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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 21:45

Nouvelles de NATSUME SOSEKI

Le goût en héritage, échos illusoires du luth

Editions Le Serpent à plumes

Natsume Soseki est le fondateur du roman moderne japonais au XIXe siècle. On lui doit notamment le poétique Oreiller d'herbes

Ces deux nouvelles sont particulièrement caractéristiques du style de Soseki : mêlant réel et fantastique, les récits sont à la fois très poétiques et teintés d'ironie ; le comique, voire le grotesque se conjuguent avec la gravité des situations

La première nouvelle met en scène une jeune homme en proie aux superstitions japonaises sur les fantômes. Il vient se plaindre à un ami de l'attitude irritante de sa vieille servante qui le met constamment en garde sur l'influence néfaste des esprits : il doit déménager s'il ne veut pas que sa fiancée meurt...car sa maison est mal orientée...Tout commence sur le ton de la blague puis l'horizon s'obscurcit quand l'ami lui déclare qu'il connaît une femme qui est morte de la même maladie. A son retour, notre héros est en proie à la peur de la mort. Il croise des silhouettes bizarres et entend des aboiements suspects. Une nuit de terreur commence...

Le deuxième récit, ayant également pour thème la mort, se déroule lors de la guerre russo-japonaise en 1905. Le narrateur vient de perdre à la guerre son meilleur ami, Kô. Il se rend chez la mère de l'ami pour la consoler et sur la tombe de kô. Il y distingue la silhouette d'une très belle femme inconnue, qui vient déposer des chrysanthèmes blanches. Obsédé par cette silhouette énigmatique, il s'improvise détective pour percer le secret de cette mystérieuse fiancée.

Sur des thèmes lugubres, Soseki parvient à rendre ses récits très vifs par le recours à la dérision. Les deux narrateurs frisent souvent le ridicule ; le premier se gausse des superstitions de sa servante ; mais il est terrorisé lors de sa promenade nocturne et se cache sous ses draps chez lui !
Le deuxième est imbu de sa personne : en bon scientifique, il se targue d'avoir trouvé la bonne méthode pour percer le secret de la jeune femme.Il hésite aussi à utiliser les salles méthodes des détectives car il est d'une honnêteté à toute épreuve...

Ces passages très ironiques alternent avec des descriptions magnifiques de paysages ou de portraits, très poétiques. Des passages très oniriques ,comme la promenade nocturne entre rêve et réalité, sont de toute beauté.

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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 22:29

CHINE

 

Les funérailles célestes

Editions Picquier, 2005

Xinran, découverte France avec Chinoises en 2003, est l' un des grands écrivains chinois contemporains avec Gao Xinjiang, Mo Yan et Chi Li.

 

On lui doit une réflexion sur la condition féminine dans son pays. Ce titre, en plus d'offrir un magnifique portrait de femme romanesque, est un superbe roman d'aventures et un récit de voyage.

 

Xinran s'inspire d'un personnage réel qu'elle a interviewé lorsqu'elle recueillait les confidences de femmes chinoises à la radio. Cette femme, dont le mari médecin s'est enrôlé volontairement dans l'armée de libération au Tibet, et qui part à sa recherche lorsqu'elle apprend sa mort accidentelle et mystérieuse. Elle quitte parents et soeur pour découvrir ce qui s'est vraiment passé dans les hautes montagnes tibétaines dans les années 50...

 

Le voyage d'initiation commence ...Au début, le choc culturel entre une chinoise et les Tibétains puis l'acclimatation progressive jusqu'à la fusion...

 

Le lecteur découvre avec Wen la civilisation tibétaine ; lorsque cette dernière est recueillie par une famille de nomades et qu'elle vit hors du monde pendant des années : découverte des femmes "aux deux maris", des hommes couturiers, du mode de vie extrêmement rudimentaire, de la spiritualité tibétaine et des mystérieuses coutumes funéraires...

On admire dans ce livre le mélange du plus pur romanesque à une force documentaire de premier plan. L'intrigue (l'amour passion d'une femme qui cherche son mari pendant plusieurs décennies) s'insère dans une étude extrêmement détaillée de la culture tibétaine ; vous apprendrez ainsi ce que sont les mystérieuses funérailles célestes ainsi que les pierres mani où les personnes gravent leurs prières, leurs paroles adressées aux dieux.Le tout dans un décor paradisiaque...

Ce qui marque, c'est le mélange de rusticité extrème et de spiritualité. Pauvreté des nomades, richesse des monastères, couleurs des fêtes en l'honneur des divinités.

Avec au bout de ce beau récit d'apprentissage, la découverte du secret de la mort du mari...

Le tout écrit dans une écriture très simple et juste. Un magnifique roman qui peut aussi bien convenir aux amoureux des grandes sagas romanesques qu'aux férus de récits de voyage. Un témoignage de tout premier plan sur le conflit sino-tibétain et la rencontre de deux cultures que tout opposent.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 09:01

Chine, 1943

 

Le jardin du repos

Editions Robert Laffont "Bibliothèque Pavillons", 2005

 

Pa Kin, l'auteur centenaire (1904-2005), est l'un des plus grands auteurs chinois du 20e siècle avec Lao She. Il a séjourné en France où il a étudié la Révolution française avant de retourner en Chine. Anarchiste et libertaire, il fut "rééduqué" lors de la Révolution Culturelle avant d'être cité plusieurs fois pour le Prix Nobel.

Son récit la plus importante, Famille est représentatif de toute son oeuvre qui s'attache à faire le portrait du déclin de "l'ancienne société" des propriétaires terriens. D'ailleurs, la postface du Jardin du repos cite "la fierté des habitants de la Chine nouvelle, débarrassés de leurs vieilles cangues".

 

Le jardin du repos, récit éminemment nostalgique et poétique, désigne justement le jardin d'une grande demeure  qui fut vendue par une famille déshonorée et ruinée. Le narrateur, l'écrivain Monsieur Li, nous raconte l'histoire de ce lieu et de ses occupants : il est l'ami du nouveau propriétaire du lieu. Yao lui propose de venir habiter chez lui  : il y fait connaissance de sa femme, la douce Zhaohua, des serviteurs, du fils Xiao et....du petit Yang, l'enfant mystérieux qui vient cueillir des camélias dans le jardin du repos...

 

Monsieur Li cherche à découvrir le secret de cet enfant si sensible. Il le suit jusqu'au temple du Grand Immortel où l'enfant dépose les camélias et rejoint un mendiant. Monsieur Li va peu à peu découvrir le secret de la famille Yang, les anciens propriétaires de la demeure et du jardin...

 

Il va découvrir des familles rongées par l'amour de l'argent et du matérialisme. Le narrateur, la délicieuse Zhaohua et le petit Yang symbolisent l'empathie, l'humain face à des êtres pervertis par les désirs matéralistes qui causent leur ruine. Monsieur Li tentera d'aider le petit Yang et aussi la douce Zhaohua qui tente de remettre sur le droit chemin son beau fils, l'intrépide Xiao, qui quitte l'école pour les jeux et les fêtes.

 

Ce magnifique roman est une ode à l'amitié, à la poésie et à la littérature. Le jardin du repos, magnifique (saluons les descriptions des bassins de poissons et de la nature environnante : saules, camélias...) symbolise l'amour du prochain. C'est le lieu du recueillement et du souvenir de l'enfance. Saluons les descriptions "zen", si typiques de la littérature asiatique.

 

Le thème n'est pas révolutionnaire ! Le manichéisme de l'argent, du matérialisme face à l'amour du prochain, désintéressé. Mais c'est dit avec tant de délicatesse, de tact, que ce récit nous laisse un souvenir impérissable. Les personnages sont aussi attachants les uns que les autres : le petit Yang et son amour sans faille pour son père déchu, le narrateur qui noue une amitié indéfectible avec son hôte et sa femme, Zhaohua, l'âme au coeur empathique, incomprise dans un monde dominé par l'appât du gain.

 

Descriptions de la nature alternent avec les dialogues qui laissent transparaître l'humanité des personnages, leurs désirs, leurs doutes.

Saluons la mise en abîme de la figure de l'écrivain, figure empathiquie par excellence, qui comprend l'âme et se met à la place des autres. Dans ce roman, il apparaît comme étant la figure de l'ami par excellence, de l'humain. De très belles phrases sont à retenir :

"...il y a quelques années, vos livres me tenaient lieu de professeur et d'ami...Une fois chez les Yao, j'ai eu beaucoup de temps libre, et quand Songshi sort et que je suis seule, je n'ai que la lecture pour dissiper mon ennui. j'ai lu de nombreux romans ; ...Tous ces livres m'ont ouvert un univers. Autrefois, mon monde se réduisait à deux maisons, une école et quelques rues. Ce n'est que maintenant que je sais l'existence d'un si grand nombre d'hommes et de femmes autour de moi, ce n'est que maintenant que je pénètre le coeur des hommes et que je comprends ce que signifient malheur et souffrance. Je sais maintenant ce qu'est la vie. Parfois, je me mets à pleurer de joie, parfois ma tristesse n'engendre qu'un rire stupide. Que je pleure ou que je rie, après, j'ai toujours l'impression d'un grand soulagement. La compassion, l'amour et l'assistance ne sont plus des mots vides, mon coeur est lié aux autres : si l'on rit, je suis heureuse ; si l'on pleure, je suis triste. Je vois comme la souffrance et le malheur sont grands parmi les hommes, mais j'y vois encore davantage d'amour. Il me semble entendre dans les livres des rires de reconnaissance et de satisfaction. Mon coeur souvent s'adoucit comme au printemps"

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 21:29

CHINE

Soleil levant

Actes Sud, 2005

Je connais finalement très peu la littérature chinoise et cette lecture a été une vraie découverte ! J'ai maintenant envie de découvrir d'autres textes de cette auteur chinoise née en 1957, chef de file de l'école dite néoréaliste. Elle fait le portrait social et culturel de la Chine postmaoïste lorsque le pays a découvert les biens de consommations.

Chi Li nous brosse le portrait d'un jeune couple des années 80, de leur mariage au premier anniversaire de leur fille. On découvrira les aspirations de la jeunesse moderne qui aspire à avoir un métier convenable et à s'enrichir, mais aussi toutes les tribulations administratives pour "enregistrer" l'enfant !

A priori, rien de bien original...Mais tout l'intérêt de ce récit réside dans le style inimitable de l'écrivain ! Chi Li fait se succéder des scènes très cocasses remplies d'humour. Tout commence par un mariage mémorable où deux convois nuptiaux se télescopent sur un pont. Le marié se bat, perd une dent et se fait traiter par sa bien aimée de triple buse !!!

A chaque fois, les événements sont rythmés par les disputes du couple, les remarques désobligeantes des grands parents, des moqueries, des sarcasmes ; le langage est mordant, très cru. Mais derrière cet humour, se cache aussi un couple qui fait l'apprentissage de la vie ;  personnages écervelés au début, ils deviennent petit à petit des individus responsables sûrs de leur avenir.

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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 16:44

COREE

Les gens du Sud

Editions Actes Sud, "Lettres coréennes", 2007

Ce recueil d'"histoires" ayant pour leitmotiv une histoire de famille tragique a été adapté au cinéma par l'un des cinéastes coréens les plus connus, Im Kwont'aek "Ivre de femmes et de peinture".

Pour goûter pleinement ce récit, il fait aimer les récits contemplatifs ainsi que les tragiques destins des artistes.


Cet ensemble d'histoires est brodé autour d'un drame familial dans une famille d'artistes :
un chanteur vagabond de p'ansori (le chant traditionnel coréen) emmène sa fille nouveau-né et son beau-fils sur les routes pour leur apprendre le chant, après la mort de leur mère. Mais le complexe oedipien est à l'oeuvre et le beau-fils refuse de chanter et souhaite tuer son beau-père ; mais, envoûté par son chant, il s'enfuit. Pour garder sa fille près de lui et sûrement parfaire sa voix, le père jette de l'acide sur les yeux de sa fille et la rend aveugle...Elle devient plus tard une célèbre chanteuse.Des années plus tard, son demi-frère par à sa recherche pour rechercher son pardon...

Les trois premières histoires relatent son errance et son enquête ainsi que le destin de la chanteuse...

Cette intrigue repose sur un sentiment fondateur du p'ansori : le "ressentiment", non au sens de rancoeur, mais au sens de "ressentir du sentiment", de la souffrance ; le chant coréen vise à exprimer cette souffrance, ne peut exister sans elle. Car les chants d'une chanteuse coréenne ressemblent à une longue plainte, à des sanglots. Lorsque son frère comprend que ce chant fait partie de l'être profond de sa soeur, il  décide de partir...

L'intrigue et les personnages se dévoilent jusqu'à la fin. Il en ressort un effet "vaporeux" qui rend ce récit très elliptique et très lent ; nous ne savons rien des personnages ; leur psychologie, leurs sentiments se dévoilent peu à peu.

L'auteur insiste sur leurs relations avec le paysage ; de nombreux extraits confondent les êtres humains avec un oiseau ou un arbre.

Petit à petit, cette histoire de relation tripartite devient une légende rendant les personnages de plus en plus évanescents et mystérieux ; la chanteuse est présente dans l'esprit des villageois, devient une voix immatérielle et finit par se fondre aux éléments de la nature.

Un très beau récit, tout en retenue, entre tragédie familiale, contemplation, mélopée et légende, qui nous fait découvrir un élément fondateur de la culture coéenne.

Délicieusement suranné.

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6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 21:40
INDE

Babyji

Editions Héloïse d’Ormesson, 2007

Voici le roman qui a fait soufflé un vent de modernité sur les lettres indiennes en 2007. L’auteur, jeune femme née en 1974, y dépeint la vie d’une jeune étudiante indienne, très studieuse, très mûre, qui découvre tout à coup son homosexualité. Ce sont trois femmes (rien que ça !) qui vont lui faire découvrir l’amour et la sensualité. Et pas n’importe quelle femme ! Puisque dans la société indienne très cloisonnée des castes, Babyji (un diminutif qui veut dire bébé) va se lier avec Rani, la bonne de la maison (alors qu’elle appartient à la caste des brahmanes), puis avec Linde, une femme mûre divorcée et enfin avec Sheela, une lycéenne amie. Le thème est bien sûr l’éveil de la sexualité mais pas seulement !

L’auteur va à contre courant de tous les principes fondamentaux qui régissent l’Inde : il est inacceptable de se lier à une bonne et d’entretenir des relations d’égales à égales avec ses aînées. Il s’agit donc bien d’un vibrant appel à la modernisation de la société indienne fermée dans ses carcans.

Evoquant explicitement la Lolita de Vladimir Nabokov, Babyji veut faire l’expérience de sa liberté dans sa sexualité, des relations et aussi dans son avenir : comme elle le dit, elle ne veut pas devenir une machine à laver humaine ! C'est une femme forte qui ne laisse personne lui dicter sa vie.

Il s’agit donc d’abord d’un récit d’initiation et d’émancipation aux forts accents subversifs. La constellation de personnages qui gravitent autour de la Lolita est très attachante : la domestique confidente et amante qui veut quitter son mari violent, Linde, la femme libre coupable de son amour pour Babyji, Sheela, la jeune fille fausse timide qui s’émancipera aux côté de sa camarade, et aussi trois figures masculines intéressantes : l’ami confident Vidur, incarnation de la sagesse, son père, le très subversif Adit, double de Humbert Humbert dans Lolita, qui lorgne de façon lubrique l’amie de son fils et enfin, le lycéen Chakra Dev, l’enfant terrible qui met des préservatifs sur le pupitre des filles…

Ce roman est vraiment le plus frais que j’ai lu depuis longtemps ! Il vous met un punch d’enfer ! Les personnages sont hauts en couleur, les dialogues sont drôles et percutants.

L’écriture originale, très métaphorique, reprend le champ lexical scientifique car Babyji adore la physique et la chimie et tente d’appliquer ses cours de physique quantique à la vie quotidienne et à ses relations amoureuses.

Ce roman va aussi à contre courant des préjugés et des idées toutes faites sur les castes. En effet, Abha Dawesar situe son roman dans un lycée des années 2000 touchée par la loi du Mandal, qui instaure une discrimination positive pour les castes inférieures à l’entrée à l’université. Si bien que l’élite des brahmanes se retrouve souvent sans poste et est obligée d’immigrer à l’étranger…Une alarme est donc pointée sur tout ce qui va à l’encontre du mérite…

Un roman foisonnant, revigorant qui détone vraiment. Ouvrez-le vite !!!

 

Quelques extraits :

« J’étais en train de lire un livre en vogue sur la théorie du chaos, d’après lequel le chiffre trois impliquait le chaos. Je désirais le chaos parce que grâce à lui je pourrais créer mon modèle personnel. Je regardais les beaux objets fractals illustrant le volume et voyais Sheela, Linde et Rani dans l’un d’eux, s’amenuisant au fur et à mesure, le motif se répétant à l’infini. Je refermai le livre, convaincue d’avoir bien choisi la façon de mener ma vie. Le chaos était la physique moderne, c’était la science d’aujourd’hui. »

« Je m’étais divisée, à la manière d’un atome, en une foule d’électrons et de neutrons. Chaque particule subatomique dansait avec une personne différente et vivait sa vie propre. Mais tout mon être, mon être tout entier, m’existait pour personne sinon moi. »

 

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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 10:15

INDE -

indienmilliardaire.jpg

Editions Belfond, 2006

Voici un premier roman qui a fait le tour du monde en cette année de l'Inde. Voici les ingrédients de cette success story : une histoire picaresque d'un jeune indien qui rencontre des personnages hauts en couleurs, un formidable panorama de l'Inde contemporaine et une caricature rocambolesque du jeu international Qui veut gagner des millions ? 


Ram Mohammad Thomas est un jeune garçon orphelin à qui est est arrivé bien des malheurs. Mais, à dix huit ans, la chance lui sourit. A dix-huit ans, alors qu'il est serveur sans le sou, il gagne un milliard à la célèbre émission de jeux télévisé ! Tricherie ou culture encyclopédique ? Toujours est-il que le lendemain, il est arrêté pour tricherie par la police, à la demande du producteur de l'émission. On cherche à lui faire avouer sa tricherie sous la torture. Alors qu'il clame son innocence, une mystérieuse avocate vient payer sa caution et l'invite chez lui 
Ram va lui raconter son étrange vie et comment il est arrivé à répondre aux 10 questions sans tricher...

Et là, suspens insoutenable ! Chacun des 10 chapitres raconte un épisode de la vie de Ram et se termine par la question posée ; grâce à l'école de la rue,notre héros est parvenu à répondre aux 10 questions. Un beau pied de nez à l'élite cultivée !

 A travers les aventures picaresques du jeune Ram, c'est un portrait bigarré de L'inde contemporaine qui nous est décrit : affrontements entre les communautés hindoue et musulmane, cinéma Bollywwod, bidonvilles, exploitation des orphelins et des prostituées, tourisme... Les aventures du héros nous font rencontrer des personnages hauts en couleurs : une actrice de Bollywood en plein déclin mélodramatique, un prêtre pédophile, un mafieux exploiteur d'enfants et de prostituées, un diplomate australien magouilleur, une prostituée bien attachante...Entre temps, Ram sera devenu serveur, domestique, guide touristique et redresseur de tords !

Un vrai conte moderne qui s'inspire de la tradition picaresque mettant en scène les aventures quotidiennes des gens du peuple.

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 22:32

JAPON

Prix Akutagawa, 1950

Voici l'un des plus célèbres récits de la littérature japonaise. Il s'agit d'un court récit d'une centaine de pages construit autour de trois lettres et d'une introduction. C'est bien sûr la construction originale du roman qui a fait sa célébrité : les différents récits jouent sur le masque et l'illusion : les secrets se dévoilent petit à petit et construisent une intrigue autour de trois personnages principaux : un homme, sa femme, sa maîtresse et le fille de cette dernière...

Il s'agit en fait d'un drame en 4 parties :

L'introduction met en scène l'écrivain qui publie dans un magazine un poème faisant le portrait d'un chasseur mélancolique ; quelques mois plus tard, il reçoit une lettre de l'homme qui s'est reconnu dans ce portrait ; il lui envoie trois lettres de femmes qui vont expliquer petit à petit l'attitude mélancolique de l'homme en question...

La première lettre est écrite par la fille de la maîtresse de l'homme juste après le suicide de sa mère. La jeune fille vient de découvrir dans le journal intime de sa mère qu'elle avait une liaison avec un homme marié depuis des années. Cet homme était le mari de la servante de sa mère...

La deuxième lettre, signée par la femme du mari adultère révèle un deuxième secret : elle lui demande le divorce car elle savait depuis longtemps la liaison des deux amants...

La troisième lettre, signée par l'amante qui vient de se suicider révèlera un troisième secret à l'homme tant aimé...

L'intrigue met en scène des voiles, des masques qui tombent de façon successive. Les quatre personnages sont enroulés dans un noeud de mensonges qui causera leur perte.

Retenons les très beaux passages définissant la nature humaine : l'image du serpent qui fait naître un second moi caché mais qui se révèle peu à peu, l'amour devient un ruisseau souterrain au lieu d'être une rivière s'épanchant au soleil. Comme toujours dans la littérature japonaise, la nature est très présente et poétise les rapports humains.

La forme du récit repose savamment sur une énigme : pourquoi l'homme rencontré et décrit dans le poème est-il si solitaire et mélancolique ? Le lecteur comprend peu à peu, par petite touche ...

Une oeuvre belle et énigmatique.

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12 février 2007 1 12 /02 /février /2007 16:29

INDE (Bengale) - 1917

Editions Les Belles Lettres "La voix de l'Inde"

Vous avez sans doute vu le film Devdas en 2002, qui a remporté de multiples prix et un succès public. Mais on a en revanche très peu entendu parler du livre qui est à l'origine des neuf adaptations cinématographiques de Devdas depuis 1928 !

Ce roman a été écrit 1917 au Bengale. L'histoire est devenue une légende extrèmement populaire en Inde au même prix que Tristan et Yseult ou Roméo et Juliette en Europe. Comme ces derniers, les deux héros sont des amoureux maudits.

Devdas, le fils d'un riche propriétaires terriens, et Parvati, fille de riches commerçants, ont vécu leur enfance ensemble et sont promis l'un à l'autre. Mais la famille de Devdas, l'une castre plus élevée que la famille de Parvati, refuse le mariage. Alors que Parvati se marie à un riche veuf, Devdas noie son chagrin dans l'alcool. Au cours de sa longue déchéance, il rencontrera une prostituée, Chandramoukhi, qui tombe amoureuse de lui et qui est prête à tout abandonner pour lui. Mais le destin sera inexorable...

Je vous conseille fortement de lire la véritable histoire qui est beaucoup moins caricaturale que le film; les personnages y sont beaucoup moins manichéens. Bien qu'on y sente le rôle majeur des  castes, les parents ne sont pas d'infâmes personnages qui humilient les inférieurs. Les deux amoureux sont eux aussi beaucoup plus nuancés : ils ont un côté égoïste et violent.

Surtout, la figure de Chandramoukhi, la prostituée, est beaucoup plus développée. La pécheresse est transfigurée par son rôle de bienfaitrice. Elle apparaît comme une Marie-Madeleine qui secourt les pauvres et les malades. Il s'agit d'un personnage très attachant que l'on retrouve d'ailleurs dans beaucoup de films indiens. L'un des plus connus, Assoiffé de Guru Dutt, met également en scène une prostituée qui défend un artiste en l'aidant à publier ses poèmes. Elle apparaît comme la seule "belle âme" dans un univers hostile.

On peut reprocher certainement le côté un peu désuet de cette histoire mais les âmes sensibles seront touchées !

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24 décembre 2006 7 24 /12 /décembre /2006 14:48

JAPON

Année de parution en France : 1960

 

Yukio Mishima, sûrement le plus connu des écrivains japonais, est entré dans la légende en se suicidant par hara-kiri en 1970, à l'âge de 45 ans. La vie de Mishima a toujours été synonyme de scandale : tentative de coup d'Etat, homosexualité revendiquée, oeuvre mêlant toujours Eros et Thanatos.

 Bien que je sois passionnée par la littérature japonaise, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’œuvre de l’écrivain mythique. J’avais commencé il y a quelques années Les amours interdites et m’étais arrêtée en cours de route. J’ai donc attendu, ai découvert d’autres auteurs japonais que j’adore (Tanizaki, Kawabata, Soseki, Dazai, Endo…) et suis enfin revenue à Mishima avec Le pavillon d’or. Une œuvre mystérieuse, assez difficile à saisir mais qui vous laisse un souvenir impérissable.

 

Mishima s’inspire d’un fait divers qui s’est produit juste après la Seconde Guerre Mondiale, lorsqu’un jeune bonze  shintoïste de Kyoto incendie par dépit l’un des plus célèbres temples de la région, le Pavillon d’Or. Le roman oscille donc entre respect de la tradition et révolte et nihilisme.

 

Mishima retrace donc à son idée l’itinéraire de ce mystérieux pyromane dans la peau du personnage de Misogushi. Jeune homme de 19 ans, il entre comme novice au Pavillon d'Or. La mort de son père ne l'émeut guère et il voue une haine féroce à sa mère. Laid et bègue, il se réfugie dans la solitude. Il semble attiré par une étrange cruauté. Seul le Pavillon d'Or fait naître en lui une étrange fascination. Pour lui, le temple incarne la Beauté suprême. Il passe son temps à l'admirer.

Mais lorsque la sensualité s'éveille en lui, qu'il prend des rendez-vous galants, le Pavillon d'Or s'interpose constamment entre la femme et lui. Misoguchi va donc prendre la décision de l'incendier, par haine de la beauté. Car la beauté semble être un obstacle à la vraie vie...

Mishima nous dresse un portrait peu conventionnel de la vie des moines dans les temples ! Ils fréquentent les prostituées et sont présentés comme des créatures du mal. On retiendra tout particulièrement l'ami du héros, Kashiwagi, être infâme aux deux pieds bots, qui n'est pas sans rappeler le diable. Tout se passe juste après la Seconde Guerre Mondiale lors de l'occupation américaine du Japon. Tout est teinté de nihilisme et de déclin. Que ce soit les soldats ou les moines, les japonais semblent gagnés par le mal et la dégénérescence.

L'amour ou la sensualité semblent être des vains mots. Les rencontres entre le héros  et une femme tournent toujours à l'échec. Est-ce une allusion à l'homosexualité de l'auteur ?

Le Japon de référence de Mishima est celui de la tradition : il nous décrit des paysages sublimes alliant la majesté de la nature (les étangs, les couchers de soleil...) à la beauté de l'architecture religieuse des temples bouddhistes et shintoïstes. De multiples passages sont de la poésie pure comme par exemple cet événement fondateur lorsque Misogushi surprend une scène d'adieu entre un soldat qui part sur le front et sa fiancée :

"Sans rien chnger à sa pose parfaitement protocolaire, la femme, tout à coup, ouvrit le col de son kimono. Mon oreille percevait persque le crissement de la soie frottée par l'envers raide de la ceinture. Deux seins de neige apparurent. Je retins mon souffle. Elle prit dans ses mains l'une des blanches et opulentes mamelles et je crus voir qu'elle se mettait à la pétrir. L'officier, toujours agenouillé devant sa compagne, tendit la tasse d'un noir profond.

Sans prétendre l'avoir , à la lettre, vu, j'eus du moins la sensation nette, comme si cela se fût déroulé sous mes yeux, du lait blanc et tiède giclant dans le thé dont l'écume verdâtre emplissait la tasse sombre - s'y apaisant bientôt en ne laissant plus traîner à la surface que de petites tâches - , de la face tranquille du breuvage troublé par la mousse laiteuse"

Laissez-vous donc envoûter par les beautés du Japon éternel à l'époque de son déclin.....

 

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