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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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18 mai 2006 4 18 /05 /mai /2006 21:37

INDONESIE

Gallimard, "Du monde entier", 2004

Ananta Toer (pour faire plus simple), qui vient de mourir à l'âge de 80 ans, est le plus grand écrivain contemporain indonésien. Régulièrement cité comme candidat au Prix Nobel, il s'est rendu célèbre par son combat politique contre la puissance coloniale hollandaise et ensuite contre le régime dictatorial de Suharto. Son engagement politique lui valut d'être incarcéré pendant de nombreuses années, avant d'être assigné à résidence pendant encore près de vingt ans.

Gadis Pantaï, son dernier roman, dénonce la condition féminine au sein de la société musulmane.

Au début du vingtième siècle, la fille d'un pécheur de l'île de Java est courtisée par un aristocrate. Le "Banduro" la demande en mariage et l'emmène dans son palais. A 14 ans, Gandis Pantaï ("la fille du rivage" en Indonésien) quitte ses parents et va être catapultée dans un monde étranger où elle va apprendre la soumission. Grâce à sa vieille servante, elle va faire l'apprentissage de sa nouvelle vie. Une menace pèse sur le destin de la jeune fille. Apparemment, elle n'est pas sa première femme...De plus, la vieille servante est renvoyée pour avoir accusé de vol l'un des neveux du "Banduro". C'est alors qu'une autre servante, qui n'est autre que la cousine "déguisée" du mari, la remplace. Que cache cette manigance? Lorsque Gandis Pantaï retournera dans son village pour voir ses parents, elle découvrira progressivement la tragique  vérité....

Ce roman analyse avec finesse les conséquences de l'ascension sociale d'une jeune fille. Chez les Nobles, elle est censée être obéissante et inactive. Chez les pauvres, lorsqu'elle revient au village, elle apparaît comme un Dieu vivant sur lequel il ne faut point poser son regard. Les relations humaines deviennent artificielles aux deux extrémités de la société. Le père n'ose plus marcher à côté de sa fille et sa mère ne souhaite plus qu'elle entre dans la cuisine. Son arrivée au village ne suscite que rancoeurs et conflits...Ne rendant compte de cette absurdité, Gadis Pantaï choisira d'assumer son destin...mais à quel prix ...

Cette oeuvre n'est pas un énième roman à thèse sur la défense des libertés féminines. C'est aussi un grand roman nous faisant découvrir un pays méconnu. Toer oppose le monde des pécheurs, monde de la liberté, au monde urbain, source de vices. Le roman est bourré de rebondissements qui retardent  le dénouement.

Je vous conseille donc de découvrir cet écrivain méconnu. Ce n'est pas tous les jours que l'on lit de la littérature indonésienne !

Cela m'a donné envie de rester dans la région et de découvrir un peu plus la littérature indienne. A part Salmann Rushdie et VS Naipul, je ne connais pas grand monde....

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28 avril 2006 5 28 /04 /avril /2006 21:24

CHINE- LITTERATURE FRANCOPHONE

Editions de l’Aube, 2006

 

Wei-Wei est une écrivain d’origine chinoise émigrée en France puis en Angleterre qui s’est fait connaître en France avec Fleurs de Chine, portrait de femmes chinoises.

Les Zhuang sont l'une des nombreuses minorités nationales chinoises.

Dans son dernier roman témoignage, elle nous raconte sa jeunesse en tant qu’étudiante à la fin de la Révolution Culturelle : son rêve d’enfant était de devenir médecin. Malheureusement, la Révolution impose aux étudiants d’aller se « ressourcer » dans les campagnes et de faire un travail manuel. Elle se retrouve alors dans un petit village du Guangxi à piquer le riz et à pousser la charrue.

 

Un beau jour, le maire du village vient lui annoncer une nouvelle merveilleuse : elle est convoquée par une université ! Wei Wei s’imagine déjà étudiante en médecine. Mais, surprise : les universitaires lui demandent d’étudier le français pour les besoins de l’Etat ; la Chine a besoin d’interprètes pour une mission humanitaire en Afrique francophone !!!

 

Wei-Wei n’a pas le choix : elle doit se plier aux injonctions de l’Etat  et oublier ses rêves de petite fille.

 

La voila donc en apprentissage forcé du français, apprentissage plutôt bizarre : marches militaires et traduction de slogans. Un jour, en pénétrant dans une bibliothèque, elle découvre des trésors et ouvre Les Misérables de Victor Hugo. Puis vient la révélation de la bibliothécaire : les textes en français étudiés en classe sont des traductions de textes politiques chinois !

 

Wei Wei va donc passer outre l’idéologie et découvrir clandestinement notre culture et notre langue dans les grands classiques : Hugo, Baudelaire, Balzac, Gide….Le premier texte lu sera Les Misérables ! La passion de la culture française est en train de naître ….

 

L’écrivain nous livre ainsi ses difficultés à apprendre la langue française mais aussi l’immense plaisir qu’elle éprouve. Les passages les plus intéressants sont ceux où elle compare les deux langues : lorsqu’elle ne comprend pas que nous conjuguions les verbes en plusieurs temps, quand elle n’arrive pas à distinguer les noms masculins et féminins….

 

Au contraire, elle trouve la langue française très pauvre dans certains cas : pour les Chinois, il y a un mot différent pour dire « oncle » : le frère aîné ou cadet du père, de la mère….

 

Elle rattache ces différences à une philosophie différente : deux conceptions différentes du temps (en Chine, on ne peut influer sur le temps contrairement à l’Occident) ; les chinois ont le respect des hiérarchies familiales alors que l’Occident compte surtout sur les individualités.

 

On retrouve le même schéma que dans Balzac et la petite tailleuse chinoise de Daï Sijie : Wei Wei découvre la littérature française et trouve le chemin de son émancipation : elle refuse de se marier avec un garçon « imposé » par ses parents et trouve l’amour avec un jeune étudiant. Le roman prend alors des allures de roman d’apprentissage.

 

Un bon petit roman très réaliste sur l’histoire contemporaine chinoise.

 

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11 avril 2006 2 11 /04 /avril /2006 22:21

ROMAN ANGLO-JAPONAIS

Editions des Deux Terres, 2006

Kazuo Ishiguro est un auteur anglo-japonais qui vit en Angleterre depuis l’âge de cinq ans. Décoré de l’Ordre de l’Empire Britannique et chevalier de L’ordre des Arts et des Lettres en France, on lui doit notamment Les Vestiges du jour, l’histoire d’amour entre un majordome et une servante, adapté au cinéma par James Ivory, avec Emma Thompson et Anthony Hopkins.

Son dernier roman est une pure merveille. Il conjugue le classicisme des romans anglais au mystère de la littérature japonaise. Mais le mystère, le fantastique, sont très feutrés et apparaissent tout en douceur.

 

Voici l’histoire : à l’école d’Hailsham, les élèves sont élevés dans un cadre idyllique, dans la campagne anglaise,à l’abri des attaques du monde extérieur. Mais des rituels nous semblent très bizarres : les professeurs sont des « gardiens ». Très souvent, on organise des ventes d’objets venus de l’extérieur pour enrichir la collection personnelle des élèves. Tout semble fait pour développer les talents artistiques des élèves ; « Madame », une mystérieuse femme habillée en tailleur gris, vient souvent prendre les œuvres des élèves pour les emmener dans « La galerie ».

Pourquoi les gardiens veulent-ils à tous prix développer les talents artistiques des élèves ? Quelle est cette mystérieuse galerie ? Vous ne le saurez qu’à la fin…

On découvre petit à petit que l’avenir des élèves ne sera pas idyllique : on devine qu’ils deviendront des donneurs d’organes alors que d’autres seront des « accompagnants ». Tout est si bien décrit que l’on a à aucun moment l’impression de lire un roman fantastique. Ishiguro ne décrit à aucun moment l’aspect physique des futurs donneurs. On sait juste à un moment qu’ils font peur. A nous d’imaginer leurs visages. Tout est fait pour créer un univers réaliste.

L’auteur centre l’histoire sur trois amis en particulier : Kath, Tommy et Ruth. Kath deviendra « accompagnante », infirmière des donneurs. Tommy et Ruth formeront un couple de donneurs. L’histoire de ce trio suscite une très forte émotion. Ensemble, il chercheront à élucider le mystère de leur destinée.

Ce roman est avant tout une grande aventure humaine très loin de ces pseudo romans d’anticipation scientifique. Il nous invite à méditer sur le lien entre morale et science mais aussi sur le statut de l’art.

A vous de le découvrir !

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9 mars 2006 4 09 /03 /mars /2006 22:27

Depuis quelques années, des écrivains chinois émigrés en France font le succès des librairies. La plus connue est bien sûr Shan Sa avec La joueuse de Go

La joueuse de go

L'histoire d'amour entre un officier nippon et une jeune chinoise au temps de l'occupation de la Chine par le Japon....


On peut également citer François Cheng avec L'éternité n'est pas de trop, le Tristan et Yseult asiatique.

Voir l'article http://passiondeslivres.over-blog.com/article-1857219.html


 En beaucoup moins connu, on peut citer la jeune Wei Wei révélée en France avec Fleurs de Chine (Editions de l'Aube, 2001) : un portrait de plusieurs femmes de l'Histoire de la Chine, chacune portant un nom de fleur.

Fleurs de Chine

Elle nous revient cette année avec Une fille Zhuang (Editions de l'Aube) son autobiographie en nous contant comment elle a appris le français. D'abord destinée à la Médecine, elle est contrainte d'apprendre le français par les autorités chinoises car elles ont besoin d'interprètes pour partir en Afrique Francophone.

Une fille Zhuang

C'est alors qu'elle s'aperçoit que les textes étudiés sont en fait des textes chinois traduits laborieusement par des chinois !!! Mais à force d'obstination, elle finit par trouver un exemplaire des Misérables. C'est grâce à ce livre qu'elle découvrira la culture française...

J'ai hâte de lire ce précieux témoignage....


Enfin, il faut citer le célèbre Balzac et la petite tailleuse chinoise de Dai Sijie qui parle de la présence de la culture française en Chine au temps de la Révolution Culturelle.

Deux intellectuels sont envoyés en rééducation dans la campagne chinoise. Ils cachent dans leur malle des écrivains interdits par la censure tels que Voltaire, Rousseau ou Balzac. Une jeune campagnarde découvre ces trésors... Elle fera alors l'apprentissage de la liberté grâce à ces ouvrages...Un livre magnifique sur la lecture et la culture vues comme instrument de libération.

 

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5 mars 2006 7 05 /03 /mars /2006 11:41

THAILANDE

Seuil, 2005

Voici le premier auteur thaïlandais que je lis. Sangsuk nous emmène dans la jungle, monde à la fois luxuriant et mafélique.

L'auteur met en scène, le révérend père Tiane, un vieux bonze qui raconte le soir au coin du feu des légendes de son pays ni tout à fait vraies ni tout à fait fausses. Lorsqu'il s'était rendu en pèlerinage en Inde et qu'il s'était trouvé nez à nez avec une horde d'éléphants ou lorsqu'il avait combattu un cobra...

Mais ce soir là, Tiane va brusquement changer de ton lorsqu'il décide de raconter aux enfants du village pourquoi il est devenu bonze: à la fin du siècle dernier, un tigre saming , mangeur d'hommes dont l'âme maléfique de la victime l'habite, a transformé la vie du jeune Tiane en véritable tragédie.

Sangsuk change brusquement de ton au quart du roman: au début, le lecteur a l'impression que l'auteur lui raconte toutes les légendes magiques de son pays. Puis brusquement, le récit se focalise sur la vie du bonze et sur son combat avec le tigre.

Ce livre est un hommage vibrant au monde de la jungle: Sangsuk nous décrit avec beaucoup d'érudition la flore et la faune de son pays. Chaque élément est minutieusement décrit dans des phrases amples proches de l'incantation. Il livre également une réflexion sur la place de l'homme au sein de la nature sans oublier de faire un constat sur l'évolution des milieux naturels en Thaïlande: disparition progressive de la jungle remplacée par des routes et des clubs touristiques. L'auteur décrit la lutte de l'homme contre son destin et contre la mort.

Ce récit n'est pas sans rappeler Le vieux qui lisait des romans d'amour de Luis Sepulveda, qui traitait lui aussi d'un affrontement majestueux entre un vieux gringo et un tigre. On peut aussi citer Le vieil homme et la mer d'Hemingway.

Sangsuk vénère apparemment le combat entre l'homme et l'animal :  l'un de ses romans, Venin, met en scène un jeune gardien d'élevage amputé d'une main, qui lutte contre un cobra de l'autre main.

Un récit vraiment riche et dépaysant qui nous fait froid dans le dos.

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24 février 2006 5 24 /02 /février /2006 18:00

Belfond, 2006

Voici le dernier opus du grand écrivain japonais Haruki Murakami. Je n'avais lu que La course au mouton sauvage, l'un de ses premiers romans, qui était déj0 bien étrange.

Là, côté étrange, on ne peut pas faire mieux ! Voici l'histoire: un jeune japonais de 15 ans, Kafka Tamura, fait une fugue pour échapper à une étrange malédiction: celle qui déclare qu'un jour, il tuera son père et couchera avec sa mère et sa soeur...ça ne vous rappelle rien !

Mais la tragédie oedipienne de Sophocle est vite dépassée pour donner lieu à un roman surnaturel sur les rêves et l'inconscient. Après la fuite de Kafka, nous faisons la connaissance d'un étrange bonhomme nommé Nakata, devenu idiot pendant l'enfance suite à un coma inexpliqué. Nakata semble pourtant avoir des dons extraordinaires puisqu'il sait parler aux chats ! Si bien que ses voisins l'"embauchent"pour retrouver leurs chats perdus. La recherche d'un chat va le mettre sur la piste d'un étrange tueur de chats qui les décapite pour voler leur âme et construire une flûte....vous suivez toujours? Il va donc être poussé par une force obscure à le tuer. Il faut bien sûr deviner que c'est le père de Kafka. Au même moment, Kafka se réveille d'un étrange sommeil avec la chemise ensanglantée. Et s'il avait provoqué la mort de son père en rêve? Car la responsabilité commence dans l'imagination, comme le disait le poète Yeats. C'est alors que se produisent des faits inexpliqués: des poissons et des sangsues tombent du ciel...

Les destins de Nakata et de Kafka vont progressivement se liés. Les chapitres font alterner le parcours de Kafka et celui de Nakata.

Roman d'apprentissage, réflexion sur le destin, pouvoir des rêves et de l'inconscient. Voici les thèmes principaux de l'oeuvre.

Murakami mêle les grands mythes occidentaux (Oedipe mais aussi Orphée aux enfers lorsque Kafka descend au pays des morts pour voir sa mère) aux légendes nippones ( les esprits vivants qui peuvent prendre possession et contrôler des corps contre leur gré). Avec ses 600 pages, le roman se lit d'une traite. Le romancier nous hypnotise littéralement même si nous ne comprenons pas tout. Il faut tout de même être familiarisé avec ce genre d'univers; si vous êtes adeptes du roman réaliste, ce roman n'est pas pour vous ...

Mais en même temps, Murakami nous parle un langage universel fondé sur l'inconscient freudien. Il a matérialisé dans ce roman le meurtre symbolique du père et l'amour charnel de la mère.Ce japonais adepte du métissage des cultures est sans aucun doute l'écrivain le plus inventif de la littérature mondiale actuelle.

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13 février 2006 1 13 /02 /février /2006 23:03

COREE DU SUD

Editions Picquier 1998

Ce roman a fait fureur en Corée du Sud il y a quelques années ; son auteur est considéré comme le chef de file de la nouvelle littérature coréenne. Pour ce premier roman, il crée le scandale en évoquant le suicide dans un pays à tradition bouddhiste. La Corée du Sud nous est dépeinte comme un pays ultramoderne où l'art vidéo côtoie les courses de voitures...

Le narrateur est un esthète du crime qui cite des tableaux célèbres de meurtres comme La mort de Marat ou La mort de Sardanapale de Delacroix. Il part à la recherche de ses victimes pour les convaincre de se suicider.

Ecrivain à ses heures, il nous livre plusieurs récits mettant en scène plusieurs de ses victimes. L'écrivain brouille les pistes en mettant au premier ses victimes dans plusieurs chapitres où il se cache; la révélation ne vient qu'à la fin.

Lorsque qu'on lit la quatrième de couverture, on se dit: "Chouette, un nouveau Yoko Ogawa mêlant Eros et Thanatos". La construction est trop alambiquée et je n'ai pas retrouvé le charme éminnement sulfureux de la littérature asiatique. Ce qui étonne, et ce qui est sans doute un tour de force de la part de Kim Yong-Ha, c'est que le lecteur s'attend à entendre monologuer le tueur par procuration. C'est le contraire qui se produit ; il ne fait qu'introduire l'histoire et rend hommage à ses victimes par le moyen de l'écriture....

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5 février 2006 7 05 /02 /février /2006 14:51

VIETNAM

Editions de l'aube, 2005

Nguyên Huy Thiêp, né en 1950, est le plus grand écrivain vietnamien avec Duong Thu Huong (voir Au delà des illusions). Il a l'habitude d'écrire de petits récits sur le Vietnam traditionnel (Le coeur du tigre, Conte d'amour après la pluie).

Pour son premier vrai roman, il nous livre ici le récit d'un jeune garçon de vingt ans qui rompt les rangs, quitte le domicile parental et sombre dans la drogue. Ce récit est apparemment fortement inspiré de la propre expérience de l'écrivain en tant que père.

Une grande partie du livre décrit la ville tentaculaire de Hanoï qui broie la jeunesse de ses habitants: la jeune génération est fortement occidentalisée, va dans les cybercafés et regarde American Beauty à la télé. Khuê, fils d'écrivain, ne se reconnaît pas dans le modèle imposé par l'école et sa famille. Il va donc errer dans les rues de Hanoï, découvrant la prostitution et la drogue. Après une longue descente en enfer, il redécouvrira le sens de la vie en s'isolant pour un temps sur une île déserte et en redécouvrant le monde de vie traditionnel.

Ce roman nous intrigue tout d'abord par son langage cru incarnant la révolte d'une génération perdue. Nulle poésie dans ce récit; juste la vérité criée à la foule des lecteurs. Il n'y a qu'à lire les premières lignes:

"Je m'appelle Khuê. J'ai vingt ans cette année. Et je vais vous dire franchement: personne ne capte rien. Tenez, ma famille, par exemple. J'ai un père, une mère, un grand frère qui sont cons comme leurs pieds. "

Mais Huy Thiêp est un grand écrivain humaniste: ce récit est d'abord un grand roman d'apprentissage où le héros révèle petit à petit sa sensibilité; le lecteur est fortement marqué par la fin du roman qui exalte les rapports père-fils. Khuë qui rejetait au début le métier de son père finit par honorer la figure de l'écrivain.

On peut cependant regretter un trop grand manichéisme entre la description de la ville , mère de tous mes vices où se pervertit la jeunesse et le Vietnam traditionnel incarné par une île de pêcheurs qui fait redécouvrir les vrais valeurs à Khuê. Le changement de point de vue est un peu trop brusque !

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2 février 2006 4 02 /02 /février /2006 19:43

Vietnam, Editions Picquier, 1996

Ouvrage écrit en 1887

Née en 1947, Duong Thu Huong est une figure emblématique des lettres vietnamiennes. Etant l'écrivain de son pays le plus traduit au monde, elle doit sa célébrité à ses prises de position contre le régime dictatorial et sa défense des droits de l'homme.

Ses livres sont interdits de publication au Vietnam; elle fut incarcérée pendant sept mois en 1991 et vit depuis en résidence surveillée à Hanoï. Soldat pendant la guerre de Vietnam, elle fit partie du parti communiste pendant de nombreuses années. Mais après avoir critiqué le népotisme et la corruption, elle fut exclue du parti.

Par sa plume, elle dénonce justement les injustices de l'Etat Vietnamien totalitaire et prône la liberté de l'individu. Ses oeuvres sont aussi un vibrant appel à la liberté féminine.

Son plus célèbre roman, Au delà des illusions, a été le livre de chevet de toute une génération: il s'agit du magnifique portrait de Linh, une enseignante, qui quitte son mari, journaliste, qui s'est compromis avec le régime totalitaire. Ce dernier a renié ses idéaux de la révolution pour assurer sa sécurité familiale. Contre le bien-être et la richesse matérielle, Linh préfère la liberté et la vérité. Elle va donc s'attirer la foudre de toute la communauté qui l'accuse d'adultère. En effet, elle tombe amoureuse d'un compositeur..Devant la pression des parents d'élèves, elle devra quitter son poste d'institutrice...

Ce livre est magique à plus d'un titre. Tout d'abord, Duong Thu Huong met en lumière le conflit existant entre la liberté individuelle et l'Etat qui intervient dans la vie privée.  Elle nous fait également connaître la soumission des intellectuels (professeurs, journalistes, peintres, compositeurs) qui doivent se soumettre aux hommes de pouvoir corrompus pour survivre.

Au delà du message délivré, le charme du livre vient surtout de l'histoire éminemment romanesque: il s'agit d'un beau roman d'apprentissage d'une femme qui parvient à se libérer des conventions sociales et du pouvoir des hommes. Le personnage de Linh est magnifique et incarne le courage. Elle parvient à faire changer son mari, Nguyen, qui refuse à la fin la soumission à l'Etat. Ce dernier est lui aussi très attachant: c'est d'abord un homme meurtri qui ne peut se remettre du départ de sa femme. Amour, illusions et désillusions et aussi message d'espoir sont présents.

Enfin, la description de la nature (les arbres, les rizières), l'attention portée aux saisons ainsi à la vie quotidienne des vietnamiens nous enchantent....

Un extrait:

" Linh regarde tranquillement sa douleur. Pour lui, elle a accepté tant de malheurs. Mais elle s'est réveillée, elle a grandi. L'être humain ne sera jamais adulte tant qu'il s'en remet à d'autres pour sa dignité, à des idoles nimbeées d'étoiles et de lumière. Il ne doit croire et espérer qu'en lui-même, car ce sont ses propres pas qui l'amèneront au fin fond de son existence"

Bonne lecture....

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1 février 2006 3 01 /02 /février /2006 12:09

Ryunosuke Akutagawa (1892-1927)- Rashômon

Rashômon est surtout célèbre pour son adaptation au cinéma par le célèbre Kurosawa.

L'intrigue est simple: une femme accompagnée de son mari est violée par un vagabond. Mais tout le talent d'Akutagawa repose sur l'emboîtement des récits qui se contredisent: chacun des trois protagonistes prend la parole à tour de rôle et raconte sa propre histoire si bien que le lecteur a une vision floue des événements: le mari est-il venu en aide à sa femme? L'épouse a-t-elle fui avec son agresseur? Y-a-il eu suicide?

Nous ne le saurons jamais....

Akutagawa est l'un des plus grands écrivains japonais. Il a surtout écrit des nouvelles. A signaler que le Prix Akutagawa est le prix littéraire le plus pestigieux du Japon.

Dans le recueil de nouvelles édité par Gallimard Folio, Rashômon est accompagné d'un magnifique récit mettant en scène un peintre de la cour impériale qui recherche un jeune modèle pour peindre un carrosse en feu. Cette nouvelle est une réflexion sur la cruauté et le rapport entre l'art et le mal. Frisson garanti ...

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