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L'esprit des péninsules -2005

Pierre Jourde, l'auteur de La Littérature à l'estomac, critique acerbe de la tentation "nombriliste" de la littérature contemporaine, renoue avec son talent de pamphlétaire, jetant ses foudres contre le système éducatif.
Dans ce roman touffu (plus de 500 pages), un jeune professeur obtient son premier poste dans la ville mystérieuse de Logres, ville provinciale de l'Est. Gilles Saurat se retrouve en plein cauchemar du mammouth. Ses élèves sont de jeunes brutes banlieusardes qui ne savent pas aligner deux mots. Racket, viol, sévices de tous genres font le quotidien de l'établissement scolaire. Face à cette violence gratuite, Saurat, en bon pédagogue optimiste, croit encore aux vertus de l'éducation et du système scolaire. Il doit faire face aux propos de son collègue plus âgé, le "sarkosyste " de service qui prône la sévérité et la fermeté mais aussi au mastodonte éducatif et à son centre de formation (caricature des IUFM) , bureaucratie kafkaïenne et ubuesque à la fois. Jourde épingle avec férocité la pédagogie et la didactique, faite de sigles insignifiants. Le discours de rentrée du principal est une pièce d'anthologie ! Entre les Animateurs de la Communauté éducative, les apprenants et les Animateur général de Vie éducative , la FFPEP et l'UPE, on a de quoi y perdre son latin !!!! Jourde affirme avoir vu tous ces sigles dans des circulaires !!! Pour lui, l'école a souffert d'un trop grand laxisme et de la bureaucratie qui étouffe l'esprit.
Mais Jourde ne s'en tient pas à un pamphlet simpliste contre le système éducatif. Son roman plonge peu à peu dans rêve et dans le fantastique: Saurat est logé dans une villa mystérieuse et fantomatique où rôde la "veuve froide": son mari, collectionneur de manuscrits érotiques, a disparu mystérieusement dans les eaux écossaises. La maison semble respirer la mort : la poussière, les ombres et les bruits semblent faire croire à une présence fantômatique. Ces passages, l'atmosphère m'ont fait penser aux paysages de Julien Gracq. Saurat, le candide intellectuel, dévot des bons sentiments, va être peu à peu attiré par le mal et le vice en découvrant "l'enfer", le coin secret de la bibliothèque du défunt propriétaire. Il est invité aux réceptions de la "veuve froide" réunissant les notables de la ville, s'adonnant à la sexualité la plus débridée et aux sciences occultes. Le roman devient alors un magnifique roman d'initiation: le professeur intellectuel, suant de bonne conscience, découvre la bassesse de ses instincts inconscients. Il découvre le mal et la vraie nature de l'homme.
De plus, la raison raisonneuse laisse la place aux rêves et à la folie: Jourde nous promène entre réel et fantastique; son écriture métaphorique utilise abondamment le langage du théâtre; le professeur dévoile la vérité du monde. Pour son plus grand plaisir, le lecteur vogue entre réel et fantasmagories qui à s'y perdre....