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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 11:59

RENTREE LITTERAIRE 2009

Par effraction

Editions Allia

Un petit récit très original, à la fois très contemporain dans sa forme et par son thème mais très classique par la "belle" langue employée.

Un récit emboîté, à tiroirs, qui superpose plusieurs personnages, plusieurs intrigues. Le tout constitué de courts chapitres ou paragraphes, souvent sur une ou deux pages, comme des instantanés, des coups de projecteur...Cela tombe bien, l'un des thèmes principaux est le film, le super-8 des films de famille.

Tout commence par un récit extrêmement précis des événements qui déclenchent l'action : le narrateur, qui se désigne par "vous", raconte qu'il a trouvé aux Puces de Clignancourt un carton jauni renfermant des films super-8. Un jour, il ou elle décide de les visionner par bribes : sur l'écran, une jeune fille bourgeoise, filmée par son père puis par son fiancé jusqu'à 30 ans, dans une grande maison avec gouvernante et jardiniers.

Courts épisodes, paragraphes comme des flash..Ces chapitres alternent avec un autre récit, celui d'A..., télépathe, qui entend la voix de tout le monde, et qui rêve de s'évader dans un monde de silence. Entre ces deux mondes d'effraction, qui se déroulent tous les deux dans de vieilles maisons bourgeoises, des épisodes très oniriques, évoluant vers le fantastique dans un milieu très aquatique. Visions et rêves du narrateur ? D'Aurore ? Nul ne le sait...

Un thème relie des récits : l'effraction, la non séparation entre public et privé : un personnage est filmé de saisons en saisons, d'âges en âges. L'autre pénètre dans l'âme des autres mais rêve d'en sortir...L'une est traquée ..L'autre traque contre son gré.

L'intrigue reste ouverte à l'interprétation du lecteur. Le narrateur est-elle Aurore ou A... ou un tiers ?  Là n'est pas l'important. Hélène Frappat signe ici un étrange récit d'atmosphère entre décor paradisiaque, inquiétude et onirisme.

L'écriture, délicieusement précieuse et surannée, ne fait qu'envoûter encore davantage le lecteur. Sur un thème très contemporain (le voyeurisme, la fin de la distinction entre sphère publique et sphère privée), l'auteur construit une intrigue très mystérieuse, un peu à la façon de Hitchcock. On pense également aux silhouettes nervaliennes, apparitions mystérieuses féminines dans de vastes propriétés.
Elle évite les pièges du récit expérimental qui bien souvent "refroidissent" la langue. Les décors surannés et les récits oniriques font naître une douce poésie.

"Plusieurs années plus tard, elle comprendrait que le véritable silence est celui dont on jouit, un court instant qui nous paraît éternel, en compagnie, lorsque le chaos fatigant sans trêve la tête des hommes s'atténue (pour les humains, même les lignes d'eau ressemblent à des lignes d'écriture que leur esprit, jamais en sommeil, remplit en nageant), seul subsistant le murmure, identique en tout être humain, des forces vitales.

Rêves de fils électriques dans le vent. La nuit, l'air silencieux s'emplit de voix pour ceux qui savent les entendre ; l'obscurité se peuple d'esprits pour ceux qui savent les voir. Sont-ce les vivants, ou bien les morts qui me parlent ? Les voix des esprits anonymes , aiguës et fluettes, tremblent sur une bande usée ; elles sifflent comme des fils électriques dans le vent.
Je reçois sans ordre d'anciennes légendes, énigmes enfouies au fond des malles aux greniers, hantises dérisoires ou tragiques arrachées au royaume des morts (une femme en blanc, dressée sur le rebord du pont à la sortie du village, désigne aux promeneurs imprudents la source, jaillissant des rochers en cascade, où son époux se noya. Sa robe blanche l'enveloppe comme un banc de brouillard sous la lune, ou l'éclat intermittent des lucioles ou bord des routes. "

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 15:08

Editions du Rouergue

L'or du temps

Collection "La Brune", 2006

Premier livre lu de Claudie Gallay, que j'ai voulu découvrir par un titre moins connu que Les déferlantes. Une histoire attachante, qui pourrait être merveilleuse, mais à laquelle je n'ai pas tout à fait adhéré.

Tout d'abord, le style très elliptique, les phrases très courtes du genre sujet, verbe, complément. C'est d'abord cela qui m'a gênée ! Moi qui aime le phrasé poétique, plus lyrique à la Sylvie Germain, j'ai été désarçonnée ! Je veux bien être une adepte de la ténuité, mais, là, c'est un peu trop pour moi. Une langue trop peu littéraire, trop simple.

Du point de vue de l'histoire, c'est sûr qu'il y a beaucoup de sensibilité mais là encore, on peine à y croire. Un père de famille, en vacances sur la côte normande, quitte tous les soirs femme et filles, pour aller discuter dans une vieille maison en compagnie de son étrange propriétaire, Alice, une vieille dame au passé très riche.

Alors que le jeune père de famille, dont nous ne saurons jamais le nom, raccompagne la vieille Alice chez elle pour l'aider à porter ses sacs de course, il découvre chez elle de mystérieuses statues indiennes, les Kachinas. Etant familiarisé avec l'histoire de l'Art, il reconnaît des statuettes rituelles des indiens Hopi. La vieille dame va lui raconter alors, par petites touches, son passé et ses secrets, son enfance en compagnie de son père, photographe aventurier, proche d'André Breton. Ensemble, ils vont découvrir la culture hopi, ses rituels religieux, ses masques, ses statuettes qui sont normalement interdites aux Blancs. Pour les peintres et les écrivains surréalistes, cet art est la beauté qu'il faut s'arracher à tout prix. C'est l'ailleurs, cet "or du temps", célébré sur l'épitaphe de la tombe d'André Breton.

Petit à petit, alors que le jeune homme s'éloigne de sa famille, il dialogue avec la vieille femme qui lui révèle son enfance et ses secrets. Ces rapports intergénérationnels sont émouvants ; la famille de l'homme et la soeur d'Alice sont réduits en arrière-plan quasiment à l'état de fantômes.

Claudie Gallay aurait certes pu faire un chef d'oeuvre de sensibilité. On apprécie une connaissance  des surréalistes et des hopis mais tout paraît cousu de bric et de broc. Cela me paraît bien artificiel pou y croire.

Je vais à l'encontre des critiques toutes favorables mais je vais lire Seul Venise pour tenter d'avoir un second avis !

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 14:22

CONTE INITIATIQUE

La citadelle des neiges

Nils Editions, 2005

On connaît l'itinéraire fascinant de Matthieu Ricard : fils de l'académicien philosophe Jean-François Revel, docteur en biologie moléculaire, il découvre le bouddhisme à la fin des années 60. Il se "convertit" moine et devient un spécialiste mondial du bouddhisme ; il accompagne fréquemment le Dalaï-Lama dans ses voyages, en qualité d'interprète.

A travers ce conte, se déroulant au Bouthan, il nous fait découvrir l'itinéraire de Detchen, un enfant qui sent en lui l'appel spirituel. Quittant le village rural de ses parents, il est accompagné par son oncle jusqu'à la Citadelle des neiges où réside une communauté d'ermites, avec à leur tête le grand maître Tokden Rinpoché, le "Précieux", titre le plus honorifique de la religion  bouddhiste, qui désigne une personne reconnue comme réincarnation de maîtres spirituels renommés ou un maître qui a atteint un haut degré spirituel dans cette vie. Les Tibétains appellent le Dalaï Lama : Gyalwa Rinpoché, "Précieux Vainqueur".
Il découvre alors les grands principes du bouddhisme : refus de l'attachement, sagesse et compassion, samsara et nirvana, l'éveil.

Le discours très simple du grand maître s'adresse bien sûr autant au jeune garçon qu'au lecteur mais évite tout prosélytisme ; il s'agit d'énoncer, de faire partager des grands principes universels dans lesquels chacun peut se reconnaître.

Une introduction aux principes du bouddhisme qui nous fait découvrir en même temps la vie très rustique des Bouthanais. Matthieu Ricard n'hésite pas à pointer du doigt quelques tares du "samsara", l'existence terrestre, comme par exemple l'alcoolisme dans les villages montagnards. A noter aussi l'importance donnée aux femmes dans la religion bouddhiste : une femme peut devenir ermite pour fuir la rudesse de la vie montagnarde, le fondateur du bouddhisme tantrique, Padmasambhava, avait une compagne, elle-même ermite dans une grotte.

Un conte très simple qui tend parfois vers le merveilleux, comme par exemple lors de la mort du grand-maître qui se "volatilise", qui devient "un Corps arc-en-ciel".



Ce conte ne donne qu'une envie : découvrir plus profondément le bouddhisme. A noter qu'une excellence exposition se tenant en ce moment au Musée Guimet "Au pays du dragon : arts sacrés du Bouthan" nous permet de découvrir cette civilisation. A voir

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 11:16

Prix Fémina et Prix Fnac 2004

Une vie française

Editions de l'Olivier, 2004

Il y a très longtemps que l'on me dit des choses élogieuses sur l'oeuvre de Jean-Paul Dubois. Pourtant, je n'avais encore ouvert aucun de ses livres. C'est désormais chose faite et quelle bonne surprise ! J'ai donc lu l'oeuvre qui l'a consacré autant chez les critiques que dans le public.

Il s'agit d'une formidable saga familiale qui relate quarante ans d'Histoire politique et sociale française entre l'avènement de la cinquième République et le deuxième mandat de Jacques Chirac. Émergence de la société de consommation, des Trente Glorieuses, euphorie économique puis désillusions et tragédies.

Tout cela est raconté à travers l'histoire d'un français moyen, Paul Blick et de sa famille, sur un ton tragi-comique. Études de sociologie non commencées ou non terminées en mai 68, petits boulots, mariage avec une fille de famille, père ou foyer....

Itinéraire d'un homme plus que moyen, un homme qui, faute de s'engager, cultive son jardin, et photographie les forêts et les insectes. Plutôt un anti-héros bien sympathique qui incarne la défaite française, la désillusion. Le destin de l'entreprise de piscines de sa belle-famille symbolise cette Histoire française ; plein essor sous les Trente Glorieuses puis dégraissage massif dans les années 80. Boom de la société de consommation et crise boursière soudaine.

La vie des gens est comme l'économie, nous semble nous dire Dubois. Illusions, richesses qui ne tiennent qu'à un fil.

L'arrière-plan très pessimiste du livre laisse toutefois place à une narration très humoristique, sous le signe de la comédie. Les fous rires sont nombreux, les souvenirs hilarants resteront nombreux : la palme revient au copain d'enfance de Paul, David Rochas, qui n'hésite pas à exercer ses prouesses sexuelles sur le rôti maternel dominical !!! Ou encore la mère de Paul, mitterrandienne convaincue, qui, au soir de sa vie, rêve que le vénéré président vient s'allonger nu à côté d'elle et qu'elle ne refuse à lui car il a les pieds froids !
Conflits entre une femme entrepreneuse vouant un culte à Adam Smith et un mari aux vieux réflexes gauchistes, révélations d'une amie sur ses incartades amoureuses avec un rabbin, épopée du photographe mondial des arbres contacté par Mitterrand pour le portraiturer devant les arbres du Morvan...L'histoire va à cent à l'heure, on s'identifie vraiment aux personnages.

Le ton comique cache un arrière plan très pessimiste et tragique. De très beaux passages sur la solitude et la perte des êtres chers au fil de la vie.

Assurément un très beau livre qui reste dans les mémoires.

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 22:22

Rentrée littéraire 2009

Hors champ

Editions Albin Michel

Sylvie Germain est pour moi l'une des plus grandes romancières françaises actuelles. Ses oeuvres mêlent le mythe et l'Histoire, le réel et le fantastique, le drame et l'onirisme.

J'ai lu tous ses premiers romans jusqu'à Magnus. Puis je viens de lire son dernier opus. J'ai noté une nette différence avec ses titres plus anciens.

Ici, Sylvie Germain quitte le terrain de l'Histoire pour se concentrer sur un très court laps de temps, une semaine. Nous sommes dans le présent le plus pur : Aurélien, est un "homme d'aujourd'hui" ; mais, de jour en jour, il devient invisible dans le regard des autres ; on n'entend plus sa voix au téléphone, on ne sent plus son parfum ; puis, un jour, ses proches ne se souviennent plus de lui...il devient alors complètement invisible...

Aurélien nous raconte sa propre histoire, celle de son effacement  ; parallèlement, sa sensibilité s'aiguise, ses souvenirs d'enfance ressurgissent ; il devient un être de ressenti.

Bien que Sylvie Germain évite toute mention de repère spatio-temporel ou de contexte sociopolitique, on ne peut s'empêcher d'y voir une parabole de la solitude contemporaine ; d'ailleurs, le parcours d'Aurélien croise de grandes figures solitaires : un SDF qu'il considère comme son frère d'infortune. Plus il disparaît aux yeux des autres, plus il compatît au sort des autres, plus il saisit leur pensée.

L'écriture est beaucoup plus limpide, plus simple que dans les grands romans tels Le livre des nuits ou Tobie des marais. Mais, par le recours au fantastique et surtout à des thèmes récurrents dans son oeuvre comme l'origine fabuleuse, mythique (Aurélien est né d'un père vaporeux, réduit au souvenir d'une odeur d'herbe et de tourbe chez la mère ; ses grands-parents ont eux-aussi disparu sans laisser de trace ; son frère est un mort vivant, accidenté de la route et ses amis sont des gens du spectacle, à l'identité incertaine), par le thème de l'évanescence, de la disparition, Sylvie Germain fait naître une atmosphère intemporelle, élevant ses personnages à la dimension d'un mythe universel. Aurélien incarne la figure du grand solitaire, de "l'abandonné". Le recours au fantastique est là pour souligner quelque chose de bien réel.

Dans ce roman, Sylvie Germain célèbre les personnages qui sont par définition évanescents, sans identité définie : les artistes saltimbanques, les exclus, les personnages de roman et aussi....le lecteur. Sylvie Germain met en scène ces "esprits" qui naviguent de peau en peau et rend le plus bel hommage qui soit au lecteur :

"Je suis un personnage composite, et de plus en plus arlequiné au fur et à mesure que je lis, arpente, explore de nouveaux livres....Je suis un personnage inconnu, inachevé, en évolution, ou plutôt en altération constante : métamorphose, anamorphose, paramorphose, tératomorphose, hagiomorphose, patamorphose...un arlequin en expansion et vibration continues, un transmutant incognito.Un simple lecteur.
Toute une vie de lecture devant moi, de rencontres de personnages d'encre et de vent pour doubler les rencontres de personnes de chair et de sang, les ourler d'une ombre dense et mouvante, les troubler à profusion. Et plus tard, dans la vieillesse, m'en défaire, ôter une à une toutes ces peaux d'encre et d'ombre, les oublier, sans les renier. Arlequin écorché, dépiauté, lumineux de nudité, comme un vieil ermite en fin de course sur la terre, délesté de tout, comme un vieux sage déposant tout son savoir pour s'épanouir dans un état de folie douce...."

Hors champ ou éloge de la métamorphose...

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 16:41

EDITIONS PLON, 2008

Tels des astres éteints

Ce titre de Léonora Miano est le seul qu'elle consacre aux "AfroEuropéens", le seul dont l'histoire se déroule en Europe, dans la ville de Paris que l'on devine, même si la ville n'est jamais nommée.

Miano met en scène le destin collectif des immigrants à travers trois personnages qui incarnent chacun un positionnement par rapport à leur passé et à la cause noire ; car, il s'agit bien de questionner la place de la couleur dans le monde, celle qu'on leur a imposée, celle par quoi les Africains sont définis.

Trois personnages donc : Amok, fils d'un "collaborateur camerounais" qui a fait affaire avec les blancs. A travers ce personnage, l'auteur pointe l'élite noire qui s'est mise à rêver des valeurs blanches en oubliant sa culture. Résultat : un fils qui rejette cette assimilation, qui sombre dans la dépression faute de souhaiter s'engager dans la cause noire.

A l'opposé, deux autres personnages, Shrapnel et Amandla, adeptes des mouvements nationalistes promouvant un retour aux origines, au passé d'avant l'esclavage. Alors que l'un souhaite rester en Europe pour fédérer le monde noir, le monde noir européen qui n'a pas encore d'identité avec l'américain, l'autre s'affilie au mouvement rasta et kémite, qui affirme que le peuple noir descend des pharaons.

Ces trois personnages s'interrogent sur l'identité noire des migrants, celle  des descendants d'esclaves qui n'ont pas d'Histoire. Ils vaquent entre le désespoir le plus profond et l'engagement nationaliste, voire intégriste.

Loin de souscrire à cette vision des choses, l'auteur en appelle au réveil individuel et à la capacité à se faire une place dans le monde ; en guise de conclusion "C'est à la couleur de connaître sa place".

Bien que ce livre soit très intéressant, très détaillé  sur la culture noire (référence au kémitisme, au rastafarisme, au jazz), il m'a beaucoup moins enthousiasmé que les trois autres romans de Miano.
D'un point de vue littéraire, chaque chapitre s'inspire d'un morceau de jazz. Mais je trouve que le style est trop militant, moins esthétique que dans les autres titres. On ne retrouve pas cette écriture incantatoire, telle une litanie, qui fait toute la force de l'écrivain.

Il n'en reste pas moins que c'est un roman essentiel sur l'identité des immigrés. Sujet brûlant d'actualité....

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 10:39

L'Histoire du génocide arménien....

Erevan

EDITIONS FLAMMARION, 2009

Gilbert Sinoué est l'un des grands spécialistes français du roman historique ; on lui doit notamment L'enfant de Bruges ainsi que Le livre de saphir.

Son dernier roman est davantage qu'un roman historique ; il pourrait être l'équivalent livresque d'un docufiction, tant la reconstitution fidèle du génocide arménien est précise, année par année.

A travers le destin tragique de la famille Tomassian, l'auteur ne choisit pas uniquement de relater les faits de 1915 (année de la déportation des arméniens par les autorités turques). De 1896 à 1921, il analyse la naissance programmée du massacre et ses conséquences diplomatiques six ans plus tard.

A partir de documents historiques, de témoignages, il retrace année par année ou jour par jour les événements qui ont précédé ou suivi le massacre.

Le contexte : le déclin de l'empire ottoman, la volonté d'unifier l'empire sous l'égide de l'Islam, montée du nationalisme et déclenchement de la Première Guerre Mondiale, l'Arménie, territoire pris en étau entre la Russie et l'Empire Ottoman. Autour de tout ça, les puissances occidentales qui tentent en vain, au gré des alliances diplomatiques, de sauver le premier peuple chrétien...


La première tentative d'extermination à la fin du 19e siècle, sous le règne d'Abdul Hamid II puis la montée du nationalisme jeune-turc et le triumviratsous la direction de Talaat Pacha, ministre de l'intérieur pendant la Grande guerre, épaulé par les allemands. Des détails ahurissants : l'organisation d'un corps de repris de justice afin d'organiser le génocide, l'abandon des populations dans le désert syrien, la collaboration des kurdes....

Tout est examiné à la loupe, de la décision administrative, véritable crime organisé, aux conséquences. Gilbert Sinoué ne passe pas sous silence la tentative américaine, sous l'égide de l'ambassadeur, de limiter ou du moins faire connaître les massacres.

Année par année, heure par heure, le lecteur suit le long processus ; il en ressort une tension dramatique exceptionnelle, digne d'un polar.

Gilbert Sinoué voit le massacre par les yeux d'une famille, les Tomassian, ce qui donne au récit une dimension romanesque poignante. On est loin de l'exposé factuel des différents événements ; on les vit de l'intérieur en évitant tout misérabilisme ; le récit est tragique mais d'une grande simplicité et d'une grande dignité.

A lire afin de connaître un drame historique méconnu malgré sa médiatisation.

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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 22:58

Prix Page des Libraires, 2009

L'annonce

Editions Buchet Chastel, 2009

Marie-Hélène Lafon, professeur de lettres classiques à Paris, est l'écrivain du monde paysan en train de disparaître. En digne héritière de Pierre Michon et de Richard Millet, elle écrit pour ceux qui ne parlent pas, pour ceux qui ne s'expriment que par le corps et le geste.

Utiliser le terme "roman du terroir" serait une erreur : il s'agit avant tout de mythifier les "gens de rien", de leur donner une dignité littéraire sans pour autant retracer comme dans le genre du terroir la vie de dynasties familiales sur des dizaines d'années.

Marie-Hélène Lafon, tout comme par exemple Annie Ernaux, a quitté son milieu d'origine, les campagnes du Cantal, pour intégrer le milieu professoral.
Il s'agit pour elle, par son travail d'écriture, de saisir ce monde qui est en train de disparaître ; sous sa plume, les paysans deviennent les génies, les grands prêtres d'un monde révolu.

L'intrigue, minimale, est très simple, très réaliste : Paul, un paysan célibataire d'une cinquantaine d'années, vivant avec sa soeur et des deux oncles dans la ferme de Fridières, décide de passer une annonce pour trouver femme. Arrivent à la ferme, du Nord des Mines, de l'alcoolisme et du chômage, Annette et son fils Eric, venus oublier un lourd passé.

Récit de leur rencontre et de  l' immersion dans un "territoire ennemi", celui du petit village qui n'accueille pas si facilement les envahisseurs.

Ne cherchons pas un récit chronologique des faits ; il s'agit avant tout de faire le portrait de ces personnages silencieux, de creuser sous la gangue de souffrance et de solitude, de voir à travers leurs gestes leur ressenti. Quant aux paysages, la ferme où la nuit qui englobe le village, ils sont aussi tours à tours personnifiés, ils parlent, ils caressent.

Ils s'agit avant tout de chercher leur langage, d'où un travail d'écriture extrêmement méticuleux. La phrase de Marie-Hélène Lafon est longue, sinueuse, ponctuée d'une manière délicate : les adjectifs se succèdent sans aucune virgule, instaurant un mystérieux rythme ternaire.

Dans un entretientrès intéressant, elle parle d'une écriture du labour, d'une écriture du sillon qui creuse, qui cherche pour rendre à parole aux taiseux, à ceux qui pensent que se dire est obscène ; il s'agit alors de retourner plusieurs couches avant de trouver le mot juste. D'ailleurs, on retrouve constamment dans le texte le champ lexical de la terre : exhumer, le dépôt, le limon. On parle de relent, de choses nouées dans la gorge.

Un extrait extrèmement fort montre cette difficulté de parole :

"Toute son attention avait été happée, dévorée par les mots de Paul. Et par ses mains. Qui parlaient avec lui, soutenaient sa parole, la relançaient ou reposaient à plat sur la table, dans les creux de silence, et frémissaient comme mues de l'intérieur par de sourds tressaillements qui disaient ou tentaient de dire ce que Paul taisait, ce qu'il gardait tapi sous le flot de choses audibles. Ni Paul ni Annette n'iraient extirper ce qui restait, s'incrustait dessous. On ne gratterait pas les vieilles plaies de solitude et de peur, on n'était pas armé pour ça, pas équipé ; on s'arrangerait autrement. Le relent de vomi froid des peines anciennes serait ravalé et renfoncé dans les gorges à coups de mots utiles qui disaient la situation présente, la décrivaient, expliquaient....

"Il fallait lui dire quelque chose, exhumer des paroles qu'elle sentait collées, tout au fond d'elle, enkystées. Elle aurait pu pleurer, et laisser crever là le bubon des peines ancienne"

Il faut taire la souffrance ; au contraire, on peut se confier dans un autre langage à la nature, aux animaux, d'où les passages très émouvants décrivant un langage de signes entre l'enfant et la chienne de la maison.

Au contraire, la parole peut devenir flot ininterrompu lorsqu'il s'agit de déverser son désaccord ou sa haine contre l'envahisseur ! Nicole, la grande prêtresse du domaine éructe contre la cuisine américaine aménagée par Paul dans la grange du haut pour mener une vie décente avec Annette. Qu'à cela ne tienne, Les Gaulois (sous entendu, la nièce et les deux oncles) résisteront dans la pièce du bas contre ce débarquement américain ! L'humour naît de ce décalage, de ce cri, de cette peur de disparaître.

Dans une langue brillante, très souvent patinée par les âges (emploi de mots élégants surgis du passé, Marie-Hélène Lafon fait ce ses personnages des héros quasi mythologiques. Les deux oncles ne sont pas sans rappeler les vieillards de La vie moderne de Depardon. Un récit empli de dignité, tout en délicatesse, ce qui n'empêche pas des touches d'humour.

Du grand art.

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 09:08

DE VERONIQUE OVALDE

Prix France Culture Télérama 2008

Et mon coeur transparent

Editions de l'Olivier, 2008

Véronique Ovaldé est l'une des voix les plus originales de la littérature française actuelle. On dit que cette dernière est tournée vers l'autofiction, un repli sur soi. Véronique Ovaldé nous livre au contraire des contes plein de fantaisie et de merveilleux, des histoires qui ne se passent que dans les livres !

J'avais eu plutôt une approche négative de Déloger l'animal où elle faisait s'exprimer une petite fille attardée dans un langage  très soutenu. Dans Et mon coeur transparent, je me suis vraiment laissée embarquer dans un monde certes incroyable mais peu importe !

Lancelot, un solitaire un peu hypocondriaque et rêveur, tombe amoureux de la belle Irina. Il n'hésite pas à quitter sa femme subitement pour aller la rejoindre. Alors que Lancelot reste bien sage à la maison, irina parcourt le monde pour faire des documentaires animaliers. Jusqu'au jour où Irina est retrouvée morte, noyée dans une voiture qui ne lui appartient pas...La police découvre qu'elle était morte avant l'accident.

Déboussolé, Lancelot va pourtant enquêter sur la mort mystérieuse d'Irina et découvrir un toute autre personnage...

Véronique Ovaldé détourne à sa manière le roman noir et le récit d'apprentissage. Dans ce roman s'apparentant à un conte, on est tout à coup plongé dans un monde de terroristes ! Lancelot, tel un nouveau Candide, découvre la face cachée du monde.

Comme à son habitude, Ovaldé ne donne aucun détail spatio-temporel réel ; nous sommes dans la ville imaginaire de Camerone et dans un pays enneigé.
Le roman est le récit des aventures rocambolesques de Lancelot raconté par l'auteur dans une langue très imagée, enfantine et "sucrée". Ainsi, un sourire peut être "chaud et laineux" et les chewing-gum parfumés à la crème de marron.

Entrez dans un monde fantaisiste où les meubles disparaissent, où des chaussures rouges vont tombent sur la tête, où les petites filles s'appellent Tralala et où les recettes de cuisine deviennent des recettes de cocktail molotov et où les terroristes distribuent des livres pour enfants pas très catholiques et des boîtes à musique chantant l'Internationale !

Véronique Ovaldé choisit un style naïf et coloré pour dire un monde très noir où les gens, finalement, ont du mal à se connaître.
Elle explore l'intime d'un couple dans une histoire fantasque et c'est beaucoup mieux que dans un énième roman d'autofiction !

Revigorant !







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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 10:50

PRIX PAGE DES LIBRAIRES 2009



L'annonce, Editions Buchet Chastel

Coup de projecteur sur Marie-Hélène Lafon et son dernier roman : professeur de grammaire à Paris, Marie-Hélène Lafon est issue du milieu rural, d'un village du Cantal. Toute son oeuvre a pour décor unique ce terroir et cette vie rurale telle La vie moderne de Depardon.

Ses modèles : Pierre Michon, Pierre Bergougnioux et Richard Millet qui ont ouvert la brèche sur un monde de taiseux. Comme ses dignes prédécesseurs, Marie-Hèlène Lafon "laboure" la langue (telle est son expression), à la recherche du mot juste.

 

Un entretien intéressant sur http://ecrivains.lectura.fr/index.php?post/2009/02/09/Marie-Helene-Lafon

Son roman : dans un village du Cantal, un homme célibataire de 46 ans passe une annonce dans le journal. Arrive Anna, une femme du Nord...
Une histoire d'amour paysanne bientôt chroniquée dans Passion des livres ...

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