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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 22:09

1959

Le Planétarium

Voici l'un des romans fondateurs du Nouveau Roman après La modification de Butor en 1957 et Moderato Cantabile de Duras en 1958.

Une intrigue minimale, un prétexte pour disséquer les comportements des personnages, les tics de langage, les presque riens qui déclenchent la crise.

J'avais adoré Sarraute lorsque j'avais étudié Enfance : la tentative autobiographique de dire l'enfance, avec les mots et les sensations  les plus justes, les reprises, les hésitations, les silences ...de la poésie à l'état pure.

Ici, j'ai été déstabilisée par une toute autre approche : une dissection clinique des conversations de tous les jours, les tics de langage autour d'une intrigue minimale : un bouton de porte que l'on a adoré en le choisissant et qui finalement dépareille une belle porte en chène, un fauteuil que l'on veut donner mais qui est refusé,  un appartement que l'on veut s'accaparer. Des phrases assassines que l'on s'envoie dans une famille un peu spéciale : un jeune couple, Gisèle et Alain Guimier, elle assez traditionnelle, lui très dandy, thésard, qui veut devenir écrivain. Une tante qu'ils veulent virer de chez elle pour prendre son grand appartement, des parents qui ne veulent que leur bien et toute une cohorte de personnes qui les observent, qui les jugent.

C' est très théâtral, très féroce, très ironique. Nous avons l'impression de voir des pantins s'exprimer, toute la foule anonyme dire des imbécilités habituelles.

Personnellement, je n'ai pas accroché sauf lorsque Sarraute excelle dans la description des flux de conscience  lorsque par exemple la vieille tante rêve des rideaux et de la porte qu'elle a achetés et que finalement, dans la chute incroyable de la séquence, elle découvre que cela fait très toc.

Sarraute excelle dans l'ironie mordante, grinçante. A découvrir mais quand même très spécial...

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31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 09:42

Editions POL 1990

La Pluie d'été

Récit tiré du film "Les enfants" (1984)

Ce récit est sûrement l'un des moins connus de Duras. Il occupe une place très particulière dans son oeuvre : s'il y a bien une histoire d'amour, entre frère et soeur (c'est déjà le cas par exemple dans Agatha ), on note ici un certain "ancrage sociologique" : si les personnages sont somme toute assez fantomatiques (passé nébuleux, âge indéfini), l'histoire se situe dans un lieu précis, et non maritime, comme c'est souvent le cas chez Duras ; nous sommes à Vitry, au bord d'une autoroute, près d'un terrain vague, dans une famille d'immigrés, vivant des allocations.

Il y a le père et la mère, venus en France tardivement, Ernesto et Jeanne les deux aînés et les autres "brothers et sisters". Ils vivent à l'écart de tout, leurs enfants sont livrés à eux-mêmes, ils ne vont pas à l'école.

Parfois, on ramasse des livres près des poubelles et ...Ernesto se met à lire, alors qu'il n'a jamais appris à lire...Il se met à raconter l'histoire de David, le roi d'Israël à ses brothers et sisters. Devant un tel prodige, l'instituteur conseille aux parents de mettre Ernesto à l'école.

Mais, après quelques jours, il veut quitter l'école, car comme il dit "parce qu'à l'école, on apprend des choses que je ne sais pas". Ernesto, le génie, devient la curiosité de la ville, des médias, de la France entière....

Qu'a-t-il voulu dire ? Ernesto est présenté comme un enfant entre "onze et vingt ans". C'est un être à part, déjà trop grand, qui a tout compris au monde, qui a appréhendé la compréhension de l'univers et qui maintenant a perdu espoir, a peur, car, "le monde, ce n'était pas la peine".

Ernesto est le double du roi d'Israël qui a tout appréhendé et qui a compris que "tout est vanité des vanités et poussière du vent" ; Ernesto a été saisi, il a l'intuition du monde incomplet ; l'école ne peut donc rien lui apporter....hormis la peur, car il a compris qu'il manquait quelque chose au monde, qu'il était loupé....

Grandeur de l'intuition, de la porosité avec le monde face à l'autorité futile des institutions de la société...Pauvreté, solitude, marginalisation d'êtres immigrés. Mais c'est derniers, marqués par l'intuition, n'en sont que plus grands, ils sont à part.

Jeanne suit les pas de son frère et vit un amour incestueux avec lui mais ce paradis va prendre fin après la pluie d'été....Car, c'est la fin de l'enfance, ce paradis où l'on avait pas tout encore saisi...

Duras héroïse ces personnages à part, à priori en deçà de la connaissance, mais qui éprouvent, qui sont éblouis...Quand à la mère, elle se réfugie dans les souvenirs russes de la Neva enneigée...mais le paradis va prendre fin...

Poésie de la marginalité, poésie de l'incomplétude du monde, du vide et du manque que l'on ressent car la connaissance est poursuite du vent...Ernesto, le génie, a grandi trop vite et a saisi le vide de l'existence.

Duras fait alterner dialogues, narration ; on a l'impression que si, effectivement, l'auteur ancre plus que d'habitude son histoire dans un milieu sociologique, c'est pour mieux les en extraire, les placer au delà du monde, au dessus pour mieux l'appréhender. Et la société, elle, ne comprend pas, se montre perplexe....

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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 21:50

ETATS-UNIS -1851

Moby Dick

J'ai enfin lu ce roman merveilleux, sûrement l'un des plus beaux chefs d'oeuvre de la littérature mondiale !
Rappelons que Melville est l'un des grands pionniers de la littérature américaine avec Edgar Poe et Nathanael Hawthorne. Ce roman de la chasse au cachalot blanc s'inspire d'un fait réel et également de sa vie aventureuse sur les baleiniers du Pacifique. Rappelons que Melville a été fait prisonnier des tribus cannibales...

Mais ce roman est bien plus que l'histoire d'une chasse à la baleine mythique. C'est un roman métaphysique  et spirituel qui brasse tout l'univers dans sa relation avec l'homme.

Rappelons l'intrigue : le narrateur, Ismaël, un jeune aventurier, s'embarque sur le navire baleinier Le Péquod, dirigé par le Capitaine Achab. Bientôt, il découvre que le capitaine, qui a perdu sa jambe dans un précédent affrontement avec le cachalot blanc Moby Dick, n'a qu'un objectif : retrouver le Léviathan pour se venger et le tuer. Achab entraîne l'équipage dans sa folie destructrice...

Roman documentaire, roman appartenant à la vague romantique, inspiration biblique, réflexion sur la condition humaine, magnificience des différents personnages : voila tous les éléments de ce chef d'oeuvre.

En lisant ce roman, le lecteur acquiert une connaissance certaine des cétacés, de leur pêche mais aussi de l'histoire de cette pratique et du fonctionnement d'un navire baleinier. Certains jugent ennuyeux ces chapitres mais ils confèrent au contraire une dimension réaliste au roman et introduisent des pauses dans le récit.

Ce roman métaphysique est une réflexion sur la condition humaine face à Dieu et au Cosmos. En décidant de s'affronter à plus fort que lui, Achab a décidé de se placer au dessus de Dieu, il est la figure de l'impiété (comme le roi biblique d'Israël du même nom). C'est un nouveau Prométhée qui défie sa propre condition. Moby Dick représente la transcendance, le mystère impénétrable de la création ; on ne peut le comprendre.
Achab est un être possédé ; dans de merveilleux passages, il se décrit comme un être tenaillé par une force invisible contre laquelle il ne peut lutter. Les pages où il rêve de s'échapper de cette obsession et de retrouver femmes et enfants sont parmi les plus belles du livre.

A l'inverse, Ismaël, l'aventurier, se lance des défis mais il trouve la sérénité dans la solidarité envers l'homme. Il recherche l'harmonie avec son semblable. L'un des passages les plus intéressants du roman est lorsqu'Ismaël fait la connaissance du harponneur Queequeg. Ce dernier, le "bon sauvage", incarne la religion païenne, la toute autre altérité. Ismaël est d'abord horrifié par ses pratiques d'idolatrie
et de fétichisme puis il découvre finalement un dieu universel qui lui dicte d'aimer son prochain quelque soit ses différences ; c'est la religion de l'humanité, de la divine égalité. Les pages consacrées à cette amitié et à ce dieu universel sont assurément les plus attachantes du livre et les plus modernes. L'amitié indéfectible Ismaël/ Queequeg est l'une des plus belles histoires d'amitié de la littérature mondiale (Avec Des souris et des hommes bien sûr)Certains critiques rappellent que Le Péquod symbolise l'Amérique et ses différentes composantes, ses différentes "races" réunies dans l'élan fraternel :

"Mais qu'est ce-que rendre un culte ? me demandais-je. Vas-tu te figurer, Ismaël, que le Dieu magnanime du ciel et de la terre _ et tous les hommes, païens y compris, puisse éprouver l'ombre d'une jalousie envers un insignifiant morceau de bois ? Impensable. Mais qu'est ce qu'adorer Dieu sinon faire sa volonté ? C'est là l'hommage à lui rendre. et quelle est la volonté de Dieu ? sinon faire à son prochain ce que je voudrais qu'il me fit. Telle est sa volonté. Queequeg est mon prochain. Et que souhaiterais-je voir queequeg faire pour moi ? Eh bien ! s'unir à moi dans ma manière presbytérienne et particulière de rendre grâces. Donc je dois me joindre à lui dans son culte personnel et par conséquent me muer en idolâtre"

Moby Dick peut être vu comme un roman qui embrase l'univers entier et qui questionne l'homme dans sa position par rapport à la divinité, à la Nature. Soit il l'a défie, soit il communie avec elle. De merveilleux paragraphes, à tonalité romantique, célèbrent cette union avec les hommes et le monde, le tout-monde, l'universel.

Ce roman est aussi une méthaphore de l'Amérique expansionniste des années 1850. Melville met en garde son pays dévoreur de territoires ; tout comme Achab, elle risque de s'y perdre.

Soulignons pour finir la langue melvillienne d'une richesse inouïe. Ce roman se lie d'une traite tant les registres de langues sont nombreux. Il y a la veine romantique (l'appel à Dieu, à la nature insaisissable), il y a l'épopée, il y a le discours savant de l'océonographe et de l'historien des navires baleiniers. La narration d'Ismaël est une merveille de discours direct adressé au lecteur ; ce dernier nous raconte son périple, sa descente à l'auberge, ses aventures cocasses. Nous avons l'impression de se réunir au coin du feu pour entendre les vieilles histoires maritimes. Enfin, n'oublions pas l'humour qui est très présent ; le personnage de Stubb, par exemple, le second capîtaine, est un modèle du genre. Son langage truculent  n'hésite pas à faire un sermon religieux aux requins !

Que dire de plus ! Rarement un roman a autant atteint l'universel...

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 21:57

ETATS-UNIS -1936



Editions Gallimard, L'Imaginaire

J'ai enfin dévoré le titre réputé le plus hermétique de Faulkner. Quel délice ! Moi qui avait été "arrêtée" par Le Bruit et la fureur et avait stoppé brutalement la découverte de ce grand auteur, j'ai persévéré plusieurs mois plus tard avec Sanctuaire, Lumière d'août et Tandis que j'agonise. Je suis finalement devenue une fan incontestée. Pour moi, Faulkner est l'un des plus grands écrivains du siècle.

Si Absalon déstabilise autant, c'est d'une part pour le non respect de la chronologie (c'était déjà le cas dans Le bruit et la fureur) et aussi surtout pour l'emploi d'une phrase ample, haletante, qui hypnotise littéralement le lecteur. Soit l'on décroche, soit l'on est littéralement envoûté.Répétition, ressassement, la phrase d'Absalon imite la respiration ; le lecteur est obligé de faire des pauses devant l'absence de virgules et la succession de parenthèses et de tiret. Il en ressort une histoire fragmentée, révélée peu à peu (elle est racontée par 4 narrateurs différents qui ne savent pas les mêmes choses), ce qui ménage le suspense.

Et c'est précisément là que réside le génie d'Absalon : c'est une histoire certes mais c'est surtout l'histoire d'une histoire, un discours, une pure fiction. Et c'est là que réside la modernité incontestable du roman. Il y a bien une histoire au départ mais les personnages sont constamment présentés comme des ombres, des fantômes évanescents qui échappent aux narrateurs. Comme le dit l'excellente préface de François Pitavy, "les narrateurs ne cessent de dire leur incapacité à dire et à donner sens à l'histoire qu'ils sont en train de dire et qui n'existe que dans ces discours impuissants_et dont cependant l'autorité est finalement sa propre et seule légitimitée".

L'histoire d'abord, digne d'une tragédie antique ou biblique ; c'est pourquoi le titre évoque le fils du roi David, mort assassiné après avoir tué son frère aîné qui avait offensé sa soeur. Thomas Sutpen, petit blanc, a été traumatisé pendant son enfance par  un esclave noir qui l'a rejeté d'une propriété ; depuis, il s'est juré qu'à force de travail, il parviendrait à fonder sa propre propriété, à s'établir ; c'est alors qu'il surgit dans un village du sud des Etats-Unis, qu'il construit sa propriété, cherche femme pour être conforme "à l'ordre social établi", fonde une famille. Mais le fils noir des années passées ressurgit...
Tragédie par excellence ! Meurtres en famille, lutte contre l'inceste, le destin qui se retourne contre l'idée même que l'on voulait défendre...Sutpens, pour lutter contre l'inceste, se retrouve obligé de renier sa progéniture et de l'exclure de sa propriété tout comme il l'a vécu étant enfant.
Absalon est l'histoire d'une dynastie déchue, d'un sang vicié, du destin, du fatum qui s'abat sur une famille. On est proche de l'histoire antique des Atrides. Le tout sur arrière-fond de guerre de sécession et de lutte contre la faute originelle, le sang noir qui vient annihiler le rêve de Sutpen...

Quant à la forme post-moderne, c'est ce qui fait tout l'intérêt du roman : quatre narrateurs donc, qui racontent l'histoire à six mois d'intervalle : Rosa Coldfield, la vieille fille recluse dans sa vieille demeure, belle-soeur de Sutpen. Pour elle, c'est un ogre, un djinn, un démon. Elle livre la version gothique de l'histoire dans un célèbre monologue de 40 pages.
Mr Compson, l'ami de Sutpen qui l'a aidé dans la fondation de sa propriété. Lui offre une vision pragmatique, rationnelle de Sutpen. Il raconte l'histoire à son fils Quentin ....qui la complétera six mois plus tard avec son ami d'université Shreve dans leur chambre d'étudiant, un soir d'hiver au coin du feu...
Les quatre narrations se complètent et les discours des étudiants à la fin viennent combler les blancs laissés par Rosa et Compson. Finalement, on peut dire que les étudiants inventent une version vraisemblable des faits, sans annihiler la version des autres. Absalon est bien l'histoire de la production d'un discours sur les personnages d'une fiction.

Le lecteur sera marqué par ces personnages fantomatiques, mythiques, qui demeurent insaisissables malgré la production du discours. L'atmosphère rendue par le décors introduisant la narration est significatif : vieille maison délabrée, chambre d'étudiant sépulcrale. Comme le dit François Pitany dans sa préface, "il faut bien que les personnages soient des fantômes et que le discours participe du rêve pour que la narration puisse dire le triomphe du verbe, la transcendance de la création romanesque".

Il n'y a qu'un mot à dire : lisez ce chef d'oeuvre car aucun article ne pourrait transcrire sa beauté !

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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 12:28

ROYAUME-UNI - 1947

Sous le volcan

Editions Grasset, Les cahiers rouges

Incontestablement reconnu comme l'un des chefs d'oeuvre de la littérature anglo-saxonne du XXe siècle. Mais très souvent méconnu ou incompris.

Il est vrai que l'on entre pas facilement dans cette belle prose poétique mexicaine chahutée par l'ivresse de la tequila et du mescal.

Malcolm Lowry (1909-1957) reste justement célèbre pour ce roman culte ; sa vie fut marquée par un trio infernal : les voyages, l'alcool et la littérature. Souvent victime d'éthylisme avancé, il dut quitter plusieurs pays, comme le Mexique, pour violence commise sur autrui. Sa mort prématurée a pour origine son amour immodéré de l'alcool.

Sous le volcan, écrit entre 1936 et 1947, où il fut enfin publié, s'inspire de sa propre vie (en particulier son voyage au Mexique pour tenter de sauver son premier mariage), références autobiographiques qu'il mêle à de nombreuses références mythologiques, littéraires, musicales, historiques, philosophiques pour créer une trame symbolique très forte.

Malcolm Lowry définit son chef d'oeuvre comme une "Divine Comédie ivre". Il convient donc d'y voir davantage qu'une belle histoire d'amour ruinée par l'alcool.

Rappelons l'intrigue qui tient en 1 an, et exactement 12 mois, 12 heures et 12 chapitres. Le premier chapitre se déroule le jour des morts 1939, un an après les événements tragiques. Les 11 autres chapitres se déroulent sur une journée, dans la ville de Quauhnahuac, au Mexique, au pied de deux volcans mythiques et sont centrés sur le couple Geoffroy firmin/Yvonne qui s'est séparé un an plus tôt.

En ce jour des morts 1938, Yvonne revient après 1 de séparation. Le consul britannique Geoffroy Firmin expie une faute mystérieuse au Mexique ; il aurait laissé brûler vif des prisonniers allemands dans un vaisseau lors de la Première Guerre Mondiale ; marqué par cette faute originelle, il est à jamais marqué par ce péché et est exclu du paradis. Noyant ce remord dans le mescal et la tequila, le retour d'Yvonne semble être une promesse de retrouver le paradis perdu. Alors que ce même jour, il reçoit la lettre qui s'est perdue un an plus tôt où Yvonne lui déclamait son amour...Mais en ce jour de retrouvailles promises, le destin semble en avoir  décidé autrement...Alors que Firmin continue à se noyer dans l'alcool, Yvonne fait la connaissance de Hugh, le jeune frère de Firmin qui revient des combats de la guerre d'Espagne. Puis elle retrouve également son ancien amant, le cinéaste français Jacques Laruelle. Ensemble, ils vont
entamer une journée d'excursion autour du volcan et des gouffres du Mexique....

Cette Divine comédie ivre est l'histoire revisitée du paradis perdu. Tout au long de cette journée dramatique, l'auteur fait de multiples allusions à un jardin qu'il convient de ne pas détruire. Hors, il suffit de se souvenir du jardin de Firmin plein de broussailles et de feuilles mortes pour savoir que ce paradis est irrémédiablement perdu. Car, le couple est définitivement séparé comme le rappelle cette roche qu'ils observent tous les deux dans une vitrine, à jamais séparée en deux. La référence au mythe de l'androgyne est implicite ; pour retrouver l'unité,  le paradis perdu, il convient que le couple homme-femme se reforme. Mais les obstacles se succèdent, malgré la volonté indéniable des deux êtres. Obstacles de l'alcool, de la jalousie ou simplement des deux âmes individuelles.

Toujours est-il que si le paradis est perdu, il s'incarne dans le rêve d'Yvonne de s'établir avec Firmin dans une ferme sur pilotis au Canada, dans une île perdue. Ces descriptions, tel un vaste poème en prose, constitue sans doute les plus belles pages du roman ; Hymne aux paysages, à la nature verdoyante et lacustre, ce paradis n'est accessible que si le couple quitte Quauhnahuac.

Avant cela, il faudra traverser des étapes...Des jardins, des forêts des gouffres et des cantinas, ces célèbres débits de boissons mexicains. Autant de passages d'étape du fleuve des enfers ; l'auteur rappelle que sous le volcan, coule le Tartare...Firmin vit dans un enfer, celui du jardin détruit...

Dans cet univers brueghélien, tout respire la mort et la déréliction : nous sommes le jour des morts, les voyageurs croisent des morts sur leur chemin, l'image du gouffre est redondante. Enfer de l'amour perdu mais aussi de la charité perdue ; hormis Hugh qui veut changer le monde en intervenant pour sauver les républicains espagnols et sauver l'indien sur le chemin, Yvonne et Firmin incarnent l'égoïsme  (elle ne peut supporter de voir le sang et lui refuse d'intervenir); ce sont deux âmes solitaires qui ne parviennent pas à rejoindre autrui. ...

Enfer individuel mais aussi collectif ; car la déréliction d'Yvonne et de Firmin est corollaire au cataclysme espagnol ; c'est le grand mérite de Lowry d'annoncer le grand désastre...

Que dire de l'écriture ? Le délire éthylique fait penser à un long poème souvent difficile à comprendre mais tellement envoûtant. Ce texte d'une richesse inouïe mérite, je pense, plusieurs lectures, pour en apprécier toutes les références...

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3 août 2008 7 03 /08 /août /2008 17:29

ETATS-UNIS -Années 40-50

Le boxeur manchot

Editions Robert Laffont, collection "Bibliothèque Pavillons"

Tennessee Williams (1911-1983) est surtout connu en tant que dramaturge ; ses pièces sont devenues célébrissimes grâce à leurs adaptations cinématographiques : Un tramway nommé désir, La chatte sur un toit brûlant, Soudain l'été dernier; autant de variations sur l'inconscient et la folie humaine.

Son théâtre fit oublier qu'il fut un nouvelliste hors pair. Ce recueil le consacre pour moi comme l'un des plus grands écrivains américains.
Dans chacune de ces nouvelles, on retrouve le goût de Williams pour les marginaux : des poètes, des vierges folles, des saintes, des vagabonds vivent en dehors de l'ordre social et en payent pour cela le prix de leur vie. Williams les rend éternels, les sanctifie ; la méthophore christique est souvent présente signifiant l'expiation des péchés du monde par les marginaux.

Il y a d'abord ce boxeur manchot ; un magnifique adolescent qui s'engage dans la marine, devient champion de boxe puis perd son bras ; maudit, il sombre dans la prostitution et commet un meurtre. Arrêté, il découvre la douceur des sentiments et des regrets. Martyr moderne, un prêtre adoucit ses derniers instants...Un ouvrier marginal n'a plus que pour compagne une chatte trouvée dans la rue. Un poète parle aux enfants rassemblés sur la plage...Une vierge sexagénaire vit ses premiers émois avec un jeune écrivain dans un hôtel méxicain...Un blanc timide se fait masser de manière masochiste par un masseur noir...

Dans toutes ces histoires, il y a certains motifs récurrents comme dans le théâtre de Williams : l'homosexualité latente (la relation ambigüe entre le boxeur et le prêtre, le masochisme mortel entre le timide blanc et son masseur noir), la sexualité refoulée, la solitude tragique des poètes, la névrose...

Ces marginaux sont érigés en martyrs : la solitude, la folie deviennent des vecteurs de poésie intense ; on pense tout particulièrement aux Poèmes en prose de Baudelaire. La douleur, le tragique deviennent Art. Si la mort vient clôre rapidement la vie de ces errants, c'est pour mieux les rendre éternels. La prose de T. Williams est profondément humaine : il brosse des portraits cruels et fraternels de ces frères humains qui prennent leur envol vers la sainteté des esseulés.

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6 avril 2008 7 06 /04 /avril /2008 15:39

ETATS-UNIS











1930
Traduction française de 1933

Voici l'un des romans les plus connus de Faulkner, l'un des premiers traduits en France avec Sanctuaire.Pour les "non initiés" à la technique faulknérienne, ce roman est avec Sanctuaire l'un des plus accessibles bien qu'il utilise la narration éclatée, la succession de monologues de narrateurs différents (une vingtaine en tout).

Le titre est emprunté à une phrase de l'Odyssée d'Homère. Il s'agit en fin de compte d'une épopée tragi comique mêlant le drame et la farce.

L'action est centrée sur la famille Bundren : dans un village perdu du Mississippi, Addie Bundren, la mère, se meurt. Elle a fait promettre à son mari, Anse et à ses 5 enfants, Darl, Cash, Jewel, Dewey Dell et Vardaman de conduire son cercueil jusqu'à la ville de Jefferson, là où sont enterrés ses propres parents. Le roman commence par les coups de marteau incessants de Cash qui fabrique son cercueil devant sa mère agonisante.

A la mort d'Andie, la famille embarque sur une charrette branlante, pour Jefferson. Les péripéties se succèdent : les ponts cèdent face à la rivière déferlante, les mules meurent noyées....Cash se casse une jambe qui se gangrène...tandis que les busards rôdent autour de la charrette puante....

On s'attend à un lyrisme, à un pathos certain. Nullement ! Chaque personnage est obnubilé par quelque chose de très concret : le dentier de Anse, la fausse couche de Dewey Dell, le cheval de Jewel, les outils de Cash. Tout est tellement dramatique que tout devient grotesque. Les monologues sont écrits dans une langue très simple, bien qu'incantatoire. Le "choeur", les voisins, les médecins, les connaissances de la famille Bundren, désacralisent à tour de rôle l'entreprise funeste, en affirmant que c'est une folie.

Quant au coup de théâtre final, on n'est pas près de l'oublier....

Les récits s'entremêlent, se croisent. On apprend au fur et à mesure les secrets, les non-dits des personnages (les adultères. les avortements...)Adie, qui est morte, prend la parole au centre du roman.

Dans cette farce tragique géniale, Faulkner parodie la mort antique. Les monologues qui se succèdent sont à la fois une densité romanesque et une dimension théâtrale. Rien d'étonnant à ce que Jean Louis Barrault les ai immédiatement mis en scène en 1935 dans Autour d'une mère.

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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 12:22

ALLEMAGNE

La marquise d'O...

Editions Libretto

Von Kleist (1777-1811) est un écrivain romantique allemand contemporain de Goethe. Il n'a jamais obtenu un grand succès de son vivant et reste surtout connu par sa mort : il se donna la mort avec sa compagne en 1811.
Ses nouvelles ont été beaucoup jouées cette année au Théâtre dont La Marquise d'O au Théâtre de Saint-Denis.

Rappelons aussi que cette magnifique nouvelle a été adaptée au cinéma par Eric Rohmer en 1976. J'ai d'ailleurs hâte de voir le film où Rohmer s'est inspiré pour la mise en scène des tableaux de Greuze et d'Ingres.

La Marquise d'O...est un mélodrame romantique, merveilleusement désuet..Je suis sous le charme !

En 1799, une place forte italienne est conquise par les Russes. Une Marquise veuve est violentée par une bande de soldats ivrognes. Un colonel la sauve in extrémiste du viol. La Marquise s'évanouit et le colonel disparaît....pour revenir quelques mois après la demander mystérieusement en mariage ...

Cette dernière, sujette à d'étranges nausées, et s'étant jurée de rester veuve, refuse, bien que troublée. Quelques jours plus tard, elle découvre qu'elle est enceinte. Ses parents, la croyant dépravée, la renie. Persuadée d'être restée "pure" depuis son veuvage, la Marquise passe une annonce dans le journal : que le père de l'enfant qu'elle allait mettre au monde devait se faire connaître, et qu'elle était décidée, pour des considérations de famille, à l'épouser.

Rebondissements, dilemnes entre la passion et le devoir moral, innocence, tout est présent pour faire de ce mélodrame d'un autre âge un petit chef d'oeuvre. Sur une soixantaine de pages, Von kleist va à l'essentiel, décrit d'abord les actions, les rebondissements sans s'apesantir sur des tirades dramatiques. Et c'est là que réside la force du récit ; bien que l'intrigue soit complètement désuète (la veuve se croit l'élue du Saint-Esprit, elle veut se marier coûte que coûte), l'auteur décrit si vite l'action que les émois romantiques se sont qu'évoqués très pudiquement.

J'ai littéralement été emballée par ce récit invraisemblable et j'ai hâte de voir le film de Rohmer...

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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 21:56

ETATS-UNIS

Soudain l'été dernier

Roman adapté au cinéma par Joseph Mankiewicz en 1959

Moi qui n'était pas pour l'instant une inconditionnelle de Tennessee Williams (Un tramway nommé désir), je suis définitivement conquise !

Je viens de voir le film qui est un véritable chef d'oeuvre. Outre la brillante mise en scène de Mankievicz, on ne peut qu'admirer la modernité, la force  des thèmes abordés : le refoulement, la folie et l'homosexualité. 

Rapports de force, lien mère/fils ambigus, jalousie : voila la famille décadente mise en scène par Tennessee Williams. 

Voici l'histoire : Violet Venable fait venir dans sa demeure exotique de la Nouvelle-Orléans le docteur Cukrowicz, neuro-chirurgien. Son fils Sebastian est mort mystérieusement en Europe, l'été dernier. Sa cousine Catherine, qui a assisté à sa mort, est devenue folle. Violet Venable pense qu'une lobotomie pourrait l'aider à retrouver la raison. ...

Mais le médecin, en examinant Catherine, découvre qu'elle est saine d'esprit. Elle est en fait traumatisée par ce qu'elle a vu l'été dernier à la mort de son cousin. Mais qu'a-t-elle vu ?
Le médecin, en digne héritier de Freud, va, par l'intermédiaire de la parole, faire ressurgir le refoulé et ainsi tenter de guérir Catherine. Mais que cherche là cacher la vieille Venable sur son fils Sébastian ? Il est vrai qu'une lobotomie effacerait tous les souvenirs...

Nous sommes littéralement happés par un climat malsain entre des personnages qui se haïssent et s'autodétruisent. Pulsions sexuelles, jalousies incestueuses régissent les rapports familiaux. Les personnages sont d'une telle force psychiqyue que nous partageons leur démence. Catherine, aux prises avec sa souffrance, est extraordinaire. 

Quant à la scène finale, elle est édifiante...

A mon sens, le seul roman(film) qui évoque l'homosexualité masculine, voire les déviances sexuelles, au sein d'une univers familial féminin. Sébastian, l'esthète, le poète, évolue entre sa mère et sa cousine pour qu'elles servent ses desseins. 

Tennessee Williams apparaît ainsi comme le grand peintre des folies et déviances familiales. 

Une oeuvre indispensable à découvrir.

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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 11:29
1926

Bernanos, Georges : Sous Le Soleil De Satan (Livre) - Livres et BD d'occasion - Achat et vente


Georges Bernanos, grand écrivain chrétien par excellence, a vu ses œuvres adaptées au cinéma par Robert Bresson (Journal d’un curé de campagne) et Maurice Pialat (Sous le soleil de Satan). Ecrivain de la déréliction, qui place l’homme aux prises entre Dieu et Satan, Georges Bernanos est un écrivain exigeant, ardu.

Des magnifiques passages certes mais je trouve que cette œuvre a du mal à nous toucher lorsque l’on est athée comme moi ! Est-elle datée ? Ai-je un problème avec la spiritualité ? Je ne sais pas, mais j’ai vraiment eu du mal à aller jusqu’au bout !

Rappelons l’histoire : Mouchette, jeune fille de 16 ans, tombe enceinte du marquis dans un petit village rural de l’Artois. Ivre d’indépendance, elle entend mener une vie libre de toutes contraintes. Alors que le Marquis lui conseille d’avorter, elle le tue. Elle séduit ensuite le médecin du village qui refuse l’avortement. Victime d’une crise de folie, elle est internée. C’est alors qu’entre en scène l’Abbé Donissan, un prêtre bien commun, terne mais adepte des mortifications de toutes sortes. Persuadé d’avoir eu la vision de Satan, il est suspecté par les autorités religieuses. C’est alors que le miracle se produit : il voit l’âme de Mouchette pervertie par l’atavisme ce qui la libère ainsi de sa culpabilité. Alors qu’elle se suicide, il porte son corps sur l’autel…..

Mais il a aussi la vision de Satan, un soir qu’il se promène dans la campagne. Il déclare alors que Satan domine le monde et qu’il est en lui, dans l’esprit des hommes saints aussi bien que dans les autres pécheurs.

Bernanos est l’écrivain du péché, de la faute originelle. On appréciera toutes sortes d’images empreintées à la terre, au champ lexical du marécage, de la boue qui ravale l’homme à une créature animale.

Une œuvre profondément pessimiste, belle, mais qui ne m’a pas concernée. Et vous ?
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