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  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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14 janvier 2007 7 14 /01 /janvier /2007 19:46

Editions Gallimard, 1968

Grand Prix de l’Académie Française, 1968

Ca y est ! Je l’ai lu. Depuis le temps que j’en avais envie ! 1100 pages en format poche en un peu moins de deux semaines.

Tout d’abord, je dévoile l’intrigue pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas l’histoire :

Nous sommes dans le milieu des diplomates et des fonctionnaires de la Société des Nations à Genève (l’ancêtre de l’ONU) dans les années 30, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Un trio de personnages est au centre de notre attention : Adrien Deume, un « raté » de la petite bourgeoisie belge, qui n’a qu’une ambition : devenir cadre A au lien de cadre B. Il est prêt à toutes les bassesses pour y arriver. Son but : parader et « glander » devant son bureau. Il faut à lui seul le détour !

Puis vient bien sûr le couple d’amants : Ariane, le folle romanesque, épouse désabusée d’Adrien, et qui rencontre un soir de bal, Solal, le bel homme juif, bénéficiant d’une position respectable à la Société des Nations puisqu’il n’est autre que le supérieur d’Adrien.

 

Comme déclare Solal dans un discours mémorable : les femmes sont attirés par la « belle viande et le social ». Ariane va succomber aux charmes de Solal.

Il vont vivre ensemble une folle passion….mais qui semble bien éphémère….

 

Deux signes avant-coureur semblent de dangereux avertissements : au tout début du roman, Solal se déguise en Juif errant, en vieillard édenté et voûté ; bien sûr, Ariane n’a que du mépris pour lui et lui lance une vase à la figure. Vexé, il lui révèle pour la vexer sa véritable identité et lui jure de se venger de tous les laids et les faibles de la terre en la faisant abdiquer et succomber à la passion. Pour cela, il va se transformer,malgré lui, en un homme méprisant qui va se moquer du futur cocu en lui faisant miroiter une promotion et une invitation mondaine. Tout cela pour faire chavirer la belle....

 

Le roman est premièrement admirablement bien construit, en trois mouvements : le premier est focalisé sur la belle-famille d'Ariane, de médiocres arrivistes qui font tout pour leur "petit Deume chéri". La partie centrale est un véritable poème amoureux qui exalte la passion des deux amants. Puis la partiev finale, déclin de la passion, fin de tout espoir.

 

Pourquoi ce roman est-il considéré comme un chef d'oeuvre?

 

Saluons d'abord l'écriture et la modernité de la forme. On croit tout d'abord à une forme balzacienne typique, l'étude et la critique d'un milieu précis. Puis viennent les monologues d'une grandeur exceptionnelle qui nous livrent la vie intérieure d'Ariane et de Solal. Cohen en oublie les points et les virgules mais le fluc ininterrompu reste tout à fait compréhensible... Ces monologues sont de véritables petits bijoux. Ils explorent la psychologie amoureuse, l'intériorité ; Cohen reprend l'héritage des grands novateurs du 20e siècle, tel Joyce ou Faulkner.

Ensuite, il y a la psychologie amoureuse et le regard porté sur les relations humaines. Solal, beau et intelligent, a vite compris les dessous des sentiments. Son discours central est un véritable morceau d'anthologie : il part du principe que la femme est d'abord attirée par la "viande et le social". Finalement, il regrette de se moquer du brave Deume. Mais pour séduire Ariane, il faut se transformer en mâle méprisant. Car la bonté n'a aucun pouvoir sur l'amour. Il n'y a qu'à observer la scène inaugurale pour s'en convaincre....

Solal est un personnage tragique par excellence. Parce qu'il ne peut se passer de l'amour des femmes, il se construit un personnage qui souhaite écraser les autres. Mais son ascension sera de courte durée....

Ce livre est profondément pessimiste : toute passion est vouée à être vaine. De plus, le contexte historique du roman nous plonge dans le début des persécutions des juifs en Allemagne. La figure du Juif errant du début prend tout son sens....

Chef d'oeuvre encore de par le poème lyrique de la passion. La description du sentiment amoureux oscille entre grotesque et poésie. On se gosse de voir Ariane refuser de roter ou de faire ses besoins devant son amant. En même temps, les faces à face sont de véritables poèmes. Tout semble résider dans l'attente. On retiendra les incessants essais vestimentaires d'Ariane et ses séjours prolongés devant la glace...

Et c'est peut-être là que naît le chef d'oeuvre : Albert Cohen a réussi à écrire un texte magnifique oscillant toujours entre grotesque et sublime.

Le grotesque domine la première partie : Adrien Deume, le fainéant qui veut une promotion, ses parents qui se creusent les méninges pour préparer un repas dans les règles de l'art pour accueillir la bonne société genevoise (morceau d'anthologie), les oncles juifs de Solal , radins, gargantuesques à mourir de rire !

Il faut bien le dire, des pages nous font souvent penser au vaudeville : le repas annulé, la figure du cocu, des personnages pantins. Solal et Ariane sont eux aussi grotesques lorsqu'il font leur cérémonial amoureux.

Puis vient le temps du poème lyrique, la description de la passion. Enfin, il y a le mysticisme qui est bien présent. Solal prend la figure sacrée du Roi des Juifs et Ariane est la belle du Seigneur. Les références à la religion sont constantes : Solal est un saint déchu; il y a des passages sublimes sur la religion juive qui a engendré la véritable humanité.

C'est pour moi la grande originalité de ce roman : faire rire et pleurer, faire rêver et en même temps donner un portrait sans concession de la nature humaine. Rarement un roman n'a aussi bien pratiqué le mélange des genres....

Voilà ! Solal et Ariane sont ainsi devenus les héros immortels de la littérature amoureuse du 20e siècle. Et c'est amplement mérité !

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12 décembre 2006 2 12 /12 /décembre /2006 21:38

Editions de Minuit

Titre paru en 1964

Voici l'un des titres les plus connus de Marguerite Duras pour ses admirateurs...par contre, si vous n'avez jamais lu Duras, je ne vous conseille pas de commencer par celui là ! Mieux vaut lire Un barrage contre le Pacifique, l'oeuvre la plus classique de Duras.

Je viens de lire Lol V Stein et je n'ai pas été enthousiasmée comme par exemple avec Moderato Cantabile. Mais je dois reconnaître que Duras y fait preuve de beaucoup d'adresse narrative.

Voici l'intrigue : Lola Valérie Stein, jeune femme de 19 ans, se voit ravir son fiancé, Michael Richardson, par Anne-Marie Stratter, lors d'un bal au casino de T Beach. S'en suit une crise dont Lol ne s'en remettra pas : elle décide de fuir toute passion ou désir et de se réfugier dans une vie conventionnelle.

Dix ans ont passé après la rupture du bal de T Beach. Une voix nous parle. Qui est-ce ? On sait juste qu'il a entendu parler des événements du bal dix ans plus tôt. Il ne préfère rien dire des années avant le bal car il n'en sait presque rien. La narration commence donc avec la description du bal.

Le mystère commence : qui parle? Quelle est sa relation avec Lol V Stein. Nous ne le saurons qu'à la moitié du livre. Parfois, la narration se superpose au propre regard de l'héroïne ce qui ajoute de la richesse au récit.

Nous apprenons qu'après dix ans de mariage avec un mari qu'elle n'a pas choisi, Lol V Stein, en apercevant un inconnu dans la rue, souhaite revivre avec lui l'aventure de T Beach. Pour se souvenir...et définitivement guérir de la folle passion qui a ruiné sa jeunesse. Revivre ce qu'elle a vécu avec Richardson, c'est réaliser une catharsis de cette passion destructrice. Car après s'être fait ravir son fiancé il y a dix ans, c'est à son tour de ravir l'homme d'une autre...car son amant n'est autre que celui d'une de ses anciennes amies, Tatiana Karl....

Le système des personnages est admirable : tout marche par couple ou par trio. Il y a les couples qui n'engendrent que souffrance et frustration ou indifférence  (Lol / Michael Richardson, Lol et son mari, Tatiana et son mari) et deux trios constituées par la femme trompée et les amants réunis : le trio par lequel tout commence et tout fini puisqu'au trio du début (Lol abandonnée par la formation du couple Anne Marie Stratter / Michael Richardson) répond celui de la fin ( Lol qui ravit le fiancé de Tatiana Karl). La victime devient la ravisseuse.

Par Ravissement, il faut bien sûr entendre le fait de voler l'amant de l'autre mais aussi le fait d'être envoûté par la passion. Lola V Stein est typique des héroïnes durassiennes : elle sacrifie tout à la passion.

J'ai donc admiré la narration vraiment très élaborée et mystérieuse  et les relations alambiquées entre les personnages. L'un des plus beau moment du roman est constitué par l'observation du couple à une fenêtre éclairée par la future ravisseuse, moment riche en rêves et interprétations.

Par contre, l'histoire ne m'a vraiment pas touchée, à l'inverse de Moderato Cantabile, à mon avis plus hermétique mais tellement plus envoûtant.

J'ai trouvé ici l'écriture très aride dénuée de réelles émotions. Reste la poésie des lieux géographiques, impossibles à localiser, évoquant à la fois l'Inde (S Thala) mais aussi l'Angleterre ou les plages de Normandie.

A noter que Le ravissement de Lol V Stein (1964) est le premier opus du "cycle indien" de Duras : suivrons Le vice-consul et L'amour où apparaissent les mêmes personnages : Anne-Marie Stratter, Michael Richardson et Lol V Stein. Il y a aussi le "texte, théâtre, film", le célèbre film India Song (1975) qui présente les mêmes personnages. Avec ce film, Duras révolutionna le cinéma en dissociant le son de l'image : les acteurs dans un bal sont muets et les commentaires (cris, chuchotements, voix du public et des personnages) sont assurées par des voix off sans évoquer forcément les images. A voir absolument ! On ne comprend pas tout mais c'est magique !

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23 novembre 2006 4 23 /11 /novembre /2006 22:21

ETATS-UNIS

Titre paru en 1950

De Steinbeck, je vous avais déjà présenté le magnifique Des souris et des hommes, l'un des livres qui m'a le plus bouleversé dans ma vie. Dans ce livre moins connu, on y retrouve tous les ingrédients qui font la splendeur Des souris... : importance du rêve américain, désillusion et profond humanisme de l'auteur.

Steinbeck nous présente cette courte histoire comme un conte moral transmis de générations en générations chez les pécheurs mexicains. Et nous voici plongés dans l'histoire d'un couple de pauvres pécheurs mexicains qui vont découvrir les affres de la richesse.

Afin de trouver l'argent pour soigner leur fils, le petit Coyotito, qui vient d'être piqué par un scorpion, Kino et Juana décident de prendre leur petite barque pour partir à la recherche d'une belle perle. Ils en trouvent une magnifique...Kino voit dans la perle le miroir d'une richesse future. Bientôt, les passions se déchaînent ; le couple devra lutter contre la cupidité et la jalousie des autres et aussi contre ses propres démons.

Cette allégorie nous est livrée dans un récit très poétique qui repose sur toute la symbolique de la perle. Cette dernière émet une musique particulière : la chanson de la famille lorsque Kino aperçoit dans la perle un futur meilleur (l'école pour son fils, le départ vers la ville...); la chanson maléfique lorsque la perle éveille le mal dans le village.

On retiendra également les magnifiques descriptions des paysages marins sous la plume de l'écrivain.

Dès le début, nous savons que la perle va causer le malheur du couple. Le destin est en marche mais la lutte du couple est très belle. Steinbeck décrit magnifiquement les changements psychologiques dans l'âme de Kino qui est prêt à se transformer en meurtrier pour garder la perle magique.

Ce roman est d'une simplicité admirable mais toute la symbolique décrite autour de la perle nous hypnotise ; elle est à tour de rôle eldorado et folie meurtrière.

Steinbeck est le symbole de l'écrivain humaniste qui a décrit au plus près les affres de l'âme humaine : jalousie, cupidité mais aussi puissance du rêve.

Un récit qui donne envie de lire toute l'oeuvre de ce grand romancier américain...Peut-être le plus grand...en tous cas, celui que je préfère !

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6 novembre 2006 1 06 /11 /novembre /2006 18:10

ANGLETERRE -1898

Roman fantastique

Voici le chef d'oeuvre de l'écrivain américain le plus européen qui adopta la nationalité anglaise peu avant sa mort. Il est vrai que lorsqu'on lit Le tour d'écrou, on a vraiment une impression de vieille Angleterre un peu à la manière d'Hitchcock dans son film Rebecca : vieille bâtisse isolée, présence de fantômes etc...

Voici l'atmosphère : un soir au coin du feu, un homme raconte une histoire de revenants à une assemblée de vieilles femmes...Cette histoire lui a été racontée par l'"héroïne" de l'histoire :

Une jeune femme de la campagne vient s'occuper de deux charmants enfants orphelins, Flora et Miles. C'est leur oncle, qui ne souhaite pas s'en occuper, qui a recruté cette jeune femme. Il lui donne un ordre : ne le déranger sous aucun prétexte...La jeune femme part donc dans une vieille bâtisse à la rencontre de ses hôtes ; elle y rencontre une vieille gouvernante charmante, Mrs Grose, ainsi que deux charmants bambins qui la charment dès le premier instant : visages d'anges, intelligence et douceur....Mais bien vite, la jeune femme est perturbée par une présence inquiétante qu'elle a remarqué sur une tour à côté de la maison. Mrs Grose lui révèle qu'il s'agit de Quint, l'ancien valet, un personnage sinistre ....qui est mort l'année dernière. Une deuxième silhouette surgit quelques jours plus tard...Petit à petit, la jeune fille découvre que Miles et Flora semblent subir l'influence de ces présences fantomatiques...Elle est prête à tout pour les sauver.

Ce petit livre est considéré comme le chef d'oeuvre de la nouvelle fantastique, tout comme Le Horla de Maupassant. Comme dans cette nouvelle, une fine analyse psychologique donne toute son ampleur au texte; tout est vécu de l'intérieur, dans l'esprit de la jeune gouvernante, sans que l'auteur ne fasse part de son jugement. Hallucinations? Présence réelle? Le lecteur ne peut à aucun moment savoir....La jeune femme passe de la psychose à la lutte contre les présences. Nous admirons son sang-froid et surtout sa détermination à sauver les deux enfants qu'elle adore.

Peu importe la présence des fantômes...Ce qui compte, c'est le ressenti des personnages et leur lutte contre les présences maléfiques.

Henry James excelle autant dans la description des états d'âme de la gouvernante que dans la description des deux enfants, mi-anges, mi-démons. Il ressort de l'écriture une tension extrême qui culmine à la chute inattendue du roman mais chut !

Si vous avez aimé l'atmosphère du film Les autres d'Amenabar et les vieilles bâtisses anglo-saxonnes, vous tomberez sous le charme !

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22 octobre 2006 7 22 /10 /octobre /2006 12:33

ALLEMAGNE -Arno Schmitt (1914-1979)

Editions Tristram

Arno Schmitt est l'un des plus grands écrivains allemands de la seconde moitié du XXe siècle. Encore largement méconnu en France, son oeuvre est vénérée en Allemagne et étudié dans beaucoup d'universités.

Il a profondément renouvelé la littérature allemande d'un point de vue formel ( on le compare souvent à Raymond Queneau pour ses inventions langagières et à Joyce, son modèle, pour la forme morcelée, fragmentaire de ses romans) et aussi d'un point de vie thématique : Arno Schmitt a été un écrivain profondément irrévérencieux, provocateur vis à vis de toutes les idéologies d'après-guerre. Son oeuvre la plus connue, Scènes de la vie d'un faune,raconte la vie d'un fonctionnaire dans L'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre Mondiale ; plutôt que de s'engager, il choisit la solitude en s'intéressant à un déserteur de l'armée napoléonienne...

Pour découvrir cette oeuvre très originale, j'ai commencé par lire la nouvelle très humoristique Tina ou l'immortalité où Schmitt renverse le mythe de la gloire littéraire : il imagine un enfer des écrivains où ces derniers doivent vivre après leur mort tant que leur nom est cité et qu'ils sont lus dans le monde d'ici-bas ! Un écrivain, le double de Schmitt a la possibilité de visiter ce purgatoire littéraire; il y rencontre Tina, dont il tombe éperdument amoureux ; cette dernière lui demande de régler ses comptes au biographe qui l'a sortie de l'oubli ; en guise de récompense, il pourra alors la rencontrer tous les midis !!!

Cette nouvelle est vraiment très drôle :on découvre la rivalité des écrivains entre eux qui pour se venger de concurrents, font descendre des idées dans le monde sensible pour les remettre au goût du jour ! Gutenberg se terre dans les forêts obscures et a constamment la jambe dans le plâtre pour avoir inventé l'imprimerie ...On assite à des rixes entre écrivains et biographes...Des conseils sont donnés aux écrivains : ne pas laisser de mémoires, racheter ses livres. Pour embêter son pire ennemi : graver son nom sur une plaque d'argent, la mettre dans un tube de verre  et dans une cassette de plomb plongée dans la mer....

Schmitt pratique l'ironie mordante avec une énorme dose de provocation. La dernière phrase de la nouvelle est à inscrire dans la mémoire littéraire universelle :

" et par conséquent quelle est la meilleure recette pour une vie sur terre en général, en haut comme en bas : s'installer à la campagne. Etre bête. Baiser. Fermer sa gueule. Aller à l'église. Quand il grand homme pointe son nez, se planquer dans l'étable : il ne risque pas de t'y suivre ! Voter contre l'enseignement et de la lecture et de l'écriture; pour le réarmement : les bombes atomiques ! "

La forme littéraire peut à première vue déconcerter car Schmitt choisit d'écrire par fragments : tout comme Joyce, il commence chaque paragraphe, chaque fragment par un groupe de mots en italiques qui annonce le thème du paragraphe.

Vous ne serez pas déçus : cette lecture est vraiment un très bon divertissement plein d'inventivité !

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10 octobre 2006 2 10 /10 /octobre /2006 22:09

Editions POL, 1985

Textes écrits en 1945

Pour les lecteurs allergiques au style très elliptique de Duras, cet ensemble de textes autobiographiques écrits pendant la Seconde Guerre Mondiale peuvent être une bonne entrée en matière pour découvrir la vie de l'écrivain.

Ce sont des textes classiques qui ne soulèvent pas des problèmes de compréhension. Le premier texte qui donne son nom au recueil est le plus connu et le plus émouvant; il fut écrit en 1944-45, au retour du mari résistant de Duras, Robert Antelme, du camp de concentration de Buchenwald. Ce récit décrit l'attente terrible après la libération de Paris lorsque Marguerite se demande si "Robert L" est mort ou vif puis son retour tragique lorsqu'il n'est plus qu'une loque humaine, atteinte du typhus.

Rares sont les récits contant le retour des camps de la mort. Celui-ci, en évitant toute effusion lyrique, est pourtant rempli d'émotions. Même si elle choisit la sobriété, Duras nous apparaît en femme très fragile, éprouvée par l'attente interminable. Les phrases très courtes, hachées, ponctuées d'interrogations  épousent parfaitement l'état d'esprit très anxieux de Duras. Elle met l'accent sur la différence entre le calvaire des femmes qui attendent les déportés et la joie, la liesse qui accompagnent la fin de la guerre.

Les pages décrivant la lutte pour la vie de Robert Antelme sont magnifiques et très dures. A noter que ce dernier racontera son expérience concentrationnaire dans L'espèce humaine en 1948, bien avant la publication de La douleur. Chef d'oeuvre que je n'ai malheureusement pas lu.

Les autres récits nous font un portrait de Duras résistante très atypique : elle n'hésite pas à se faire invitée par un  membre de la Gestapo pour mieux le piéger. On la voit également assistant à la torture d'un collabo et séduite par un allemand arrêté à la libération.

Loin de l'hermétisme ou du scandale de certains écrits, La douleur nous rend plus proche cet immense écrivain.

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25 août 2006 5 25 /08 /août /2006 12:51

ETATS-UNIS -1930

Editions Folio

John Dos Passos est l'un des grands auteurs mythiques de la littérature de la première moitié du XXe siècle avec Hemingway (les auteurs dits de la "Génération perdue").

Il est surtout connu pour sa trilogie "USA" écrite de 1930 à 1936 comprenant 42e parallèle, 1919 et l'initiation d'un jeune homme où il retrace à travers plusieurs itinéraires l'histoire du mouvement ouvrier aux Etats-Unis lors de la première moitié du XXe siècle.

Il s'agit de décrire la société américaine du début du siècle jusqu'au krach boursier de 1929.

Mais cette trilogie n'est pas un roman historique comme un autre car John Dos Passos a inventé avec ces trois livres une nouvelle technique romanesque dite "du collage". L'écrivain mêle la fiction et la non-fiction en racontant simultanément le parcours de quatre personnages. Ces itinéraires sont entrecoupés de séquences d'"Actualités" composées de collages de titres et d'articles de journaux. Ces actualités sont couplées à des segments intitulés "l'oeil caméra" où le narrateur fait part de ses propres positions face aux événements qu'il décrit. L'ensemble est ponctué de courtes biographies de personnages réels dont les actions ont marqué le cours des décennies.

Grâce à ces multiples collages, Dos Passos parvient à raconter une société , celle des Etats-Unis dans les années 10-20.

42e parallèle est centré sur l'émergence du mouvement ouvrier anarchiste jusqu'au déclenchement de la première guerre mondiale. 1919 montre de quelle manière le capitalisme a su tirer profit de la tourmente de la grande guerre. Et La grosse galette raconte comment la société américaine a fini par se soumettre au règne de l'argent.

J'ai lu 42e parallèle qui nous présente l'itinéraire de quatre personnages : le premier, Mac, ouvrier imprimeur, quitte sa femme pour aller défendre le mouvement zapatiste au Mexique. Son opposé, un journaliste décide de fonder une agence de publicité pour rapprocher le capital et le travail. Janey et Eleonore représentent la condition féminine en Amérique au début du siècle.

Dos Passos entame un véritable réquisitoire contre le capitalisme. Même si je n'ai pas été passionnée par les histoires des personnages, je pense que ce roman est fondamental , et cela pour deux raisons : il a le mérite de montrer que l'émergence du mouvement ouvrir n'a pas été uniquement le fait de l'Europe et de la Russie. De plus, la technique romanesque mêlant fiction et non fiction est très intéressante.

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22 août 2006 2 22 /08 /août /2006 23:10

ESPAGNE -1626

Editions Le passeur

Francisco Quevedo est un contemporain du grand Cervantès. A la fois diplomate, espion, et théologien, il est passé à la postérité grâce à ses essais, romans et poésie. Il reste très méconnu en France. Je vous propose de découvrir son plus célèbre roman, L'histoire de Don Pablo de Ségovie , considéré comme le chef d'oeuvre du roman picaresque.

Le roman picaresque est une satire de la société espagnole de l'époque. Il s'agit, tout comme l'a fait Cervantès dans le Don Quichotte, de mettre fin à la littérature de chevalerie, de refuser toute idéalisation et de décrire la société telle qu'elle est. Le roman picaresque met en scène un Picaro, jeune homme pauvre souvent orphelin à qui il arrive de multiples aventures ; il erre de villes en villes ; il doit se débrouiller tout seul pour subvenir à ses besoins ce qui lui fait rencontrer toutes les couches de la société.

Don Pablo de Ségovie est le fils d'un mauvais barbier mais voleur exceptionnel et d'une mère maquerelle. Alors qu'il étudie à l'Université, un concours de circonstances le pousse à rejeter la vertu et à embrasser la profession de voleur, de tricheur et d'escroc. En parcourant les villes d'Espagne, il se déguise tour à tour en mendiant, en gentilhomme ou en homme d'église pour arnaquer ses semblables.

Le plus souvent, les aventures du picaro se terminent mal, souvent de façon burlesque, ce qui le pousse à chaque fois à changer de ville.

Pour Quevedo, c'est assurément la société qui est responsable des vilenies du Buscon. On le voit tout particulièrement au début du roman où Don Pablo est abusé par ses professeurs. Il décide alors en connaissance de cause de devenir lui aussi trompeur au lieu d'être trompé.

Avec le roman picaresque, on entre dans l'ère du roman réaliste : la littérature devient le miroir des travers de la société. On entre aussi dans l'ère de l'art baroque où tout n'est que dissimulation et mensonge. Don Pablo n'a pas d'identité définie. Il change constamment de déguisement pour mieux se dissimuler aux autorités.

Vous l'avez compris : si vous voulez découvrir un style et une époque, lisez ce roman méconnu !

 

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16 juillet 2006 7 16 /07 /juillet /2006 11:16

ANGLETERRE -1865

Editions Phébus, 1995

Wilkie Collins (1824-1889), contemporain et ami de Dickens, est considéré comme l'inventeur du roman policier ! Rien que ça ! Alors que cette oeuvre eût toujours un immense succès outre-manche, elle fut récemment redécouverte en France.

La dame en blanc, ancêtre de tous les thrillers fut admiré notamment par Borges et rendit jaloux Dickens ! Wilkie Collins est souvent considéré comme le Hitchcock de la littérature : suspens, pièges retors, révélation des dessous d'une société bien pensante....

Ce roman fut inspiré à l'auteur par une aventure qui bouleversa sa vie : alors qu'il se promenait un soir avec le peintre Millais, une jeune fille mystérieuse habillée en blanc court vers eux, bredouille des propos incohérents et disparaît. L'écrivain mène l'enquête et découvre qu'elle est séquestrée par son mari. Il la délivre et lui voue un amour absolu jusqu'à sa mort....Une belle intrigue romanesque !

Dans le roman, c'est un jeune peintre, Walter Hartright, qui mène l'enquête. Tout comme l'auteur, il rencontre un soir une jeune femme tout de blanc vêtue qui déclare s'être enfuite de l'asile pour échapper à l'emprise d'un quelconque baronnet...Le peintre lui indique le chemin de Londres.

Après cette nuit mouvementée, Hartright s'installe dans une propriété bourgeoise où il doit donner des cours à deux demi-soeur, Marian Halcombe et Laura Fairlie. Le peintre tombe peu à peu sous le charme de Laura notamment grâce à son étrange ressemblance à la dame en blanc., une dénommée Anne Catherick...Mais il découvre de Laura est malheureusement fiancée au baronnet Percival Glyde...

Désemparé, il désire quitter ses hôtes bienveillants. Mais la veille de son départ, Laura reçoit une lettre étrange qui lui intime de ne pas épouser Glyde pour échapper à un terrible danger. On enquête sur l'auteur de cette lettre....qui n'est autre que la dame en blanc....

Laura qui a promis à son père sur son lit de mort d'épouser Percival ne peut rebrousser chemin. Alors que Hartright va noyer son chagrin en Amérique, voici Marian et Laura aux mains du maléfique Percival Glyde....

Anne Catherick va tenter de reprendre contact avec Laura pour lui révéler un étrange secret... Mais Sir Percival est sur sa route ainsi qu'un étrange émigré italien,, le comte Fosco....

Voilà, je m'arrête là pour planter le cadre ! Je n'en suis qu'au quart du livre... Sachez seulement que toute l'intrigue repose sur un étrange secret concernant Percival Glyde. Les deux demi-soeur vont avoir leur vie mise en danger pour éviter que le secret ne soit dévoilé.

Le charme de se livre repose surtout sur les multiples péripéties , tous les stratagèmes inventés par un gentleman pour sauver sa peau. On retient également les magnifiques portraits féminins, les deux soeurs ainsi que la mystérieuse femme en blanc qui luttent pour leur indépendance et leur survie ; le clan des femmes aidé par l'enquête de Hartright viendra à bout du mystérieux gentleman.

Il s'agit d'un roman où il y a une enquête cherchant à dévoiler le secret d'un homme. Mai ici, nul inspecteur, nul policier . Ce sont les malheureuses victimes qui mènent l'enquête à leurs risques et périls. Il y a certes des hommes de lois, mais ils font bien pâle figure à côté des trois femmes et du peintre qui lui est guidé par l'amour. S'il y a un roman qui ne caricature pas la figure féminine, c'est bien celui ci ! On retient surtout la force du personnage de la vieille fille Marian Halcombe qui n'hésite pas à risquer sa propre vie pour sauver celle de sa soeur. Dans la société victorienne, la femme est certes une victime mais elle sait se défendre !

En résumé, un bon roman bourré d'aventures et de suspens à se mettre sous la dent pendant les vacances !

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14 juillet 2006 5 14 /07 /juillet /2006 10:22

Editions Magnard -1829

Dans cette petite nouvelle publiée en 1829, Prosper Mérimée se joint au camp des abolitionnistes de l'esclavage. Même s'il fut aboli par Louis XVIII sous la pression des anglais, un commerce triangulaire clandestin continue à sévir dans les principaux ports français.

C'est à Nantes que Prosper Mérimée choisit de débuter son récit. Le capitaine Ledoux y équipe clandestinement des bateaux pour la traite nègrière. Il va s'approvisionner en "chair humaine" sur les côtes du Golfe de Guinée auprès de chefs noirs qui échangent leurs hommes contre des produits manufacturés. Le capitaine Ledoux fait donc la connaissance du chef Tamango qui lui vend des esclaves contre du sucre et de l'eau de vie. La transaction est arrosée à l'alcool et Tamango en état d'ivresse vend sa femme Aychée au capitaine français !

Le lendemain, il se rend compte de son erreur et rejoint le bateau français. Le capitaine Ledoux refuse de lui rendre sa femme et le réduit lui aussi en esclavage. A bord, le chef noir tyrannique découvre les conditions de vie inhumaine des esclaves et décide d'organiser une révolte. Les esclaves massacrent l'ensemble de l'équipage blanc mais doivent vite se rendre à une évidence : ils ne savent pas faire naviguer le bateau....

Cette nouvelle porte un éclairage intéressant sur l'esclavage : les français avaient besoin de l'élite africaine pour mettre en place la traite ; c'est ce qu'on a appelé le commerce triangulaire ; les esclaves étaient vendus par des chefs indigènes pour se procurer des produits rares.

La morale de l'histoire nous éclaire sur la position des abolitionnistes vers 1830 : les esclaves sont incapables de conduire un navire, ils sont donc incapables d'être autonomes. Mérimée désire certes abolir l'esclavage mais considère encore que le nègre doit être sous tutelle...C'est d'ailleurs un navire anglais qui recueillera les rescapés....

Une oeuvre indispensable à l'heure où l'on célèbre l'abolition de l'esclavage....

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