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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 15:02

1948

Le Tout sur le tout

Editions Gallimard, "L'imaginaire"

Je continue ma découverte enthousiaste des écrivains français oubliés, tels Chauviré, Vialatte ou Hardellet grâce à cette merveilleuse collection qu'est l'Imaginaire.

Henri Calet (1904-1956) est resté célèbre pour ses chroniques parisiennes qu'il a tenues pendant la guerre au journal Combat. On lui doit la création d'une "littérature arrondissementière" : il se fait le chroniqueur d'un Paris d'autrefois, des années 40 et plus particulièrement le Paris du XIVe arrondissement. Nous partons grâce à lui à la découverte des rues et des métiers d'autrefois. Il croque de beaux portraits humains, teintés de nostalgie. Il mena une vie de bourlingueur, exerça plusieurs petits métiers et adopta son pseudonyme après avoir volé la caisse du boulot !

Le tout sur le tout est un récit inclassable, fourre-tout où sont rassemblées des chroniques qu'il a tenues à Combat. Si la première partie est autobiographique, la seconde est davantage une promenade dans le Paris populaire d'après-guerre ; promenade teintée de nostalgie et de mélancolie. On y mesure l'écoulement du temps ; Calet, en digne mémorialiste, relate l'autrefois ; mais il est parfois difficile de revenir sur ses pas :

"Mieux vaut je crois, cesser ces promenades dans le passé. Je n'en finirais pas. Mieux vaut rester chez soi, dans son quartier, et regarder vivre les autres. Arpenter sa vie à reculons, c'est esquintant ; c'est si long, une vie à pied. Et puis, on peut tout aussi bien revivre à la maison. "

Du haut de ses quarante ans, l'auteur mesure le temps passé, se souvient des morts, mesure la transformation de Paris : et il marche, il marche à la rencontre de personnes pittoresques...

Il se souvient des petits métiers du Paris populaire : la grainetière, le matelassier, le marchand de charbon...Les rues commerçantes, la queue au marché noir, les faits divers tragiques...

Il nous relate une partie de son enfance tourmentée ; père anarchiste, mère flamande ; les déménagements se succèdent...

Lorsque vous aurez lu ce magnifique récit, vous aurez fait un magnifique voyage dans le temps. Vaugirard, Bellevile, Ménilmontant...Autant de quartiers de Paris qui revivent sous la plume de ce mémorialiste des petites gens.

Calet chante la poésie du quotidien entre petits bonheurs et grands malheurs. Du tourisme avec un petit t, une douce mélancolie qui nous émeut :

"Paris des douze mois de l'année, Paris changeant, Paris des quatre saisons, Paris de poche, Paris de tous les jours, Paris à vol d'oiseau, Paris dans un rectangle de verre à vitre, Paris du matin, Paris la nuit, Paris à la lune, Paris en chanson, Paris à l'arc-en- ciel, Paris aux cent milles pipes, Paris bleu de gel, Paris en rose, Paris transparent, Paris qui sue, Paris à la neige, Paris en voile d'épousée, Paris en toilette du soir, Paris paré de ses étoiles, Paris en petite robe de semaine, Paris emmitouflé dans ses écharpes de brume, Paris pauvre, abandonné, inhabité, obscurci, bombardé, Paris riche, Paris bannières au vent...

Je me suis coiffé de cette ville, elle me botte parfaitement, elle est à ma taille. Je l'ai vue sous toutes les coutures. C'est une intimité sans plus aucun secret. Paris en chemise, Paris à poil. Je m'en fais un tour de cou. C'entre nous à la vie à la mort (la vie pour elle, la mort pour moi
")

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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 09:44

gaAlexandre Vialatte (1901-1971)


Editions Gallimard, "L'imaginaire", 1928

Se disant lui-même "notoirement méconnu", Alexandre Vialatte fut à la fois romancier, traducteur et journaliste. C'est ainsi grâce à lui que Kafka fut traduit et découvert en France. Il traduisit également Nietzsche et Thomas Mann. Ce fin germaniste n'écrivit que 3 romans et fut chroniqueur de La montagne, le journal de l'Auvergne, sa région d'origine.

Son premier roman Battling le ténébreuxfut notamment remarqué par Malraux qui éprouva à sa lecture "le même ordre de plaisir qu'à celle de Nerval". Il est vrai que l'on retrouve "les ingrédients" nervaliens dans cette chronique dramatique de l'adolescence : une ambiance entre rêve et réalité, une femme inaccessible et des amours déçues...

L'intrigue se déroule au pays des amitiés et amours adolescentes. Le narrateur nous conte ses souvenirs dans un lycée d'Auvergne des années 30. Il y a Manuel, le romantique insolent qui n'hésite pas à démontrer la bêtise et l'outrecuidance des enseignants et Battling le ténébreux, un adolescent hypersensible à l'enfance malheureuse qui navigue entre rêves, dégoût de soi et recherche de la souffrance. Le quotidien du lycée et de ces deux amis va être bouleversé par l'arrivée dans la petite ville auvergnate d'une sculptrice allemande, Erna Schnorr, qui suscite dans le village de multiples ragots. Une artiste ne peut être qu'une croqueuse d'hommes dans un village de commerçants et fonctionnaires provinciaux...Mais justement, étant malade, elle est venue rechercher l'anonymat, la normalité, le réel...

Mais elle introduit un vent de fantaisie et de miracle lorsqu'elle apparaît dans le jardin en face de la cour de récréation...
Battling en tombe éperdument amoureux sans pour autant se déclarer. Il se complaît  dans une souffrance de désirs refoulés. Un jour, il apprend que Manuel a des rendez-vous secrets avec Erna. Une vengeance tragique est en marche...

Une intrigue somme toute classique : jalousie des amours adolescentes, amitié trahie...
Mais Vialatte nous raconte cela d'une manière magnifique et l'histoire prend la dimension d'un conte romantique tragique. L'auteur saisit les émotions, les hésitations des jeunes garçons à fleur de peau. La narration, basée sur les souvenirs d'enfance, ne fait que renforcer l'impression de nostalgie et de douleur.

Bien plus, c'est le description de l'environnement, des paysages, de l'atmosphère qui donne sa dimension poétique au texte. Souvent, Vialatte frise avec le fantastique, d'où la comparaison avec Gérard de Nerval. Tout n'est qu'apparition et rêve. L'auteur nous décrit souvent un campagne nocturne où s'éveillent des pantins désarticulés qui ressemblent aux professeurs du lycée. Finalement, Battling est lui-même une créature fantomatique ; son âme est contradictoire et obscure, sans-doute faite pour un autre monde...
Ce personnage ambivalent, cherchant sa propre souffrance et celle des autres, est profondément touchant. Une ode à l'enfance sacrifiée.

Je vous laisse découvrir quelques extraits :

" Dans un coin du préau, tout pâle, Battling, seul avec son coeur aux abois, ses complications et son épouvante que les paroles de ces chansons n'expliquaient pas, ressemblait à quelque gigantesque fleur lunaire éclose là pour donner un sens aigu à cette soirée terrestre ; sur l'air des accordéons de village, il s'évadait de plus en plus loin de ce monde de chanteuses perfides, de camarades envahissants et de poètes impassibles. n'y avait-il pas, quelque part, sur une route surnaturelle, près d'un tournant dans les sapins, au bord des prairies, un bal rustique où l'on entendait monter ces valses comme un souvenir de la terre, sur une montagne en dehors du temps ? Mais où trouver la clef du domaine? "

"Ce ne fut que vers onze heures que le délire de Battling commença vraiment. il le cueillit au seuil de la rue des Merveilles, l'étrange rue du livre d'images qu'avait donné l'homme au melon gris...Battling descendit sur l'aile du vent la rue pleine de marchants turcs et de lanternes vénitiennes ; vous savez bien, cette rue bizarre où Erna Schnorr vend des morues sèches et des billes d'agate chez un petit épicier méfiant, la rue grasse, pesante et noire, où l'on glisse, de boîte en boîte, en passant par l'Alhambra, de Victor Hugo, qui jongle avec des poids de fonte, et le Petit Panthéon de Céline -qui nettoie les vieux fusils - vers l'Agence Cook des départs définitifs : le principal, derrière un guichet, vous y délivre un ticket jaune pour un voyage plus étrange que tous ceux du marin Sindbad, et les professeurs du collège, alignés au garde à vous sur la jetée, sonnent du clairon sous la lune quand le Mexico met à la voile dans la nuit pleine de feux follets".

 

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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 22:41

Auteurs à redécouvrir...

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Editions Gallimard, "L'imaginaire", 2004 (publié en 1959)

Décidément, en ce moment, les auteurs un peu oubliés ne font passer de superbes moments (récemment, Jacques Chauviré). Inutile d'insister sur la qualité de la collection L'imaginaire qui publie des textes peu connus.

André Hardellet (1915-1974), à la fois auteur de chansons et de romans, a été découvert par Pierre Mac Orlan. Il côtoya entre autres André Breton et Julien Gracq.
On retrouve d'ailleurs dans ce texte l'influence de la psychanalyse et du surréalisme à travers la présence des souvenirs et du rêve, des thèmes fondateurs chez Breton ou Gracq.

Comment définir ce merveilleux texte ? C'est à la fois une réflexion sur l'art, la condition humaine, une sorte de polar et un récit fantastique.

Hardellet met en scène un jeune peintre, Steve Masson, qui à travers son art, cherche à percer le derrière des choses, le secret des apparences. Il a élu domicile dans une petite pension de Montrouge. On n'est pas loin de la pension Vaucquer de Balzac ou encore d'une atmosphère à la Simenon. Hardellet prend le temps d'installer ses personnages et leurs petites manies : la vieille institutrice, le vieil ébéniste peignant ses figurines de plomb sans oublier la tenancière de la pension, Mme Temporel.

Puis le quotidien de la petite pension est bouleversé avec l'arrivée d'un nouveau pensionnaire, prénommé Swaine. Ce dernier intrigue tout le monde : il demande qu'on installe des nouvelles serrures dans sa chambre, ne parle à personne et fait marcher une étrange machine dont on entend le bruit sans savoir ce que cela peut être.

Masson, bien curieux, rentre en contact, avec Swaine qui lui fait découvrir son étrange machine, la lanterne magique qui permet de franchir  le seuil du jardin....

Je ne vous en dit pas plus et vous laisse découvrir la magie de cette découverte. Sachez seulement que ce texte a pour thèmes l'onirisme, la mémoire et les souvenirs d'enfance, le rôle de l'art, les désirs insatisfaits. On pense notamment à Gérard de Nerval.

Puis le texte débouche un temps sur une ambiance de polar ; des bandes de voyous cherchent à s'emparer de la mystérieuse machine...Qui cherche à voler cette machine ?

Puis vient la conclusion finale, prophétique qui oppose le matérialisme au rêve...Faut-il accorder une place pour les rêveurs dans notre société ? Thème au combien d'actualité. Ce texte, salué par André Breton dès sa sortie, est un bijou d'onirisme et d'humanisme.

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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 12:33

Editions Le Dilettante, 2003

Passage des émigrants

De Jacques Chauviré (1915-2005), je vous avais déja chroniqué avec beaucoup de bonheur Elisa. Je viens de découvrir Passage des émigrants, une pure merveille d'humanité et d'émotion. Ce médecin-écrivain, découvert par Albert Camus, a pendant toute sa vie écrit avec son regard de médecin compatissant ; il a examiné la solitude, la maladie, la mort, d'abord avec les yeux d'un humain au sens noble du terme.

Dans Passage des émigrants, il nous conte la fin de vie d'un vieux couple, Joseph et Maria Montagnard, qui selon la volonté de leur fils "lointain", émigrent dans une "Résidence", une maison de retraite. Ces paysans, ce couple de la terre, émigrent donc vers une résidence à côté d'un océan qu'il n'ont jamais vu, qui symbolise la tempête et la fin de vie en opposition au repos de la terre.

Le passage des émigrants désigne le voyage  kafkaien orchestré par le Docteur Desportes, qui selon l'état du vieillard, le place dans la résidence ou dans l'hospice divisé en plusieurs pavillons A, B, C ou D suivant l'état avancé de déliquescence du vieillard. Petit à petit, même si l'on est valide au début, on émigre pas à pas vers la mort...

Face à cette émigration mortuaire, a lieu une seconde émigration, celle des vacanciers, dont les habitations, les enseignes publicitaires, les boîtes de nuit vont peu à peu envahir le paysage océanique et encercler inexorablement  les vieillards....

Que retenir de ce bijou humble et tellement humain ? Tout d'abord, le docteur Desportes, le "Big Brother" de cette résidence qui orchestre la vie des vieillards. Rongé par la culpabilité, par son impuissance face au destin inéluctable, il entretient une relation d'amitié avec le couple Montagnard, sachant pourtant qu'il ne pourra rien faire pour eux...
Il y aussi une très belle image du couple : comment l'amour survit-il à la vieillesse? Maria, la douce résignée, et Joseph, le révolté, couple inséparable, devront faire face à l'absurdité administrative de la maison de retraite. Impossible de retenir ses larmes ...

Enfin, à travers une écriture extrêmement humble, il y a la poésie des éléments, du paysage, qui apaisent ou qui tourmentent les "émigrants". Joseph est attiré par le travail de la terre puisqu'il sait qu'il y retournera prochainement...Il est donc extrêmement sensible aux jardins, aux arbres, aux champs, aux marais. A l'opposé, il rejette l'urbanisation aveugle de la côté et son agitation frénétique qui semble à la fois tuer la nature et en même temps encercler l'hospice...

Une magnifique réflexion sur la condition humaine, un roman Humain avec un grand H comme on en fait plus. A dévorer...on en ressort évidemment pas indemne...

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17 janvier 2008 4 17 /01 /janvier /2008 17:07

1969

Le Bonheur de la nuit












Editions Léo Scheer

Hélène Bessette (1918-2000) fait partie de ces auteurs féminines qui, telles Irène Némirovsky ou Germaine Beaumont, ont eu un succès important à leur époque puis ont sombré dans l'oubli avant d'être redécouvertes très récemment. 

Hélène Bessette publia 14 livres chez Gallimard de 1953 à 1973 ; elle fut citée au Fémina et Goncourt et fut encensée par de grands noms de l'époque tels Marguerite Duras ("La littérature vivante, pour moi, pour le moment, c'est Hélène Bessette, personne d'autre en France") ou encore Raymond Queneau.

Et quelle modernité ! Par certains critiques, Bessette est même considérée comme précurseur du nouveau roman. Il y a de quoi ! 

Typographie très originales, phrases hachées, très courtes, pour la plupart nominales ; tout ça mis au service d'une intrigue minimale mettant en scène des pantins en crise !

Poésie ? Romans? Théâtre? Qui peut dire ? Cela outrepasse tous les genres connus ! 

Bessette prend le prétexte d'une drame bourgeois traditionnel qui pourrait faire penser à du théâtre de boulevard : un marquis quitte sa première femme ; se poussent au portillon une deuxième marquise Doudou, une soubrette, Doudou n°2 ainsi que Chérie une actrice. Chassés-croisé, jalousies, engueulades, tout ça sous le regard ironique de l'auteur.

Tout va a 100 à l'heure, on se croise dans les escaliers, on fugue, on revient. Le but est de faire vite ! Comme le dit Bernard Noël dans la postface, "cette écriture n'a souci que d'être rapide, efficace, pratique. Elle ne s'arrête pas, ne développe pas, n'habille pas, mais décharne, tranche, découpe". Le but n'est pas d'analyser, de décrire mais de saisir la crise au plus prêt sans expliquer.

Il en ressort donc une modernité désarçonnante à faire palir les oeuvres de Duras !

Personnellement, je n'ai pas tellement accroché même si j'ai vraiment aimé plusieurs passages. Mais chapeau quand même pour cette originalité désarmante ! Les mots giclent, fusent, souvent avec humour, tout en perdant le lecteur...

On a l'impression de lire un mélange de Feydeau (pour le côté burlesque et les chassés-croisés femmes/maris/amant(e)s), de Beckett et de Duras. Voila le programme !

Je vous laisse découvrir quelques passages reproduisant la typographie originale :

"Monsieur froid
Monsieur a froid
ll souffre d'un refroidissement spectaculaire
pour tout dire
quelque chose de la génétique des Natanaëls n'a
pas tourné rond
Les Nathanaëls réfugiés au ciel. Personnes déplacées.
Lisant la Bible allongés nonchalamment sur les
nuages.
Quelle tête ils font
Un peu comme les Belges quand le Christ rentre 
à Bruxelles. 
Rien du Christ néammoins. Rien d'un Saint. Dans l'image lointaine du petit Nata de Natanaël. "ll aurait pu être pasteur" murmure un ange" "Avec son intelligence"
Que voient-ils emmitouflés de nuages roses saumon, bleu véronèse et vert de chrome.
Leurs descendances, leurs biens et avoirs modifiés
d'une manière révolutionnaire
Monsieur Nata est le mari moderne
Tout simplement
La mentalité de souteneur du mari moderne
Qui ne peut supporter sa petite putain de
femme moderne. A crises modernes
Le mot "moderne" très élastique. Lourd de 
tous les vices dernièrement admis, promus,
reconquis, montés en grade
C'était des gens modernes
"

 

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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 19:12

Contient : La harpe irlandaise - Les clefs - Agnès de rien

Des maisons, des mystères

Editions Omnibus, 2006

On doit à l'éditeur Omnibus d'avoir redécouvert très récemment cet auteur génial (1890 - 1983), journaliste, romancière, juré du Prix Fémina et amie proche de Colette. Elle a également présenté à la radio l'émission mythique Les maîtres du mystère.

Je remercie beaucoup Florinette de m'avoir donné envie de lire ce recueil de trois romans géniaux !( http://www.leslecturesdeflorinette.com/article-4731042-6.html#anchorComment )

Germaine Beaumont est en effet la maître du mystère sans pour autant écrire de romans policiers. Pas de détective, ni de policiers et encore moins de meurtres. Ce sont des femmes solitaires qui enquêtent à la recherche d'un secret enfoui depuis longtemps dans des familles enfermées dans des maisons ancestrales.

Car ce sont bien les maisons délabrées, abandonnées qui sont au centre des trois intrigues. Dans La harpe irlandaise, deux vieilles femmes, l'une rêveuse, l'autre très rationnelle, découvrent une vieille bâtisse délabrée à vendre. Laura, la rêveuse, est hypnotisée par ce bâtiment en ruine et découvre peu après que son mari avait voulu  l'acquérir des années auparavant mais en vain, après le refus de la propriétaire...Que cache ce secret familial ? Dans Les clefs, Frédérique Marshall achète une vieille maison alors qu'elle ne connaît pas le village ni même la bâtisse. Enfin, dans Agnès de rien, l'héroïne découvre sa belle-famille tapie dans une maison à côté d'un ancienne forge. La belle-mère semble être victime d'une étrange folie...

Voici donc pour les personnages : des êtres solitaires, souvent frustrés par la vie, cachant des blessures secrètes, reviennent sur leur passé en enquêtant au sein de familles souvent avares, rustres. On retient surtout de mémorables portraits de femmes aux amours malheureuses, condamnées au veuvage ou au célibat, parfois tentées par la vengeance.

Quant à l'atmosphère, c'est là que réside le magnifique talent de Germaine Beaumont. Elle s'inspire fortement des auteurs anglais tels que les soeurs Brontë pour créer des ambiances lugubres et poétiques. On pense notamment à Rebecca de Daphnée du Maurier. Les étangs, le brouillard, l'humidité, les vieilles boiseries, les moisissures sont le cadre de ces romans. Tout est fait pour envelopper les mystères, les secrets des familles.

Ces secrets révèlent souvent la noirceur de l'âme. Mais le mal n'est que la conséquence du malheur et de la frustration.

Je me suis vraiment régalée. Germaine Beaumont a une plume sans nulle autre pareille. J'ai hâte de lire le deuxième volume, Des familles, des secrets.

Des familles, des secrets

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21 novembre 2006 2 21 /11 /novembre /2006 22:06

Editions Gallimard, 1942

De Jean Meckert, je vous avais déjà fait découvrir deux titres : Je suis un monstre et Le boucher des hurlus. Fils d'un anarchiste, Meckert a créé une oeuvre magnifiant les petites gens; il a toujours mis en lumière la souffrance de la classe ouvrière ainsi que l'injustice de cette condition.

Les coups, son premier roman publié en 1942, a été notamment acclamé par Gide et Queneau. Il s'agit d'un beau roman écrit dans une langue populaire mêlant argot et expressions d'antan.

Le narrateur, Félix, un petit gars qui est manoeuvre dans un atelier de mécanique, nous raconte comment il en est venu à la violence conjugale. Le lecteur est donc dans la peau du mauvais rôle. Mais le but de Meckert n'est pas de dénoncer la violence et d'instaurer un monde manichéen entre bons et méchants. Il cherche surtout à comprendre pourquoi le jeune ouvrier en est arrivé là.

Il commence donc à décrire sa rencontre romantique avec la jeune Paulette, une collègue de travail. Puis il y a la rencontre avec la belle-famille qui veut se donner des airs de bourgeoisie. On veut sortir, aller à l'Opéra et bien s'habiller. Sauf que pour Félix, ça lui est égal d'imiter le bourgeois. Il déteste les faux semblants et les grands airs.

Et surtout, il y a cette difficulté à parler, à s'exprimer. Il ne sait pas dire de belles phrases pour expliquer s'il a aimé ou non un film. Il ne sait pas mettre des mots sur ses sentiments. Donc, lorsqu'il y a conflit, il tape. Les coups remplacent le langage.

Meckert décortique avec talent ce qui peut pousser à la violence. On ne peut qu'être ému par ce grand benêt qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Derrière les coups, se cache un amour profond pour sa femme.

L'auteur en profite pour épingler l'hypocrisie de la bourgeoisie pour qui l'intelligence repose sur un certain nombre de goûts et de conventions. Le petit monde bien pensant n'hésite pas à se moquer de Félix qui ne sait pas comment expliquer pourquoi il n'aime pas l'opéra.

Un roman tout en délicatesse dont la singulalité du thème gagne à être soulignée.

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22 septembre 2006 5 22 /09 /septembre /2006 20:37

Gallimard, « Série noire » 1982

Jean Amila, qui a également écrit sous le nom de Jean Meckert (1910-1995), est le premier à avoir publié dans la mythique collection de polars des éditions Gallimard. Il est l’inventeur du « polar à la française » à forte connotation sociale .Des écrivains engagés tels que Didier Daeninckx se réclament d’ailleurs de son héritage.

 

Dans Le boucher des hurlus, il met en lumière les assassinats programmés des mutins de 1917 qui ont refusé de partir au front et s’en prend ainsi aux généraux qui envoyaient leurs hommes à la boucherie. Amila a été l’un des premiers à réhabiliter ces soldats jugés traîtres de la patrie. Il faut savoir qu'il est lui-même fils de mutin...

 

L’histoire se déroule juste après la Grande Guerre : une femme de mutin fusillé et son jeune fils de 8 ans habitent  dans un immeuble près de la porte de Bagnolet. Tous les jours, ils doivent subir les brimades et les insultes des commères du coin qui n’hésitent pas à les traiter de « Boches » ou de « Bolchevicks ». Un jour, la maman se fait blessée à coup de parapluie par la méchante « Mère Venin ». Elle réplique et le soir même, elle se fait arrêter par la police pour trouble de l’ordre public sous les yeux médusés du petit Michou. Le gamin est alors placé dans un orphelinat : il y retrouve une bande de pauvres gamins orphelins de guerre qui doivent subir tous les jours les jérémiades des curés et le discours patriotique. Après son arrestation, sa mère a perdu la tête et est internée dans un hôpital psychiatrique.

 

Avec une bande de copains, il ne pense plus qu’à s’évader, d’autant plus qu’il vient de découvrir le nom de celui qui est responsable de la mort de son père. A partir de là, il n’a plus qu’une idée en tête : tuer le « boucher des hurlus » (les Hurlus désignent le lieu dit où a été fusillé son père) pour venger sa famille. …

 

Voici donc le petit Michou partant avec ses copains pour une folle épopée vengeresse : ils iront jusque dans les champs dévastés de l’Argonne pour voler un pistolet de soldat et venger tous ces hommes morts pour rien…

 

Cette magnifique histoire est vue à travers le regard d’un enfant de huit ans marqué par la vie. Elle nous est racontée dans un langage populaire des années 20 très authentique où chaque phrase respire la révolte et la haine contre les curetons et les soldats !

Il y a des moments truculents comme par exemple lorsque les quatre gamins sont recueillis par un groupe de prostituées venues divertir une garnison de soldats !

 

L’originalité du récit réside dans le fait qu’Amila ne prend pas directement pour cadre les mutineries de 1917 mais les répercussions de ces événements sur les familles innocentes des mutins. La guerre s’est ainsi prolongée bien après 1918…L’auteur montre qu’une mentalité patriotique s’est peu à peu installée dans les années 20, exaltant les vertus des généraux et oubliant les morts inutiles. Le Boucher des Hurlus est le récit d’une enfance sacrifiée sur l’hôtel de la patrie…

 

Un récit capital et précurseur sur un pan oublié de l’Histoire jusqu’à la réhabilitation tardive des mutins de 17 dans les années 2000….

 

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16 juin 2006 5 16 /06 /juin /2006 21:29

Récit publié en 1925

Vauriens, voleurs, assassins

 

Editions Finitude, collection « Utopies », 2006

 

 

Raymond Hesse (1884-1967), auteur de Riquet à la Houppe et ses compagnons était magistrat la journée, écrivain et bibliophile la nuit.

 Imaginez-vous un magistrat, proche des milieux anarchistes, imaginant que les vauriens, les voleurs et les assassins se mettent en grève. Que deviendrait alors la société ? C’est ce à quoi essaie de répondre ce facétieux auteur dans ce petit récit de 70 pages.

Le président du syndicat des V.V.A (Vauriens, voleurs, assassins) décide de faire une grève générale pour dénoncer les arrestations arbitraires et les conditions de vie dans les prisons.

Et à partir de ce moment là, c’est le désastre !

 Les magistrats et les policiers s’ennuient. Les prêtres ne peuvent plus confesser les pécheurs ni prêcher la vertu. Quant aux maris infidèles, ils assaillent leurs femmes. Les vieilles dames n’ont plus de faits divers à lire dans les journaux….

 Bref, le mal est nécessaire non seulement pour faire valoir la vertu mais est aussi un secteur économique florissant : il fait vivre magistrats, policiers, journalistes et j’en passe….

Si bien que les bien-pensants bourgeois vont devoir négocier avec le syndicat des V.V.A. et faire quelques concessions….

Un récit brillant qui n’a jamais été autant d’actualité à cette époque d’obsession sécuritaire…

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6 février 2006 1 06 /02 /février /2006 22:10

Emmanuel Bove (1898-1945)

Gallimard, 1935

Ecrivain prolixe dans les années 20 et 30, reconnu par Gide et Rilke, Emmanuel Bove tomba dans l'oubli avant d'être redécouvert il y a quelques années.

Je vous conseille d'aller voir le site qu'il lui est consacré :

http://www.emmanuel-bove.net/

Je n'ai lu pour ma part que Le pressentiment , une oeuvre qui va âtre adaptée au cinéma par Jean-Pierre Darroussin en août 2006. Apparemment, cette oeuvre est typique de son oeuvre et met en scène un anti-héros, un "Monsieur tout le monde" qui nous est fort sympathique:

Charles Benesteau, la cinquantaine bien tassée, est un avocat parisien reconnu de la bonne société; déçu par son milieu , il décide du jour au lendemain de quitter femme, enfant et fortune personnelle pour chercher la liberté dans la solitude. Il s'installe dans une rue misérable du quartier de la gare Montparnasse. C'est parmi les pauvres qu'il pense trouver les vraies valeurs. Mais le destin lui montrera le contraire...

Il recueille par pure bonté une jeune fille dont le père est en prison et la mère à l'hôpital. Pour les voisins et les concierges, Monsieur Benesteau est trop poli pour être honnête...

Le titre du roman prend tout son sens à la fin du livre. Bove peint avec beaucoup d'habileté un monde rempli de rancoeur et de haine. Il décrit magnifiquement bien les commérages des mégères de la rue. Le personnage de Charles est profondément émouvant. Bove utilise une langue sobre, sans fioriture, qui va à l'essentiel.

Ce livre m'a donné envie d'en lire d'autres.

Et vous, connaissiez-vous cet auteur?

 

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