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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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7 juillet 2006 5 07 /07 /juillet /2006 21:31

ALLEMAGNE – 1927

Calmann Lévy, 2004

 

Autant vous le dire tout de suite : Le loup des steppes est reconnu comme l’un des plus grands chefs d’œuvre du XXe siècle. Toute l’œuvre de Hermann Hesse, Prix Nobel de Littérature en 1946, est basée sur l’étude de la dualité de l’homme : le côté loup solitaire, ascète et asocial d’un côté et de l’autre la faim de bien-être et de sensualité.

 

Le loup des steppes est son œuvre la plus connue. Il met en scène le double de l’auteur, un intellectuel épris d’art et de philosophie, qui n’arrive pas à « faire la paix » entre son côté ermite qui rejette toute forme de société et sa tentation du confort bourgeois. La faim de bien-être et d’ordre l’empêche d’accéder à l’idéal de l’artiste immortel, dégagé de tout souci temporel. Sa schizophrénie, ce conflit de personnalité va le faire flirter avec l’idée du suicide.

 

Il rencontre in extremis une prostituée qui, même si elle n’a pas son bagage intellectuel ni de goût artistique, partage les mêmes aspirations que lui. Avec quelques personnages de ce monde moderne, elle va lui faire entrevoir la possibilité de réconcilier les deux extrêmes de son être : son côté loup et sa soif de sensualité.

 

La fin du roman (rassurez-vous, je ne vous dévoile pas le secret de la fin!) est magique : le loup des steppes entre dans un « théâtre magique » où sa personnalité est démultipliée en de multiples âmes ; car l’homme n’est pas un ni deux, n’est pas une création finie mais une multitude de virtualités, une création tout au long de la vie ; comme le déclare Hesse dans une belle métaphore, mille fleurs ornent le jardin de l’homme. Quelle belle leçon donnée à l’être humain !

 

Le roman se nourrit de multiples influences : il y a bien sûr celle du romantisme avec le mythe de l’artiste, de l’intellectuel qui dédaigne la société moderne bourgeoise, pourrie par l’ambition et par l’argent et qui choisit la solitude ou le suicide.

 

On note également la référence au mythe platonicien qui oppose la caverne (la réalité, le temps, le monde d’ici-bas) à la lumière (l’idéal, le divin, l’éternité). Au début, le personnage du livre dédaigne la caverne mais n'a pas le courage de s'en extraire totalement. 

 Hesse reprend l’opposition platonicienne en faisant intervenir Mozart et Goethe : lors de rêves ou au cours de la séance du théâtre magique, Mozart lui délivre un message sur la « musique radiophonique de l’existence » : tout comme une radio qui retransmet imparfaitement la magie d’un concert classique, la vie est un mélange d’idéal et de triviale réalité. Ainsi, le grand écrivain allemand entrevoie une réconciliation des deux oppositions platoniciennes.

 

Mais la paix de l’âme est un chemin tortueux difficile à atteindre ; c’est cet itinéraire spirituel, empli de doutes et de souffrances, que nous livre ce chef d’œuvre universel.

 

A lire au moins une fois dans sa vie….

 

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10 mai 2006 3 10 /05 /mai /2006 22:44

ESPAGNE -Pièce de théâtre parue en 1499

Editions Fayard, 2006

La Célestine est l'oeuvre espagnole la plus traduite au monde après le Don Quichotte de Cervantès. Beaucoup moins connue que ce dernier, elle a pourtant eu un rôle primordial dans la littérature mondiale. Lope de Vega, Cervantès et Shakespeare doivent beaucoup à ce petit chef d'oeuvre...

Sa folle passion pour Mélibée, fille d'un riche marchand, amène le jeune et noble Calixte à briser toutes les barrières et à forger une alliance avec une vieille entremetteuse, Célestine, qui, en amour, sait plier les volontés rebelles.

Guidée par le seul intérêt et aidée par les deux serviteurs de Calixte,  celle-ci parvient à s'attacher étroitement Mélibée, puis à faire naître chez elle un amour violent. Mais tout se terminera en tragédie: l'appât du gain entraînera le meurtre de l'entremetteuse par les deux serviteurs de Calixte. De même, l'amour enfin conquis se terminera en tragédie...On n'est pas loin des dénouements sanglants à la Shakespeare presque deux siècles plus tard....

Pourquoi cette pièce passionne-t-elle encore 500 ans après sa création? Il y a tout d'abord ces personnages merveilleux très pittoresques : la Célestine, tout d'abord, apparaît comme une mystérieuse sorcière qui prépare des onguents pour réparer la virginité des jeunes filles. Elle incarne la sorcellerie, l'impiété et l'appât du gain face à la pureté de l'amour absolu incarnée par le couple Calixte-Mélibée. A signaler que ce personnage hérétique a été incarné au théâtre par Jeanne Moreau en 1989.

Calixte et Mélibée font penser à ces jeunes héros romantiques du XIX e siècle qui incarne l'amour désintéressé et passionnel luttant contre un destin tragique.

La belle prose castillane décrit magnifiquement bien les sentiments des personnages. Enfin, l'auteur, fils de juifs convertis et juriste, nous livre un message irrévérencieux envers Dieu et la nature. La tirade finale de Pleberio, le père de Mélibée, est un pure chef d'oeuvre signifiant l'absurdité de toute vie humaine :

"o Monde, Monde ! On a écrit sur toi beaucoup de choses, on t'a voulu qualifier, on a beaucoup parlé par oui dire, moi, je dirais, par expérience, quelles sont tes fausses propriétés. Comme un qui n'a pas su vendre et acheter à la foire aux illusions , comme un qui n'a plus rien à perdre, comme un que ton commerce insupporte, comme un pauvre sur le chemin , qui, insoucieux des voleurs, chante à voix haute. J'ai cru dans mon jeune âge que tu étais régi par un ordre, maintenant, au su et au vu de tes félicités, tu m'apparais labyrinthe d'erreurs, désert épouvantable, repaire de fauves, divertissement d'hommes qui tournent en rond, lagune pleine de fange, taillis d'épines, champ de cailloux, pré vénéneux, verger sans fruits, fontaine qu'inquiétudes, rivière de larmes, océan de misère, fausse joie et vraie douleur. Monde faux qui nous appâte avec le plaisir et lorsque nous sommes en train d'y goûter découvre l'hameçon. Et nous ne pouvons pas fuir puisque tu as ferré notre volonté. Tu promets beaucoup, tu ne tiens rien. Et nous courons, insouciants, à travers les prés luxuriants de la luxure jusqu'à ce que tu découvres l'embuscade, quand il est trop tard pour reculer. A tous tu fais du mal et tu prétends que dans l'adversité il est bon d'avoir des compagnons d'infortune.

Emportés par la déraison d'aucuns t'ont appelé Dieu. Dieu tue ce qu'il a créé, toi ceux que tu as captivés. ...Ton feu est la foudre qui ne prévient jamais où elle va tomber. Et le bois qui alimente ta flamme , c'est l'âme et la vie des créatures humaines, chrétiens, juifs ou gentils..."

Un texte majeur certes très noir mais surtout très irrévérencieux magnifiant la liberté de l'écrivain au début du 16e siècle.

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16 avril 2006 7 16 /04 /avril /2006 10:25

ANGLETERRE -Titre paru en 1922

Editions Grasset, "Les cahiers rouges"

David Garnett est un écrivain anglais contemporain et ami de Virginia Woolf et de TE. Lawrence (Lawrence d'Arabie). Son roman le plus connu est un étrange récit fantastique La femme changée en renard. C'est l'une des plus belles histoires d'amour qu'il ait été donné de lire.

Dans le comté de l'Oxfordshire, un couple anglais de bonne famille, Silvia et Richard Tebrick vivent dans une demeure à côté d'une forêt. Au cours d'une promenade, la femme est subitement transformée en renard. Passée la surprise, le mari la prend dans son manteau et la ramène chez lui. Il l'habille, la peigne, lui donne à manger. Car sous son allure de bête, la femme a gardé ses bonnes manières et sa sensibilité. Mais au fur et à mesure, l'instinct animal prend le dessus; elle gambade dans la forêt et tue un lapin. Le mari est horrifié mais son amour prend le dessus. Un jour, il lui donne sa liberté. Mais la femme a aussi gardé beaucoup d'amour pour lui....

Les critiques littéraires discutent encore aujourd'hui sur la signification de cette fable : supériorité de l'âme sur le corps ? Caricature de la femme?

Je penche plutôt pour la première solution ! C'est la figure du mari qui est la plus émouvante ; il surpasse son dégoût, son bonheur personnel (il lui rend sa liberté) et sa jalousie (lorsque la renarde reviendra avec des renardeaux). Lui aussi quitte peu à peu la condition humaine pour se mettre au niveau de sa bien-aimée. Il devient misanthrope au grand dam de son entourage qui ne comprend pas sa réaction. Il s'agit bien d'un conte sur l'amour absolu.

Si bien que nous oublions peu à peu le caractère fantastique de l'oeuvre ; la renarde joue aux cartes, prend son thé sans que le lecteur s'étonne car il voit la renarde avec les yeux du mari. La transformation reste inexpliquée. Mais pour Garnett, à mon avis, là n'est pas l'essentiel. Il se focalise d'abord sur les relations entre la renarde et le mari.

Vous serez également charmé par l'univers bucolique de ce conte : la présence de la chasse, la description de la forêt et de la vie animale. Nous avons l'impression que la civilisation est peu à peu gagnée par la nature....Cette dernière garde un caractère idyllique mais est aussi extrèmement féroce...

Cette histoire tragique vous fera bien tirer quelques larmes....

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10 avril 2006 1 10 /04 /avril /2006 21:31

Editions de Minuit 1958

Roman adapté au cinéma par Peter Brook en 1960 (avec Jeanne Moreau)

Bon, je vois que je n'ai pas suscité de réaction avec Hiroshima mon amour... Je vais vous parler d'un autre roman de Duras. C'est le dernier, je vous promets.

Moderato Cantabile est l'une des oeuvres les plus mystérieuses de Duras. Elle a donc aussi la réputation d'être l'une des plus hermétiques !

Je l'avais lu à 18 ans, après le bac, et il faut bien dire que je n'avais pas compris grand chose...Puis je l'ai relu il y a un an et j'ai été enthousiasmée par le charme de ce livre fait de non-dits et de silence.

Voici l'intrigue : Anne Desbaredes est une jeune femme mariée à un riche industriel bordelais ; le roman commence par une leçon de piano qu'elle donne à son fils. Elle scande un "Moderato Cantabile", modéré et chantant. Ce quotidien bien morne va être bousculé par un crime survenu dans le café d'à côté.

Anne se joint à la foule autour du café; c'est un homme qui a tué sa maîtresse. Elle rencontre dans ce café Chauvin,un ouvrier. Avec lui, pendant plusieurs jours, ils se rendent au café et imaginent les circonstances du crime et ses mobiles: est- ce qu'il s'agit d'un crime passionnel? Est-ce que c'est la femme qui a demandé à son amant de la tuer?

Entre les deux êtres, une attirance mutuelle naît. Anne quitte une soirée mondaine avec son mari après un évanouissement; elle rejoint Chauvin. Et si elle lui demandait de la tuer?

La scène du dîner mondain est l'un des plus beaux "épisodes littéraires" que j'ai jamais lu. La fin est ambigue et est interprétée selon le bon vouloir du lecteur. Ce dernier doit combler les non-dits et se créer sa propre histoire. Si vous aimez les histoires lisses, bien linéaires, ce roman n'est pas pour vous. Mais si vous aimez-vous perdre, foncez sur ce roman.

Cette oeuvre est d'abord un magnifique portrait de femme qui s'ennuie, dans la lignée d'Emma Bovary ou de l'héroïne d' Une vie de Maupassant. Elle se cherche un destin hors du commun à l'image de cette femme tuée par son amant.

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9 avril 2006 7 09 /04 /avril /2006 18:09

Film d'Alain Resnais sur un scénario de Marguerite Duras- 1959

J'ai découvert Marguerite Duras grâce à ce magnifique film; c'est l'un des plus beaux films de j'ai jamais vu. Tout y est: l'émotion, l'esthétique de l'image, une réflexion sur l'Histoire...

A noter que le livre a été écrit après coup; il s'agit en fait du scénario du film écrit par Duras.

Un homme et une femme, un japonais et une française se rencontrent à Hiroshima. Elle est venue tourner un film sur la paix. Premières images sublimes du film en noir et blanc: deux corps enlacés en sueur, des mains qui se croisent. Premières paroles au bout de quelques minutes: "Tu n'as rien vu d'Hiroshima". Des images d'archives montrent alors la ville à feu et à sang en août 1945. Puis retour à l'actualité avec des manifestations pour la paix.

La femme n'a peut-être rien vu d'Hiroshima mais elle sait ce qu'est la guerre. Elle va ainsi raconter à son amant sa jeunesse à Nevers pendant la guerre. Elle est ainsi tombée amoureuse d'un soldat allemand. A la fin, elle fut tondue sur la place publique. Les souvenirs mis en images se succèdent faisant s'intercaler images d'Hiroshima et images de Nevers.

Les souvenirs se racontent et se montrent lors des promenades dans la ville. Nous ne saurons pas leur nom: il s'appellent juste Hiroshima et Nevers....

Rarement je n'ai vu une oeuvre aussi bien filmée, suscitant une telle émotion. Nous sommes captivés par la beauté de l'histoire. Comme toujours chez Duras, les rencontres amoureuses sont évanescentes. Il s'agit de quelques jours tout au plus... mais qui s'inscrivent dans l'éternité.

Avez-vous vu le film? Donnez-moi vos impressions !

 

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4 avril 2006 2 04 /04 /avril /2006 22:51

AUTRICHE, 1905

Stock, Bibliothèque cosmopolite

Etranger titre que ce roman paru en 1905, soit 13 ans avant la chute de l'Empire des Habsbourg d'Autriche... Arthur Schnitzler (1862- 1931) est avec Stefan Zweig l'écrivain le plus célèbre de la Vienne crépusculaire...

Il est notamment connu pour son Liebelei adapté au cinéma par Marcel Ophuls. Stanley Kubrick s'est inspiré d'Une nouvelle rêvée pour son dernier film Eyes Wide Shut.

J'ai quant à moi lu Vienne au crépuscule, un roman à la facture classique. L'auteur nous plonge dans les salons bourgeois de la fin du XIXe siècle un peu à la manière proustienne. On y discute de l'art et de la politique et aussi du destin des juifs (l'auteur est israélite): devant l'antisémitisme qui va croissant, faut-il rester fidèle à l'Empire ou au contraire devenir sioniste?

Le roman est centré sur Georges, un baron musicien à tendance dilettante. D'aventures en aventures, il rencontre la douce Anna, chanteuse, qui tombe enceinte par accident. Georges est alors partagé entre d'une part son affection pour Anna et son devoir de paternité et d'autre part son besoin de liberté et les impératifs de sa carrière.

Je retiens surtout de ce roman les belles descriptions du "Vienne 1900" ainsi que celle des campagnes autrichiennes. Il règne un charme suranné sur ce roman mais le ton peut devenir bien démodé...

C'est l'effet que m'a donné ce roman. Je m'attendais à un scandale...je vais donc me plonger dans La nouvelle rêvée. L'avez-vous lu?

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3 avril 2006 1 03 /04 /avril /2006 23:15

Gallimard, 1950

Voici le premier grand succès de Marguerite Duras. Il s'agit d'un roman largement autobiographique qui a pour cadre l'Indochine coloniale des années 20. L'auteur met en scène une mère veuve et malade  et ses deux enfants, Suzanne et Joseph. 

Cette femme obstinée  achète une concession inculte sur une terre marécageuse . Chaque année, le Pacifique envahit les terres. Chaque année, la mère et ses enfants construisent un barrage de fortune.

Ce roman est un récit tragique par excellence. Malgré l'inéluctabilité du destin, on continue de lutter, on s'acharne ... Duras critique fortement l'administration coloniale qui vend des terres incultes à des prix exorbitants.

La figure de la mère, omniprésente dans l'oeuvre de Duras, donne son charme au roman. Elle est prête à marier sa fille avec un homme riche pour pouvoir se payer un barrage solide. Contre l'obstination de la mère, il y a le désir de liberté des deux enfants qui rêvent de s'évader en ville.

Ce roman conquiert le lecteur grâce à son charme oriental mais loin de tout exotisme. Les personnages sont bien campés et attachants.

Si vous n'avez jamais lu Duras, je vous conseille de commencer par Un barrage contre le Pacifique : ce livre est d'ordonnance classique et il y a beaucoup de dialogues.

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24 mars 2006 5 24 /03 /mars /2006 22:30

Gallimard, 1944

Aurélien  est l'un des grands romans de Louis Aragon et l'un des plus beaux romans d'amour de la littérature française du 20e siècle.

Aragon met en scène un jeune anti-héros de la fin de la première guerre mondiale à la débâcle de 1940. Aurélien est un jeune rentier oisif qui collectionne les aventures dans le Paris mondain des années 20. Il ne sait que faire de cette énergie sans but dans laquelle le plonge le retour à la vie civile.

Un jour, son ami d'enfance Barbentane lui présente sa cousine Bénénice, jeune provinciale mariée à un pharmacien manchot, venue passer quelques jours dans la capitale. Alors qu'au premier regard, il l'a trouve laide, l'amour passion va bientôt naître. Mais il ne sera jamais consommé... Occasions manquées, jalousie, contraintes de la société et soif d'absolu de Bérénice....Alors qu'ils ne se sont connus que quelques jours, Il ne se retrouveront que vingt ans plus tard alors que les allemands envahissent le pays.

Aurélien est assurément le roman de l'échec. Aragon dépeint non sans un certain cynisme la société des années 20 : d'abord le milieu artistique (Cocteau, Breton, Picabia) puis le milieu des affaires fait d'intrigues et de malhonnêtetés.

Ce roman est profondément balzacien: il s'agit pour Aragon d'immiscer son personnage dans une époque et un milieu particuliers. L'amour tente d'émerger dans ce milieu mais le goût d'absolu est mis à mal par toutes sortes de perfidies. L'amour incarné par le couple devient impossible: dans ce microcosme, les êtres se déchirent : les mensonges, les mariages arrangés et les adultères font la loi.

Ce roman marque un tournant dans l'oeuvre d'Aragon et la fin de la période surréaliste d'avant-guerre. (Les beaux quartiers, Les cloches de Bâle...) aux oeuvres optimistes. Le réalisme revient au premier plan. Mais on retient dans cette oeuvre une poésie indéniable née du lyrisme des atermoiements des deux amoureux. Aurélien rumine constamment son amour en se rémémorant Bérénice. Le souvenir est possible grâce à un masque de plâtre et à un tableau de Picabia qui dessinent l'ambiguité de Bérénice.

L'écriture très fluide (il faut mieux avec les 697 pages !) nous livre ainsi l'un des derniers grands classiques (héritiers de Balzac) de la littérature française.

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10 février 2006 5 10 /02 /février /2006 19:31

Recueil de contes

Gallimard 1931

Je continue l'exploration de Jules Supervielle en vous présentant son recueil de contes le plus connu. Ces petites histoires regorgent de fantaisie, de magie et de sensibilité.

Certains sont des récits fantastiques, simplement magiques: une rue flottante est installée sur l'Océan; dans cette rue, une petite fille vit toute seule mais elle ne manque de rien. Qui est-elle vraiment? Nous ne le saurons qu'à la fin.

Dans L'inconnue de la Seine, une jeune noyée rejoint une ville mystérieuse au fond de l'Océan où vivent tous les noyés. Ces derniers communiquent par faisceaux fluorescents.

Les boiteux du ciel nous mènent au royaume du ciel où les ombres des morts se promènent; ces derniers méditent sur leur misérable condition puisqu'ils ne peuvent plus parler ni toucher les objets.

Une jeune fille a une voix de violon. Un cavalier se transforme en cheval...

Enfin, la scène de la Nativité nous est contée par le boeuf et l'âne de la crèche...

Je vous laisse découvrir les premières lignes de l'enfant de la haute mer à l'adresse suivante:

http://francite.net/education/lecture/page183.html

Supervielle convoque toutes les strates de la création (univers maritime et céleste, animaux et humains) pour célébrer la richesse du monde. Mais derrière cette féerie, le grand poète laisse entrevoir la fragilité de toute chose : la mort rôde dans chaque histoire; tout semble fragile; les choses n'ont que très peu d'épaisseur. De même, l'identité des êtres n'est pas fixe: on peut à tout moment se transformer en autre que soi. Chacun semble se lamenter sur son être propre : le boeuf, s'extasiant devant le miracle de l'enfant Jésus, regrette sa condition de bête frustre à corne.

Beaucoup de magie mais une réelle réflexion sur la condition humaine. Vraiment un très bon moment de lecture.

 

 

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9 février 2006 4 09 /02 /février /2006 22:27

Juste un petit message pour vous faire connaître un blog atypique sur Louis-Ferdinand Céline:

http://louisferdinandceline.over-blog.com/

La démarche est la suivante: plutôt que de nous faire découvrir ses oeuvres, l'auteur de ce blog nous le présente en photo !

Voyage au bout de la nuit

Peut-être l'occasion de se replonger dans l'oeuvre de ce grand écrivain très contreversé. Moi qui n'ai lu que Voyage au bout de la nuit... Tout cela me donne envie de découvrir Mort à crédit.

Mort à crédit

 

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