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Prix Nobel de Littérature 2005

Gallimard, Le Manteau d'Arlequin, pièce créée en 1957
L'anniversaire est la pièce la plus célèbre d'Harold Pinter avec Le gardien. Harold Pinter a créé ce que l'on a appelé le "Théâtre de la menace": des inconnus apparemment dangereux font irruption dans un univers banal pour s'emparer d'une victime terrorisée mais presque consentante.
Je ne connaissais que de nom ce grand dramaturge anglais et il faut dire que j'ai été un peu déconcertée. Car à mon avis, sous des allures de vaudeville, ce théâtre fait la part belle à l'absurde et à la réflexion philosophique.
Voici l'intrigue: Meg et Peter tiennent une pension de famille au bord de la mer: leur quotidien est très banal puisqu'il consiste à se servir le repas et lire le journal. Ils n'ont qu'un seul pensionnaire, l'étrange Stanley Weber, une sorte de loque vivante: il se lève tard le matin, critique le petit déjeuner préparé par Meg et n'a aucun métier officiel. Le quotidien banal va être bouleversé par l'irruption de deux êtres Goldberg et Mccann. Meg décide de fêter l'anniversaire de Stanley mais ce dernier semble absent de lui-même et totalement indifférent.
Au cours de cette soirée, les deux visiteurs vont peu à peu "prendre en main" Stanley pour le remettre sur le droit chemin, le "réveiller". Mais que penser de cette action? La scène fait plutôt penser à un enlèvement: au fur et à mesure, Stanley est de plus en plus inactif et se laisse dicter sa conduite. Il s'agit alors d'une mise en scène du rapport maître /esclave. Certaines critiques y ont vu une allusion à la déportation des juifs, à la manière expéditive des SS d'enlever les juifs de chez eux.
Cette pièce est aussi une réflexion sur le langage: les scènes sont souvent des dialogues de sourd Alors que dans les pièces traditionnelles les personnages dialoguent intelligemment, se parlent, s'écoutent et se répondent, Pinter dépeint des discussions basées sur le langage parlé, avec tous ses défauts et ses incohérences. Il n'hésite pas à utiliser ce que l'on n'utilise habituellement jamais au théâtre, à savoir des fautes de syntaxe, des tautologies, des pléonasmes, des répétitions et des contradictions internes.
On peut faire allusion au théâtre de l'absurde: on ne sait pas qui sont les personnages qui interviennent subitement dans la vie quotidienne et bouleversent le destin des autres. C'est aussi et surtout une profonde réflexion sur la condition humaine et sur les rapports de domination. L'une des dernières répliques est très significative: "Ne les laissez pas dire ce que vous devez faire!" Harold appelle à la liberté, au refus de toute forme de domination de l'homme sur l'homme...