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  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 19:04


L'oiseau moqueur et autres nouvelles

Editions Denoël et d'ailleurs, 2008

Jean Rhys est née en 1890 aux Antilles britanniques d'un père anglais et d'une mère créole. Adolescente, elle s'installe à Londres.
Jeune femme libre aux amours orageuses, Jean Rhys est de toutes les bohèmes, de Paris à Vienne. Dans les années 30, elle publie successivement quatre romans, Quai des Grands-Augustins, Voyage dans les ténèbres, Bonjour minuit et Quartet.
Après un long silence, elle connaît enfin le succès avec La Prisonnière des Sargasses en 1966. Elle décède en 1979.

L'ensemble de son oeuvre est à l'image de sa vie : portraits de femmes et de personnes cabossées par la vie, entre solitude et alcoolisme, nostalgie du pays natal ; de très beaux portraits de femmes déchues, au grand coeur, mais trompées par les hommes et la vie en général.

Ce recueil est un ensemble de nouvelles douces-amères se déroulant le plus souvent dans les cafés années 30 de Paris et de Vienne. De très beaux portraits de cabossés qui ont dû subir la vindicte de leur entourage et de la société car ils étaient trop passionnés, qu'ils refusaient la demie-teinte. Tour à tour nostalgiques ou sarcastiques, les nouvelles honorent la tragique solitude qui magnifie les victimes. Une mention spéciale à Dorothy Dufreyne qui croise dans la nuit parisienne son alter ego solitaire et à cette pauvre femme qui regrette tant de ne pas s'être suicidée avec son beau Carlo dans la forêt...

Mélancolie, solitude...On pense parfois à des tableaux de Hooper avec ces femmes dans des bars aux regards rêveurs...

Une ode aux exclus...A découvrir

"L'envie sauvage qui la tenait de prendre sa revanche sur le genre humain s'était transformée en une extraordinaire lucidité. Elle venait de comprendre, encore maladroitement, mais pour la première fois, que seuls ceux qui n'ont plus d'espoir peuvent se permettre de ne plus mentir, que seuls ceux qui sont malheureux peuvent offrir de la sympathie ou en recevoir -qu'ils partagent l'amère et dangereuse volupté de la misère"

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 10:49

Prix Fémina, 2005

Les chutes

Editions Philippe Rey

L'un des plus gros succès critiques et public de l'un des écrivains américains les plus prolifiques. Une construction très classique, contant l'histoire d'une famille sur une trentaine d'années. Oeuvre assez différente des autres titres que j'ai lus de cette auteur, qui choisit cette fois-ci de traiter d'un scandale politico-social dans les années 70.

Mais le talent de Oates réside dans le fait qu'elle mêle savamment le drame intime, le pur drame romanesque à une fine analyse de la société de l'époque.
Tout d'abord, un pur mélodrame romantique: Ariah, une jeune fille de 19 ans part avec son mari en voyage de noces au bord des chutes du Niagara. Le matin, après une nuit de noces quelque peu perturbée, la jeune mariée découvre un mot de son mari...qui vient de se suicider, rongé par la culpabilité et attiré comme un zombi par les chutes maléfiques....

Quelques semaines après, elle se remarie avec Dick Burnaby, un brillant avocat, tombé amoureux d'elle alors que l'on recherchait le corps de son mari...

Mariage maudit par la désapprobation générale...Le couple vit un amour fou pendant quelques années...puis brusquement, le roman prend une toute autre tournure pour aborder un drame politico-social. Derrière le cadre touristique idyllique du Niagara, se cache une vallée industrielle très dynamique, l'un des fleurons national de la chimie.
Depuis quelques temps, les familles de ouvriers décèdent de cancers, de pneumonie...Une association se crée. L'élite économique et politique bien-pensante de la région prétexte l'alcoolisme et le tabagisme mais un jeune femme, dont l'enfant est mort, convainc Dick Burnaby, de défendre sa cause. Il découvre que dans la vallée, près des lotissements et d'une école, des déchets radioactifs sont enterrés...
Il part alors en croisade contre toute l'élite de la contrée et met à jour un réel scandale écologique et sanitaire ; mais à ses dépends, il devient la bête noire de toute la contrée. On l'accuse d'avoir une liaison avec la jeune ouvrière. Ariah, qui se désintéresse complètement des affaires de l'époque, le renie ; il meurt dans un accident de voiture, son corps tombe dans le Niagara. Deux ans plus tard, ces enfants démêleront le secret de sa mort....

Ariah, l'héroïne, fait penser à ces grandes romantiques du 19e siècle : jeune femme écervelée, névrosée, elle se réfugie ensuite dans son foyer, entourée de ses trois enfants. Héroïne instable, passionnée, uniquement intéressée par ses enfants et ses cours de piano, elle se réfugie dans son univers domestique, ne comprenant pas et se désintéressant complètement des engagements de son mari. Cette héroïne énerve le lecteur au plus haut point ; pour elle, Dieu l'a reniée ; la code raide du destin peut chuter à tout moment ; le nom des Burnaby est maudit. Les chutes du Niagara incarnent, pendant toute la longueur du récit, cette force du destin, ce torrent de vie contre lequel nous ne pouvons lutter.
Dick, quant à lui, incarne la résistance, à ses risques et périls....

Les chutes, physiques ou symboliques, sont le leitmotiv du roman : le suicide, la malédiction, la mort...Ce roman fait connaître cette région du Niagara méconnue en abordant son importance économique mais aussi toute son histoire symbolique : les grands mythes indiens, l'histoire chrétienne des apparitions de la vierge et des pèlerinages, les sacrifices et les suicides.
Elles incarnent le destin humain, ce qui fait que cette histoire devient universelle ; elle donne une ampleur éminemment romanesque et mélodramatique à cette histoire, frôlant parfois avec le fantastique : le texte regorge d'apparitions fantasmées ou nom (la rencontre de la veuve dans le cimetière, la vision des nageurs qui sont en fait des noyers, les voix des morts....)

Un roman de facture très classique, assez hypnotisant, mêlant drame intime et une analyse fine d'une société malade ; Oates de dénonce rien ; elle montre juste les méfaits du puritanisme et une société gangrènée par l'appât du gain. On appréciera son ton très ironique, qui n'hésite pas à se moquer de son personnage principal, en se jouant par exemple des clichés du cinéma mélodramatique.

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 12:29

ETATS-UNIS -Rentrée littéraire 2009

Lark et Termite

Editions Christian Bourgois

L'un des grands romans étrangers de cette rentrée littéraire, sélectionné notamment pour le Prix Télérama-France Culture.
Jayne Anne Philipps a été jusqu'alors un écrivain assez confidentielle en France. Ce magnifique roman devrait lui faire gagner ses lettres de noblesse.

On évoque au sujet de Lark et Termite, l'influence de Virginia Woolf et surtout de Faulkner : roman choral à quatre voix, monologues se croisant à 10 ans d'intervalle, description d'une famille dans l'Amérique profonde, en Virginie Occidentale, noirceur des destins, onirisme d'une relation fusionnelle entre un frère et une soeur.

Juillet 1950 en Corée du Sud. Juillet 1959 dans une petite ville de Virginie Occidentale. Symphonie chorale, 4 ou 5 voix se répondent : le caporal Leavitt, mobilisé en Corée du Sud pour évacuer les populations civiles du Sud sous les bombes de l'armée du nord, agonise dans un tunnel sous les bombardements d'avions alliés...A l'agonie, il songe à des scènes très sensuelles avec sa femme Lola, qui est sur le point d'accoucher.

Neuf ans plus tard, 3 voix puis à la fin, une cinquième.
Lark, l'alouette, un modèle de bonté qui s'occupe de son petit frère Termite, handicapé autiste. Prenant des cours de secrétariat, elle a parfois des rêves de fuite mais elle refuse de se séparer de Termite.

Termite, l'enfant autiste, dont l'auteur retranscrit à merveille son flux de conscience, concert de sensations, enfant passionné par les tunnels, par un mystérieux flacon en forme d'homme lune et par des rubans bleus.

Enfin, Nonie, la tante, qui a recueilli les deux enfants il y a des années.
Des personnages secondaires, hommes pour la plupart. Le lecteur découvre peu à peu les liens  qui unissent les personnages ; les secrets familiaux se dévoilent. Les deux enfants découvriront peu à peu leur origine après une scène d'inondation quasie biblique. En arrière plan, le drame de la guerre de Corée, période historique rarement évoquée dans la littérature américaine.

Lark et Termite, c'est bien sûr une histoire très touchante, un amour fusionnel entre une soeur et son frère, une tragédie familiale, des secrets. C'est aussi une puissance d'écriture mêlant roman social, psychologique et onirisme.
Dans une écriture sensuelle et tragique, Jayne Anne Phillips retranscrit des atmosphères à travers des leitmotivs, des correspondances à des années d'intervalle : il y a d'abord le tunnel ferroviaire qui est le lien entre les époques, entre le père et le fils ; le père mourra dans ce tunnel, Termite est fasciné par un tunnel en Virginie, par les trains et la rivière qui le traversent. Aboutissement et fin dans une histoire, signe du départ, de l'ouverture neuf ans plus tard.
L'auteur décrit l'eau, l'air, le ciel, le brouillard ; à travers le regard de Termite, c'est une écriture d'atmosphère, de la sensation qui naît.

Ce roman est ancré dans des lieux bien précis, il y a à des années d'intervalle, une unité de temps et de lieu ; 4 jours en 1950, 4 jours en 1959. Un tunnel, un restaurant où travaille Nonie, une vieille barraque où vivent Lark et Termite, un vieux bar du sud où l'on entend les airs du juke-box. Après une inondation (qui n'est pas sans rappeler l'inondation de Si je t'oublie Jérusalemde Faulkner), les horizons s'ouvrent : ouverture du tunnel, départ, fin du roman.

La noirceur du roman est sublimée par la présence de l'imaginaire qui donne au roman une dimension onirique : flux de conscience de l'enfant autiste saisissant les couleurs, les bruits et les atmosphères, figure imaginaire d'un être qui peut personnaliser l'envie de départ, rêve de la mère disparue, rêve de retour aux origines, correspondances thématiques entre les époques.

Un très grand texte qui gagne à être découvert.

En conclusion, une phrase symbolique du roman :

" Regarde à l'intérieur, c'est à l'intérieur que tu es vraiment.....Ne crie plus, jamais, ils te trouveront si tu cries. Ne bouge plus. Ecoute"

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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 20:32

ETATS-UNIS - 1936



Editions Des femmes-Antoinette Fouque

Anaïs Nin (1903-1977), femme de lettres américaine, très connue pour son Journal qu'elle a tenu à partir de 11 ans, ses écrits érotiques (Venus Erotica) et ses liaisons avec notamment Antonin Artaud et Henry Miller, signe ici l'un des ses premiers textes, un magnifique récit de prose poétique.

Prédominence du rêve et du désir, fusion avec l'univers : on reconnaît l'influence du surréalisme dans la présence d'images foisonnantes qui célèbrent la fusion cosmique ou au contraire la souffrance de ne pas faire qu'un avec l'être aimé.

Plusieurs figures de l'amour : deux femmes, un frère qui rêvent de quitter la terre pour vivre un amour fusionnel ; la maison de l'inceste est une maison en forme d'oeuf, faite de coton ou tout est possible.
Mais bien souvent, le réveil et l'emprise du réel sont brutaux ...

Une très belle écriture, envoûtante qui n'en déroute pas pour autant le lecteur : pas d'intrigues claires mais des successions d'images qui montrent une femme en fusion totale avec le monde, que ce soit source d'émerveillement ou de souffrance. Nin convoque l'univers marin, céleste, volcanique pour embraser le monde, faire corps avec lui, même si cette quête est souvent vaine.

Je vous laisse découvrir des extraits....

" Allons-nous-en Sabrina, viens dans mon île. Viens dans mon île de piments rouges grésillant sans hâte sur des braseros, de poteries mauresques puisant l'eau dorée, de palmiers, de combats de chats sauvages, de sanglots d'âne, à l'aube, les pieds parmi les récifs de coraux et les anémones de mer, le corps couvert de longues algues, chevelure de Mélisande penchée par-dessus le balcon, à l'Opéra-Comique, diamant inexorable de la lumière du jour, heures pesantes et flasques, dans les ombres violacées, rochers teintés de cendres et d'oliviers, citronniers aux fruits suspendus comme des lampions pour une garden-party, éternel frémissement des pousses de bambous ; approche feutrée d'espadrilles, grenades gorgées de sang, mélopée, comme une flûte mauresque, longue, insistante, des laboureurs jurant parmi les trilles et trillant leurs imprécations, toute leur sueur mêlée, goutte à goutte, aux graines, dans la terre.

"Pesante oh ! pesante, terriblement, ma tête qu'emportent les nuées et qui se balance dans l'espace, corps comme poignée de paille, chevelure proie des nuages comme écharpe prise en roues de char, corps ballant qui se cogne aux fanaux d'étoiles, moi, par dessus le monde, dragée des nues"

"La semence séchait dans le silence des pierres. Nos mots improférés, nos larmes retenues, nos blasphèmes ravalés, nos phrases amputées, nos amours massacrées se métamorphosaient en minerai magnétique, en tourmaline, en agathe, le sang gelé devenait cinabre et brûlé, galène ; aluminé, sulfurisé, calciné, il prenait la rutilance minérale des météores éteints et des soleils épuisés dans la forêt des arbres morts et des défunts désirs"

 

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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 18:40

...D'IRVIN D. YALOM



Etats-Unis

Galaade éditions, 2005

Titre pas très racoleur pour les vacances ! Détrompez-vous : derrière ce titre plutôt ténébreux, se cache une formidable leçon de vie ; une psychothérapie de groupe vécue en direct et en même temps une merveilleuse adaptation littéraire de la pensée d'un philosophe.

Irvin Yalom, comme dans Et Nietzsche a pleuré, mêle réalité et fiction : Julius, son double, un psychothérapeute réputé, apprend qu'il est atteint d'un cancer de la peau incurable ; gagné par le désespoir, il fait le bilan de sa vie, tente d'y trouver un sens et contacte l'un de ses "grands échecs", un certain Phiip Slate, un ancien obsédé sexuel qu'il n'était pas parvenu à guérir...et qui est devenu conseiller en philosophie souhaitant devenir psychothérapeute ! Mais il lui manque un appui officiel...Julius passe donc un marché avec lui : il accepte de devenir son tuteur si Philip accepte de suivre une thérapie de groupe...

On apprend au début de Philip s'est guéri grâce à la philosophie de Schopenhauer, le grand pessimiste, qui a vu la vie comme un succession de désirs et  de volontés inassouvis ; face à cet attachement, une solution : le détachement et la solitude, le dédain des hommes surnommés les "bipèdes" pour ce recentrer sur soi et le contact avec les grands penseurs...Or, pour devenir psychothérapeute, il faut réapprendre le rapport à l'autre, l'empathie...

Mais alors, si la vie n'est que souffrance, alors le néant est peut-être plus facile à accepter...

Ne vous imaginez pas une apologie de la méthode Schopenhauer ! Bien au contraire, sa pensée est mise en valeur pour mieux la réfuter.Il s'agit de faire peu à peu tomber de leur piédestal les différents protagonistes.

 

Les chapitres font alterner les séances de thérapie de groupe, comme si nous y étions, et les chapitres consacrés à Schopenhauer. L'occasion de découvrir celui qui fut le précurseur de Nietzsche et de Freud et qui introduisit le corps, la sexualité et le ressenti dans la philosophie. Un livre très instructif débordant d'humanité : un beau portrait de psychothérapeute, pour qui le dialogue avec autrui est primordial, un peu à la manière de Platon. Des personnages de névrosés attachants, hauts en couleur, qui feront peu à peu l'apprentissage de l'autre pour guérir.

Un roman émouvant qui voit la mort positivement avec le sentiment d'avoir "accompli sa tâche".

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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 22:51

ETATS-UNIS

Le ver dans la pomme

Editions Joëlle Losfeld, 2008

Il y a deux ans, j'avais découvert John Cheever avec le magnifique recueil Insomnies, nouvelles qui examinaient à la loupe le malaise de la middle class américaine.

Dans ce recueil, le personnage central est toujours l'américain moyen un peu raté qui rêvait d'une vie meilleure mais qui finalement se contente de ce qu'il a. Mais le ton est plus monocorde ; moins de cruauté et d'humour et finalement une insistance sur la résignation de l'anti-héros.

Cette fois-ci, l'américain s'expatrie, ce qui nous vaut de superbes descriptions de l'Italie. Mais, là encore, il manque quelque chose, ce petit rien qui fait que l'on peut être heureux : parce que l'on ne maîtrise pas bien la langue, parce que l'on imagine le rêve américain que l'on n'a jamais vu, on souhaite revenir au bercail...

Cheever insiste sur les ambitions déçues des hommes ce qui nous offre de belles pages ironiques : citons ce scénariste de séries télé qui se rêve poète sur les rivages italiens et qui est acclamé par les italiens parce qu'il est scénariste ! Ou encore ce poète qui rêve d'obtenir le Prix Nobel est qui culpabilise alors qu'il se met à écrire des poèmes grivois.

Finalement, ces nouvelles regorgent de portraits d'hommes qui vivent leur petite vie bien modeste, avec parfois une douce résignation. Citons ce couple d'arrivistes qui finalement terminent comme domestiques dans les demeures bourgeoises. Le ton est doucereux, gentiment résigné.

Il se fait rarement cruel ; citons un modèle du genre, la nouvelle éponyme du titre du recueil raconté par un oeil extérieur envieux qui cherche le ver dans la pomme au sein d'une famille très heureuse. Mais le ver est en fait cet oeil scrutateur jaloux qui rêve que ce bonheur s'effrite...

Règne dans ces nouvelles une certaine langueur : Cheever peint l'âme sur une rivière à peine nostalgique ; quelques sursauts de regrets, mais la vague est déjà bien calme...

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 15:19

ETATS-UNIS

Nous disparaissons

Editions Le Diable Vauvert, 2009

Un très très beau roman, un gros coup de coeur signé par Scott Heim, l'auteur de Mysterious Skin, porté à l'écran par Gregg Araki : une histoire de pédophilie magnifiée par l'imaginaire d'un enfant. Il reprend ici ses thèmes de prédilection : l'enfance meurtrie, la mémoire, le rôle de l'imagination...

Si bien que nous avons l'impression de lire un conte merveilleux empli à la fois de tristesse et d'espoir. C'est très noir et en même temps très envoûtant.

Une ville perdue dans le Kansas. Donna, en phase terminale de cancer, contacte son fils, Scott, drogué, accro à la méthadone : un adolescent a été retrouvé mort sur une route. L'occasion pour la mère et le fils de renouer avec leur ancien passe-temps favori : partir à la recherche des enfants disparus et broder des histoires sur ce qu'était leur vie.

Mais pourquoi une telle passion ? D'abord réticent et incrédule, Scott part pour le Kansas en apprennant par sa mère qu'elle se souvient enfin de ce qui s'était passé lors de sa propre disparition lorsqu'elle était elle-même enfant ....

Pure invention d'un cerveau malade ? Stratagème pour sauver son fils drogué et lui redonner le goût de vivre ? Scott doute puis se laisse peu à peu prendre au jeu...

Il se rend compte que les photos de garçons et de filles disparues collectionnées par sa mère ressemblent étrangement à eux deux. Coïncidence ?

Des passages très noirs et réalistes (l'agonie de Donna, les périodes de manque de Scott) alternent avec des passages ressemblant à un conte ; la version de la disparition de Donna change à chaque fois qu'elle parle à un interlocuteur différent. Il est question de bonbons, de forêt, de confitures de pêche. D'ailleurs, est fait explicitement référence à Hansel et Gretel. Donna, depuis sa disparition, recherche son compagnon de captivité, Warren. Scott fera tout pour le retrouver avant la mort de sa mère...

A mi chemin entre le récit à enquête et le roman psychologique, le livre est empli de suspense.

Tout le récit est hanté par le thème de la disparition, de l'anéantissement et de la mort. La mère va mourir, Scott, shooté à la meth, sombre dans le néant, les enfants eux aussi disparaissent. Pour lutter contre le néant, existent la mémoire et l'imagination, le souvenir qui seul fait perdurer les disparus. Existe surtout l'amour entre une mère et son fils, tous deux marqués par les souffrances de la vie, qui s'épaulent mutuellement pour s'aider et se sauver.

Une magnifique ode à l'amour familial, oscillant toujours entre le merveilleux et le naturalisme le plus cru. Il y a quelques passages invraisemblables, peu importe. Réalité ou imagination la plus folle ? Hallucinations ? Peu importe...Seul compte l'envoûtement du lecteur.

Une gosse bouffée d'air frais malgré un thème très "gore"

A découvrir.

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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 21:52

ETATS-UNIS

L'année de la pensée magique

Grasset, 2007

Joan Didion est une écrivain, journaliste et chroniqueuse très connue dans son pays mais inconnue en France jusqu'à la traduction en 2007 de L'année de la pensée magique, National Book Award, journal de deuil de la chroniqueuse après la mort de son mari, John Gregorry Dune, avec qui elle formait un couple d'intellectuels phare de la vie culturelle américaine.

Connue en tant que chroniqueuse du malaise américain, de la défaite du rêve (son recueil de chroniques L'Amérique, vient d'être traduit en France), elle livre ici un document à part, relatant l'année qui a suivi le décès de son mari, l'année de la pensée magique, c'est à dire cette incapacité de penser rationnellement devant le chagrin : la certitude qu'il va revenir, le déficit cognitif  défini comme les pertes de mémoire, les erreurs, les absences...

Le plus intéressant dans cette chronique est sans aucun doute cette reconnaissance paradoxale que tout est devenu anormal, y compris la pensée, et dans un même temps, cette précision clinique, froide et distante, de décrire en détail la mort du mari, les termes médicaux, psychanalytiques, sociologiques pour désigner la mort et le deuil. Pour résumer, on peut dire que la femme rationnelle qui se définit elle-même comme celle qui ne se trompe jamais, tente de dire ce qui justement n'est pas rationnel, de manière rationnelle !

Donc, point de pathos : il s'agit de convoquer ses connaissances psychanalytiques, sociologiques, littéraires (Freud et Philippe Ariès entre autre) pour s'ausculter soit même, essayer de comprendre son "dérèglement de la pensée" comme le fait d'être persuadée que son mari va revenir, donc qu'il faut garder ses vêtements.

La démarche est très intéressante (l'intellectuelle devenue irrationnelle tente de s'analyser rationnellement) mais pour moi trop aseptisée et surtout intellectualisée et insérée dans un milieu sociologique précis, celui de la bourgeoisie intellectuelle new-yorkaise.
Pour moi (ce n'est qu'un point de vue), Joan Didion n'atteint pas l'universalité de la condition humaine face au deuil ; regorgeant de références, le texte fait aussi allusion à ce milieu journalistique et littéraire qui entoure la veuve. Toutes ces précisions donnent bien sûr un caractère hyperréaliste au récit mais le texte aurait gagné en simplicité s'il parlait des sentiments sans recours à tous ces textes. Mais Joan Didion a choisi délibérément cette voie, n'en déplaise à certains lecteurs.

Ce texte est devenu outre-atlantique un classique de la littérature de deuil. J'ai préféré quant à moi le magnifique texte de Brigitte Giraud, A présent, qui propose à la fois une description très sobre et pudique de l'état de deuil et une réflexion sur la manière de dire le deuil.

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 20:08

GRANDE-BRETAGNE -Recueil de nouvelles

Livre - La Table Citron



Editions Mercure de France,2006

Première découverte d'un titre de Julian Barnes, l'un des auteurs anglais les plus lus, l'auteur du célèbre Perroquet de Flaubert.

Il s'agit d'un recueil de nouvelles sur le thème de la vieillesse et de la mort ; si le citron est cité dans le titre, c'est simplement parce qu'il symbolise la vieillesse et la mort en Chine. Et la table citron est la table autour de laquelle on se réunit pour en parler...

Ne vous imaginez pas des nouvelles morbides et tragiques sur la mort et l'au delà. Avec une bonne dose d'humour anglais (qui peut énerver au début), Barnes construit des histoires très souvent caustiques, méchantes ou alors touchantes.Avec pour thème principal, l'amour éternel ou qui s'effrite.

Parfois inégales tout de même, il faut retenir l'histoire hilarante d'un vieil homosexuel mélomane qui ne supporte pas d'entendre un éternuement ou une toux pendant les concerts ; il importune les spectateurs bruyants et va jusqu'à les jeter dans l'escalier !


Ou encore celle d'un fils qui découvre que son père trompe sa mère à 80 ans parce qu'elle le bat....

Dans un ton beaucoup plus mélancolique et doux amer, on appréciera Tourgueniev âgé qui tombe amoureux d'une très jeune comédienne, de façon platonique, car à cet âge là, il faut renoncer.

Ou encore sur un ton tragi-comique, la dégénerescence d'un vieux monsieur atteint de la maladie d'Alzheimer qui insulte sa maîtresse en lui tenant des propos salaces alors qu'elle lui récite des recettes de cuisine.

Un art certain du récit avec une variation de tons intéressante. Un bon divertissement.

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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 22:04

ETATS-UNIS,2004

Identification des schémas

Editions Au diable Vauvert


William Gibson, l'un des plus importants auteurs de science-fiction d'aujourd'hui, est le créateur du sous-genre Cyberpunk, qui étudie les conséquences néfastes de la toute puissance de l'informatique et d'Internet sur la société.
Son oeuvre fondatrice est Neuromancien en 1984, qui met en scène des pirates du cyberespace se connectant au réseau via une prise neuronale et des électrodes qui leur permettent d'avoir une perception visuelle et sensorielle des données numériques qu'ils manipulent.

En 2004, la science-fiction est devenue réelle....Dans Identification des schémas, Gibson décrit un monde tel que nous le connaissons envahi par les marques, le marketing, les réseaux et forums informatiques.

 

Cayce Pollard est consultante en design free-lance travaillant pour de grosses multinationales de vêtements, chaussures, sacs...Elle est chargée de tester l'efficacité des logos sur la société et de repérer les tendances du marché. Son secret d'infaillibilité : sa phobie de logos internationalement connus : les Bibendum de Michelin, la marque Vuitton...à tel point qu'elle s'évanouit lorsqu'elle voit un bibendum en porte clés ! Efficacité redoutable : l' évanouissement devant un nouveau logo veut dire retrait immédiat du marché.

Cayce est contactée par un directeur d'une multinationale pour enquêter sur un mystérieux film qui fait fureur sur Internet : des segments de films sont envoyés sur la toile par un inconnu, ce qui crée une passion incroyable sur le net : une communauté de filmeurs se crée ; des forums envahissent la toile ; ce film est-il déjà fini ou se crée-t-il au fur et à mesure des envois ? Qui est le mystérieux auteur ?

Elle-même filmeuse passionnée, Cayse, qui vient de perdre la trace de son père dans les tours du World Trade Center, part à la recherche du mystérieux cinéaste. Mais elle découvre qu'elle est poursuivie et que l'on s'est introduit chez elle.

Nous voila plongés dans un roman d'espionnage moderne qui nous mène de Londres au Japon en passant par Moscou. Dans cet univers globalisé, les anciens ennemis se ressemblent. Le virtuel vient réenchanter un réel malade et uniformisé.

Mais ici, nulle quête de sens ; en effet, dans ce thriller virtuel, Cayse ne cherche pas à savoir la signification d'un tel film, à interroger le sens des séquences. Seul importe qui a fait le film...ou ce qu'il peut rapporter...

Il est d'ailleurs frappant de voir que très peu de lignes sont consacrées à la description des séquences du film.
A aucun moment, nous n'avons une idée précise des images véhiculées à partir du Web, à part une scène de baiser.
La description de l'addiction au film devient finalement secondaire pour laisser place à des scènes de thriller ou d'espionnage. Les scènes se succèdent à un rythme d'enfer sans donner d'épaisseur aux personnages.

Un thème très intéressant, une intrigue très prometteuse mais qui finalement ne laisse pas de souvenirs impérissables...

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