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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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1 mai 2006 1 01 /05 /mai /2006 12:43

JEUNE PUBLIC

Actes Sud Papiers, 1995

Catherine Anne est directrice du Théâtre de l'Est parisien. Elle y met en scène des auteurs contemporains et fait beaucoup d'action culturelle en direction des scolaires. Ses pièces, dont certaines ont été écrites pour la jeunesse, ont toutes été jouées à Paris ou en banlieue parisienne. Ses pièces sont publiées chez Actes Sud et à l'Ecole des Loisirs et sont traduites en plusieurs langues.

Ah là là, quelle histoire ! a été un grand succès depuis 1994 et est toujours joué actuellement. Catherine Anne s'est inspirée des contes de notre enfance pour créer une nouvelle histoire.

Elle met en scène la rencontre entre Pouce-Pouce, le petit fils du Petit Poucet et Petite Peau, petite fille de Peau d'Ane. Ils se retrouvent tous les deux perdus dans la forêt défendue, remplie de maléfices ! Pouce-Pouce a été chassé par ses parents très pauvres et ses six gros frères alors que Petite Peu fuit son père qui veut l'épouser. Mais avec sa peau de bête puante, elle n'est pas très séduisante !

Petite Peau et Pouce Pouce vont devoir déjouer les pièges et les maléfices de la forêt. Ils vont tout d'abord rencontrer Boustifaille, la fille de l'Ogre. Elle veut d'abord les manger puis leur demandent de fuir pour éviter d'être dévorés par son père. Mais avant de partir, Pouce-Pouce a dérobé les bottes de "700 kilomètres" ! Puis ils vont rencontrer une vieille sorcière qui va les faire trimer et enfin une fée. Car, heureusement, les contes finissent bien !

Ce joli conte pour petits et grands est une merveille de fantaisie et d'humour. Le dialogue est truffé de jeux de mots et les strophes sont en rimes. Catherine Anne reprend des chansons populaires en les détournant :

"Bougonnons dans les bois pendant qu'on s'embête bête,

si on s'embêtait pas, on bougonnerais pas....."

Cette pièce basée sur le détournement de contes et de chansons traditionnels est vraiment très agréable à lire et à raconter à vos enfants !

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28 avril 2006 5 28 /04 /avril /2006 21:28

Editions de l’Arche, 2006

Voici une pièce de mon dramaturge contemporain préféré, Fabrice Melquiot. Je vous ai déjà présenté de lui plusieurs pièces pour les enfants comme Perlino Comment et Les petits mélancoliques. http://passiondeslivres.over-blog.com/article-1710459.html

 

Fabrice Melquiot, c’est bien sûr du théâtre, mais c’est aussi beaucoup de poésie ; à chaque pièce, nous avons l’impression d’être transporté dans un conte merveilleux.

 

Je suis allée voir pour la première fois une mise en scène de l’une de ses pièces à Paris au Proscenium, une toute petite salle près de Nation. Un spectacle formidable qui parvient à rendre captivant un personnage qui soliloque.

 

L’Inattendu est le monologue d’une femme qui pleure son amant disparu. Comme la plupart des pièces pour adultes de Melquiot (C’est ainsi mon amour que j’appris ma blessure, Percolateur blues ) ce monologue symbolise le personnage de l’individu solitaire en quête de l’autre. Il s’agit d’un discours amoureux alors que l’être aimé est absent.

 

La poésie vient ici du fait que les souvenirs de l’amour perdu et l’avenir possible sont symbolisés par des flacons de verre de différentes couleurs, bleu de Prusse, rouge Saturne, vert bouteille ou jaune sable. A chaque acte, apparaît comme par magie un flacon qui éveille des souvenirs. Liane, le personnage soliloquant, le saisit, l’ouvre et respire les souvenirs ou imagine l’avenir….

 

Liane vit terrée dans sa maison avec ses flacons souvenirs. Puis un jour, elle va ouvrir les flacons où elle va respirer les possibilités de l’avenir. Un flacon rouge sang apparaît : il s’agit d’ un « garçon boucher » qui vient la courtiser. Mais elle n’est pas encore prête à faire le deuil de son ancien amour. De plus, elle n’aime ni le sang, ni la viande !

 

Puis vient un flacon terre de Sienne où Liane respire tous les malheurs du monde, les guerres, la pauvreté, bien plus terribles que ses propres larmes. Puis elle revient au bout de cinq ans dans sa maison ; le pont est détruit ; un milicien lui propose de traverser la rivière. L’amour renaît grâce à l’Inattendu …

 

Les flacons de verre multicolores sont vraiment une idée de génie ! On se retrouve avec une scène où les bouteilles apparaissent de nulle part …

 

Comment mettre en scène, théâtraliser de manière dynamique un soliloque de 45 pages ? Ici, au Proscenium, le metteur en scène a choisi de faire déclamer le texte par deux actrices différentes : l’une, habillée en maîtresse de maison très sobre, représente le deuil et la tristesse. L’autre, habillée en robe de soirée rouge, symbolise plutôt l’espoir en l’avenir. Le garçon boucher est une petite marionnette sortie d’un flocon, tenue par la femme en rouge. Enfin, l’Inattendu est un acteur qui reste en retrait, dans l’ombre pendant les 99 % du spectacle !!!La mise en scène parvient à matérialiser les rêves et les espoirs de Liane. La preuve que l’on peut théâtraliser et rendre vivant un monologue ….

 

 

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24 avril 2006 1 24 /04 /avril /2006 10:51

ALLEMAGNE

Pièce notamment mise en scène par Emmanuel Demarcy-Motat en 2001 au Théatre de la Commune à Aubervilliers

Voici une pièce de théâtre inspirée de l'Histoire révolutionnaire tout comme La mort de Danton de Büchner ou Le souper de Jean-Claude Brisville.

Peter Weiss(1913-1982) est l'un des plus célèbres dramaturges allemands du 20e siècle.Il a créé Marat-Sade en 1963.  

Le dramaturge s'inspire du séjour de Sade à l'hospice de Charenton où il fut interné de 1801 jusqu'à sa mort en 1814 pour délits de moeurs. Lors de ce séjour, il a créé de nombreuses pièces en faisant jouer les malades. Ces pièces étaient un divertissement pour le tout Paris et attiraient la bonne société.

Le propos est ici de faire jouer les derniers jours et l'assassinat de Marat par des malades. On sait que Sade avait prononcé l'éloge funèbre de Marat mais les dialogues dans la pièce sont totalement imaginaires. La pièce consiste à opposer les deux conceptions ennemies de la Révolution: pour Sade, il s'agit de la révolution des libertés et des individus ; pour Marat, la révolution consiste à assurer l'égalité sociale et la fin de la pauvreté.

En 1808, Sade est le grand organisateur de cette journée : il fait jouer Marat par un paranoïaque, retenu dans sa baignoire par un traitement hydrothérapique. Charlotte Corday est une hypotonique souffrant d'insomnie et se comportant en somnambule. Le girondin Duperret est un érotomane. La pièce est surveillée par le directeur de l'hospice, Coulmier, napoléonien convaincu, qui veille à éviter tout débordement, aussi bien chez les malades, que dans les propos de Sade.

Cette pièce trouve sa force dans le fait que les pauvres sont incarnés par un choeur de malades mentaux manipulés, fouettés par les religieuses infirmières. Le directeur de l'hospice ainsi que Sade veillent à empêcher tout soulèvement.

Cette pièce, réflexion fine sur les aboutissants de la Révolution Française, est d'un profond pessimisme: à l'époque napoléoniène, le rêve d'égalité prôné par Marat n'est plus qu'un rêve. Le petit peuple est symbolisé par des malades dépendants, enfermés dans un hospice...

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31 mars 2006 5 31 /03 /mars /2006 22:39

VENISE- XVIIIe siècle

Pièce créée en 1753

Carlo Goldoni est le dramaturge italien le plus célèbre du XVIIIe siècle. Ses pièces sont des comédies jouissives héritées de la Commedia dell' Arte.

Il y a quelques mois, je suis allée voir La Locandiera au Théâtre Antoine à Paris. On se croyait vraiment en Italie: une auberge, des maisons à colonnades et un arrière-plan toscan. J'ai vraiment passé un très bon moment: c'était très drôle !

La pièce met en scène une jolie aubergiste, la locandiera Mirandolina qui doit subir la cours assidue des hommes. Dans son auberge, elle reçoit un marquis bien radin, un comte très prétentieux qui rivalisent entre eux pour la séduire.

Mais c'est sans compter sur le chevalier de Ripafratta, misogyne déclaré, pour qui: "une femme vaut cent fois moins qu'un bon chien" et jure de ne jamais tomber sous leur charme. C'est alors que la locandiera va user de tous ses charmes pour le faire succomber et le faire changer d'avis !

Les entrevues entre le chevalier misogyne et l'aubergiste sont vraiment très drôles ; l'homme se fait peu à peu avoir malgré sa volonté inébranlable de ne pas aimer les femmes...Il en devient pitoyable !

Sous cette comédie très drôle, se cache l'une des premières pièces féministes. C'est l'occasion de découvrir un homme de théâtre trop méconnu.

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31 mars 2006 5 31 /03 /mars /2006 22:02

SUEDE

August Strindberg : 1849- 1912

Pour s'informer sur la biographie du plus célèbre écrivain suédois, je vois conseille d'aller sur le site :

http://theatrepassion.blogspirit.com/archive/2006/03/25/august-strindberg.html

Je suis allée voir hier soir une pièce de Strindberg, Père, au Théâtre National de la Colline à Paris. Quelle grande pièce qui vous remue les tripes ! On n'en ressort pas intact....

Voici l'intrigue de cette tragédie domestique, de cette guerre des sexes : Un homme, officier et scientifique à ses heures se retrouve isolé dans une maison de femmes : l'épouse, la fille, la belle-mère et la nourrice.

Le couple va se déchirer à propos de l'éducation de leur fille unique, Bertha. Alors que le père veut la sauver des jérémiades chrétiennes apocalyptiques de sa femme et de sa belle-mère, la mère veut à tout prix la garder sous sa coupe. Et elle est prête à tout pour parvenir à ses fins. ...

Convoquant le médecin de famille, elle va vouloir le faire passer pour fou. Pour cela, elle va semer le trouble dans son esprit en le faisant douter de sa paternité....La remise en cause de la paternité va entraîner celle de la virilité et celle de la raison. Il s'agit ainsi de "la force naturelle vaincue par la faiblesse sournoise" et de "l'amour entre sexes qui est un combat" : l'homme, traditionnellement sexe fort, est littéralement grignoté par cette femme machiavélique qui use de milles stratagèmes pour prouver la folie de son époux.

La mari lutte contre une force sournoise qui le dépasse : les doutes sur sa paternité sont nourris de citations empruntées à la littérature mondiale comme par exemple L'Odyssée où Télémaque doute de la paternité d'Ulysse.

La conclusion est déchirante: devant son mari prisonnier dans une camisole de force, la femme affirme à sa fille "Je suis ta mère" . Et devant le cadavre du mari, on déclare "c'était un homme". A l'homme, la tragédie du doute. A la femme, la maternité vue comme force. L'officier qui ne croit pas en Dieu considère la paternité comme un moyen d'accéder à l'éternité. Lorsque le doute s'installe, c'est son ordre du monde personnel qui s'effondre...La tragédie devient alors métaphysique.

Rarement la condition masculine avait été traitée d'une manière aussi pessimiste. Chez Strindberg, ce sont les femmes qui tirent les fils du destin.

Rapports de force, droit du plus fort : telle est la vision du couple chez Strindberg.

Je vous conseille fortement d'aller voir cette pièce si vous êtes de  Paris. Malgré la noirceur incontestable de cette pièce, on rit devant les attitudes féminines. La langue est simple et certaines réparties sont inoubliables.

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16 février 2006 4 16 /02 /février /2006 22:49

Editions Christian Bourgois, 2006

Une pièce que j'affectionne particulièrement puisque tous les personnages sont des livres !

Créée en 1999 à la Bibliothèque Palatine de Parme, elle est destinée à être jouée exclusivement dans les bibliothèques.

A la nuit tombée, les livres se recontrent entre eux. Certains adorent jouer le conférencier et discourir sur le rôle des bibliothèques devant de spectateurs imaginaires. D'autres regardent le monde à travers la fenêtre. Enfin, d'autres se lisent entre eux.

Dans le "service des pièces détachées du savoir humain", les livres méditent  aussi sur la destinée du monde qui semble lui aussi une fiction. Dans une atmosphère de fin du monde, un ouvrage nous livre un texte d'apocalypse où un seul survivant écrit ses souvenirs.

Le monde humain semble avoir disparu; nous ne distinguons que des silhouettes fantomatiques derrière les fenêtres. Et si les livres étaient alors le seul témoin de nos existences fugitives ?

Ou alors peut-être qu'ils appartiennent à un autre monde...Toujours est-il que Bailly réussit parfaitement son challenge en personnifiant les livres. Une atmosphère vraiment étrange à déguster pour tous les amoureux des bibliothèques. Car ces dernières n'ont pas fini de nous livrer leurs secrets !

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16 février 2006 4 16 /02 /février /2006 22:12

Ecole des Loisirs, 2003

Après le Gardeur de silences, Les petits mélancoliques, Bouli Miro et Perlino Comment, je continue le festival Melquiot en vous présentant L'enfant-Dieu, une pièce fortement iconoclaste.

Voici le scénario inénarrable: Dieu le père a déserté le paradis pour passer une audition en enfer. C'est la débandade dans le ciel: Dieu est parti avec les clefs du paradis et les morts attendent aux portes de l'Eden. Son fils Jésus ne semble pas trop s'inquiéter sur son transat au bord de la piscine; il prépare sa prochaine apparition dans le désert et à rendez-vous chez le coiffeur et l'esthéticienne.

C'est donc Mahomet qui va aider provisoirement en étant embauché en CDD et payé au noir. D'ailleurs, il n'est pas très content et demande des compensations: rencontrer Elisabeth Taylor !!! Pendant ce temps, Saint Pierre et Noé qui ont abusé sur le pastis font passer des castings pour choisir le nouveau dieu. Une bonne soeur qui joue au hou la houp avec les auréoles des saints qui perdent la tête! Finalement, c'est un enfant qui sauvera le ciel bien chamboulé...ce qui réconciliera Jésus et Mahomet ...

Vous l'avez compris, cette pièce est à éviter pour les chrétiens traditionalistes ! En ce qui me concerne, on bonne païenne, j'ai éclaté de rires lors de nombreuses répliques. Melquiot nous livre une leçon de religion et de tolérance en convoquant tous les grands pontes: Mahomet, Bouddha, Jésus...Il dépoussière ces figures religieuses avec brio. Une pièce à lire et relire en cette période de renouveau de l'intégrisme religieux. A étudier dans toutes les écoles !

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15 février 2006 3 15 /02 /février /2006 23:15

Lorsque je vous ai demandé de me citer vos textes d'amour préférés, Douja m'a parlé de Bérénice.

Il est vrai que Racine a exalté, mieux que tout autre dramaturge classique, les affres de la passion. Le dilemne racinien oppose la passion et le pouvoir qui semblent incompatibles. La passion est toujours synonyme de folie et conduit à la mort (c'est le cas de Phèdre, l'épouse du Roi Thésée, qui est amoureuse de son beau-fils Hyppolyte; cette passion contre-nature, conçue comme une fatalité, est condamnée d'avance)

Tout au contraire, Bénénice exprime le renoncement à l'amour: Bérénice, reine de Palestine est amoureuse de l'Empereur romain Titus. Mais la loi romaine interdit à Titus d'épouser une princesse étrangère. Pour assurer la gloire et le pouvoir à son ien-aimé, Bérénice s'éloigne et renonce à son amour...

Ces pièces sont sublimes; l'amour exprimé lors de belles tirades sont de véritables petits bijoux de poésie.

Je vous laisse relire ces petits joyaux ou les découvrir...

 

PHEDRE (1677)
Acte I, scène 3

PHEDRE 

Mon mal vient de plus loin. A peine  au fils d'Egée
Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir
et brûler ;
Je reconnus Vénus 
et ses feux redoutables,
D'un sang qu'elle poursuit
tourments inévitables
Par des vœux assidus je crus les détourner :
Je luis bâtis un temple, et pris soin de l'orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D'un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l'encens :
Quand ma bouche implorait le nom de la Déesse,
J'adorais Hypolite ; et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer,
J'offrais tout à ce Dieu que je n'osais nommer.
Je l'évitais partout. O comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père
Contre moi-même enfin j'osai me révolter :
J'excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l'ennemi dont j'étais idolâtre,
J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre ;
Je pressai son exil, et mes cris éternels
L'arrachèrent du sein et des bras paternels.
Je respirais, Oenone ; et depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l'innocence.
 

 

Bérénice (à Phénice)Acte I- scène 5

Le temps n'est plus, Phénice, où je pouvais trembler.
Titus m'aime, il peut tout, il n'a plus qu'à parler :
Il verra le sénat m'apporter ses hommages,
Et le peuple de fleurs couronner ses images.
De cette nuit, Phénice, as-tu vu la splendeur ?
Tes yeux ne sont-ils pas tout pleins de sa grandeur ?
Ces flambeaux, ce bûcher, cette nuit enflammée,
Ces aigles, ces faisceaux , ce peuple, cette armée,
Cette foule de rois, ces consuls, ce sénat,
Qui tous de mon amant empruntaient leur éclat ;
Cette pourpre, cet or, que rehaussait sa gloire,
Et ces lauriers encor témoins de sa victoire ;
Tous ces yeux qu'on voyait venir de toutes parts,
Confondre sur lui seul leurs avides regards ;
Ce port majestueux, cette douce présence.
Ciel ! avec quel respect et quelle complaisance
Tous les cœurs en secret l'assuraient de leur foi !
Parle : peut-on le voir sans penser comme moi
Qu'en quelque obscurité que le sort l'eût fait naître,
Le monde en le voyant eût reconnu son maître ?
Mais, Phénice, où m'emporte un souvenir charmant ?
Cependant Rome entière, en ce même moment,
Fait des vœux pour Titus, et par des sacrifices,
De son règne naissant célèbre les prémices .
Que tardons-nous ? Allons, pour son empire heureux,
Au ciel qui le protège offrir aussi nos vœux.

(…)

 

 

 

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27 janvier 2006 5 27 /01 /janvier /2006 20:42

Vous l'avez compris, Fabrice Melquiot est mon dramaturge contemporain préféré. Je connais très peu ses pièces pour adultes, mais ses pièces jeunesses sont de vrais bijoux. Je vous avais fait découvrir Le gardeur de silences et Perlino Comment. Pour moi, Melquiot, ce n'est pas simplement du théâtre. C'est surtout une langue, beaucoup de fantaisie, du conte plein de poésie.

Je vous propose aujourd'hui Bouli Miro et Les petits mélancoliques

Bouli Miro, Arche Editeur, Théâtre Jeunesse, 2001

Attention : il s'agit de la première pièce de théâtre pour le jeune public à être entrée au répertoire de la Comédie Française.

Beaucoup d'humour et de burlesque dans cette pièce:

Mama Binocla et Daddi Rotondo ont un petit garçon qui pèse dès sa naissance 9 kg. Alors au lieu de l'appeler Rahan, ils l'appellent Bouli comme ça, pas de doute, on sait qu'il est gros. À un an, ils s'aperçoivent qu'il est myope Bouli, c'est comme ça qu'il devient Bouli Miro. À trois mois, Bouli pèse 33 kg.
Malgré son handicap, sa cousine Pétula Clarck l'aime mais elle déménage bientôt en Espagne. Bouli entre à l'école, on se moque de lui. Un jour, lorsqu'il manque d'écraser sa mère, il décide maigrir en faisant de la gymnastique. Il devient alors la coqueluche des médias. Sharon Stone tombe raide dingue de lui et lui demande de faire une pub avec elle !!! Pétula revenant d'Espagne renie son amoureux car s'il a maigrit, sa tête , quant à elle, grossit de plus en plus.... Mais Bouli n'a pas dit son dernier mot...

 

Bouli miro, c'est d'abord une belle histoire d'amour entre deux enfants: jalousie, fugue tout cela raconté dans un langage enfantin. Beaucoup de jeux de mots, un univers déjanté rempli d'humour (Sharon Stone passe pour une idiote écervelée). Cette pièce bouscule le répertoire poussiéreux de la Comédie Française !!

Les petits mélancoliques, L'école des loisirs "Théâtres", 1999

Une pièce bien différente, moins déjantée et plus émouvante: Petit Tom est malade de mélancolie. Ce matin, il se réveille, certain qu'il va mourir avant la fin de la journée. Ses frères, Loup et Tigre, malgré leur chagrin, finissent par le croire. En compagnie d'un vieil ami acteur, Mite l'Ermite, ils vont offrir à Petit Tom le plus beau jour de sa vie. Pendant ce temps, la mort rôde...

Cette histoire est bourrée de fantaisie lorsque l'on sait que la mort est représentée par un marchand de sable rocambolesque, une tempête toute petite qui s'étrangle avec un grain de sable et un vautour bien bien vieux qui perd son bec car la tempête lui a soufflé dessus trop fort. C'est là qu'une idylle naît...

Tout se complique encore un peu plus lorsque pour Petit Tom, le plus beau jour de sa vie consiste à être au chômage et à tomber amoureux d'une fille. C'est alors que Tigre, le frère aîné, donne à Tom son amoureuse pour de faux. Mite monte une pièce et fait jouer l'amour par les deux enfants. Et si le faux devenait vrai ?

Encore beaucoup de fantaisie donc mais rehaussée par une poésie et une émotion très forte. A ne pas rater !

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25 janvier 2006 3 25 /01 /janvier /2006 21:02

La mouette, pièce créée en 1896

La Mouette est la première pièce de Tchekhov. Je l’ai vu jouée hier soir au Théâtre Mouffetard à Paris. Je vous conseille d’y aller jusqu’au 18 mars, c’est vraiment une belle mise en scène. Le décor fait penser aux grandes datchas russes comme savait si bien les décrire le grand dramaturge russe. Tous les personnages sont présents sur scène et se mettent dans l’ombre lorsqu’ils ne parlent pas.

 

Voici l’intrigue : l’histoire se déroule comme toutes les pièces de Tchekhov dans la campagne russe dans une atmosphère bucolique le long d’un lac ; tous les personnages sont en vacances, on discute sous le soleil… Les personnages ne sont pourtant pas des campagnards mais des artistes qui rêvent de faire carrière. Treplev, un écrivain symboliste joue sa pièce devant tout l’auditoire ; sa mère, actrice célèbre et concubine d’un écrivain à la mode, tourne en dérision cette pièce avant-gardiste. De plus, la jeune fille dont Treplev est éprise  tombe sous le charme de l’écrivain. Elle rêve de devenir comédienne. C’est une mouette qui souhaite s’envoler mais parfois, son envol peut être stoppé par un chasseur….

 

Ce titre est profondément symboliste : la mouette symbolise le rêve, les illusions perdues du couple principal. Ils se retrouveront des années plus tard pour partager leurs désillusions….A ces deux personnages de mélancoliques, s’oppose la mère comédienne enjouée qui prend la vie comme elle va, avec philosophie.

 

Un beau portrait d’artistes et une atmosphère inimitable qui n’appartient qu’à Tchekhov. Sous des allures de comédie (discussion au bord d’un lac, personnages humoristiques comme la mère), se cache un profond désespoir qui peut finir en tragédie. Un peu déconcertant lorsque l’on ne connaît pas mais un charme certain.

 

Bonne séance !

 

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