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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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29 décembre 2007 6 29 /12 /décembre /2007 12:13
ALLEMAGNE -1947

Berlin.jpg

Editions Denoël, 2002

Voici un grand classique de la littérature allemande d'après-guerre, "l'un des plus beaux livres écrits sur la résistance allemande anti-nazie" selon Primo Levi, retraduit en français en 2002.

Car il est vrai que l'on connaît la résistance française, anglaise mais très peu la résistance allemande. Pourtant, elle a bel et bien existé ! Et c'est le grand mérite de ce livre de nous faire découvrir au grand jour un fait historique largement méconnu. 

Mais ce titre n'est pas seulement essentiel pour son intérêt documentaire ; il livre bien une intrigue romanesque des plus sensibles et touchantes, au suspense psychologique indéniable. 

Hans Fallada (1893-1947) a exercé différents petits métiers (gardien de nuit, agent de publicité) avant de devenir un écrivain réaliste sur la société allemande d'entre-deux-guerres. Ses oeuvres ont été interdites par le parti nazi. Alcoolique et morphinomane, il se réfugie dans les paradis artificiels au lieu de résister activement. En 1947, peu avant sa mort, il livre le plus beau roman sur la résistance allemande...

Il prend pour cadre un immeuble de Berlin qui abrite une femme juive, un couple sans histoires, les Quangel, une famille de SS, les Persicke et un pauvre diable, Enno Kugle, ivre de femmes et de jeux, faible créature prête à tout pour assuvir ses deux passions....

Un immeuble. Un échantillon typique des caractères humains. Nous avons l'mpression d'être dans une oeuvre de Balzac ou de Zola tellement la peinture des caractères est réaliste.

Les Quangel apprennent la mort de leur fils unique, tombé au front. Alors qu'ils affichaient une neutralité bienveillante auparavant, ils décident en honnêtes gens, d'inonder les immeubles berlinois de cartes postales où ils écrivent des messages de résistance et de critiques du régime.

Ce couple symbolise la résistance de héros ordinaires qui résistent seuls (c'est le sens du titre) sans adhérer à aucune organisation clandestine. Ce qui compte, ce n'est pas l'effet mais l'intention, le fait d'être propre à l'intérieur de soi-même et de mourir seul face à soi-même la conscience tranquille. 

Face à ces héros ordinaires, il y a une couple d'amoureux qui choisit de vivre dans leur petite cellule romantique pour mieux oublier l'enfer du régime et de faibles créatures qui sans être pour Hitler, collaborent pourtant pour satisfaire leurs propres besoins. Parmi ceux là, Borsakhen, prêt à tout pour dévaliser la vieille juive, et Enno Krugle, créature qui éveille de la pitié, incapable de se guérir de sa soif de sexe et de jeux. C'est parmi ces créatures que les SS cherchent des indics....

Ce fabuleux roman a le mérite de conjuguer intérêt documentaire,  suspense policier et étude psychologique. On retiendra ainsi la traque des Quanguel par un policier recruté par la Gestapo. Ce qui intéresse ce policier, c'est avant tout la chasse et pas uniquement le trophé. Et quand il tiendra sa proie, c'est pour se rendre compte qu'il a tout perdu. Très beau portrait psychologique de l'enquêteur, donc. 

Très belles études psychologiques des êtres qui choisissent de collaborer ou de résister. Nous avons là des spécimens balzaciens de la comédie humaine de haute volée. 

Enfin, une intrigue romanesque à souhait avec une histoire d'amour très émouvante d'un couple entre deux âges qui n'a plus rien à perdre après la mort du fils. Deux êtres qui ne font qu'un face à la barbarie, jusqu'à la mort. 

En deux mots, un roman magistral.

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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 11:38

ETATS-UNIS

Contes et récits

Alors que j'ai sur ma LAL, A la recherche du voile noir de Rick Moody, une majestueuse autobiographie du jeune auteur américain et une réflexion sur l'Amérique, j'ai souhaité lire avant tout la nouvelle de Nathanaël Hawthorne, l'un des fondateurs de la littérature américaine, le célèbre auteur de La Lettre écarlate. Moody s'est inspiré de la vie de son ancêtre qui a justement inspiré le personnage du pasteur dans la nouvelle d'Hawthorne, Le voile noir

Hawthorne met en scène dans la Nouvelle-Angleterre de la fin du XVIIIe siècle un pasteur qui, de façon soudaine, se voile le visage d'un voile noir. Ce dernier provoque ainsi l'effroi de ses ouailles car personne ne sait pourquoi il commet cet acte étrange. Même sa fiancée ne parvient pas à lui faire retirer cet étrange noir et...il le gardera jusquà sa mort.

Mais pourquoi porte-t-il ce voile? A-t-il commis une faute impardonnable ? 

Pourquoi ce voile noir provoque un tel effroi parmi les habitants du patelin?

Ce court récit prend souvent une coloration fantastique ; le lecteur a l'impression de voir une créature surnaturelle effrayer le village. Mais pourquoi ce pasteur provoque-t-il une telle peur ?

Hawthorne nous livre en fait une peinture fidèle des croyances et de la culture américaine naissante. Le voile noir est un symbole de la mentalité de la Nouvelle-Angleterre à cette époque. Il symbolise la faute originelle, le péché que personne ne veut dévoiler mais qui est présent dans chaque âme. C'est tout simplement le symbole du puritanisme, religion fondatrice de l'Amérique. 

Le pasteur a-t-il vraiment commis une faute ? On ne le saura jamais....Je pense plutôt qu'il endosse les péchés de toute une communauté et que cette communauté est effrayée car elle voit dans ce voile le reflet de ses propres fautes, des âmes de chacun....

Le pasteur, avec son voile, devient le symbole même de la faute....

Une nouvelle indispensable pour comprendre la mentalité américaine....

A la recherche du voile noir


Je vais donc lire A la recherche du voile noir...

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21 octobre 2007 7 21 /10 /octobre /2007 19:54

ETATS-UNIS, 1853

Bartleby, le scribe

Editions Gallimard Folio

Cette petite nouvelle de 70 pages est assurément l'oeuvre la plus connue de Melville avec Moby Dick. Elle n'en finit pas d'intriguer et a été notamment commentée par Gilles Deleuze. Elle est célèbre pour la réplique répétitive et énigmatique de Bartleby "I would prefer not to" (je ne préférerais pas). 

L'histoire nous est racontée par un notaire, un conseiller de la cour des comptes qui engage un nouveau scribe pour copier les actes. C'est le dénommé Bartleby. Celui-ci apparaît comme un travailleur infatigable qui ne prend même pas de pause pour manger. Mais tout se gâte lorsque le narrateur, son chef, lui demande avec ses deux autres scribes de comparer les copies aux originaux. C'est à ce moment là qu'il déclare "Je ne préférerais pas". Le narrateur, abasourdi, ne proteste pas malgré sa surprise et les remarques de ses collègues. A part copier, il se refuse à toute autre action : manger, se promener, faire une course...

Quelle attitude adoptée face à ce phénomène ? Le narrateur est partagé entre l'énervement (qu'il ne veut pas montrer) et la charité, la pitié : car il découvre un jour que Bartleby a véritablement élu domicile dans son bureau. Il s'y incruste alors que son patron lui a donné de l'argent pour qu'il parte. En vain bien sûr....Jusqu'au jour où Bartleby se refuse à écrire et passe ses journées à méditer devant la fenêtre. 

Le patron, bravé par son employé, mais n'osant pas appeler la police ni le faire quitter de force le bureau pour le brusquer (est-il vagabond ? On ne connait rien de son passé), préfère déguerpir et changer de bureau ! Mais il sera malheureusement rattrapé par ce mystérieux personnage....

L'intérêt de cette nouvelle réside surtout sur la dialectique éternelle du maître et de l'esclave. Le notaire est abasourdi devant les refus de Bartleby, son employé. Mais ce dernier est si vertueux, si appliqué qu'il ne peut laisser libre cours à sa colère. Il est plutôt tenté par la charité, tout en étant profondément déstabilisé et en étant obligé de changer ses habitudes. 

Alors que l'auteur ne dit rien sur le mystérieux Bartleby, ses motivations, son passé, il décrit avec maestria les hésitations, les remords, les décisions du notaire. Que faire face à l'absurde ?

Cette nouvelle, d'abord plutôt comique (le notaire fait au début le portrait de deux autres scribes qui frisent la caricature) évolue vers le drame de l'humanité : je vous laisse découvrir les dernières lignes qui donnent un semblant de solution à l'attitude de Bartleby. Et si tout n'était que vanité ?

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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 22:07

ANGLETERRE-1813

orgueil_et_prejuges

















Editions 10/18 ou Serpent à plumes


Et moi qui a priori n'ai pas de penchant pour la littérature romanesque anglaise ! Que des préjugés décidément !

C'est avec délice que j'ai lu ce merveilleux classique. Ce roman a été remis au goût du jour avec l'adaptation cinématographique en 2006. Romanesque à souhait et humoristique par dessus le marché !

Nous sommes dans la bonne société provinciale de l'Angleterre de la fin du XVIIIe siècle. Jane Austen nous présente la famille Bennet et leur cinq filles à marier...mais rien n'est facile lorsque l'on a été déshérité et que l'on a une faible dot.
Toujours est-il que Mrs Bennet est toute "excitée" lorsqu'elle apprend que Bingley, un jeune, beau et riche héritier va s'installer non loin de la propriété familiale. 

Lors du bal de présentation, Bingley tombe sous le charme de Jane, l'aînée. Quant à Elisabeth, la deuxième fille, elle refuse l'invitation à danser de Darcy, l'ami de Bingley car il l'a à peine regardée le premier soir. 

Elle le trouve trop orgueilleux ; son opinion est confirmée par un dénommé Wickman, un bel officier qui lui fait la cours. Il lui dit alors sur son compte des choses peu recommendables...
Alors qu'Elisabeth, la timorée, la raisonnable, la méfiante, persiste à mépriser Darcy, Jane tombe amoureuse de Bingley, mais trop timide, n'ose pas le lui montrer. 

Et c'est là que de multiples péripéties arrivent ! Des refus de mariage, des mariages inattendus, forcés, d'amour, de convenance...toujours et toujours des mariages et bien sûr des obstacles de taille aux différentes noces ! 

Car dans l'Angleterre guindée de cette époque, il y a plusieurs types d'ostacles au mariage : les différences de fortune, les beaux parents et les beaux frères et soeurs qui ne font pas l'affaire, un prétendant trop niais mais aussi les deux prétendants eux mêmes !

Orgueil et préjugés désignent en fait les deux obstacles qui font que deux êtres a priori faits pour s'entendre vont avoir une mauvaise opinion l'un de l'autre parce ce qu'ils s'en tiennent à leurs premiers préjugés. Elisabeth, par orgueil, décide de rester sur sa première impression qui lui a fait dire que Darcy était  prétencieux et froid. Et si Darcy était vraiment amoureux d'elle ? Si c'était un homme bon malgré les apparences ? 



Si les usages de la société leurs jouent des tours, c'est avant tout les quiprocos, les préjugés, les erreurs de jugement qui retardent les mariages ! Et Darcy et Elisabeth sont vraiment un couple charmant ! 

Jane Austen écrit un roman féministe avant la lettre ; Elisabeth Bennet est une femme en avance sur son temps qui refuse la béatitude, les simagrées des jeunes filles de l'époque devant leurs prétendants. Franche, elle préfère refuser le mariage à un homme qu'elle trouve sot même s'il est très riche. Elle défie père, mère et autres personnages de haute bourgeoisie pour ne pas renier ses principes. 

Un beau portrait de femme forte qui contraste avec les autres figures féminines du roman ; sa mère est sotte et ses plus jeunes soeurs ne cherchent qu'à parader devant les jeunes soldats de la garnison !

On rit vraiment dans ce roman ! On rit des portraits à charge des filles qui se pavanent devant les hommes et de la mère qui passe de l'exaltation outrée aux larmes....Austen caricature avec brio cette bourgeoisie étriquée et sotte, pétrie de grands principes .

Je m'attendais à lire un roman de moeurs un peu démodé. J'ai découvert une oeuvre fraîche, ironique, mordante, romanesque à souhait aux dialogues percutants. 

Jane Austen manie la réplique avec talent et est maître dans l'art du portrait, psychologique ou à charge. 

A lire de toute urgence si ce n'est déja fait !

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29 septembre 2007 6 29 /09 /septembre /2007 22:44

L'Astrée d'HONORE D'URFE



...adapté au cinéma par ERIC ROHMER : Les amours d'Astrée et Céladon

Il revient à Eric Rohmer le mérite d'avoir remis au goût du jour le plus gros succès littéraire du XVIIe siècle, détrôné un siècle plus tard par La Nouvelle Héloïse de Rousseau. Ce roman fleuve de 5000 pages nous plonge au Ve siècle, sans une Gaule paradisiaque gouvernée par des druides. Les nymphes y côtoient les humains, les bergers y font paître leurs troupeaux et...tombent amoureux. 

C'est ce qu'on a appelé une pastorale : dans un cadre idyllique, les amours contrariées de deux jeunes bergers....

Imaginez une jeune fille qui surprend son amoureux en train de folâtrer avec une autre jouvencelle. Malgré les supplications de Céladon, Astrée rompt et lui ordonne de ne plus apparaître devant ses yeux.  Par désespoir, Céladon se jette dans la rivière....et est recueilli par de charmantes nymphes, descendantes des dieux. 

L'une d'entre elles tombe amoureuse du charmant Céladon. Mais ce dernier n'a de cesse de retrouver Astrée. 

Cette dernière découvre la vérité sur l'amour de Céladon mais il est trop tard puisqu'elle le croit mort. Céladon quitte les nymphes et est recueilli par les druides. Comment peut-il retrouver Astrée alors qu'elle le croit mort et qu'en plus, il refuse de rompre le serment qui lui interdit d'apparaître devant elle ?

C'est alors que le chef des druides lui conseille de se déguiser dans les vêtements....de sa fille !  Avant l'heure, une belle leçon de marivaudage ! C'est donc déguisé en fille que Céladon va réapparaître aux yeux de son élue....

Cette intrigue surannée au possible est pleine de charme ! Un décor somptueux, des beaux corps et visages, du romanesque à l'état pur !

Le film de Rohmer est d'aborsd très beau esthétiquement. Nous sommes transportés dans un autre temps, dans un pays paradisiaque. Il filme les corps de manière très sensuelle. 

Mais cette histoire va bien au delà d'une mièvre histoire d'amour. Rohmer nous livre une réflexion sur les mythes fondateurs de l'Occident : la naissance de l'amour entre deux êtres, la monogamie, le monothéisme et surtout le lien entre l'amour profane et l'amour divin. Lors de sa retraite, Céladon construit un temple pour honorer Astrée et son double divin. Le druide livre une réflexion sur la naissance du monothéisme : en aimant plusieurs figures (les dieux romains), nous vénérons les attributs (la justice, la force, la beauté) d'une figure unique, le dieu du monothéisme. 

L'amour profane lié à l'amour divin. Une belle réminiscence platonicienne. 

Une belle occasion de découvrir un roman méconnu....réputé illisible !

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29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 19:35

ANGLETERRE

Hester Lilly

Editions Rivages, 2007

L'oeuvre d'Elizabeth Taylor, récemment redécouverte en France grâce à Angel, le film de François Ozon, va être entièrement traduite par les éditions Rivages. Fine psychologue, elle est considérée comme l'une des grandes auteurs anglaises du 20e siècle. 

Ses romans sont des brillantes comédies de moeurs où perce une ironie mordante ; les personnages sont des perdants, frustrés par la vie et n'arrivent pas à aller au bout de leurs sentiments. 

Hester Lilly est une jeune fille orpheline recueillie par son cousin Robert, directeur d'une école. Muriel, sa femme voit d'un très mauvais oeil la venue de cette jeune femme ; l'irruption d'un tiers dans son couple pourrait le mettre en péril.

Mais Esther est une jeune fille maladroite, gauche et timide qui a peur de ses sentiments ; au contraire, Muriel veut se montrer en tant qu'épouse sûre d'elle même : elle va donc briller en société grâce à ses beaux bijoux ; mais tout est factice ; derrière son assurance, se cache son désarroi et son incapacité à sauver son ménage.

Mais Robert est trop imbu de ses principes pour oser s'avouer et entreprendre quelque chose ; quant à Hester, elle est terrifiée à l'idée d'être amoureuse ! Et puis Muriel l'impressionne tellement !

Elizabeth Taylor peint avec ironie des personnages englués dans leurs sentiments et leurs frustrations ; ils demeurent impuissants à assumer leurs destins, embourbés dans leur solitude. 

Finalement, il n'y aura aucun gagnant, aucun perdant. Le roman, s'annonçant comme une guerre psychologique, n'est qu'un révélateur des faiblesses de l'âme humaine. 

Taylor parvient brillamment à rendre palpable la déception,la frustration des individus ; on peut rire jaune d'une telle mascarade et d'une telle peinture des amours perdus : on s'aime et on n'ose se l'avouer, on ne s'aime plus et on ne parvient pas à s'y résoudre !

Voici un extrait particulièrement mordant !

" il se retourna et parut s'endormir ; mais elle avait des doutes et elle resta longtemps à écouter sa respiration régulière, continue. a un certain moment, pour le mettre à l'épreuve, elle l'effleura du dos de la main, mais il ne se tourna pas vers elle, comme il l'aurait fait des années plus tôt; je ne peux pas l'attirer à moi, pensa-t-elle affolée. Je ne peux pas arriver à mes fins. Elle se réveilla complètement, gagnée par l'envie qu'il lui fasse l'amour ; qu'il lui prouve son besoin d'elle. de sorte qu'elle puisse réclamer son attention, et ainsi le dominer ; mais, à la longue, elle souhaita seulement combattre ses propres désirs, inhabituels et humiliants tels qu'ils l'étaient pour elle. Etendue tout près de lui, elle dissimula sa honte en feignant le sommeil. Quand elle ne remua pas, ne voulut pas remuer, sa tendresse se durcit en ressentiment. Elle se haussa et le regarda. Il avait un profil grave, les cheveux ébouriffés ; le souffle régulier. C'est impossible qu'il dorme, se dit-elle tandis qu'elle se penchait vers lui, posait la joue contre son front, sans plus déguiser ni cacher le désir qui l'animait. 

Son immobilité la dérouta et, au bout d'un moment, vidée et épuisée par cette expérience, elle se détourna et s'allongea sur le côté, écoutant son coeur battre la chamade, se sentant prise de vertige; Si je pouvais redevenir jeune ! songea-t-elle. Si je pouvais être jeune
!"

Voila pour l'ambiance générale ! Le seul reproche que je ferais est le caractère un peu trop british de cette histoire ! L'histoire se passe près d'une école victorienne et on insiste beaucoup sur les manières en société !
Mais sinon, c'est vraiment bien !

Vous pouvez également lire l'article de Clarabel sur : http://blogclarabel.canalblog.com/archives/2007/06/19/index.html

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20 août 2007 1 20 /08 /août /2007 11:59

1952

Le Marin de Gibraltar

Ce titre, très peu connu, le quatrième de Duras, a été écrit entre Un barrage contre le Pacifique et Les petits chevaux de Tarquinia
La forme reste très classique met en marquée comme toujours chez Duras par la répétition et la langueur. 
Les thèmes, eux aussi, sont très durassiens : la quête de l'amour perdu, la solitude et les paysages maritimes. 

Marguerite Duras met en scène un homme qui, au cours d'un séjour à Florence durant un été caniculaire, rompt avec son existence monotone (femme qu'il n'aime pas et travail de petit fonctionnaire au Ministère des Colonies ). 

Il est attiré par une femme américaine, mystérieuse, très belle, qui vit sur un yacht. Il fait sa connaissance et découvre qu'elle parcourt depuis quelques années les mers du monde dans son bâteau pour rechercher son amour perdu, le marin de Gibraltar. Ex-Légionnaire, tueur, joueur impénitent, recherché par la police, qu'importe ! Il s'agit d'un amour absolu ...

C'est alors que l'homme fou amoureux s'embarque sur le yacht pour l'aider à le chercher. A son bord, il découvre également d'autres hommes qui, comme lui, cherchent le marin de Gibraltar. Parfois, on accoste pour rendre visite à un ancien "homme" de l'amoureuse, qui croit avoir vu un type ressemblant au marin. On va le rencontrer et ainsi de suite....

Ce roman met au premier plan le désir et la quête plutôt que l'accomplissement. On est dans l'espace de l'entre-deux. Chaque fois, on tente, on essaye, en vain. Mais qu'importe, on persévère.  Ce qui donne comme beaucoup de récits durassiens une impression de langueur. 

On voyage beaucoup, de Sète à Tanger, jusqu'au Congo. Cette répétition peut bien sûr énerver le lecteur d'autant plus que la fin n'est pas close !

J'ai ressenti moi-même un peu cet énervement. Mais les personnages sont vraiment bien construits : la femme passionnée qui coûte que coûte, recherche en vain son amour perdu, l'image très poétique de la femme amoureuse sur un bateau voguant sur les mers du monde et l'homme qui largue tout pour vivre une vie hors du commun ...

Eloge de la passion mais aussi insistance sur la quête inassouvie. S'acharne-t-on sur quelque chose ou quelqu'un  pour combler le vide de l'existence ? C'est peut-être cela la réponse...Finalement, l'aventure, le voyage se transforment inlassablement en quotidien car tout se répète. Mais qu'importe, on continue !

On appréciera comme toujours chez Duras les descriptions des paysages maritimes.

Pas le meilleur Duras mais une bonne introduction pour découvrir les obsessions de son oeuvre.

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25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 18:02

AUTRICHE - 1978

Oui

Thomas Bernhard (1931-1989) est avec Stefan Zweig le plus grand écrivain autrichien du XXe siècle. Son oeuvre est réputée pour être d'un pessimisme rare : suicide, dégoût de la vie, détestation d'une société dégénérée. Voici les principaux thèmes abordés par l'auteur. Elfriede Jelinek, notamment, s'inspire profondément de son oeuvre. Elle dénonce comme lui les travers d'une société corrompue, à la dérive.

Ce titre, appelé paradoxalement Oui
, est un condensé de tous ces thèmes. Il s'agit d'un long monologue sans paragraphe ni chapitre de 170 pages. On y retrouve l'écriture caractéristique dui grand auteur autrichien : très longues phrases, beaucoup de conjonctions, de répétitions, un flot inninterrompu de paroles. 

L'auteur s'y met en scène sous les traits d'un chercheur qui s'est isolé à la campagne pour poursuivre ses travaux dans la tranquillité. Il a désiré par dessus tout rompre tout lien mais il paye de sa santé mentale cet isolement. Il sombre dans une grave dépression qui l'amène à cesser tout travail d'écriture. Le récit relate la rencontre qui l'a sauvé momentanément de ses démons : alors qu'il avouait sa dépression à sa seule connaissance, l'agent immobilier Moritz, un couple de Suisses a fait irruption dans l'agence et l'a ainsi diverti. En la compagne du Suisse, surnommée la Persane, il va trouver temporairement son alter-ego de désespoir.

Le récit relate cette rencontre. Mais n'allez pas imaginer une idylle romantique. Le narrateur trouve en cette femme son alter-ego intellectuelle, une personne qui peut parler philosophie et musique avec lui. Ils apparaissent comme les deux êtres spirituels de cette contrée paysanne et sauvage, au mauvais esprit xénophobe. Ils sont les symboles de cette vie de l'esprit sacrifiée au profit d'une société matérialiste et hypocrite. Mais l'alchimie n'est que momentanée...

Parallélement au monologue relatant la crise existentielle de l'auteur, on lit un roman sous forme de mystère : pourquoi le Suisse et la Persanne sont-ils venus acheter un terrain marécageux dans une contrée sinistre ? On apprendra finalement à la fin de secret de la Persanne....

Quelle beauté ce récit ! Le pessimisme le plus noir devient charmeur sous la plume de Bernhard. On retient de multiples citations qui érigent le récit au rang de confession universelle. jusqu'à la fin, l'auteur déjoue le happy end et le dénouement convenu. Le Oui du titre est bien trompeur !!!

On est, je pense, marqué à vie par l'histoire de ces deux âmes perdues, imcomprises,  sacrifiées sur l'autel de la bienséance. Pour Bernhard, il n'y a nul espoir possible. L'esprit, la philosophie sont morts. Ne reste plus que des êtres esseulés, pensants, qui ne peuvent que succomber à la bassesse de la société. 

La Persane est vraiment l'un de ces personnagres de roman que l'on oublie pas. Son mystère se dévoile peu à peu, ce qui donne une autre dimension au récit. 

Parmi les extraits les plus significatifs, on retiendra celui-ci :

"Après tout, il n'existe que des tentatives échouées. Si nous avons au moins la volonté d'aller à l'échec, nous pouvons aller de l'avant, et, pour chaque chose et en tout, nous devons avoir chaque fois au moins la volonté d'aller jusqu'à l'échec, si nous ne voulons pas sombrer tout de suite, et ce n'est tout de même pas pour ça que nous sommes là"

"Mais tout ce qui doit être écrit a constamment besoin d'être recommencé à zéro et constamment tenté à nouveau, jusqu'au moment où c'est au moins approximativement réussi, mais jamais de manière pleinement satisfaisante. Et, aussi épouvantable, aussi désespéré et voué à l'échec que cela soit, chaque fois qu'on a un sujet qui, sans cesse et sans répit, vous torture obstinément, qui ne vous laisse pas en p)aix, il faudrait malgré tout essayer. Tout en ayant conscience que rien n'est jamais certain, que rien n'est jamais parfait, même au milieu de la pire incertitude et des pires doutes, entreprendre et poursuivre la tâche que nous nous sommes donné"

Loin de n'être que des citations abstraites, ce magnifique récit est d'abord une expérience qui prend aux tripes et un merveilleux portrait. Pour résumer, un pur chef d'oeuvre.

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25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 17:30

1937



 

 




Editions Gallimard, collection L'imaginaire

Voici l'un des tout premiers romans de Raymond Queneau, l'auteur de Zazie dans le métro. Il s'agit d'un récit autobiographique qui règle ses comptes avec la doctrine surréaliste et André breton. On se souvient que Queneau a fait partie un temps de l'aventure surréaliste et, qu'au nom, de la liberté de l'esprit, il claqua la porte !

Il s'agit tout d'abord d'un récit satirique qui règle ses comptes avec le sectarisme des surréalistes et des communistes. Queneau y apparaît dans la peau d'un jeune mathématicien un peu paumé qui revient de l'armée et, bien qu'ayant sympathisé avec des potes communistes et anarchisants, hésite à s'engager. Il vit donc des subsides de son oncle fortuné et hésite également à s'engager dans le mariage après avoir rencontré la dite Odile. 

L'histoire est très simple donc ; on apprécie surtout l'humour à toute épreuve de l'auteur. Les surréalistes/communistres règlent leurs comptes entre différentes sectes et mouvances à coup de tracts et d'excommunication. On pénètre dans un bar où l'esprit de Lénine nous parle ! Mais alors : peut-on être adepte du spiritisme et communiste en même temps ? On sait bien que pour Marx, la religion est l'opium du peuple !
La scéance de spiristisme est vraiment un grand moment ! On retrouve le goût de Queneau pour les mathématiques (le narrateur s'interroge sur de multiple théorie bien compliquées !) et surtout son amour de la langue et des jeux de mots. Il s'amuse ainsi à énumérer les différentes sectes et groupuscules que veut rassembler un copain !

Voici un savoureux extrait de cet inventaire :

"les polysystématiseurs

les co-matérialistes phénoménophiles

les télépathiciens dialecticiens

...les spirites incubophiles

les révolutionnaires assymétriques purs

les polypsychistes intolérants ....

On apprécie également une savoureuse description de la vie parisienne de la jeunesse des années 30 : discussion dans les cafés de Montmartre par exemple.

Ce roman, dénonciation de tout sectarisme, est aussi un roman d'apprentissage : le personnage y apprend peu à peu la liberté en refusant de s'allier à tel ou tel parti  et il trouve sa voie dans l'amour !

Une lecture d'été bien rafraichissante !

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14 mai 2007 1 14 /05 /mai /2007 22:13

1953

Il s'agit de l'un des premiers romans de Marguerite Duras après Un barrage contre le Pacifique. On remarque un passage marqué vers l'abstraction, le non-dit, les silences, qui font la "marque de fabrique" de Marguerite Duras.

Tout se passe, comme souvent chez Duras, au bord de la mer, un été torride en Italie. Des couples passent leurs vacances ensemble : Ludi et Gina, qui se querellent sans cesse mais n'arrivent pas à se quitter, et Jacques et Sara, leur jeune garçon et leur bonne. On sent bien que l'amour n'est pas au beau fixe : on passe ses vacances ici, mais cela aurait bien pu se passer ailleurs. On rêve souvent, mais finalement, on se contente de se que l'on a.

Tout se passe sur trois ou quatre jours : à chaque chapitre, on se réveille, on transpire, on se demande si l'on va aller à la plage ou si l'on va rester à la maison. Puis on s'endort en espérant qu'il pleuvra le lendemain...Duras peint avec brio le quotidien de l'amour, ses rancoeurs et ses rêves. Au cours de ces quatre jours, un homme passe et Sara est tentée par l'adultère.

Dans la brèche du quotidien, s'insinue la possibilité de l'ailleurs, la quête de l'inconnu. Mais le passage n'est pas facile. Toute la beauté du livre est dans ce chemin que l'on parcourt sans arriver au bout. Car seule compte l'envie, l'hésitation.

Duras conclut avec les paroles de l'un des protagonistes : "Il n'y a pas de vacances à l'amour, doit-il, ça n'existe pas. L'amour, il faut le vivre complètement avec son ennui et tout, il n'y a pas de vacances à ça".

On se chamaille, on rêve, on s'éloigne puis on revient finalement l'un vers l'autre car "l'amour est une prison". Finalement, il ne se passe pas grand chose dans ce livre, on suit les conversations des uns et des autres puis le lecteur devine peu à peu leurs différentes personnalités. Mais on est finalement happé par ce style si personnel: l'écriture est très fluide, quasiment constituée uniquement de dialogues.

Pas le meilleur Duras mais un bon moment tout de même...

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