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Editions POL, 1985

Textes écrits en 1945
Pour les lecteurs allergiques au style très elliptique de Duras, cet ensemble de textes autobiographiques écrits pendant la Seconde Guerre Mondiale peuvent être une bonne entrée en matière pour découvrir la vie de l'écrivain.
Ce sont des textes classiques qui ne soulèvent pas des problèmes de compréhension. Le premier texte qui donne son nom au recueil est le plus connu et le plus émouvant; il fut écrit en 1944-45, au retour du mari résistant de Duras, Robert Antelme, du camp de concentration de Buchenwald. Ce récit décrit l'attente terrible après la libération de Paris lorsque Marguerite se demande si "Robert L" est mort ou vif puis son retour tragique lorsqu'il n'est plus qu'une loque humaine, atteinte du typhus.
Rares sont les récits contant le retour des camps de la mort. Celui-ci, en évitant toute effusion lyrique, est pourtant rempli d'émotions. Même si elle choisit la sobriété, Duras nous apparaît en femme très fragile, éprouvée par l'attente interminable. Les phrases très courtes, hachées, ponctuées d'interrogations épousent parfaitement l'état d'esprit très anxieux de Duras. Elle met l'accent sur la différence entre le calvaire des femmes qui attendent les déportés et la joie, la liesse qui accompagnent la fin de la guerre.
Les pages décrivant la lutte pour la vie de Robert Antelme sont magnifiques et très dures. A noter que ce dernier racontera son expérience concentrationnaire dans L'espèce humaine en 1948, bien avant la publication de La douleur. Chef d'oeuvre que je n'ai malheureusement pas lu.
Les autres récits nous font un portrait de Duras résistante très atypique : elle n'hésite pas à se faire invitée par un membre de la Gestapo pour mieux le piéger. On la voit également assistant à la torture d'un collabo et séduite par un allemand arrêté à la libération.
Loin de l'hermétisme ou du scandale de certains écrits, La douleur nous rend plus proche cet immense écrivain.