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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 21:57

ETATS-UNIS -1936



Editions Gallimard, L'Imaginaire

J'ai enfin dévoré le titre réputé le plus hermétique de Faulkner. Quel délice ! Moi qui avait été "arrêtée" par Le Bruit et la fureur et avait stoppé brutalement la découverte de ce grand auteur, j'ai persévéré plusieurs mois plus tard avec Sanctuaire, Lumière d'août et Tandis que j'agonise. Je suis finalement devenue une fan incontestée. Pour moi, Faulkner est l'un des plus grands écrivains du siècle.

Si Absalon déstabilise autant, c'est d'une part pour le non respect de la chronologie (c'était déjà le cas dans Le bruit et la fureur) et aussi surtout pour l'emploi d'une phrase ample, haletante, qui hypnotise littéralement le lecteur. Soit l'on décroche, soit l'on est littéralement envoûté.Répétition, ressassement, la phrase d'Absalon imite la respiration ; le lecteur est obligé de faire des pauses devant l'absence de virgules et la succession de parenthèses et de tiret. Il en ressort une histoire fragmentée, révélée peu à peu (elle est racontée par 4 narrateurs différents qui ne savent pas les mêmes choses), ce qui ménage le suspense.

Et c'est précisément là que réside le génie d'Absalon : c'est une histoire certes mais c'est surtout l'histoire d'une histoire, un discours, une pure fiction. Et c'est là que réside la modernité incontestable du roman. Il y a bien une histoire au départ mais les personnages sont constamment présentés comme des ombres, des fantômes évanescents qui échappent aux narrateurs. Comme le dit l'excellente préface de François Pitavy, "les narrateurs ne cessent de dire leur incapacité à dire et à donner sens à l'histoire qu'ils sont en train de dire et qui n'existe que dans ces discours impuissants_et dont cependant l'autorité est finalement sa propre et seule légitimitée".

L'histoire d'abord, digne d'une tragédie antique ou biblique ; c'est pourquoi le titre évoque le fils du roi David, mort assassiné après avoir tué son frère aîné qui avait offensé sa soeur. Thomas Sutpen, petit blanc, a été traumatisé pendant son enfance par  un esclave noir qui l'a rejeté d'une propriété ; depuis, il s'est juré qu'à force de travail, il parviendrait à fonder sa propre propriété, à s'établir ; c'est alors qu'il surgit dans un village du sud des Etats-Unis, qu'il construit sa propriété, cherche femme pour être conforme "à l'ordre social établi", fonde une famille. Mais le fils noir des années passées ressurgit...
Tragédie par excellence ! Meurtres en famille, lutte contre l'inceste, le destin qui se retourne contre l'idée même que l'on voulait défendre...Sutpens, pour lutter contre l'inceste, se retrouve obligé de renier sa progéniture et de l'exclure de sa propriété tout comme il l'a vécu étant enfant.
Absalon est l'histoire d'une dynastie déchue, d'un sang vicié, du destin, du fatum qui s'abat sur une famille. On est proche de l'histoire antique des Atrides. Le tout sur arrière-fond de guerre de sécession et de lutte contre la faute originelle, le sang noir qui vient annihiler le rêve de Sutpen...

Quant à la forme post-moderne, c'est ce qui fait tout l'intérêt du roman : quatre narrateurs donc, qui racontent l'histoire à six mois d'intervalle : Rosa Coldfield, la vieille fille recluse dans sa vieille demeure, belle-soeur de Sutpen. Pour elle, c'est un ogre, un djinn, un démon. Elle livre la version gothique de l'histoire dans un célèbre monologue de 40 pages.
Mr Compson, l'ami de Sutpen qui l'a aidé dans la fondation de sa propriété. Lui offre une vision pragmatique, rationnelle de Sutpen. Il raconte l'histoire à son fils Quentin ....qui la complétera six mois plus tard avec son ami d'université Shreve dans leur chambre d'étudiant, un soir d'hiver au coin du feu...
Les quatre narrations se complètent et les discours des étudiants à la fin viennent combler les blancs laissés par Rosa et Compson. Finalement, on peut dire que les étudiants inventent une version vraisemblable des faits, sans annihiler la version des autres. Absalon est bien l'histoire de la production d'un discours sur les personnages d'une fiction.

Le lecteur sera marqué par ces personnages fantomatiques, mythiques, qui demeurent insaisissables malgré la production du discours. L'atmosphère rendue par le décors introduisant la narration est significatif : vieille maison délabrée, chambre d'étudiant sépulcrale. Comme le dit François Pitany dans sa préface, "il faut bien que les personnages soient des fantômes et que le discours participe du rêve pour que la narration puisse dire le triomphe du verbe, la transcendance de la création romanesque".

Il n'y a qu'un mot à dire : lisez ce chef d'oeuvre car aucun article ne pourrait transcrire sa beauté !

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commentaires

guy marelle 26/01/2013 00:55


Scotché par l'écriture obsessionnelle de ce roman, j'en suis sorti passablement énervé: tout ça pour ça!


Nous ne sommes plus en 1936, et, aujourd'hui, le fait qu'un père renie son fils parce que, péché originel ineffaçable, il a un atome de sang noir, paraît totalement imbécile.


Malheureusement, Faulkner, époque oblige, n'est absolument pas conscient de cette absurdité...


On souhaiterait des préfaciers capables de nous faire comprendre comment des personnes intelligentes (les Sudistes de 1860, et le grand écrivain) ont pu en arriver là.


Il est dommage que cette histoire se résolve ainsi: l'hypothèse du "mariage" antérieur était largement aussi plausible, et moralement plus sympathique.

Mariette 06/08/2011 22:15



Je tombe sur votre page grâce à un pianotage hasardeux, à la recherche d'une brêve approche du livre de Faulkner que j'avais pour intention de lire, sans pour autant avoir la moindre idée de ce
qui s'y trouve (pour tout vous dire, je suis tombée sur le titre de l'ouvrage alors que je consultais le dictionnaire pour un terme sans aucun rapport, et depuis, ce nom me hante). Je vous
remercie de cette introduction qui, sans dévoiler trop, sait susciter l'envie d'approfondir, enfin. Vraiment, c'est rare de tomber sur de bons résumés _ c'est un talent !


Merci



KIKI 28/09/2010 13:17



bonjour, je viens de tomber sur votre blog et merci pour ce petit résumé. moi aussi, je suis une grande fan de Faulkner. Le premier roman de Faulkner que j`ai lu était "sanctuaire", j`étais moins
impressionnée par le style et l`histoire, mais le virus m`a pris! et j`ai lu "tandis que j`agonise". très beau procédé de narration et les monologues d`Addie Bundren sont poignants et je
continuais avec "le bruit et la fureur", sublime. c`est grâce a ce dernier que j`ai pu lire absalon!absalon! c`est un chef d`oeuvre. les mots sont d`une densite!! des mots, encore des mots. on
aime, on n`aime pas. j`ai AIME !!



Dominique 10/09/2008 15:57

Je n'ai pas lu celui-là. Il semble terrible et grandiose à la fois. J'ai adoré " Lumière d'août" , l'histoire d'un orphelin métis qui devient criminel( entre autres car le roman est très riche) mais je ne vous apprends rien, puisque vous connaisez déjà bien cet auteur. Je n'ai pas acroché au " Bruit et la fureur" cependant. Et "sanctuaire", je l'aime assez. Je pense que ce serait intéressant aussi de lire le recueil de nouvelles paru en poche.

Sylvie 10/09/2008 18:48


Je vais lire prochainement Les palmiers sauvages, l'un des grands Faulkner mais cependant peu connu !