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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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17 janvier 2006 2 17 /01 /janvier /2006 22:55

L'Arche Editeur, 2005

Voici la pièce qui a fait scandale au dernier Festival d'Avignon: une pièce de l'un des plus grands metteurs en scène-chorégraphe-plasticien du monde. Il part du postulat suivant: l'homme est constitué à 75 % de liquide: larmes, sang, urine, sueur.. Mais la Raison occidentale a renié ses sécrétions en les rejetant du côté de l'animalité.

Le chevalier du désespoir, le personnage central, héros du Moyen Age est le Don Quichotte des sécrétions : Il est fier de ses larmes, de sa sueur et de son urine. Mais ses larmes ne sont pas comprises; avec le chevalier, deux autres personnages jouent un rôle: un chien, le philosophe grec Diogène qui cherche un homme; il n'en rencontre que de pâles copies, des êtres qui ont renié leur nature première. Puis il y a le rocher, figure féminine, Niobé, qui vit périr ses enfants et qui fut condamnée à devenir une roche aride.

Je ne me prononcerai pas sur la mise en scène que je n'ai pas vu à Avignon mais je trouve que le texte est d'une grande poésie incantatoire. Jan Fabre mélange le mythe et l'Histoire et nous fait prendre conscience que nous ne sommes pas un esprit désincarné comme voudrait nous faire croire la science.

Je vous laisse découvrir quelques extraits:

"Et on nous enseigne

ce qu'interdisent la loi et la coutume

que notre sueur

notre pisse

nos larmes

sont dangereuses

et ne doivent pas être vues

L'oeil de la Renaissance

ne peut-il concevoir cela...

"la sueur peut refroidir l'extase et transmettre l'amour

la pisse peut étouffer la mèche et éteindre le feu

Les larmes ont du pouvoir et le pouvoir de persuasion

Le corps qui pleure peut entraîner une transformation magique du monde....

Que notre fluide glacial

jaillisse de notre corps

que nos corps en pleurs comme des énergies pulsatiles, comme de sublimes oeuvres d'art

suscitent l'admiration, donnent du plaisir, apportent l'extase et transmettent la sagesse

sublimes oeuvres d'art qui sont inconsolables et impossibles à étancher..."

Un belle hommage rendu à nos sécrétions....

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Published by Sylvie - dans Théâtre
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11 janvier 2006 3 11 /01 /janvier /2006 11:03

THEATRE JEUNESSE

Arche Editeur, "Théâtre Jeunesse", 2001

Après Le gardeur de silences, j'ai choisi de vous présenter une autre pièce jeune public de Fabrice Melquiot, auteur prolifique aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes.

L'histoire se passe à Naples et raconte la vie de deux amis d'enfance: Mimmo, devenu policier, incarne la raison alors que Perlino Comment est un personnage hurluberlu, vendeur de parasols. Nous les suivons des bancs de l'école à la vieillesse et à la mort en passant par les conquêtes amoureuses.

Quelle originalité, quelle poésie ! Nous avons l'impression d'assister à la représentation d'un conte plutôt qu'à une pièce de théâtre.

Le personnage de Perlino est une pure merveille de sensibilité et de fantaisie. Alors qu'il perd la mémoire suite à une maladie, il décide de partir à la recherche des émotions pures " : "On ne vit bien qu'avec elles, avec leur souvenir au moins. Le souvenir des émotions pures de quand on est petit. Sinon être grand est une chose trop dure, c'est de l'escalade et on tombe, on se brise les jambes." Quelle merveilleuse description de l'enfance....Il va donc observer les visages de la colère, de la tristesse et de la joie... grâce au visage d'Alba, une petite fille pour qui il va construire une machine volante:

"Alors, la joie pure, c'est de pouvoir s'envoler très près du ciel, ouvrir la bouche et gober les nuages nains, les oiseaux qui fredonnent à l'oreille des chansons de tous les pays où ils ont migré et je comprends toutes les paroles ...et je vole sans me poser , je vole comme si je n'avais pas de pattes..."

Alba s'envole dans le ciel et redescend lorsqu'elle est en âge de se marier avec Perlino...Pendant ce temps, il écrit des poème à une statue qui lui ressemble.

Une fois mariés, Perlino utilisera de milles stratagèmes pour préserver son amour: il repeint toutes les
pièces, fait déménager les voisins...A l'heure de la mort, Perlino part faire une croisière sur les Iles Eoliennes. Et si la mort était une croisière, et le paradis une plage?

Melquiot nous embarque dans un monde enchanteur où chaque période de la vie est une véritable voyage. Ce jeune auteur né en 1972 n'a pas fini de nous étonner. Sa pièce Bouli Miro est déjà au répertoire de la Comédie Française...

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Published by Sylvie - dans Théâtre
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8 janvier 2006 7 08 /01 /janvier /2006 16:15

THEATRE JEUNESSE

Ecole des loisirs, "Théâtre", 1998

Joël Jouanneau est, avec Fabrice Melquiot (Le gardeur de silence), le principal représentant du théâtre pour jeune public en France (il écrit également pour les adultes et a mis en scène Beckett et Lagarce).

Jouanneau signe ici une jolie histoire d'amitié entre Aldébaran, un vieil homme qui enseigne à un enfant les joies du cyclisme. Sur les routes de campagne, il lui apprend les secrets du village, le nom des fleurs et des oiseaux, les champignons comestibles ou vénéneux.

Puis un jour, ils rejoignent le Tour de France. L'enfant veut à tout prix gagner mais le vieil homme va lui enseigner la vraie valeur des choses: pourquoi vouloir toujours gagner ?

Cette fable deviendrait moralisatrice si la fin ne nous réservait pas quelques surprises : le "dernier rayon" tombe sur le vieil homme...Une fin très poétique et très émouvante...

Récit d'apprentissage, amitié intergénérationnel, réflexion sur la fin de vie... A réserver pour les enfants à partir de 9 ans et aussi pour les grands enfants...

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16 décembre 2005 5 16 /12 /décembre /2005 19:59

Editions POL,1996

Valère Novarina est une voix unique dans la littérature française contemporaine. A la fois photographe, peintre, cinéaste et dramaturge, ses pièces ne cherchent pas à signifier le monde mais à honorer le langage poétique.

Voici la trame principale du Repas : une centaine de personnages burlesques se réunissent pour dévorer le monde: parmi eux, l'avaleur jamais plus, le mangeur d'ombre, l'enfant d'outre bec, la mangeuse ouranique , Jean qui dévore corps et L'homme mordant ça. Ces derniers se décident à manger le monde. Mais en dévorant le monde, ils réfléchissent sur la condition humaine: "lorsque nous mangeons, nous échangeons des choses mortes contre du vivant. Manger, c'est échanger la vie", "Nous dévorons le monde mais le temps nous dévore".

L'absurdité de la vie humaine est un prétexte pour énumérer sans fin des phrases et inventer des mots : le principe de ce théâtre est l'énumération de mots inventés (ici, des aliments): "nous mangeons des ramasilles, dec l'abonde, de la rapée et des aglands; beauseigne ! nous mangeons des banaches, des beluches, des babets, des barabans......". Le langage semble être la seule réalité du monde ce qui n'est pas sans rappeler le théâtre de Beckett.

Parler pour remplir le vide de la vie... Présence du burlesque mais aussi réflexion subtile sur la condition humaine...

Lecteurs rationnels, passer votre chemin... Par contre, Novarina, en oubliant la recherche du sens, réconcilie théâtre et invention poétique.

La parole de Novarina est à entendre. Mais il faut attendre la prochaine adaptation !

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23 novembre 2005 3 23 /11 /novembre /2005 19:33

Prix Nobel de Littérature 2005

Gallimard, Le Manteau d'Arlequin, pièce créée en 1957

L'anniversaire est la pièce la plus célèbre d'Harold Pinter avec Le gardien. Harold Pinter a créé ce que l'on a appelé le "Théâtre de la menace": des inconnus apparemment dangereux font irruption dans un univers banal pour s'emparer d'une victime terrorisée mais presque consentante.

Je ne connaissais que de nom ce grand dramaturge anglais et il faut dire que j'ai été un peu déconcertée. Car à mon avis, sous des allures de vaudeville, ce théâtre fait la part belle à l'absurde et à la réflexion philosophique.

Voici l'intrigue: Meg et Peter tiennent une pension de famille au bord de la mer: leur quotidien est très banal puisqu'il consiste à se servir le repas et lire le journal. Ils n'ont qu'un seul pensionnaire, l'étrange Stanley Weber, une sorte de loque vivante: il se lève tard le matin, critique le petit déjeuner préparé par Meg et n'a aucun métier officiel. Le quotidien banal va être bouleversé par l'irruption de deux êtres Goldberg et Mccann. Meg décide de fêter l'anniversaire de Stanley mais ce dernier semble absent de lui-même et totalement indifférent.

Au cours de cette soirée, les deux visiteurs vont peu à peu "prendre en main" Stanley pour le remettre sur le droit chemin, le "réveiller". Mais que penser de cette action? La scène fait plutôt penser à un enlèvement: au fur et à mesure, Stanley est de plus en plus inactif et se laisse dicter sa conduite. Il s'agit alors d'une mise en scène du rapport maître /esclave. Certaines critiques y ont vu une allusion à la déportation des juifs, à la manière expéditive des SS d'enlever les juifs de chez eux.

Cette pièce est aussi une réflexion sur le langage: les scènes sont souvent des dialogues de sourd  Alors que dans les pièces traditionnelles les personnages dialoguent intelligemment, se parlent, s'écoutent et se répondent, Pinter dépeint des discussions basées sur le langage parlé, avec tous ses défauts et ses incohérences. Il n'hésite pas à utiliser ce que l'on n'utilise habituellement jamais au théâtre, à savoir des fautes de syntaxe, des tautologies, des pléonasmes, des répétitions et des contradictions internes.

On peut faire allusion au théâtre de l'absurde: on ne sait pas qui sont les personnages qui interviennent subitement dans la vie quotidienne et bouleversent le destin des autres. C'est aussi et surtout une profonde réflexion sur la condition humaine et sur les rapports de domination. L'une des dernières répliques est très significative: "Ne les laissez pas dire ce que vous devez faire!" Harold appelle à la liberté, au refus de toute forme de domination de l'homme sur l'homme...

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31 octobre 2005 1 31 /10 /octobre /2005 00:00

Actes Sud -Papiers, 2003

Toutes les trois minutes, une ferme disparaît dans le monde... Souriez !"

Cette constatation caustique donne corps à une pièce complètement loufoque. Les deux comédiens, accompagné d'un musicien, invitent le public à se souvenir joyeusement de la campagne d'antan : scènes bucoliques d'un repas l'été sous la treille, du lait moussu et crémeux qui gicle des pis de la vache, des bals sous les lampions où guinchaient les femmes et les hommes en habits du dimanche, de l'odeur fétide du lisier... La pièce dresse aussi l'inventaire des grandes inquiétudes du monde rural d’aujourd'hui : les quotas de production, la désertification des campagnes, le statut des agriculteurs, la politique agricole commune. Mais aussi l'apparition des organismes génétiquement modifiés, de la dioxine, listéria et autres prions, de la mal-bouffe et la bouffe-folle, l'agriculture partant à vau-l'eau... Le spectacle se termine dans un grand délire burlesque : un frisson futuriste d'une campagne aseptisée, rationalisée, incolore, inodore et silencieuse où tous les légumes et fruits pousseraient hors sol !

Cette pièce peut faire penser à une oeuvre burlesque dans la lignée d'Alfred Jarry: mêlant interviews de vieux paysans et chants de canards et d'artichauds qui nous livrent leur mal de vivre ! Pour couronner le tout, Durif met en scène son double qui ,poursuivi dans un champ de tournesols fanés par des experts de toutes sortes, tente d'écrire sur l'agriculture !

Eugène Durif, l'un des dramaturges français les plus prometteurs, s'est inspiré de véritables interviews de paysans du Limousin. C'est drôle, original et tellement vrai !

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30 octobre 2005 7 30 /10 /octobre /2005 00:00

Angleterre

Arche éditeur, 2004

Après vous avoir parlé de L'amour de Phèdre et de 4h48 Psychose, j'ai eu envie de faire un article sur la première pièce de Sarah Kane, celle qui l'a fait connaître en provoquant un scandale au Royal Court Theatre de Londres.

Cette pièce rappelle la tragédie grecque mais Kane pratique la surenchère dans la cruauté: sang, violence et sexualité sont les maîtres mots de la pièce.

Il y a unité de lieu et de temps: la pièce se déroule dans une chambre d'hôtel de luxe en Angleterre. Dehors, la guerre civile gronde (Kane s'est apparamment inspirée de la guerre en ex-Yougoslavie et aussi de la guerre civile en Irlande). Ian, un journaliste dépravé plus ou moins espion, fumeur et alcoolique retient plus ou moins prisonnière Cate,une jeune fille qu'il insulte et viole. La jeune fille a des crises d'épilepsie lorsqu'elle s'énerve mais semble accepter son aliénation sexuelle et mentale.

Au deuxième acte, alors que Cate est sortie, un soldat pénètre dans la chambre pour demander à manger. C'est alors que les rapports de force basculent. Ian, le dominateur, se fait violer et arracher les yeux par le soldat.

Au dernier acte, alors que l'apocalypse gronde à l'extérieur, Cate revient dans la chambre avec un bébé orphelin et découve Ian agonisant. A partir de là, la violence devient encore plus crue: le cannibalisme fait son entrée...

Mais le pardon affleure: dans cette pièce, l'amour, la compassion est plus forte que la violence...Kane semble s'être inspiré du syndrome de Stokholm qui engendre chez la victime une admiration et un amour pour le bourreau.

Sarah Kane nous replonge avec brio dans les grands thèmes de la tragédie antique où le sang et la violence n'étaient pas tabous. Kane a remis au goût du jour avec brio ce genre de pièce.  

Si quelqu'un entre vous a vu cette pièce sur scène, j'aimerais bien qu'il me décrive la mise en scène.Je sais qu'elle a été jouée au Festival d'Avignon cet été. Comment sont abordées les scènes de cannibalisme et de sexualité?

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21 octobre 2005 5 21 /10 /octobre /2005 00:00

Pièce écrite par Faulkner en 1951

Mise en scène d'Albert Camus en 1956

Hier soir, je suis allée voir la pièce Requiem pour une nonne, sur une mise en scène de Jacques Lassalle au Théâtre Athénée-Louis Jouvet à Paris. Une pièce née de deux des plus grands génies littéraires du XXe siècle, Faulkner et Camus. Quel plaisir devant ce mélange de roman policier et de tragédie grecque ! Le mal, la faute de personnages face à leur destin et un suspens insupportable...

Impossible de parler de Requiem pour une nonne sans évoquer Sanctuaire,un autre chef d'oeuvre de Faulkner (voir mon article). L'action se déroule huit ans après Sanctuaire. Rappelez-vous: Temple Drake, jeune collégienne de bonne famille, sort un soir avec son petit ami Gowan, totalement ivre. Après un accident de voiture, ils atterrissent dans un débit de boisson clandestin. C'est dans cet endroit sordide que Temple est violée par Popeye, un mauvais garçon, qui l'enlève et la séquestre dans une maison close de Memphis. ..

On retrouve dans Requiem les mêmes personnages huit ans plus tard; Gowan a épousé Temple pour se faire pardonner son infamie lors de cette soirée fatale. Le rideau s'ouvre sur la condamnation à mort de Nancy Mannigoe, la nurse noire, qui a étranglé l'enfant du couple. Pourquoi a-t-elle commis ce geste désespéré? Temple va peu à peu révéler son secret au gouverneur, poussé par son oncle, avocat de la pauvre prostituée noire.

Cette magnifique pièce prend la forme d'un roman policier à suspens: le spectateur découvre peu à peu ce qui s'est réellement passé le soir du meurtre. Découverte du secret mais aussi du mal enfoui dans la psychologie des personnages. Sous ses allures de dame bourgeoise qui a gagné une respectabilité, Temple a bien des choses à cacher. Car le passé, l'infamie ne peuvent s'empêcher de refaire surface. ...

On retrouve les thèmes favoris de Faulkner: emprise du mal, culpabilité et désir de rédemption. Camus a évoqué l'influence de la tragédie grecque: les personnages faulknériens doivent vivre avec une souillure originelle et accepter leur destin. La servante noire, ancienne prostituée, incarne la figure de la rédemption: pour sauver sa maîtresse blanche, elle est prête à mourir...

Je vous recommande chaudement la pièce: le langage est limpide et les comédiens sont excellents.

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14 octobre 2005 5 14 /10 /octobre /2005 00:00

THEATRE JEUNESSE

Arche Editeur, 2003

Fabrice Melquiot est un jeune dramaturge né en 1972 qui a déjà à son actif plus de dix pièces aussi bien pour le jeune public que pour les adultes. Il est l'un des rares jeunes auteurs à être joué sur les scènes parisiennes. L'une de ses pièce pour la jeunesse, Bouli Miro a été joué au Studio Théâtre de la Comédie Française.

Son univers très particulier est empli de poésie et de sensibilité: Le Gardeur de silences met en scène un grand-père et sa petite-fille souffrant tous deux d'un handicap: Séraphin Huppe est un vieux monsieur dont les jambes ne marchent plus; il vit chez ses enfants et Saéna, sa petite-fille aveugle qui le soigne lorsque ses parents de sont pas là.

Séraphin a été autrefois bruiteur dans les feuilletons et les documentaires. Il inventait des bruits et les capturait dans des cassettes. Si bien qu'il a tout enregistré de son passé: la voix de sa femme décédée, la naissance de sa petite fille et les mille et un bruitages du monde. Pour qu'il va sa vie défiler, il demande à sa petite fille de lui sortir son "carton à bruits" où il a enregistré sa vie. Attentive aux sons, la petite aveugle apprend le monde et le vieux monsieur se réfugie dans ses souvenirs...

Au cours de la soirée, Séraphin va délivrer un joli message à sa petite fille en lui apprenant le goût du silence: lui qui a eu sa vie envahie de bruits car il avait peur du silence et de lui-même. Il va alors montrer à Saéna le goût du silence entre les mots pour mieux les déguster: il vont alors prendre le temps de goûter les mots, de les prononcer.

Melquiot fait l'éloge à la fois de la parole sacrée et du silence: il distingue la voix du passé (le souvenir des voix tues), les voix du jour (la conversation courante) et la voix du dedans (la pensée). Ces voix se succèdent dans la pièce créant une sorte de rythme musical. Cette pièce pleine d'émotion, cette leçon de vie est accompagnée d'une bonne dose d'humour !

A lire et à voir absolument y compris pour les adultes !

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11 octobre 2005 2 11 /10 /octobre /2005 00:00

Pièce créée en 1983

Editions de Minuit,  1990

Voici l'une des pièces les plus connues de Marguerite Duras, entrée au répertoire de la Comédie Française en 2002. Elle a été créée en 1983 en l'honneur de Madeleine Renaud qui joue la vieille dame.

Cette pièce est un dialogue entre deux femmes: Madeleine, une vieille comédienne qui perd peu à peu la mémoire. Chaque soir, la "jeune fille" vient lui rendre visite; nous apprenons par la suite qu'il s'agit de sa petite fille. Chaque soir, la "Jeune fille" l'oblige à lui raconter la même histoire, une sorte de mythe: une jeune femme sur "une pierre blanche au milieu de la houle" tombe amoureuse; il s'agit d'une passion folle, qui aura pour issue la mort; car la jeune fille de l'eau s'est noyée volontairement le jour de la naissance de sa fille au large de Savannah Bay.

Ce conte est l'histoire de la fille de Madeleine: c'est le récit des origines de la jeune fille qui est en quête d'identité, à la recherche de son passé.

En la poussant à raconter cette histoire dont elle n'a que des bribes de souvenirs, la jeune fille fait atrocement souffrir sa grand-mère mais lui crie en même temps son amour; car la relation est fusionnelle entre ces deux femmes. C'est de la relation ambigüe entre ces deux femmes que naît la richesse de la pièce.

Cette pièce est une réflexion sur la mémoire qui engendre la douleur pour la mère qui a perdu sa fille mais aussi une quête d'identité pour la jeune fille.

La poésie de Savannah Bay naît de la suggestion, du pouvoir des images dans un décor d'une pauvreté absolue. Car les deux femmes sont censées être présentes sur une scène où il n'y a qu'une table et trois chaises. Eclairées par un projecteur, elles vont faire naître grâce au pouvoir de la parole les paysages de l'Indochine: les marécages, la mer où va se jouer le drame d'Eros et de Thanatos (la rencontre des parents puis le suicide). On retrouve tute la poésie des paysages d'Un barrage dans le pacifique et de L'amant.

Pour apprécier cette pièce, je pense qu'il faut la lire plusieurs fois. Elle peut déconcerter comme toutes les oeuvres de Duras. Puis , petit à petit, on se laisse envoûter, même si l'on a pas tout compris....

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