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Titre paru en 1936

Editions Gallimard Folio
Ce gros roman (600 pages) est la deuxième oeuvre de Céline après Voyage au bout de la nuit. On a reparlé beaucoup de ce roman avec la sortie de son adaptation en bande dessinée par Jacques Tardi (que je n'ai pas lue).
Mort à crédit est le récit autobiographique de l'enfance et de l'adolescence de Ferdinand. Ce dernier grandit dans le second arrondissement de Paris, dans le quartier des petits commerçants qui périclitent peu à peu. Ses parents sont de modestes boutiquiers qui s'endettent pour assurer un avenir décent à leur chérubin. Mes le Ferdinand en question fait des siennes, couche avec les patronnes, se fait escroquer et se fait renvoyer de tous ses postes. Tout le roman est constellé d'échecs, de mort, de noirceur. Après une échappée à Londres où tout périclite également, Ferdinand se lie avec un inventeur loufoque qui est un escroc.
Ce roman est une véritable descente dans la boue et dans la violence. Des passages sont une accumulation de détails morbides : la jambe de la mère de Ferdinand qui s'infecte, la cervelle de l'inventeur qui explose après son suicide....Mort à crédit est un véritable cri de haine et de désespoir : le style inimitable de Céline est fondé sur l'emploi de phrases très courtes, ponctuées de points de suspension et d'exclamation.
Céline invente la littérature fondée sur l'oralité ; l'oeuvre littéraire n'est plus un objet sacralisé, poétique mais une émanation de la "merde" du monde. Jurons, argot, insultes, scatologie : voici les fondements de l'écriture de Céline qui révolutionna l'écriture romanesque dans les années 30.
Même si je ne suis pas forcément sensible à ce genre d'écriture, il faut reconnaître le caractère très novateur de ce style. Des écrivains contemporains se réclament d'ailleurs de leur ancêtre : on peut citer par exemple la Prix Nobel Elfriede Jelinek ou la française Lydie Salvayre.

Ce que j'ai préféré dans ce roman, c'est la description du Paris du début du siècle : nous sommes littéralement immergés dans un monde d'innovations techniques ( l'Exposition Universelle de 1910, le début de l'électricité). Parallèlement, le monde des petits commerçants disparaît peu à peu : le titre Mort à crédit désigne l'endettement des boutiquiers qui se plient en quatre pour pouvoir subvenir à leur besoin.
Etes-vous fan de Céline ? Avez-vous lu la BD de Tardi ?