique ; ce dernier est tout chamboulé. Et il est bien décidé à mener son enquête seul pour venger la mort de son mentor.

 

Et c'est parti pour des aventures cartoonesques bourrées d'humour (accentué par les délires verbaux de Lionel). Les scènes du polar classique (courses-poursuites en voiture, interrogatoires, filatures...) sont revues et corrigées pour en faire des épisodes truculents. Tout réside dans le langage employé par Lionel qui ne cesse de faire des jeux de mots ou d'insulter copieusement ses acolytes ou ennemis.

 

Le lecteur est forcément proche de Lionel puisque notre empathie est touchée par sa dévotion extrème à son patron défunt.

Vous rencontrerez des mafieux italiens, des escrocs japonais, des maîtres du zen, des femmes fatales sans oublier les petites frappes brooklynniennes.

 

Du grand spectacle !

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 23:01

ETATS-UNIS

 

Brooklyn follies

 

Actes Sud, 2005

 

Je connaissais surtout le Paul Auster des thrillers métaphysiques de la trilogie new-yorkaise où des personnages solitaires perdent pied dans la grande ville labyrinthique, dans un univers fantastique, au bord de la folie.

 

On aborde ici un autre type de folie avec des situations et des personnages rocambolesques ; humour, tendresse, satire forment un cocktail explosif qui ravit tout de suite le lecteur.

 

Auster signe ici une ode à son quartier favori dans lequel il vit : bienvenue dans le borough déjanté de Brooklyn et sa population si originale ! Une fois lu ce livre, vous n'aurez plus qu'une envie : découvrir et vivre dans ce quartier !

 

Vous allez partir à la découverte d'une tribu familiale pas comme les autres :  

L'auteur nous décrit une tribu rocambolesque : Nathan, sexagénaire divorcé et cancéreux, décide un beau jour de venir finir ses jours à Brooklyn. Il y retrouve Tom, son neveu intello, qui, au lieu de poursuivre une brillante carrière universitaire, a "échoué" vendeur dans une librairie de manuscrits rares. L'oncle prend sous son aile son neveu et entreprend de lui faire connaître sa voisine, la JMS, la "Jeune mère sublime". Et il y a aussi la nièce à secourir, tombée dans une secte, et aussi Harry, le patron de Tom...

 

Ce roman plein d'humour est revigorant à plus d'un titre : au second degré, il exalte les vertus de la famille et de l'amitié. Malgré les vicissitudes de la vie, on s'en sort toujours.

 

Certes, ce n'est pas de la grande littérature mais on a l'impression que toute cette galerie de personnages nous ai familière ; c'est comme si nous étions aussi voisins de Nathan à Brooklyn. ...

 

C'est habilement mené, plein de rebondissements ! A lire quand on a froid et lorsqu'on est triste, les soirs d'hiver ! Ce roman n'est pas sans rappeler les films de Woody Allen avec ses personnages fêlés aux discussions sans fin ...

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 21:58

ETATS-UNIS, 1964

 

 

Last exit to Brooklyn

 

Ce titre appartient désormais à la littérature mythique de l'Amérique des années 60. Premier roman de l'écrivain maudit Selby, c'est un portrait sans espoir des âmes des bas-fonds qui cherchent une issue de secours -une "exit" - à leur vie sordide ; ces exit sont le sexe et  la drogue dans les quartiers pauvres de Brooklyn entre les docks, une usine et la base militaire.

Junkies, jeunes délinquants sans emploi et transsexuels se retrouvent dans les bars miteux, au son du juke-box.

Pour eux, la violence et l'exubérance sexuelle sont un moyen d'exister.

 

Dans ces six nouvelles, l'auteur met l'accent à chaque fois sur un personnage, à la fois ange et démon ; le lecteur se prend de pitié pour ces anges déchus qui, dans un décor sordide, trouvent pour un soir ou une semaine le chemin de la rédemption...puis c'est la chute finale.

 

Il y a Tralala, une putain qui recherche l'affection et qui finit massacrée dans une tournante. Georgette, le travelo au grand coeur, qui chante des poèmes d'amour à son amoureux, en vain...

L'histoire la plus longue, celle de Harry (La Grève) est sans doute la plus poignante : ce dernier tabasse sa femme et a des hallucinations lorsqu'il couche avec elle. Leader syndicaliste, il déclenche une grève pour prouver que c'est un homme, un vrai. Au bar d'en face, il tombe amoureux d'un homme et assume son homosexualité. Mais seulement pour un temps. Il finira crucifié par la bande de délinquants du bar miteux.

 

Le style d'écriture est très direct, insérant directement dans la narration les dialogues des personnages. On appréciera le style "graphique" de Selby où les engueulades abjectes des couples sont rendues dans un flux verbal célinien avec des phrases écrites en majuscules.

 

On découvre des personnages ambivalents envers qui le lecteur oscille entre abjection et pitié.

 

Cependant, j'ai préféré, de loin, le chef d'oeuvre Le démon, où l'on suit le quotidien, de l'intérieur, d'un cadre d'entreprise détraqué sexuel. Le style est encore plus syncopé et on s'identife vraiment au personnage.

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 19:53

ETATS-UNIS

 

 

Editions Albin Michel, 2010

 

Je continue donc mon exploration de la rentrée littéraire américaine ; après une grosse déception, voici une vraie découverte, un roman qui ne se laisse pas apprivoiser immédiatement mais la lecture en vaut la chandelle.

 

Louise Erdrich est l'une des voix majeures de la littérature américaine contemporaine ; une voix métisse puisque son père est d'origine allemande et sa mère indienne. Toute son oeuvre se déroule d'ailleurs dans les communautés indiennes américaines ; ses récits choraux sont souvent comparés à ceux de William Faulkner.

 

Les lecteurs qui aiment les récits bien linéaires seront sûrement déconcertés ; tout se déroule sur plusieurs décennies autour d'un événement fondateur qui scellera le destin de deux communautés, indienne et blanche.

 

En 1911, une famille entière est décimée à Pluto, village du Dakota du Nord ; trois indiens sont pendus par les blancs ivres de vengeance, un seul en réchappe. Il s'agit du vieux Mooshum qui raconte des années plus tard l'histoire à sa petite fille Evelina, la première narratrice du récit. Cette dernière est amoureuse de Corwin Peace, l'un des descendants des lyncheurs...

 

Quatre personnages prennent la parole à tour de rôle pour évoquer la vie de ces deux communautés et de plusieurs familles. Finalement, l'important n'est pas de savoir qui a tué la famille. Le lecteur est happé par l'histoire de cette ville, Pluto et par les destin d'une multitudes de personnages.

 

Ce sont des vies entières que déploie ce récit : enfances et adolescences meurties, amours contrariées, mémoire des ancêtres, force de l'amitié ou de la fratrie, rôle de la religion ou de l'art comme consolation, culpabilité...

 

Ce roman brasse tous les sentiments et émotions humains dans une écriture flamboyante : lyrisme, humour, analyse historique...La variété des styles est étonnante : le lyrisme amoureux d'Evelina, le mysticisme de de Marin, l'humour du vieil indien athée, l'inspiration poétique de Shamengwa autour de son violon....

 

Justement, l'un des fils conducteurs du récit dans ses multiples ramifications est un violon ; le prologue présente le meurtrier avec en arrière-fonds un air de violon. Ce dernier, nous le suivrons tout au long de l'histoire, de la fin du XIXe siècle à nos jours.

Image récurrente également, celle des colombers qui viennent de façon cyclique dévaster les cultures des champs, comme un signe de l'apocalypse.

 

Une grande fresque à la fois lyrique et poétique.

 

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 12:28

RENTREE  LITTERAIRE

 

 Suites impériales

 

Sélection France Culture-Télérama

Editions Robert Laffont, 2010

 

  C'est incontestablement l'un des gros événements de la rentrée littéraire 2010 ; la suite du premier roman du sulfureux Bret Easton Ellis, l'enfant terrible des lettres américaines, auteur entre autres de American Psycho.

 

Moi qui n'ai vu qu'en film American Psycho, je me suis dit : "il faut enfin que je lise Bret Easton Ellis".

Résultat : incompréhension totale devant une telle effervescence ! C'est creux au possible, vraiment l'anti-Point Oméga de Don De Lillo !!!!

 

Je pourrais résumer ainsi l'intrigue : un écrivain scénariste se fait manipuler par un call-girl qui veut devenir actrice. En dehors de ça, rien ! Des cocktails au bord de la piscine, des scènes de sexe et de défonce, des producteurs réalisateurs qui discutent entre eux et se tient les pattes par derrière. C'est totalement creux !

A part un style d'écriture très light à cent à l'heure, certains peuvent apprécier...

 

Devant mon incompréhension totale, je découvre encore plus abasourde les articles critiques dithyrambiques de la presse ! Les Inrrocks vont jusqu'à évoquer Chandler, les romans noirs des années 40, David Lynch et son Mulholland Drive et même le grand film Sunset Boulevard.

 

S'il suffit d'évoquer le milieu déjanté hollywoodien pour être comparé à Lynch, c'est plutôt facile !

 

Et là je persévère encore pour trouver enfin la critique qui me ferait voir enfin la petite bulle de génie que je n'ai pas su ou voulu déceler....

 

Et je tombe sur un article de Fluctuat.net fort intéressant qui certes ne m'a pas fait changer d'avis sur la qualité de cette oeuvre mais qui a peut-être éclairé tout de même ma lanterne.

 

" La bonne littérature invente le monde dans laquelle elle se trouve"

 

http://www.fluctuat.net/7271-Bret-Easton-Ellis-ses-grandes-inventions

 

Dans cet article fort intéressant, il est montré que finalement, ce monde débile décrit et schématisé par Bret est le nôtre ! Celui de Paris Hilton, des séries télées et des traders fous. Tel est notre référent culturel de notre société décadente du 21e siècle.

 

Alors, oui, effectivement, Bret Easton a prophétisé cet avènement de la débilité et l'a fait rentrer dans la littérature....

 

Quant à évoquer Chandler et Lynch, c'est un peu gonflé mêmùe si le personnage principal se fait manipuler et ne comprend rien à ce qui lui arrive.....

 

Place à votre propre avis !

 

 

 

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 10:59

ETATS-UNIS

  Point omega

 

  Editions Actes Sud, 2010

 

Voici le deuxième opus que je lis de Don Delillo après Cosmopolis. En cette rentrée littéraire marquée aussi par le Festival America à Vincennes du 23 au 26 septembre, j'ai décidé de lire plusieurs "grosses sorties" américaines.

 

La première, très différente des autres oeuvres précédentes puisque très courte, 140 pages.

Amoureux du suspense, de l'action, détournez votre chemin ! Nous sommes dans une intrigue quasi beckettienne, dépouillée à l'extrême où les personnages réfléchissent à leur condition dans la plus complète abstraction.

 

Réflexion sur la nature de la réalité et du temps, tel est le propos de cette intrigue métaphysique et expérimentale.

 

Le roman s'articule autour de deux "scènes" : la première qui initie et clôt le récit se déroule au Mona de New-York ; un homme, dont on ne sait rien, réduit à l'état de silhouette, est happé par le visionnage de 24 heures Psycho, un film de 24 heures qui étire au maximum le film Psychose d'Hitchcock, en deux images par seconde.

Obnubilé par ce film, il revient le voir tous les jours pour examiner ce que le réel nous cache d'habitude.

 

A l'autre bout des Etats-Unis, en plein désert de l'Arizona, un universitaire à la retraite, Richard Elster, conseiller spécial pour la CIA sur la guerre contre l'Irak, se passionne pour la théorie de l'extinction de Pierre Teilhard de Chardin. Il cherche à atteindre le Point Oméga de sa conscience, la vérité ultime de son être, en dehors de tout espace-temps concret. Un jeune documentariste le rejoint, souhaitant le filmer racontant son expérience, sans rien autre décors.

 

La seule action véritable du récit est la disparition de la fille d'Elster, silhouette fantomatique.

 

Que dire de ces deux intrigues qui vont finir par se lier ? Il s'agit d'explorer la conscience du réel dans un temps étiré au maximum en dehors de notre vie quotidienne et de lui donner une autre dimension. Où en est la conscience de nous mêmes et du monde ? Où en est-on dans l'évolution ?

 

Le lecteur se perdrait s'il cherchait à tout comprendre. Il faut au contraire accepter de se perdre pour vivre une lecture sensorielle, atmosphérique et non analytique.

 

Il s'agit avant tout d'une expérience expérimentale où le lecteur se retrouve face à lui-même, dans un autre espace-temps. A découvrir.

 

"La vraie vie n'est pas réductible à des mots prononcés ou écrits, par personne, jamais. La vraie vie a lieu quand nous sommes seuls, à penser, à ressentir, perdus dans les souvenirs, rêveusement conscients de nous-mêmes, des moments infinitésimaux"

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 19:38

ETATS-UNIS

 

 

Premier roman

Nils Editions, 2010

 

Coup de maître pour un premier roman ! Assurément, l'un des mes gros coups de coeur de l'année...

Ce livre unique en son genre est avant toute chose un bel objet qui rassemble texte, dessins, cartes qui commentent l'histoire dans les marges.

 

A l'origine de tout cela : un jeune génie de 12 ans qui cartographie tout ce qu'il voit ; sa soeur en train d'éplucher du maïs ou encore son père cow-boy en train de s'occuper de ses chevaux.

 

Du fin fonds de son Montana natal, il reçoit un appel d'une société savante de Washington qui lui apprend qu'il a gagné un prix. Bien sûr, ils ne savent pas que le gagnant est un enfant...

 

C'est alors que T.S Spivet va quitter son Montana natal pour venir chercher son prix et parcourir le pays en solitaire...en chemin de fer !

 

Il quitte donc incognito sa famille très bizarre : sa mère, le Docteur Clair, "coléoptériste" qui passe sa vie à chercher un insecte qui n'existe sans doute pas, son père, cow-boy qui se croit encore au temps des westerns, Gracie, qui rêve de devenir actrice, et son frère mort, Layton, dont le fantôme n'a pas cessé de hanter sa maison.

 

 

 

C'est parti pour des aventures rocambolesques. Sur le chemin, Spivet retournera involontairement vers le passé et l'itinéraire de ses ancêtres car il n'a pas volé le carnet de travail de sa mère mais au contraire son journal intime où elle raconte l'itinéraire de son ancêtre, Emma, la première cartographe du monde. 

 

Comme le dit T.S Spivet, les forces antagonistes s'attirent ; il roule vers son futur mais aussi vers son passé. Alors qu'il croit être maître de son destin, on lui cache peut-être des choses...

 

Le lecteur va de surprises en surprises ; alors que nous croyons être en plein 19e siècle, nous découvrons que tout se passe aujourd'hui, à l'ère des MacDos et des I.Pods. L'écrivain nous ballade constamment entre Amérique rustique et futuriste.

 

C'est bien sûr T.S Spivet qui nous raconte son histoire ; nous rions, nous nous émouvons, face à ses aventures rocambolesques.

 

Stephen King déclare que nous nous situons entre Mark Twain, Pynchon et Little Miss Sunshine. En nous contant l'histoire d'un Tom Sawyer du 21e siècle (le génie en plus), l'auteur écrit un magnifique récit d'apprentissage (T.S va découvrir toute sa généalogie et le vrai visage de ses parents) mais aussi une satire de notre société (la médiatisation à outrance, l'hypocrisie du monde scierntifique, la politique américaine...). Finalement, l'Amérique profonde a bien des qualités !

 

Une galerie de personnages pittoresques, du rythme,du suspense, de l'aventure. Une lecture de vacances toute trouvée !

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 12:36

ETATS-UNIS

 

Un pied au paradis

 

Editions du Masque, 2009

 

Coup de maître pour cette première traduction en français d'un auteur universitaire et nouvelliste du sud des Etats-Unis. Un récit admirablement orchestré, âpre et tragique, que les critiques rapprochent de Larry Brown et Cormac McCarthy. On ne peut également s'empêcher de citer Faulkner même si l'écriture n'a rien à voir avec celle du grand maître. Mais on y retrouve surtout une atmosphère et un sens du tragique similaire.

 

Un roman très noir où il y a des meurtres mais des cadavres que l'on ne retrouve pas. Dans cette vallée entre les deux Carolines du Sud et du Nord, dans le Sud profond des Appalaches, dans les années 50, au moment de la guerre de Corée, un vétéran de la guerre, Holland Winchester, disparaît de la circulation. Will Alexander, shérif chargé de l'enquête, influencé par la mère du disparu, soupçonne Billy Holcombe, le paysan du coin, dont la femme était courtisée par le disparu... 

 

La vallée est plongée sous la canicule, le tabac et le maÏS sont brûlés, et menacée d'engloutissement par une compagnie électrique qui construit un barrage. Un territoire gagné sur les Indiens et où mystérieusement, on ne retrouve pas le corps des disparus, comme le dit une légende locale.

Un pays rude où règne aussi une "sorcière" qui soigne avec des herbes. Et où les ventres sont désespérément stériles...

 

L'atmosphère est campée. Cinq personnages vont prendre tour à tour la parole : le shérif, ex-paysan ayant rejoint la ville, en froid avec sa famille restée dans la vallée ;  Amy Holcombe, qui a eu une avanture avec le disparu, Billy Holcombe, son mari, qui possède sa terre à force de travail et des privations, stérile après avoir été atteint de polio. Et enfin, des années plus tard, le fils d'Amy et de Bill et l'adjoint du shériff...

 

Les cinq monologues vont révéler peu à peu les secrets enfouis sous la rivière et dans le coeur des paysans. Dans un décor de sécheresse et de déluge, les personnages dévoilent peu à peu leur humanité et leurs blessures. La palme revient sans aucun doute à Billy Holcombe et à la grand-mère Winchester, ivre de vengeance.

 

L'eau, le feu, la terre. Trilogie des éléments, atmosphère d'apocalypse qui se conjuguent pour faire de ce drame familial une grande fresque intime.

 

Du grand art.

 

 

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 15:35

ETATS-UNIS

 

Père des mensonges

 

Editions Le Cherche-Midi "Lot 49", 2010

 

Considéré comme l'un des héritiers d'Edgar Allan Poe et de Borges, Brian Evenson est un ancien membre de l'Eglise des Mormons. Menacé d'excommunication après la publication de ses premiers écrits, il quitta lui-même de son plein gré l'institution et son université.

Son univers romanesque met au premier plan nos pulsions animales.

Dans son dernier opus très polémique, il règle définitivement ses comptes avec l'hypocrisie des institutions religieuses en mettant en scène un prêtre pédophile.

 

Encore un fait divers de plus...Sauf qu'Evenson choisit de faire parler lui-même le prêtre issu de la Congrégation du Sang de l'Agneau et de le place face à son ....psychothérapeute.

 

Il en ressort un fabuleux face-à-face où chacun s'exprime à tour de rôle : le psychologue, Alexander Feshtig, qui reçoit en consultation le doyen Fochs pour traiter ses visions d'enfants suppliciés...Sauf que le spécialiste ne tarde pas à se rendre compte qu'il ne s'agit pas seulement que de visions après l'assassinat d'une jeune fille dans le village.

 

Voulant prouver la culpabilité du doyen, il se fait poursuivre par les autorités de l'Eglise qui veulent étouffer l'affaire.

 

Points forts du livre : la description du procédé d'obéissance à l'oeuvre dans les institutions religieuses ; le fait d'obéir disculpe automatiquement ; au contraire, le fait de se révolter conduit à l'excommunication.

 

Deuxième point fort, et sûrement le principal : nous vivons de l'intérieur la névrose du prêtre ; le récit prend alors une coloration gothique lorsque le personnage a des visions de têtes sanglantes, pense que c'est le Christ qui lui donne l'ordre d'abuser des enfants. Le doyen est littéralement possédé.

 

Et le grand art d'Evenson réside dans le fait que nous oscillons toujours entre un récit halluciné, gothique et celui rationnel et psychanalytique de Feshtig.

Fantôme ou monstre dans une partie du récit. Schizophrénie, dédoublement de la personnalité de l'autre.

 

Récit dérangeant, très violent mais fascinant.

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 17:32

GRANDE-BRETAGNE

Comment peindre un homme mort

Editions Christian Bourgois, 2010

Sarah Hall, jeune auteur britannique, avait été remarquée par la critique en France en 2004 avec la parution du Michel Ange électrique, le portrait passionné d'un tatoueur professionnel qui tombait amoureux d'une artiste de cirque, souhaitant qu'on lui tatoue tout le corps...Passionnante plongée dans l'univers de l'art des rues.

Avec Comment peindre un homme mort, la jeune écrivain renoue avec le monde de l'art avec un récit à quatre voix de quatre destins croisés. Le point commun de ces vies qui vont se rejoindre à un moment donné : le rapport à l'art. Un vieux peintre italien, malade, vivant en solitaire avec sa servante dans sa maison de campagne ; ses motifs favoris sont les bouteilles. Il incarne la tradition, la peinture de la réalité. Il y a ensuite, Susan, photographe, qui vient de perdre son frère jumeau.
Puis vient Peter, artiste à la marge, vivant au milieu de sa famille mais toujours prêt à un scandale.
Enfin, Annette, la petite fleuriste aveugle, qui apprivoise tous ses sens et est aussi passionnée par le dessin.

Quatre personnages, quatre chapitres qui s'entremêlent : " La crise du miroir(Susan), Le journal aux bouteilles (le peintre), Le fou sur la colline(Peter) et
La vision divine d'Annette Tambroni.

A chaque fois, on passe du monde anglo-saxon au monde méditerranéen, de l'Angleterre à l'Italie.

Les histoires et les personnages se dévoilent peu à peu ; il n'y a pas d'indications temporelles, c'est à nous de déduire cela.
Si, au début, le lecteur est complètement désorienté et ne comprend pas les rapports entre les personnages, il doit persévérer car le jeu en vaut la chandelle ; l'écriture magnifique mêle l'intimité des personnages à des descriptions splendides de paysages ; tout est dans la sensation, le ressenti.

Les différents personnages se sont à un moment influencés ; mais là n'est pas l'essentiel ; il s'agit d'examiner très subtilement notre attitude face à la mort et à la vie, ces "serre-livres sanguinolents" : comment apprivoiser une terreur, une peur, une angoisse : ce livre interroge notre vie et sa fragilité première, le fait d'être au monde et de devoir faire face à la bête, au mal : la mort pour le peintre italien, la cécité pour Annette, la douleur physique et morale suite à un accident pour Peter, le deuil pour Susan.

Au centre de tout ça, l'image, celle des bouteilles ou de la Bestia, cette allégorie qu'Annette se figure, quittant le tableau de l'Eglise, et la poursuivant, ombre menaçante.

Vanités, chagrin puis peur et terreur : des parcours initiatique pour voir au delà.

Les plus beaux récits sont sans doute celui de Peter, qui voit rédéfiler son passé suite à une mauvaise chute, alors que son pieds est coincé sous un rocher et celui d'Annette, qui apprivoise ses sensations olfactives et tactiles (magnifiques descriptions de fleurs et sensations méditerranéennes) mais qui est tout à coup poursuivie par la Bestia, image de toutes ses peurs face à la cécité. Face à la terreur, Annette verra au-delà.

Oeuvre qui se laisse apprivoiser petit à petit, remarquablement maîtrisée.

"
Annette voit tout cela et elle voit au-delà. Elle voit au travers du monde solide fait de briques, de pieds de chaises et de poteaux télégraphiques, à travers la pesante substance des maisons et le corps des arbres, et il y a derrière chacun une petite lueur, un tison qui palpite. Une émeraude brille à côté du cyprès, les nuages miroitent d'une luminescence de nacre. Les spirales de fer du portail renferment l'esprit orange de la fonderie."

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