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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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15 juillet 2007 7 15 /07 /juillet /2007 22:34

Pièce écrite en 1906

Partage de midi













Mise en scène par Yves Beaunesne à la Comédie Française (mars-juillet 2007)

Je suis allée voir la semaine dernière Partage de midi à la Comédie Française ; de Paul Claudel, j'avais uniquement de lointains souvenirs de cours de français concernant Le soulier de satin et du thème de l'oeuvre de Claudel : l'éternel conflit entre l'amour charnel et la spiritualité.
Partage de midi












J'ai donc redécouvert Claudel à l'occasion de cette pièce. L'intrigue met en scène un femme,Ysé et autour d'elle trois hommes amoureux : son mari, Ciz, son ancien amant Amalric et l'homme qu'elle va aimer à la passion, Mesa.
Ces 4 personnages vont se rencontrer sur un paquebot voguant sur la Mer de Chine. Lorsque la pièce commence, il est midi et le soleil brûle les coeurs...
 
On apprécie dès le premier acte la poésie des noms et des lieux ; que de noms exotiques rappelant le métier de diplomate de l'auteur !
 
A Midi, donc, Ysé se languit de ce mari matérialiste si peu passionné. Amalric, un aventurier peu scrupuleux la courtise mais en vain. C'est vers Mesa qu'elle se tourne. Ils se déclarent mutuellement l'amour absolu. Mesa propose à Ciz une mission risquée. Les deux êtres vont pouvoir vivre leur amour. Le troisième acte nous plonge brusquement dans un abri au milieu de la jungle ; les colonisés veulent bouter les européens hors de leur territoire. Et l'on retrouve mystérieusement  Ysé en compagnie d'Amalric. Mesa l'a quittée le temps qu'elle accouche de leur enfant ...
 
J'ai été vraiment surprise par cette pièce ! Bien sûr, on y retrouve la poésie, la beauté lyrique qui ont fait la célébrité de Claudel. Il s'agit vraiment d'un poème en prose ! La fin, véritable apothéose d'outre-tombe, est vraiment sublime.

Mais cette pièce est vraiment particulière dans la mesure où Ysé est partagée entre trois hommes, échappant ainsi à la dualité traditionnelle entre mari et amant. Le mari est vite évincé et Ysé se retrouve entre un aventurier vulgaire et un idéaliste. 

C'est la mort qui finalement décidera du sort de l'amour entre Mesa et Ysé. 

C'est bien sûr Ysé qui est le personnage central de la pièce ; à elle seule, elle rassemble les trois figures masculines de la pièce : à la fois féline et divine, égoïste et passionnée, manipulatrce et aimante, elle ne peut bien sûr se "fixer". C'est donc un personnage très ambigu, complexe. Le spectateur oscille constamment entre la sympathie et le mépris...
 
J'ai vraiment éprouvé ce sentiment ; on ressort de la pièce chamboulé, partagé ...
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17 février 2007 6 17 /02 /février /2007 16:54

Angleterre, 1968

 
Harold Pinter, Prix Nobel 2005
 
Je suis allée voir la célèbre pièce d'Harold Pinter au Théâtre de Paris, avec dans le rôle principal, Robert Hirsch ! Rien qu'avec cet acteur, cela vaut déja le détour !
Pinter est connu pour ces personnages ambigus qui entretiennent entre deux des rapports de dominants/dominés. Je vous avais déja présenté la pièce L'anniversaire.
Dans cette pièce, on retrouve certaines caractéristiques de la précédente : Davies, joué par Robert Hirsch est un vieil SDF farfelu qui est sauvé d'une agression par un jeune homme, Aston. Celui-ci lui offre de passer quelques jours chez lui pour le protéger. Le vieil homme s'installe comme chez lui, bien tranquillement. Mais le lendemain, Mick, le frère d'Aston, propriétaire des lieux, fait preuve d'une violence inouîe envers lui et lui demande de déguerpir. Puis, petit à petit, son attitude change...Il lui propose de devenir gardien de la maison. Le vieux accepte.
C'est alors que la roue va tourner. On découvre qu'Aston est en fait un lobotomisé du cerveau qui passe ses journées à ne rien faire. Davies et Mick vont alors s'allier pour le faire fuir...
Ce qui compte chez Pinter, ce n'est pas l'intrigue mais la profondeur abyssale des personnages. Qui est le bon? Qui est le mauvais ? On ne saura jamais ! Car le pauvre SDF se révèle être un profiteur dépendant et l'hôte est une loque.
Je ne crois pas que j'ai tout saisi même si je crois avoir compris l'essentiel mais cette mise en scène vaut vraiment le coup ! Robert Hirsch domine la pièce du début à la fin ; il joue un personnage truculent, ubuesque et en même temps tellement dépendant. A voir !
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5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 09:28

Edition de Minuit  2006

L'Autre

Mise en scène au Théâtre de la Colline en février 2007

Enzo Cormann a écrit une fable originale sur les relations hommes -femmes. Lorsque j’ai entendu les premières répliques, je me suis dis que j’allais assister à une pièce de théâtre très conceptuelle sur le mal-être contemporain. En fait, il s’agit d’une pièce vraiment originale qui réserve plein de surprises !

 

Nous assistons donc au début à la rencontre impromptue entre deux femmes : suite à la disparition de leur homme, l’une vient rencontrer l’autre ; elles ont découvert il y a peu qu’elles étaient en fait la femme du même homme. Un foyer et des enfants d’un côté comme de l’autre. C’est l’étalement des regrets et des états d’âme. Un peu longuet … Puis vient à la fin du premier acte, une question qui reste en suspens : « vous me la posez la question que vous êtes venue me poser ? »

 

Deuxième acte : changement complet de décor ; nous sommes dans la jungle africaine sept ans plus tard. Les deux rivales sont devenues amantes !!! Apparemment, elles ont été arrêtées pour avoir tué un guide africain. Leur deuxième victime ?

 

Puis vient le troisième acte : encore des années plus tard et là, vous n’êtes pas au bout de votre surprise !

 

Là où la pièce est géniale, c’est que Cormann nous surprend d’actes en actes en partant d’une situation très banale et presque ennuyeuse. Il brasse énormément de thèmes contemporains : l’autofiction, la relation homme- femme, l’homosexualité… Il joue beaucoup sur les faux-semblants et parfois on ne sait plus quoi est vrai ou quoi est faux…Il utilise également le procédé de la mise en abîme, la pièce dans la pièce.

 

Le tout agrémenté d’une réflexion très profonde sur l’altérité : les deux femmes sont une puisqu’elles ont vécu en même temps avec le même homme. Toute la pièce repose sur la question de l’identité : que faire lorsque qu’on a eu la même vie ? Je vous laisse découvrir toutes les solutions de Cormann…

 

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3 février 2007 6 03 /02 /février /2007 10:06

Pièce  écrite en 1981

Editions de Minuit

Je continue à explorer l'oeuvre passionnante de Marguerite Duras. Voici un texte relativement peu connu qui a pour thème l'inceste entre un frère et une soeur.

Un homme et une femme ("Elle" et "Lui") parlent en se vouvoyant : les valises sont prêtes, elle s'apprête à le quitter pour partir avec un autre homme. Nous apprenons progressivement qu'ils sont frères et soeurs. Elle part pour définitivement mettre fin à cet amour interdit et secret. Lui, qui ne peut vivre sans elle, menace de se tuer. Pour "recouvrir" le passé, ils se sont chacun mariés de leur côté.

Ensemble, avant de se quitter, ils vont revivre l'amour de l'enfance, la scène originelle du passé où ils ont découvert leur amour.

Eloge de l'amour, sacralité du souvenir : que de beaux thèmes pour faire une oeuvre hypnotique !

Ensemble, ils vont revivre ce jour fatidique où rien ne sera plus comme avant ; on retrouve la poésie de l'oeuvre durassienne : sensualité à fleur de peau, cadre maritime avec les vagues sur les corps, le sable et le vent. Une grande maison familiale déserte au bord de la mer.

A savoir que cette pièce tardive est fortement inspirée de la vie de Duras : on retrouve comme toujours la figure de la mère qui erre autour du couple incestueux. On sait par ailleurs que Duras adorait son petit frère mort prématurément.

Cette oeuvre est aussi une éloge de la parole : grâce à elle, on peut reconvoquer le souvenir, revivre l'amour condamné dans la réalité...Dns la pièce, les deux êtres ne se regardent pas, ils ne se touchent pas. Ils parlent...La parole est comme toujours entrecoupée de silences, de pauses, de soupirs...

L'amour, la passion est dite mais jamais consommée. Cette oeuvre est poétique, douce et évite avec brio le scandale tout autant que le lyrisme.

Voici quelques extraits :

La parole du désir

"Elle : je vois que vous avez quinze ans, que vous avez dix-huit ans (temps). Que vous revenez de nager, que vous sortez de la mer mauvaise, que vous vous allongez toujours près de moi, que vous ruisselez de l'eau de mer, que votre coeur bat vite à cause de la nage rapide, que vous fermez les yeux, que le soleil est fort. Je vous regarde. Je vous regarde après la peur atroce de vous perdre, j'ai douze ans, j'ai quinze ans, le bonheur pourrait être à ce moment là de vous garder vivant. ....alors je me tais, je vous regarde seulement, je regarde les yeux sous les paupières fermées, je ne sais pas encore nommer ce désir que j'ai de les toucher avec mes mains. je chasse l'image de votre corps perdu dans les ténèbres de la mer, flottant dans les fonds de la mer; je ne vois plus que vos yeux."

"Lui : Le bruit de la mer entre dans la chambre, sombre et lent. (temps) Sur votre corps, le dessin photographié du soleil. (temps) Les seins sont blancs et sur le sexe, il y a le dessin du maillot d'enfant. (temps). L'indécence de son corps a la magnificence de Dieu. On dirait que le bruit de la mer le recouvre de la douceur d'une houle profonde. (temps). Je ne vois plus rien que ceci, que vous êtes là, faite, que la nuit de laquelle vous êtes extraite est celle de l'amour. "

L'éloge du souvenir

""Oui, c'était un été admirable. Le souvenir en est plus fort que nous qui le portons...que vous, que vous et moi ensemble devant lui. ..c'était un été plus fort que nous, plus fort que notre force, que nous, plus bleu que toi, que mon corps, plus doux que cette peau sur la mienne sous le soleil, que cette bouche que je ne connais pas"

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16 janvier 2007 2 16 /01 /janvier /2007 22:24

Au Théâtre du Rond Point à Paris du 9 janvier au 18 février 2007

Jusqu'à ce que la mort nous sépare

 

Mise en scène d'Eric Vigner

Vous ne savez pas aller quoi voir au cinéma ? Vous avez envie de vous offrir une petite soirée rigolote ?

Et bien allez voir Jusqu'à ce que la mort nous sépare !

Pour tout vous dire, Rémi De Vos, l'auteur, est l'invité de la Médiathèque où je travaille ! Une raison de plus pour faire un peu de pub !

Mais rassurez vous, je suis tout à fait objective : Rémi De Vos n'est pas encore connu mais il est joué cette année quatre fois à Paris. Le succès vient petit à petit. Ëtre joué au Rond-Point, ce n'est pas rien !

De Vos est le spécialiste du tragi-comique, de la farce tragique : il renoue avec la tradition du vaudeville tout en livrant une réflexion intéressante sur notre société contemporaine.

Voici le point de départ, pas très drôle au demeurant : Simon revient chez sa mère Madeleine à l'occasion de la mort de sa grand-mère. On devine dès les premiers mots que ce n'est pas le grand amour entre eux.

On incinère la grand-mère puis Simon retrouve Anne, une amie d'enfance dont il était secrètement amoureux. L'émotion des retrouvailles, on prend l'urne funéraire dans les mains et là, hop, elle se casse !!!

Vite, il faut tout faire pour cacher la vérité à la mère et inventer n'importe quel mensonge ....quitte à cacher les cendres dans le frigo et dire qu'on va se marier !!!

Vous l'aurez compris, le comique repose avant tout sur les quiproquos qui se succèdent. On éclate vraiment de rire. Mais sous des allures vaudevillesques, Rémi De Vos livre une réflexion sur l'incommunicabilité au sein de la famille, les frustrations et les non-dits.

Alors courez vite au Rond Point !

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9 décembre 2006 6 09 /12 /décembre /2006 16:31

Avant-Scène Théâtre, septembre 2006

Théâtre Hébertot, août-décembre 2006

 

Israel Horovitz, né en 1939, est aujourd’hui le dramaturge américain le plus joué en France. Son théâtre s’inspire à la fois du théâtre français de l’absurde (Beckett et Ionesco qu’il a bien connus) et du théâtre américain des années 60 (Arthur Miller, Albee…) Il porte une attention toute particulière aux tensions, à une sorte de lutte des classes qui régissent la société. Mais de la noirceur de la société, surgissent pourtant des personnages blessés au cœur tendre.

 

Opus cœur peut faire penser à bien des égards au célèbre Pygmalion de Bernard Shaw , l’histoire d’une soubrette de basse extraction transfigurée en dame grâce au cours de prononciation d’un éminent professeur de linguistique.

 

La pièce est un duel entre deux personnages totalement opposés : un vieux professeur de littérature et de musicologie, Jacob Brackish, vient reclus dans sa propriété. Voyant sa fin approchée, il passe une annonce dans le journal pour trouver une aide-ménagère. Kathleen Hogan se présente : son mari vient de mourir et elle doit donc travailler pour subvenir à ses besoins. La servante semble cacher un lourd secret : après deux trois jours de services rendus, elle révèle au vieux professeur pourquoi elle a répondu à son annonce : elle s’est vu interdire l’entrée à l’Université, tout comme son mari et ses parents, à cause des notes impitoyables du sévère professeur Brackish. Elle vient chercher vengeance en voulant lui rendre impossibles ses derniers jours….mais le vieux professeur cache aussi ses petits secrets…

 

La pièce est très riche en rebondissements : peu à peu, nous découvrons des personnages qui prennent une épaisseur psychologique : très aigris au début, bourré de frustrations, ils ont peut être enfin l’occasion de s’offrir une deuxième chance…Derrière les vieilles rancoeurs, se cache toujours un cœur qui cherche un compagnon…Les deux personnages sont ambivalents : Kathleen est une âme vengeresse, une pauvre inculte qui veut rendre impossible la vie du brillant professeur ; mais elle désire également se donner une deuxième chance en effectuant un saut culturel : et si le vieil aigri lui redonnait des cours….

 

Cette pièce est vraiment très humaine : les personnages sont très attachants et nous réservent plein de surprises ! J’ai lu la pièce dans Avant-Scène théâtre. La voir en vrai doit vraiment être génial !

 

 

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24 septembre 2006 7 24 /09 /septembre /2006 20:06

ANGLETERRE -

Arche éditeur

Mise en scène par Alain Françon au Théâtre de la Colline (Paris) en septembre 2006

 

Edward Bond est le plus grand dramaturge britannique contemporain avec Harold Pinter. Depuis les années 90, son œuvre est largement reconnue en France.

 

Ses pièces, à l’arrière-fond politique, cherchent à provoquer chez le spectateur un sursaut d’humanité devant la présentation d’un futur où la barbarie et un pouvoir totalitaire ont pris place.

 

Chaise est, de ce point de vue, une pièce très significative : nous pénétrons dans un appartement où réside une femme et son fils, attardé mental âgé de 26 ans. Nous sommes en 2077. On apprend que ce dernier n’est jamais sorti de sa chambre ; sa mère le cache des autorités car elle l’a trouvé un jour couché dans un carton dans la rue. Elle aurait dû le déclarer au bureau de l’aide sociale. Or, elle ne l’a pas fait pour le garder pour elle toute seule…

 

Depuis, le jeune homme imagine le monde en passant sa journée à dessiner. Un matin, leur monde bascule : la femme voit à la fenêtre un soldat et une prisonnière attendre le bus depuis 3H40. Et si elle leur offrait une chaise pour se reposer…S

 

Mais en 2077, la pitié est interdite ; il est formellement interdit de croiser le regard d’un prisonnier et un soldat ne doit pas parler lors de son service. La prisonnière s’agrippe à la chaise et le drame se produit…

 

Le lendemain, la femme reçoit la visite d’une enquêtrice qui vendra la tenir au courant de son destin pour avoir bravé l’interdit….Que va devenir son fils adoptif ?

 

Le théâtre de Bond est un théâtre de la déshumanisation ; il nous présente un futur à la Big Brother où tout geste est contrôlé. La mise en scène d’Alain Françon est de ce point de vue très efficace : pièce grise sans meuble, absence de  fioriture qui se marient très bien avec le texte très épuré de l’auteur.

 

Cette pièce vous chamboule littéralement ; elle est d’une noirceur impitoyable et provoque vraiment un ébranlement chez le spectateur.

 

La « magie » de ce théâtre réside dans le fait qu’il s’agit d’un texte froid exempt de tout lyrisme ; et pourtant, nous sommes profondément émus….

 

Bond donne à voir.. et c’est à nous de juger et de prendre conscience de notre humanité.

 

 

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30 juillet 2006 7 30 /07 /juillet /2006 14:58

Actes Sud Papiers, 2006

Olivier Py est l'un des auteurs/acteurs/metteur en scène les plus joués en France. On a pu voir récemment  l'ensemble de ses pièces au Théâtre du Rond-Point. Il écrit également des romans.

Je l'avais découvert avec Jeunesse, une pièce mystique sur fonds d'inceste. Son écriture, très belle, est d'un profond lyrisme.

Dans ces deux pièces, il renouvelle la technique du "théâtre dans le théâtre" en rendant un vibrant hommage à son métier d'acteur/metteur en scène.

Illusions comiques présente un metteur en scène "Moi-même" qui voit son quotidien bouleversé par le succès retentissant de l'une de ses pièces. L'homme de théâtre, traditionnellement marginal, devient alors l'égérie de l'élite politique et culturelle. Mais le succès sera de courte durée...

Cette pièce de réflexion sur le théâtre est étonnement drôle et bien construite. Ce sont les personnages, acteurs dans la pièces, qui prennent différents masques, et jouent à tour de rôle le président de la République, le ministre de la Culture et même le Pape ! Ces derniers vont tenter de "récupérer" l'artiste. Même Dieu va vouloir devenir un homme de théâtre !

Et puis c'est la débandade à cause d'un...malheureux hareng fumé que dit ne pas aimer l'artiste !!!Le martyr commence...Finalement, le poète retrouvera peu à peu ses esprits et ses acteurs pour créer une autre pièce.

Sous ses allures burlesques, Olivier Py, célèbre le véritable théâtre qui n'a besoin que de lui même pour exister. Il renoue également avec le théâtre lyrique traditionnel reposant sur la parole à l'opposé du théâtre intellectuel vide de sens. Ainsi un metteur en scène moderne monte Vide Shakespeare Hypothèse antimatière numéro 26 et son chien s'appelle Concept !

Olivier Py célèbre la parole lyrique qui procure une joie immense à l'homme de théâtre. Finalement, la gloire du poète vivant est peu de chose car la parole est éternelle...Py règle ses comptes avec l'esthétique contemporaine; une phrase à retenir : "Dans le théâtre classique, l'homme comprend qu'il lui reste encore la liberté de dire, le vingtième siècle n'a pas compris la tragédie. Il n'a pas écrit de tragédies, il a fait des films catastrophe. Il lui manque la joie tragique".

Epître aux jeunes acteurs pour que soit rendue la parole à la parole

C'est justement cette parole qui est au centre du discours du poète dans ce court texte commandé par le directeur du Conservatoire national supérieur d'art dramatique. Le poète-tragédien s'adresse aux jeunes acteurs pour leur faire part de la beauté de la parole théâtrale.

Le poète, habillé en tragédienne (joué par Olivier Py lui-même), parle avec un "rabat-joie"un responsable de la culture et avec le ministre de la communication. Il fustige la société de spectacle actuelle (la télé, le sport) qui s'est compromise dans la médiocrité et l'absence de sens. Pour lui, le théâtre est "la parole (qui) est cet amour qui s'incarne dans l'oralité sous la forme d'une promesse"

C'est un acte de partage tel que le montre la phrase "je te donne la parole" ; elle rétablit le lien entre les hommes, elle fait que l'homme est homme.

"Et quand l'exercice de la parole est ravalé à la communication animale d'un besoin, quand on doute qu'il y ait de la parole dans la parole, quand on méprise les mots, quand on crotte le lyrisme, on assassine le fait humain dans sa plus grande vertu"

Nul doute qu'Olivier Py est habité par son art. Son art est emphatique, mystique, pour notre plus grand plaisir. Il réintroduit un souffle lyrique dans le théâtre contemporain.

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28 juillet 2006 5 28 /07 /juillet /2006 21:32

JAPON

Editions Les Solitaires intempestifs, 1998

Oriza Hirata, l'une des plus importantes figures du théâtre japonais contemporain, Il était cette année l'un des invités du festival d'Avignon.

L'occasion pour nous de découvrir un art atypique qui se démarque vraiment de ce que nous pouvons connaître du théâtre occidental.

Voici l'intrigue : dans un futur proche, un musée de Tokyo vient de récupérer les oeuvres d'art des grands musées d'Europe où la guerre sévit. Nous sommes donc plongés dans les salles du musée où plusieurs groupes de personnes se croisent : une famille qui se rejoint, un commissaire d'expo qui a rendez-vous avec une donatrice, des étudiants qui parlent de la nécessité de l'engagement...

Ne vous attendez pas à voir ou lire une pièce sur l'esthétique. On parle parfois des tableaux de Vermeer (pourqoi les personnages sont-ils toujours tournés vers une fenêtre ? ) mais le plus souvent de la vie quotidienne.

A priori, la forme peut vraiment déconcerter : aucun acte, aucune scène : les personnages parlent à tour de rôle ; parfois, les conversations se chevauchent. Les répliques sont très courtes, faisant moins d'une ligne.

Pas de héros, pas vraiment d'intrigues. Pour caractériser l'oeuvre d'Oriza Hirata, on parle de "théâtre calme" : il part du quotidien, tente de saisir des bribes de conversation sans rechercher ni pathos, ni action héroïque.

Lire cette pièce ne rend pas grand chose. Etant donné qu'il s'agit avant tout d'un concert de voix, que les conversations se chevauchent, je pense qu'il faut vraiment voir cette oeuvre.

Pas de coup de coeur donc mais tout de même la satisfaction d'avoir découvert une forme théâtrale très originale...

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1 juillet 2006 6 01 /07 /juillet /2006 13:08

SUEDE

Arche Editeur, 1995

Je vous avais déja présenté Guerre de Noren, le plus grand dramaturge suédois depuis Strindberg. Tout comme Sarah Kane dans L'amour de Phèdre, il choisit d'actualiser l'un des plus célèbres mythes antiques, Oedipe, en l'adaptant à notre société contemporaine.

Eric et son épouse sont deux militants socialistes qui ont dû quitter précipitamment le Chili après l'installation de Pinochet au pouvoir. Ils se sont exilés en France mais ont été obligés de laisser leurs fils blessé, alors agé de 7 ans  sur place. Vingt ans ont passé : la femme est devenue journaliste engagée sur tous les fronts du monde alors que Eric s'est replié sur lui-même et est devenu psychanalyste. Leur couple est en crise et il entretient une relation adultère et homosexuelle avec un jeune patient, Lucas. Eric hésite à demander le divorce et n'ose pas avouer sa liaison à sa femme.

Lucas est un orphelin et boîte du pieds droit qui est enflé. La femme commence à douter de la fidélité de son mari; Lucas cherche à faire la connaissance de la femme de son amant ; il couche avec elle.

Lors d'une scène digne dui théâtre de boulevard, les trois protagonistes se reconnaissent comme parents et enfants (après le récit de sa propre enfance par Lucas). Pour les "éviter de vivre avec çà"(culpabilité de l'inceste), Lucas préfère tuer ses propres parents. A la fin, il explique son geste.

Le mythe est profondément actualisé : le fils couche avec ses deux parents et le destin (le fatum) est remplacé par la politique contemporaine (la dictature chilienne). Les parents n'ont pas abandonné leur fils à cause d'un oracle leur prédisant la tragédie mais simplement pour cause politique. Le meurtre des parents n'est pas un châtiment mais plus une libération ; Lucas veut leur éviter de vivre avec leur culpabilité.

La mise en scène est très moderne : au début, la mère journaliste se fait interviewéé par une journaliste qui lui demande de raconter sa vie. De même, à la fin, Lucas raconte et explique son crime à la télé. Nous sommes dans un contexte de reality-show, de médiatisation de la vie intime.

Pour résumer, une pièce vraiment intéressante qui brasse mythologie et critique de la société contemporaine, drame collectif et drame individuel.

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