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Microfictions, Gallimard, 2007

Régis Jauffret vient de remporter le Prix France-Culture-Télérama avec son roman Microfictions. Je n'ai pas lu son dernier opus, mais je trouve que ce prix est amplement mérité !
Son style est inimitable : il allie à la verve de la langue un humour décapant et une imagination débordante ! A coup sûr, c'est l'une des voix les plus originales de la littérature française contemporaine. Parmi ses oeuvres les plus connues (que j'ai lues), on peut citer Univers, Univers (une bourgeoise faisant cuire son gigot un dimanche midi s'imagine 1000 vies différentes : elle devient un chien, un braqueur de banque, un homosexuel...Une parodie acerbe de Madame Bovary ou Mrs Dalloway !) ou encore Asile de fous où le beau-père est engagé comme plombier pour dire à la belle-fille que son fils la quitte !
Vous l'aurez compris, Régis Jauffret est le romancier de personnages déjantés, sombrant dans la folie la plus décoiffante. Il renie les techniques romanesques traditionnelles : pas de psychologie, de description; les personnages sont d'abord des voix qui s'incarnent dans un discours débridé (c'est en cela qu'on peut le rapprocher de Lydie Salvayre). Microfictions, sur 1000 pages, rassemble 500 discours de deux pages ; ces récits rassemblent toute la basse et la méchanceté humaine (des histoires de viols, de meurtres...). Certains pourront critiquer le côté "malsain" de ses histoires. Mais rappelons avec André Gide qu'"il n'y a pas de bonne littérature avec de bons sentiments".
Je trouve que Jauffret fait preuve d'originalité et d'humour à côté de tous ces auteurs qui prônent l'autofiction...
Je vous conseille de lire l'article de Télérame qui lui est consacré cette semaine. Dans cet interview, Jauffret fait une brillante analyse de la littérature :
"Je ne veux pas faire le trottoir (entendez: écrire des livres insipides) pour que les gens me lisent. Si je devais répondre au besoin du lecteur lambda, j'entrerais alors dans l'industrie éditoriale, je répondrais aux études de marketing. La littérature, c'est tout le contraire. L'art ne va pas vers les gens, c'est à eux de faire le pas vers lui. Pour lire, il faut être volontaire"
Une leçon à méditer !
Avez-vous déja lu un roman de Régis Jauffret ? Qu'en pensez-vous ?