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VIETNAM

Editions Sabine Wespieser, 2006
Voici le dernier opus de la plus célèbre écrivaine vietnamienne contemporaine. Je vous avais déjà présenté Au delà des illusions qui mettait en scène une femme idéaliste qui quittait son mari ayant profité du népotisme des communistes.
Avec Terre des oublis, Duong Thu Huong nous livre encore une fois un magnifique portrait de femme après la guerre du Vietnam.
Alors qu'elle rentre d'une journée en forêt, Miên a la surprise de retrouver Bôn, l'homme qu'elle avait épousé quatorze ans auparavant. Ce dernier avait été déclaré mort à la guerre . Miên s'est remariée avec Hoan, un riche propriétaite terrien, qu'elle aime et avec qui elle a eu un enfant. Mais face à la pression de la communauté villageoise, Miên se résigne à faire son devoir et à retourner vivre avec son premier mari.
Elle tente désespérément de se réhabituer à son humble condition : elle quitte sa belle maison pour aller vivre dans une vieille hutte délabrée ; Bôn, passionnément amoureux, est devenu un être physiquement détruit qui ne peu plus travailler. Mais il désire coûte que coûte un enfant malgré son impuissance...Hoan, le riche commerçant, respecte la décision de son épouse et part vivre en ville ...
Au fil de 800 pages qui se lisent très facilement (un petit peu moins d'une semaine...), la romancière passe de l'un à l'autre des personnages du triangle amoureux. La narration plonge par épisodes dans le passé des trois personnages qui sont tous des victimes des conventions sociales. Hoan a été marié de force très jeune à une jeune femme intrigante ; Miên doit suivre les coutumes qui poussent les jeunes femmes à aller vivre avec les martyrs de la guerre. Enfin, on apprend que Bôn a été lui aussi marié de force à une jeune laotienne qui l'a sauvé dans la jungle. Les différents monologues intérieurs expriment les regrets et les devoirs des trois victimes de l'Histoire.
Duong Thu Huong évite cependant tout misérabilisme car au plus profond du désespoir, les personnages gardent une dignité certaine. Tous trois forcent l'admiration du lecteur, y compris Bôn qui est pourtant une loque humaine. Tout au long des 800 pages, le lecteur s'interroge sur l'issu de ce drame ce qui installe un certain suspens au coeur de l'étude psychologique.
Une nouvelle fois, l'écrivaine nous livre une profonde réflexion sur les rapports entre la liberté individuelle et les grands principes moraux et politiques. L'individu semble écrasé par le poid de l'opinion. Nous apprenons qu'après la guerre du Vietnam, des mariages étaient organisés entre de jeunes vierges et les invalides de guerre.
Et puis il y a cette poésie dans la description des paysages : brumes laiteuses, champs de poivriers, description de la jungle...
Un écrivain incontournable à découvrir...