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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 12:23

1960

La promesse de l'aube

Editions Gallimard, Folio

C'est le deuxième titre de Romain Gary que je découvre après La vie devant soi; son autobiographie, l'histoire de sa relation fusionnelle avec sa mère. Sûrement l'un des plus beaux récits sur l'amour maternel avec Le livre de ma mère d'Albert  Cohen.

En exergue, cette citation qui résume tout le livre :

"Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous sert sur son coeur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passés à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. "

Ce récit est l'histoire de la jeunesse de Romain Gary, de sa Russie natale jusqu'à la Seconde Guerre mondiale où il s'engage comme aviateur dans la Résistance. au centre de cette "aube" l'amour que lui porte sa mère qui rêve qu'il devienne un héros,  "un général, un Gabriele d'Annunzio, un Ambassadeur de France". Dès son plus jeune âge, le petit Romain s'essaie à toutes sortes de "génie potentiels" : violon, peinture, jonglage...mais très vite, c'est le virus de l'écriture qui le contamine...Lorsque la guerre se déclare, ,il promet à sa mère de devenir un héros, un gradé...

A travers cette histoire d'amour maternel, on découvre aussi l'histoire d'une famille d'immigrés, de Russie à la France, en passant par la Pologne. La mère lui fait aimer le mythe français malgré les déceptions.

Que dire de ce livre ? Il s'agit d'un véritable cri d'amour écrit dans une prose généreuse, lyrique. A une époque où la littérature française se veut minimaliste, quel bonheur de redécouvrir le verbe de Gary, tragi-comique, théâtral, souvent grandiloquent. La phrase s'élance, s'élève, l'auteur est emporté par son amour ou sa révolte.

On y découvre des summums de scènes burlesques comme lorsque sa mère débarque sur une piste d'atterrissage avec ses jambons, saucissons et pots de confiture. Ou alors qu'elle débarque avec les livres de Romain sur le marché de Nice et qu'elle invective les marchands... Comment ne pas oublier également le combat de Gary contre son occlusion intestinale, lorsque qu'il se dresse tout nu de son lit d'hôpital, avec son chapeau d'officier, alors qu'il reçoit l'extrême onction !

Tout le talent de Gary est dans ce ton tragi-comique...qui prouve, à l'opposé de Gide, qu'il peut y avoir de bonne littérature avec des bons sentiments...

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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 12:29

de MARGUERITE DURAS

L'Après-midi de Monsieur Andesmas

Editions Gallimard, "L'imaginaire", 1962

Ce texte, relativement peu connu de Marguerite Duras, a été réédité récemment pour le cinquantième anniversaire de la collection "L'imaginaire". C'est aussi une pièce radiophonique datant de 1965, interprétée par Charles Vanel et Maria Casarès, aujourd'hui disponible en "livre CD" chez Livraphone.

On retrouve dans ce court texte les grands thèmes de Duras : tout d'abord le décor marin puis la solitude, l'amour en échec, le dialogue...Mais ici, l'amour, la passion ne concernent plus seulement le couple d'amant mais aussi un surtout l'amour de son père pour son enfant...qui naît à la vie et qui rejoint son amant.

Ce récit est d'abord l'histoire d'une attente : celle d'un vieillard, Monsieur Andesmas, assis sur une chaise en rotin, devant la mer et le gouffre de lumière, devant la maison qu'il vient d'offrir à sa fille Valérie. En cette après-midi d'été, il attend l'architecte Michel Arc,  qui va être chargé de construire une terrasse sur ce terrain pour Valérie, devant la mer.

Mais Michel Arc ne vient pas...Monsieur Andesmas attend. Il attend jusqu'à ce que la nuit tombe. Au fil de son attente, le rejoindront un chien, une petite fille et une femme, respectivement fille et épouse de Michel Arc.
Car il se pourrait bien que Michel Arc soit en compagnie de Valérie, en bas sur la place du village, en train de danser...

Au rythme du vent, un air de musique, un refrain d'amour, monte jusqu'à la terrasse de Monsieur Andesmas. Une musique symbolisant la jeunesse et la joie, qui atteint de plein fouet la masse  vieillissante de Monsieur Andesmas.

Comme à son habitude, Duras dit beaucoup de choses, explore un ressenti en peu de mots. Une histoire épurée très rythmée : l'attente est scandée par les jeux d'ombres et de lumières et par les "effluves musicales" qui montent jusqu'à la terrasse.

Les deux visiteuses, antidotes à la solitude, apparaissent comme des ersatz de Valérie. A la fin, Madame Arc de Monsieur Andesmas dialogueront sur leurs deux amours perdus.

L'après-midi de Monsieur Andesmas

Duras dit le rien, l'attente, le chemin de l'ombre, les miroitements de lumière, les froissements du vent. L'immatériel, les petits riens de l'atmosphère contrastent avec la masse sombre du vieillard, tel un vieil arbre  condamné à rester prisonnier de la terre. Joie et solitude, envol et masse terrestre : cette ronde de contrastes joue la petite musique de la fin et de la naissance d'un autre amour.

Le couple d'amoureux n'est présent que dans la mémoire et les paroles des deux âmes esseulées ; ensemble, ils forment un choeur de solitude au sein de la nature flamboyante.

Magique. L'histoire de l'attente d'un vieillard, à l'écoute du frémissement du monde :

"L'écho de la voix enfantine flotte longtemps, insoluble, autour de M. Andesmas, puis aucun des sens éventuels qu'il aurait pu avoir n'étant revenu, il s'éloigne, s'efface, rejoint les miroitements divers, des milliers, suspendus dans le gouffre de lumière, devient l'un d'eux. Il disparaît. .....

L'impossibilité totale dans laquelle se trouve M. Andesmas de trouver quoi faire ou dire pour atténuer ne fût-ce qu'une seconde la cruauté et ce délire d'écoute, cette impossibilité même l'enchaîne à elle.
Il écoute comme elle, et pour elle, tout signe d'approche de la plate-forme. Il écoute tout, les remuements des branches les plus proches, leurs froissements entre elles, leurs bousculades, parfois, lorsque le vent augmente, les sourdes torsions des troncs des grands arbres, les sursauts de silence qui paralysent la forêt tout entière, et la reprise soudaine et enchaînée de son bruissement par le vent, les cris des chiens et des volailles au loin, les rires et les paroles cette distance confondus tous dans un seul discours, et les chants, et les chants.

Quand les lilas
...mon amour
Quand notre espoir...

Dans une perspective unique, ils écoutent tous deux. Ils écoutent aussi la douceur égorgée de ce chant."





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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 10:27

RUSSIE-1872

Les Possédés

Editions Le Livre de poche

Ma troisième lecture de Dostoïevski après Crime et châtiment et Les frères Karamazov. Une lecture ardue, une mise en bouche très lente puis....peu à peu, on est happé par l'art romanesque si particulier de Dostoïevski, son génie à décrire l'homme, ses doutes et ses faiblesses.

Un roman phare, consacré aux soubresauts politiques de la Russie dans les années 1860-70, qui voit l'émergence des mouvements matérialistes et nihilistes. On sait que sans sa jeunesse, Dostoïevski a été partisan des socialistes et envoyé au bagne en Sibérie pour avoir participé à un cercle révolutionnaire en 1848. Après son retour de "la maison des morts", il devient conservateur, car pour lui une vie dans Dieu, nihiliste, est très dangereuse. Toute son oeuvre est basée sur le danger de la perte des valeurs, d'où la célèbre formule "Si Dieu n'existe pas, tout est permis".

Dans Les possédés, il met en scène une cellule révolutionnaire qui se crée sous la houlette d'un manipulateur despote, Piotr Stépanovitch Verkhovensky qui souhaite installer à la tête de la cellule le ténébreux Nicolaï Stavrogine, personnage mystérieux et charismatique que tout le monde admire. Derrière ces deux hommes, un groupe de personnages secondaires qui vivotent, manipulateurs et manipulés, sous la houlette de Verkhovensky.

Dostoïevski s'est inspiré d'un fait divers, l'assassinat d'un membre réfractaire d'un cellule révolutionnaire par son leader Netchaïev.
Les Possédés sont donc l'histoire de ce groupe, ces luttes et manipulations diverses et symbolisent la transformation tragique de l' idéal révolutionnaire en une infâme aventure despotique.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, l'auteur nous introduit dans les salons politiques et littéraires, pour qui révolution rime avec débats et théorie. Ces idéalistes des années 30/40 sont incarnés par les parents de Stavrogine et Verkhovensky, la comtesse Varvara Petrovna et Stépan Trofimovitch, qui introduisent une dose de bouffonnerie dans le roman. Stépan, le père de Piotr, littéraire occidentaliste, est un idéaliste vivant au crochet de la comtesse, secrètement amoureux d'elle.
La première partie, très longue, centrée sur les parents, n'est qu'un prologue pour annoncer l'arrivée des deux possédés, Stavroguine et Verkhovensky. On sent que quelque chose arrive, il y a des supputations de mariage, de "répudiations" et enfin, les deux héros arrivent.

Stavroguine, le mystérieux, le ténébreux, le fantomatique, qui à aucun moment, ne se laissera dévoilé. On le sait athée, on le devine tantôt plus chrétien ; il en va de même pour ses aventures amoureuses. Les rebondissement fracassants se succèdent,  qui se contredisent tout au long du récit. Par cette aura de mystère, Dostoïevski montre son génie du sens de l'intrigue. Par l'intermédiaire d'un narrateur naïf (nous ne connaîtrons jamais son identité), l'auteur construit quasiment un roman policier à énigmes où tout n'est que supputations ; Stavroguine est l'énigme à résoudre ; après un première partie très disparate, le lecteur recolle petit à petit les pièces du dossier avant l'apocalypse finale.

Verkhovensky, le despote, le manipulateur marionnettiste athée qui met une ville à feu et à sang en opposant systématiquement les membres entre eux et en révélant petit à petit son projet : ne croyant pas à l'idéal de liberté et d'égalité, il s'agit d'utiliser Stavroguine pour détruire toute fondation et installer un "grand homme" auquel se soumet le troupeau. Décidément, Dostoïevski est un visionnaire...

Les possédés ou la mort de la liberté....L'auteur se garde bien de prendre position. Ce qui l'intéresse, ce sont les confrontations d'idées, l'homme en lutte avec ses doutes. Pas de description, de contemplation. L'auteur n'intervient pas. Tout n'est quasiment rendu qu'avec des dialogues dans lesquels s'affrontent les personnages. Il ne s'agit pas d'asséner une vérité mais d'incarner une idée ( dans les personnages) ; Chatov, le double de l'auteur, le nihiliste repenti, Kirilov, le nihiliste pur, qui par sa mort volontaire, affirme qu'il est Dieu.

N'oublions pas les personnages secondaires : les femmes se perdant par amour, le gouverneur berné et tout ces révolutionnaires de petite trempe.

On ne s'étonne pas que ce roman fut adapté au théâtre : par sa tension dramatique, son art de dévoiler lentement le mystère des personnages, son sens du dialogue, de l'affrontement des idées, ce récit a une dimension théâtrale inouïe. A découvrir...

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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 22:18

HONGRIE- 1928

Le premier amour

Editions Albin Michel, 2008

Je viens de découvrir Sandor Marai, l'écrivain hongrois (1900-1989) le plus connu du vingtième siècle. Fervent opposant à la Hongrie nazie puis communiste, il s'exila aux Etats-Unis en 1948. Son oeuvre censurée pendant la période communiste est traduite par les éditions Albin Michel depuis une dizaine d'années. En fin psychologue, il sonde l'âme humaine et en particulier ses désillusions amoureuses au sein d'un milieu petit bourgeois.

Il est considéré aujourd'hui comme un classique de la littérature de l'Europe centrale au même titre que Stefan Zweig ou Arthur Schnitzler.

Son premier roman, Le premier amour, est un chef d'oeuvre de portrait psychologique et une description minutieuse de la solitude d'un homme sombrant dans la psychose.Chaque ligne respire le malaise d'un homme perdu dans le troupeau de la société.

Il s'agit d'un monologue sous forme d'un journal intime d'un professeur de latin d'une cinquantaine d'année atteint de la "maladie de la solitude" qui fait qu'un homme s'éloigne de ses semblables et inversement. Son semblable, qu'il rencontre dans une station thermale, lui fait prendre conscience de son mal et lui déclare qu'il ne peut guérir que par l'amour ou la religion.

A son retour, il éprouve un premier amour ravageur en la personne d'une jeune élève ; il prend peu à peu conscience de ses sentiments et éprouve une haine sans précédent envers le petit ami de la jeune fille, également son élève.

Description magistrale de la naissance d'une psychose. On sent l'influence de Freud dans cette Europe Centrale des années 30...

Dans une écriture très épurée qui retranscrit remarquablement tous les émois d'un homme névrosé, Marai réalise un chef d'oeuvre. Il décrit la vie quotidienne d'un vieux célibataire engoncé dans ses habitudes, entre une vieille gouvernante et son canari ; le quotidien est tout d'un coup bouleversé par une passion inattendue.
Le professeur s'interroge d'abord sur "sa crise de la cinquantaine". Puis le bouleversement arrive ; il ne comprend pas pourquoi il voue une haine inexpliquée envers un élève brillant. Auparavant, il découvre la nouveauté d'une classe mixte et les habitudes de la gentes féminine ; on sent à travers les lignes la maladresse, les hésitations d'une homme qui ne saisit pas la nature de ses sentiments.
Puis le tempo s'accèlère : il comprend enfin que la jeune fille est l'objet de sa passion et n'a plus qu'un objectif : anéantir Madar, le jeune homme.
Confrontation géniale entre un jeune homme pauvre prêt à tout pour obtenir son examen et sa bourse et un vieil homme névrosé préparant sa chute. La fin est sublime...Un roman psychologique de premier plan qui autopsie la solitude et ses ravages.

"Ceux qui sont en bonne santé le sentent et nous fuient. Ces choses-là surgissent sans même qu'on s'en rende compte. La maladie, le doute ou la solitude. Et cette pudeur. Elle est très forte en moi ; si forte que je ne parlerais volontiers que d'elle. J'aimerais tout expliquer, tout mettre au clair : qu'est-ce qui s'est passé ? D'où cela vient-il ? Pourquoi ? Peut-être, si j'arrivais à me justifier, me pardonneraient-ils, les membres de cette autre société : les gens beaux, jeunes, en bonne santé ? Finalement, ils sont les seuls à avoir raison. Il y a en nous quelque chose d'infectieux. Ce n'est ni le larynx, ni le doute : c'est la solitude qui est contagieuse. Les personnes belles et saines s'en défendent, à leur manière. Vous voyez ? C'est là que réside le plus grand secret : la façon dont quelqu'un s'abîme et reste seul. Il parle dans le vide, on n'entend pas sa voix. On ne le comprend pas. Il prend les mêmes chemins que les autres...mais il n'arrive nulle part. Il marche toujours en rond, toujours autour de lui-même. "

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 18:17

De MARK TWAIN

ETATS-UNIS -1884

Les aventures de Huckleberry Finn


Nouvelle traduction de Bernard Hoepffner, 2008

Si Tom Sawyer était encore un récit d'enfance traditionnel, écrit à la troisième personne du singulier, Huckleberry Finn marque clairement une rupture : il s'agit d'un récit écrit à la première personne, par un gamin quasiment illettré, qui utilise les expressions locales de la région du Mississippi.

En introduisant pour la première fois le langage parlé dans la littérature, Mark Twain signe une oeuvre fondamentale. A tel point qu'un sondage récent du magazine Time, réalisé parmi 120 auteurs anglo-saxons classe ce récit parmi les cinq plus grands romans de l'Histoire...et qu'Hemingway disait que l'on a rien fait de mieux depuis !
Le langage parlé, c'est la spontanéité et aussi une étude très poussée du dialecte des nègres du Missouri : la traduction reprend admirablement l"'accent nègre". L'introduction d'un tel langage dans la littérature en 1884 équivaut à la révolution entreprise par Céline et Queneau dans les années 30.

Huckleberry Finn marque l'entrée de la littérature américaine dans l'ère du réalisme ; si Tom Sawyer était un récit d'enfance mettant au premier plan l'aventure et les jeux, ce récit quant à lui décrit les aventures d'un jeune vagabond le long du Mississippi et sa fuite avec un esclave Jim. Tout au long du voyage, il interrogera sa conscience pour savoir s'il doit ou non dénoncer le nègre marron. Les aventures de Hucckelberry Finn, c'est d'abord l'éveil d'une conscience anti-raciste (certes, Huck déclare que Jim a un coeur blanc dans un corps noir !) et une remise en cause de l'ordre social de cette époque. Car en s'enfuyant de chez lui et en refusant la "sivilisation", Huck prône un style de vie en marge, loin de la société conservatrice de ces années.
Mark Twain reprend ici la tradition picaresque en donnant le premier rôle aux marges, aux bandits et aux vagabonds.

A souligner que dans ce roman, Tom Sawyer incarne toujours le monde de l'enfance et de ses croyances. Il est d'ailleurs clairement fait référence à Don Quichotte, le plus célèbre idéaliste de toute l'histoire de la littérature. Tom Sawyer croit attaquer des carrosses alors qu'il ne s'agit que de charrues ! Le plus bel épisode de ce récit et la plus belle référence au Quichotte est sans aucun doute la préparation de l'évasion de Jim, l'esclave prisonnier. Tom, pétri d'aventures livresques, lui livre tout un tas de "symboles" pour qu'il vive vraiment une vie de prisonnier qui rentre dans l'histoire : scier un barreau du lit ou creuser un trou avec des couteaux par exemple !

Ce côté plus réflexif, plus noir de l'oeuvre ne doit pas en faire pour autant oublier le caractère extrêmement divertissant et drôle du récit. Rencontres de pirates croyant aux fantômes, deux bandits se croyant pour Louis XVI et surtout la formidable évasion fabriquée de l'esclave Jim. Un très grand moment de littérature, à la fois un rêve d'enfant et d'aventure qui se réalise, un jeu, et une remise en question de l'ordre établi quelques années après la guerre de Sécession. Ce passage admirable est à mettre dans une anthologie des récits d'évasion ! A la fois récit de jeu, parodie de Don Quichotte et récit à portée politique, la dernière partie réalise de façon géniale la synthèse du pur récit de divertissement et et de la dénonciation la plus brutale. Le tout raconté avec un humour sans faille (le lecteur n'oubliera pas de si tôt les efforts vains de Jim pour contrecarrer toutes les frasques de Tom et Huck).

Soulignons encore une fois le travail du traducteur qui n'hésite pas à mélanger néologismes et expressions "jeuns" d'aujourd'hui pour produire un effet de réel. Du grand art.

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 14:37

de MARK TWAIN

ETATS-UNIS (1876)

Les aventures de Tom Sawyer

Nouvelle traduction chez Tristram, 2008

Ne nous méprenons pas : pour beaucoup, Tom Sawyer est un livre pour enfants et.....le dessin animé de notre enfance !

Aux Etats-Unis, Les aventures de Tom Sawyer et d'Huckelberry Finn sont étudiées à l'université et considérées comme un chef d'oeuvre. Hemingway, grand admirateur de Mark Twain, considère les aventures comme l'acte de naissance de la littérature américaine moderne ; Mark Twain est en effet le premier auteur à faire entrer le langage parlé dans l'écrit. C'est comme si nous avions eu Céline ou Queneau en 1870...

Les anciennes traductions ne reflétaient pas le travail syntaxique de Mark Twain ; souvent, Tom Sawyer s'exprimait à l'imparfait du subjonctif ! La nouvelle traduction de Bernard Hoepffner (traducteur entre autres de Melville et Coover) rend toute la saveur originelle d'expression typiquement enfantine sans omettre les fautes de langue.

Le lecteur ressent effectivement la véritable fraîcheur du langage.
Tom Sawyer est avant tout le livre de l'enfance au bord du Mississippi d'une bande de garnements qui invente milles stratagèmes pour manquer l'école....et se faire aimer ! On se rappelle ainsi l'escapade nocturne de Tom en radeau alors que toute sa famille le croit mort. Il assiste impuissant à ses propres obsèques avant de réapparaître en chair et en os ! On oubliera pas non plus de si tôt ses "manigances" pour tomber amoureux de Becky Tatcher.

 

Car Tom Sawyer, c'est certes un garnement, mais c'est aussi et surtout un gamin bourré de tendresse qui cherche à "éprouver" l'amour des siens. Quitte à organiser ses propres obsèques....

 

Bien sûr, le récit regorge de jeux, de taquineries. Mais n'en oublions pas pour autant le côté noir du livre, incarné par "Injun Joe", traditionnellement appelé Joe l'Indien. Certes, il y a une chasse au trésor, mais l'ennemi est un meurtrier notoire, qui menace de mort les deux gamins. Le jeu cache une vision très noire de la société ; l'ordre sera finalement rétabli par les deux gamins.

Tom Sawyer, c'est le récit de l'enfance par excellence. Apprentissage de l'amitié, de l'amour, de la mort. Le jeu domine et c'est d'ailleurs par un jeu de piraterie et de brigand que se terminent les aventures ; Mark Twain précise ainsi dans sa conclusion que ceci est l'histoire d'un garçon....qu'il faut s'arrêtrer là car sinon, cela deviendrait l'histoire d'un homme....

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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 11:00

ANGLETERRE-1931

Les Vagues

Voici le troisième titre que je découvre de Virginia Woolf après Orlando et Mrs Dalloway. A chaque fois, je découvre la même sensibilité à fleur de peau et une très belle prose poétique.

En 250 pages, Woolf va évoquer la vie de six personnages amis. Mais c'est eux qui prennent la parole, enfants, adolescents, adultes et vieillards.
A chaque âge de la vie, en guise d'introduction poétique, l'écrivain décrit un paysage maritime sur une journée : l'aube, le soleil qui se lève, le soleil à son zénith, et enfin le crépuscule.
A chaque fois, Woolf décrit le même lieu, la même scène : seuls changent l'ondulation du soleil, la couleur et la force des vagues.

Entre ces intermèdes paysagers, six monologues de six personnages différents se mêlent et s'entrecroisent, disent leur place dans le monde, leurs désirs, leurs espoirs perdus, leurs déceptions....

Six personnages, six choix de vie : Bernard, le passionné des mots, qui finalement choisira le vie de famille, Louis, l'homme d'affaire, Rhoda et Neville, les deux solitaires, Suzanne, la femme au foyer à la campagne et Jenny, qui "vogue" d'hommes en hommes.

 

Les six "flux de conscience" sont comme des vagues sur la mer de la vie, tantôt calme, tantôt agitée. Dans les flux et reflux de la vie, ces personnages méditent sur leur choix de vie, leur moi et sur le sens de la communauté. A chaque fois, les six amis de retrouvent et éprouvent un instant de communion pour ensuite retourner à leur moi intérieur.

 

Qui sommes-nous ? Sommes nous définissable ? Racontable ? Selon Woolf, nous sommes surtout des parcelles de vie, à chaque instant, chaque âge différent. Comment condenser ces multiples moi ?

A la manière des peintres impressionnistes, Virginia Woolf procède par touche, par instant. Elle saisit l'impression, la sensation du moment en cherchant en vain l'unité du moi et du monde.

D'ailleurs, sa description de la nature est très impressionniste : à chaque fois de très courtes phrases qui décrivent un nuage, un oiseau, une lumière...

Au centre de tout cela, le temps qui s'écoule, la sensation, l'impression de chaque instant

Woolf procède par petite touche, mais en veillant toujours à créer une fusion intime entre l'homme et l'élément naturel. Elle est pour moi l'un des grands écrivains portraitistes de la nature.

Alors que la vie et le temps sont vus comme une immense machine à laquelle il faut se soumettre, la nature est vue comme une lieu de communion. Elle est aussi le réceptacle de la communauté des amis où l'on peut vivre hors de l'espace temps.

Ce roman regorge de passages éblouissants
  :


"Tout au fond, le ciel lui aussi devient translucide comme si un blanc sédiment s'en était détaché, ou comme si le bras d'une femme couchée sous l'horizon avait soulevé une lampe : des bandes de blanc, de jaune, de vert s'allongèrent sur le ciel comme les branches plates d'un éventail. Puis la femme invisible souleva plus haut sa lampe ; l'ai enflammé parut se diviser en fibres rouges et jaunes, s'arracher à la verte surface dans une palpitation brûlante, comme des lueurs fumeuses au sommet des feux de joie. Peu à peu, les fibres se fondirent en une seule masse incandescente ; la lourde couverture grise du ciel se souleva, se transmua en un million d'atomes bleu tendre. La surface de la mer devint lentement transparente ; les larges lignes noires disparurent presque sous ces ondulations et sous ces étincelles. Le bras qui tenait la lampe l'éleva sans hâte. Une large flamme apparut enfin. Un disque de lumière brûla sur le rebord du ciel, et la mer tout autour ne fut plus d'une seule coulée d'or"

"
Je suis vert comme un if à l'ombre de la haie. Mes cheveux sont des feuilles. J'ai pris racine au milieu de la terre. Mon corps est une tige. Je presse la tige. Une goutte lance, épaisse, suinte de l'orifice de ma bouche, et s'arrondit sans cesse. "

"Je frémis, j'ondule. J'ondoie comme une plante flottant dans la rivière, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, mais solidement enracinée sous l'eau, de sorte qu'on peut s'en approcher sans crainte que le courant ne l'emporte Et soudain, avec une petite secousse, je me détache comme un caillou se détache de la masse du rocher...Nous nous abandonnons au cours hésitant et lent de la musique, le flot de la danse est arrêté ça et là par des rochers ; il oscille, il s'entrechoque.Nos allées et venues sont enveloppées dans une seule grande figure de danse ; elle nous unit. Nous ne parvenons pas à sortir de ces murailles hésitantes, abruptes, sinueuses, parfaitement circulaires"

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 16:11

1846



Editions Robert Laffont, collection "Bouquins"

Joseph Balsamo, 1er tome de Mémoires d'un médecin, inaugure une trilogie consacrée au crépuscule de la Monarchie et à la Révolution française.

Moins connue que les romans consacrés à la Renaissance (La Reine Margot) et au Grand Siècle (Les Trois Mousquetaires), cette trilogie, dans la plus pure tradition du roman feuilleton, mêle personnages historiques (Louis XV et Louis XVI, Marie-Antoinette, la Comtesse du Barry, Rousseau, le Cardinal de Rohan) à des personnages fictifs occupant souvent le premier plan.

Alexandre Dumas s'est inspiré du personnage historique, Joseph Balsamo, Comte de Cagliostro, aventurier italien,alchimiste, sorcier et franc-maçon, impliqué notamment dans l'affaire du collier de la reine, pour imaginer un complot visant à anéantir la monarchie. C'est ainsi que le roman commence par une nuit d'orage, aux accents apocalyptiques : réunis sous l'autorité du Grand Cophte, la société des illuminés jurent de mettre fin aux monarchies pour permettre l'avènement de l'homme nouveau. Joseph Balsamo est envoyé en France pour sonner le glas de la royauté déjà bien malade...Il y rencontre Marie-Antoinette à qui il prédit un avenir funeste....

A partir de ce moment, les intrigues se chevauchent et se croisent : les amours vilipendés de Louis XV et de sa favorite, la comtesse Du Barry, la révolte des parlements suite au renvoi de Choiseul, le mariage de Louis XVI et Marie-Antoinette, les manigances de Richelieu pour éloigner la Du Barry...Voila pour le côté politique. Du côté "fictif", les aventures de la famille de Taverney, Maison-Rouge, le père, le frère et la fille, Andrée, qui voit leur vie changer lorsque Marie-Antoinette jure d'emmener à Versailles les premiers français qu'elle rencontre sur son chemin en sortant de Strasbourg. Le baron, Philippe et Andrée quittent donc leur petite baronnie pour les fastes de Versailles, suivis par le valet Gilbert, apprenti philosophe féru de Rousseau, qui est fou amoureux de la noble Andrée....

Ainsi, sur 1200 pages, les intrigues foisonnent : amours, politique, alchimie, sorcellerie, philosophie ; Dumas, l'écrivain démiurge, mêle le roman fantastique (l'alchimie, l'élixir de vie, médiums....) au roman politique, la comédie d'intrigues (de cour, amoureuses) au roman d'apprentissage. Le personnage de Gilbert, l'apprenti philosophe, prétri des principes du contrat social, fuit la campagne pour découvrir la boue parisienne ; amoureux transi, il découvrira à ses dépends que l'amour fait commettre des actes irréparables.
Le roman marche par étapes, s'appesentissant un moment sur les intrigues de cours, puis ensuite sur les aventures de Gilbert et enfin sur celle de Balsamo.

Le style est très proche du théâtre ; pratiquement que des dialogues et un art consommé du mélodrame, des rebondissements, de la machination. Parfois, nous avons l'impression d'être dans une pièce de boulevard : on se déguise, on écoute aux portes...

Assurément, on rentre pour deux semaines dans un univers complet qui ravit autant les amateurs d'Histoire (d'autant plus que le règne de Louis XV est très peu représenté dans la littérature française) que les amateurs de romans feuilletons.

L'aventure se poursuit avec Ange Pitou et Le collier de la Reine et La contesse de Charny, jusqu'à l'année 1792.

A noter qu'entre la boue de l'aristocratie et le sang du peuple, Alexandre Dumas se ralliera au Second Empire, exécrant à la fois l'aristocratie décadente et la folie meurtrière du peuple.

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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 15:06

ETATS-UNIS, 1937-1938

Si je t'oublie, Jérusalem

Editions Gallimard, "L'imaginaire"

Voici le onzième roman de Faulkner, récit  à part à plus d'un titre dans son oeuvre. Il s'agit tout d'abord de deux récits totalement différents ; les chapitres se succèdent en alternance. Le récit faulknérien est souvent non chronologique et polyphonique mais les histoires arrivent toujours à se recoller. Ici, aucun lieu, aucun personnage, aucune intrigue commune.


Mais il y a bien sûr des parallélismes et des contrepoints dans les thèmes : le sujet commun de ces deux oeuvres est l'absence de liberté, littérale ou métaphorique . Le titre, voulu par Faulkner, évoque d'ailleurs un psaume de la Bible où les Juifs sont retenus en captivité à Babylone et qu'ils évoquent avec nostalgie le paradis perdu. A noter que ce titre biblique a été refusé à Faulkner par son éditeur dans l'édition d'origine. La nouvelle traduction, celle de François Pitavy dans la Pléiade et dans la présente édition, reprend le titre originel (l'ancien titre, Les palmiers sauvages du nom de l'un des récits du roman).

 

Deux récits donc : le premier, Les palmiers sauvages, relate l'odyssée tragique de deux amants adultères, Charlotte Rittenmeyer et Harry Wilbourne, de Chicago à la Nouvelle-Orléans, qui tentent de vivre leur passion en luttant constamment contre des conditions matérielles désastreuses .Le deuxième, Vieux père, autre odyssée, mais tragi-comique cette fois-ci, celle d'un forçat qui se retrouve malgré lui en train de secourir les victimes de la crue du Mississipi de 1927 et que la crue emporte loin de son pénitencier. Secourant une femme et son enfant, trouvant l'amour, il n'aura de cesse lui de revenir au "paradis originlel", au pénitentier où il retrouvera tous ces amis !

Que retenir de ces deux récits ? d'un côté, donc, une fuite tragique, assumée jusqu'au bout, jusqu'à la mort; de l'autre une fuite non voulue, subie contre son gré, d'un être de nature, ne se posant pas de question, et préférant la protection de la prison à la découverte du monde, semée d'embûches.

Si Charlotte Ritenmeyer est un personnage tragique par excellence ; elle assume jusqu'à la mort son idéal de l'amour passion :

"On dit que l'amour entre deux êtres meurt. Ce n'est pas vrai, il ne meurt pas. Tout simplement, il vous quitte, il s'en va, si on n'est pas assez bon, si on n'est pas assez digne de lui. Il ne meurt pas, ce sont les gens qui meurent. C'est comme la mer. Son on n'est pas bon, si on commence à y sentir mauvais, elle vous dégueule et vous rejette quelque part pour mourir. On meurt, de toute façon, mais je préférerais disparaître noyée en mer plutôt que d'être rejetée sur quelque plage déserte pour m'y dessécher au soleil, y devenir une petite tache puante et anonyme avec juste un Cela a été en guise d'épitaphe"

les deux autres personnages masculins choisissent la prison, le refus de la découverte du monde. Harry Wilbourne est un être rongé par la culpabilité ; plutôt que de mourir, il choisira le chagrin plutôt que le néant, la privation de la liberté plutôt que la mort. Il a été initié tardivement ^par Charlotte, la grande prêtresse de l'amour, mais il n'en sera pas digne ; il reconnaît d'ailleurs à plusieurs reprises que c'est Charlotte qui assume le rôle d'homme.  Quant au forçat, on ne connaîtra jamais son nom, c'est sans doute l'un des personnages les plus attachants, les plus originaux,  de l'oeuvre faulknérienne. Un forcat qui veut coûte que coûte se reconstituer prisonnier, tout en étant parvenu à faire des actions héroïques lors de sa fuite subie. Le lecteur n'oubliera pas de sitôt le corps à corps avec les crocodiles et la lutte contre le mascaret du Mississippi.
Les deux hommes retournent, si l'on peut dire, dans la matrice originelle, un territoire clos sans problèmes. La femme, elle, choisit l'amour, la fuite, ou la mort.

Du point de vue de la forme et de l'écriture, ce roman est très différent des autres que j'ai pu lire. On ne retrouve pas les célèbres monologues polyphoniques qui ont fait la célébrité de Faulkner. La narration est classique (si l'on excepte l'alternance des deux histoires !), les dialogues plus nombreux. 

 L'écriture, dans l'ensemble,  est beaucoup moins lyrique que dans Absalon par exemple. On retiendra pourtant les magnifiques descriptions des combats de chasse au crocodile sur le Missississipi ainsi que la rencontre comique entre le Cajun et le forçat.
La présence de l'ironie et la reconnaissance de la voix vernaculaire, celle du peuple (je ne résiste pas à dévoiler la dernière phrase du roman : Les femmes, font chier !), annonce l'année suivante, Le Hameau, le premier grand roman comique de Faulkner.

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 11:50

Editions de Minuit, 1987

Emily L.

L'une des oeuvres tardives de Marguerite Duras. Des thèmes récurrents dans son oeuvre : un décor maritime, une bar, un couple d'amants, l'amour qui meurt, l'écriture...

La narratrice est l'auteur. Elle se promène avec son amant le long de la côte normande, près du Havre, dans les bocages puis le long du bastingage. La lumière fuse, les bacs et les pétroliers voguent, les touristes affluent...

Elle s'adresse à lui en lui disant "Vous"; entre eux l'amour se meurt. Mais a-t-il déjà existé ? Pour le faire revivre et pour taire la souffrance, il faut écrire...

Ecrire cette histoire mais aussi inventer l'histoire d'un autre couple. Celle de deux anglais qui viennent régulièrement au bar de la Marine. Au comptoir, ils boivent leur bière et leur whisky. C'est l'escale habituelle d'un voyage sur mer sans fin, dans un yacht, sur mes mers du Sud. Le Captain et sa femme, surnommée Emily L., restent dans leur monde, sous le regard de l'écrivain et de l'amant. Sans doute l'histoire d'une passion défunte...

L'écrivain face à l'amant, inspirée par sa propre histoire, sa vie (l'amour et l'écriture, va donc réinventer l'histoire du Captain et d'Emily L, réalisant ainsi une mise en abîme de sa propre histoire.

 

Bien sûr, Emily L. est une poète qui a arrêté d'écrire suite à la mort de son enfant et un acte de folie du Captain qui brûle l'un de ses poèmes inachevés sans quelle le sache. Mort de l'enfant, mort du poème, mort de l'amour...Emily L. noie son échec dans l'alcool tout en se souvenant de son amour fou pour le gardien de la maison familiale sur l'Ile de Wight. ...

 

Poésie du décor et de l'histoire, de ces femmes qui voguent sur leur yacht à la recherche de l'amour perdu...C'est l'un des grands thèmes de l'oeuvre durassienne, déjà présent dans Le marin de Gibraltar.

L'amour absolu qui ne vit que dans le souvenir, l'attente...Retenons la beauté des décor, celui de la mer et du chateau sur un île perdue d'Angleterre,, terre de l'amour impossible et de la poésie secrète. Comme toujours chez Duras, les personnages gardent leur opacité, leur brume de mystère.

L'intérêt de ce roman est qu'il met en abîme le travail d'écriture de l'écrivain et qu'il joue sur les effets de miroir. L'écrivain se met en scène notamment avec l'histoire de sa peur irraisonnée des coréens (souvenirs coloniaux de son enfance) et sa conception de l'écriture comme panacée pour guérir la passion.

Emily L. est un très beau personnage romanesque, une poète qui ignore qu'elle est publiée, qui ne peut plus écrire, et qui ressasse son amour d'un jour sur les mers du sud.
Très beau récit.

"Je voulais vous dire ce que je crois, c'est qu'il fallait toujours garder par devers soi, voici, je retrouve le mot, un endroit, une sorte d'endroit personnel, c'est ça, pour y être seul et pour aimer. Pour aimer on ne sait pas quoi, ni qui ni comment, ni combien de temps. Pour aimer, voici que tous les mots me reviennent tout à coup...pour garder en soi la place d'une attente, on ne sait jamais, de l'attente d'un amour, d'un amour sans encore personne peut-être, mais de cela et seulement de cela, de l'amour. Je voulais vous dire qur vous étiez cette attente. Vous êtes devenu à vous seul la face extérieure de ma vie, celle que je ne vois jamais, et vous resterez ainsi dans l'état de cet inconnu de moi que vous êtes devenu, cela jusqu'à ma mort..."

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