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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 22:44

Editions Anne Carrière, 2006

 

Le fou de Printzberg

 

On accuse la littérature française d'aujourd'hui, tournée vers l'autofiction, de manquer de fougue et d'imagination.

C'est sans compter Véronique Ovaldé et son univers fantasque et aussi, Stéphane Héaume, certes plus confidentiel.

Deux caractéristiques assez rares pour être soulignées dans son univers romanesque : l'aventure, l'onirisme, auxquels s'ajoute un magnifique univers visuel.

 

Sur la page d'accueil de son site, en exergue, une citation qui donne le ton  :  « Ne ligotons pas nos songes, n'étriquons pas notre destinée » d'Alexandre Arnoux  (1884 - 1973)

 

Ayant reçu le Prix Jean Giono et Emmanuel Roblès en 2003 pour son premier roman Le clos lothar, il a depuis signé quatre autres récits.

 

Le fou de Printzberg est à la fois un roman d'amour fou, un roman initiatique et un récit de voyage halluciné entre Grand Nord et Orient. Tragédie intemporelle, nous pourrions nous croire dans un conte cruel nordique ou encore dans une tragédie romantique où les passions sont exacerbées.

 

L'histoire nous est contée par Julien, qui reçoit une étrange lettre de son ancien ami, l'architecte Costa Cristo-Caron, à l'initiative de la construction d'une étrange station thermale construite dans les glaces de l'arctique.

Ce dernier vient de mourir ; sa dernière lettre lui intime de ramener sa femme, Altaléna, en Europe. Cette femme qui a quitté Julien pour Costa vingt ans plus tôt.

 

Il s'envole alors pour le Printzberg : il y rencontre l'étrange Baron Othon qui a financé le projet de la station, la belle sculptrice Altaléna et la mystérieuse servante sorcière, La Zlatow, puis  les trois pages tatoués et le psychologue de sa bien-aimée.

Comment est mort Costa ? Pourquoi la station n'a jamais ouvert ?

Tandis qu'une nuit sans fin s'abat subitement sur le Printzberg,Julien va entrer dans un univers onirique, labyrinthique dont il faudra percer les secrets. Tout se complique lorsqu'un navire chypriote s'échoue dans le grand nord...

 

Malgré quelques invraisemblances, le lecteur est happé par cette atmosphère féerique qui joue sur les contrastes d'ombres et de lumières (glace, grotte, galeries souterraines), de passion et de froid.

 

Stéphane Héaume nous livre un texte nourri à la fois de références littéraires (on pense tout de suite à Julien Gracq), musicales (la symphonie n°5 de Sibelius) et picturales.

Tous les personnages ont leur aura de mystère ; une intrigue romanesque à souhait, mélodramatique.

Un vrai rêve éveillé...

 

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 21:44

Editions La fosse aux ours, 2010

 

Sébastien

 

Coup de projecteur sur une petite maison d'édition, La fosse aux ours, qui édite ici un récit bouleversant. Un condensé d'émotions de 130 pages...

 

Sébastien est un jeune garçon dit pas comme les autres. Ce qu'il a, nous ne le saurons jamais car il est le seul à s'exprimer dans ce livre. On sait juste qu'il est solitaire, mutique.

 

Si bien qu'un jour, son institutrice décide ses parents à le placer dans un institut spécialisé. Ses parents, commerçants petits-bourgeois, en profite pour s'en débarrasser. Le week-end, il ira chez ses grands-parents.

 

Car Sébastien voue un amour sans borne à son grand-père, cloué sur son fauteuil roulant. Il attend patiemment le week-end comme un gros bol d'air frais et d'amour car lui seul le comprend.

 

Au début, on comprend qu'il s'est passé quelque chose. Les responsables du centre retrouvent Sébastien sur un escalier du métro. Il rentre en centre, il est dans le bureau du surveillant. Entre chaque scène dans le bureau, Sébastien nous raconte ses souvenirs, son passé d'enfant tête de turc face aux meutes d'autres enfants. Mais il y a quand même quelques éclaircies : son voisin de chambre, son institutrice et un week-end prévu avec son grand-mère pour aller sur Paris au Monument aux morts avec ses copains anciens combattants.

Le week-end s'annonce passionnant et pourtant...

 

Je ne vous en dit pas plus...Tout est vu à travers le regard de l'enfant qui, l'émotion à fleur de peau, ne supporte pas l'injustice et l'acharnement sur les faibles.

 

Dans ce récit plein de pudeur, c'est le point de vue de l'enfant qui compte, nous ne saurons rien de son visage, ni de sa soit disant différence.

Un dénouement poignant qui nous prend à la gorge.

Très poignant.

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 19:59

FRANCE

 

 

Editions Stock, 2009

 

Belle découverte que cette écrivaine franco-italienne vivant en France, journaliste et écrivain, ayant d'abord écrit des documentaires sur, entre autres, la gastronomie et le jardinage.

 

Elle aborde ici un sujet scabreux, un fait divers dans un petit village des Alpes. Emma, la quarantaine,  est vétérinaire de campagne. Elle donne naissance aux petits veaux, parcourant les étables de la région.

Depuis, vingt ans, elle s'en retirée du monde. U beau jour, surgit Giovanni, un jeune homme d'à peine quinze ans, qui débarque chez elle. Il s'agit du fils de ses anciens amis, Raphaël et Micol.

Un face-à-face et les souvenirs, les secrets ressurgissent. Raphaël a été le premier amour d'Emma, Micol lui a volé...

 

Entre la femme mûre et le bel éphèbe, qu'elle a connu bébé, naît une étrange attirance. Lorsque Micol apprendra la vérité, la vengeance sera terrible.

 

Ce sujet scabreux est traité avec tellement de délicatesse et de poésie que nous nous attachons vraiment aux personnages.

Emma, la solitaire, se dévoile peu à peu, se libère de son passé. Tout est effleuré, suggéré, les personnages dévoilent peu à peu leur épaisseur.

 

Nous apprécions la description de ce terroir rude où une femme mûre assume un métier d'homme et où elle doit subir la vindicte populaire.

 

Tout est dans le ressenti et le toucher. Car il y a ces mains nues, qui ne portent ni alliance, ni attaches, qui n'ont rien sû garder, mais qui plongent au coeur de la vie. Ces mains, paumes ouvertes, qui ont laissé couler le temps comme le sable. Et qui aujourd'hui voudraient bien retenir un peu d'amour...

 

Un très beau portrait de femme. A découvrir.

 

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 20:48



Le grand loin

Editions Zulma, 2010

Grand Prix de l'humour noir en 2006, Pascal Garnier signaitdes récits tragi-comiques mettant en scène des anti-héros qui cherchent un sens à leur vie. Il vient de nous quitter début mars.

Dans ce dernier opus écrit de son vivant, un homme ordinaire, Marc Lucas, voit sa vie transformée lorsqu'il prononce dans un repas "C'est beau Agen !". Ne sachant pas quoi faire, l'envie lui vient subitement de voir ailleurs ce qui s'y passe. Il va plutôt que prévu rendre visite à sa fille internée dans un hôpital psychiatrique. Ensemble, il vont partir pour le Touquet...pour le meilleur et pour le pire !

A mesure qu'ils se rendent vers le "grand loin", le voyage se complique...Surtout lorsque sa fille tombe amoureuse de Désiré, un serveur de bar et que son père décide...de lui offrir !

De cette nuit illicite, le papa héritera d'une statue fétiche qui pourrait se révéler maléfique...Le road-movie se transforme peu à peu en ballade sanguinaire...

Garnier excelle dans la description de ces êtres moyens à qui il arrive des choses surprenantes qui les dépassent. C'est court et incisif ; des répliques très drôles de personnages déboussolés mais tellement attachants.

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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 14:35


Editions Denoël, 2010

Olimpia

Céline Minard, auteur née en 1969, philosophe de formation, est assurément l'une des voix les plus originales de la littérature française d'aujourd'hui.
Remarquée par la critique en 2007 avec Le dernier monde, un récit métaphysique mâtiné de science-fiction où elle imagine qu'un cosmonaute revient sur terre et qu'il est le dernier des humains.
L'année dernière, elle publiait Bastard Battle, une épopée médiévale influencée par le cinéma d'arts martiaux et les mangas...

De quoi déjouer les reproches faits à la littérature française contemporaine, jugée minimaliste et nombriliste. Pour contrer tout cela, il y a Véronique Ovaldé et son imaginaire coloré, ses contes et Céline Minard avec sa langue truculente à mi chemin entre la préciosité et la crudité purement scatologique.

Comment faire un récit historique original ?
...En donnant la parole à Olimpia  Maidalchini qui fut l'éminence grise du pape Innocent X (portraituré magistralement par Velazquez et caricaturé quatre siècles plus tard par Francis Bacon) qu'elle contribua à placer sur le trône pontifical au XVIIe siècle. Surnommée la papesse, la putain de pape ou vampiria, elle dirigea les affaires du Vatican pendant plus de dix ans, jusqu'en 1655. Le nouveau pape la chasse ...Olimpia jure de se venger sur Rome...

En exergue du court récit (90 pages), Céline Minard cite une phrase de Marcel Schwob dans Les Vies imaginaires, "la science historique nous laisse dans l'incertitude sur les individus" Quoi de mieux que de donner la parole à la source même !




Olimpia parle, vocifère, fulmine...Dans un flux verbal majestueux, précieux et baroque, d'une crudité absolue, telle une erynie antique, la courtisane jure de mener Rome à sa perte. Cette dernière, terreau de la débauche, sera anéantie par la peste. Elle en appelle également à la furie des eaux, au débordement du Tibre. Elle s'imagine telle une ogresse dévorant en barbecue tous ces nobles décatis, libidineux.



Sur un ton épique, Céline Minard renoue avec une langue généreuse, une verve truculente.
En deuxième partie, le récit à la troisième personne ; l'auteur, dans une belle langue classique, nous raconte objectivement la vie de la courtisane, belle-soeur d'Innocent X.

Un récit historique à deux voix, raconté par le personnage et par l'auteur, une belle réflexion sur le pouvoir et un point de vue sur la Rome du XVIIe siècle, qui a vu s'ériger ses palais et la place Navone.

Quelques extraits...

" Je lui brûlerais les doigts les doigts de pied, je lui donnerai autant de coups au foie qu'il a de poils de barbe, je lui mettrai les poucettes, la barre de fer rouge au cul, le ferai bouffer des rats, les sourcils arrachés, les anathèmes sur sa tête, la peste, la peste soit de sa race de barbarie, ...qu'elle les couvre de bleus, les gonfle, qu'elle les couvre et qu'il en sorte les nains monstrueux qu'ils renferment, gibeux, les gueules torves, les pieds dedans, les genoux cagneux, les os claquant ...la volition pourrie par le socle, le marbre antique changé en fromage fondu puant vermineux, omnia foetida, que ces rejetons les crèvent en leur sortant du ventre et qu'ils crèvent à leur tour, que la peste les broie, les meule, les perce, qu'ils jettent leur dernier souffle en un pet par le cul en ensemble et qu'ainsi Rome en tremble

"Que Minerve s'abatte sur vos têtes molles, bougres foutus stronzo de nobles ! Double crème de sperme et cloaque, capuccini de pisse sur jus de chiasse ! "

«Ta dépouille difforme et gonflée, noircie, liquéfiée par trois jours de putréfaction dans une cave à fromage, ton corps déserté rentré dans sa bière à coups de poings par une bande d’ivrognes détruits et hilares n’est que l’ordre des choses, le revers du pouvoir, le carnaval, l’exutoire. Aux vivants la gloire, aux crevés la fosse.»


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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 19:08

Editions de L'Olivier, 2009

Ce que je sais de Vera Candida

Prix France Télévision

Véronique Ovaldé a incontestablement le vent en poupe. Après le Prix France Culture-Télérama pour Et mon coeur transparent, elle obtient un grand succès pour son dernier opus lors de la rentrée littéraire.

Il est vrai que c'est une voix à part dans la littérature française d'aujourd'hui ; fuyant l'autofiction, elle privilégie la fantaisie, l'humour, voire le fantastique en nous contant des aventures pleines de peps.

Ce que je sais...fait référence à une dynastie d'amazones sur une île perdue d'Amérique du Sud, Vatapuna. Une grand-mère, Rosemarie, pute reconvertie, devenue pêcheuse de poissons volants, se fait faire un enfant par Jéronimo, un escroc charmeur. Naît Violetta, enfant un peu attardée qui lève un peu trop ses jupons. Vera Candida, recueillie par sa grand-mère, accouche aussi d'une fille, mais veut rompre la malédiction ; elle quitte sa grand-mère pour rejoindre le continent. Elle échoue au couvent des Morues, tenu par une ancienne nazie, travaille dans une usine de paniers repas et trouvera enfin l'amour avec un beau journaliste....

Ce conte sud-américain se déroule très rapidement sur au moins quatre décennies ; c'est une ode aux femmes et à la maternité ; les hommes ne sont que d'infâmes ogres. Seule émerge la figure de l'amoureux de Vera Candida, figure du dévouement et de l'amour absolu.

Sous ses allures de conte fantaisiste, ce roman plonge dans la cruauté du monde (viols, incestes...) et aborde les grandes questions existentielles comme la transmission, l'éducation ou la mort. Véronique Ovaldé aborde de véritables destins de femmes fortes sous la forme d'épopée. Certains évoquent l'influence d'Almodovar.

Pour moi, il manque le côté fantastique de Et mon coeur transparent. Mais en choisissant d'aborder un destin de femmes sur toute une vie, l'auteur gagne sans aucun doute en épaisseur. De plus, la fin  est brillamment orchestrée avec un retournement de situation et un secret dévoilé qui donne au roman une gravité certaine.



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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 22:02

Editions du Rouergue, 2005

Seule Venise

Collection "La Brune"

Il y a quelques semaines, je découvrais Claudie Gallay avec L'or du temps. Peu convaincue...
Je viens de changer d'avis avec Seule Venise.

Toujours ces êtres solitaires, esseulés qui souhaitent changer de vie ; un jour, grâce à une rencontre, leur destin bascule.

On retrouve cette écriture très elliptique, par petites touches impressionnistes, qui va si bien à la description de Venise. Les rencontres romanesques dans la Normandie de L'or du temps paraissaient factices, irréelles. Ici, l'on est à Venise, tout est possible !

D'autant plus que l'auteur évite les poncifs : le carnaval, les touristes...On contraire, elle choisit l'hiver, la neige, une Venise embrumée et glauque. Ce sont les lumières des fenêtres, des auberges qui donnent de l'éclat aux rues.


Une ville, une femme, trois rencontres. Elle vient d'être quittée par son amant  ; elle largue les amarres et se réfugie dans une Venise hivernale.

Elle parle, elle vouvoie, elle s'adresse à un homme qu'elle vient de rencontrer à Venise. On apprend petit à petit que c'est un libraire solitaire, qui voue une passion pour un peintre juif ayant peint l'holocauste.

Ils se rencontrent au hasard des ruelles et des ponts, il lui prête des livres, le sentiment amoureux naît...Et puis il y a ces autres rencontres, ses voisins de chambre de la pension où elle a élu domicile : ce vieux prince russe paralytique qui est obsédé par la ponctualité et qui recherche désespérément son amour de jeunesse. Cette danseuse obsédée par son art qui croit avoir trouvé l'amour. Et puis, Luigi, le propriétaire discret de la pension, fantomatique,qui attend désespérément sa fille et décore le sapin de Noël.

Tous ont vécu le manque, désirent une nouvelle fois. Chassé-croisé amoureux, amours en fuite, amours naissants ou retrouvés...Le bal est ouvert.

Sur les ponts, dans les ruelles, dans les pensions, l'Autre est là pour guérir, pour faire comprendre. Comme dans L'or du temps, Claudie Gallay évoque un artiste réel, Zoran Music et ses peintures des cadavres de Dachau.

Claudie Gallay livre une écriture certes très dépouillée mais laissant la place à une sensualité certaine : la description du chocolat chaud du Café Florian, les pas dans la neige, l'éclat d'une lumière, l'odeur du vieux cuir des livres. La Venise enneigée devient un théâtre d'ombres et de lumières, un mystérieux clair obscur.

Ce roman est placé sous le signe de la rencontre mais aussi de l'art. La narratrice, perdue dans son deuil d'amour, reprend peu à peu goût à la vie en découvrant la guérison par les poèmes et la peinture (le cas de Zoran Music) et par la littérature et la musique.

Une très belle promenade sensuelle et poétique, tout en retenue.

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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 19:49

PRIX FEMINA 1999



Editions du Seuil

Maryline Desbiolles, écrivain assez confidentielle, vient de faire paraître La Scène, récit sur les repas en famille, notamment inspirés de la peinture.
M'intéressant aux rapports entre littérature et peinture, j'ai eu envie de découvrir cet auteur par un titre plus ancien. J'ai donc emprunté le Prix Fémina 1999, Anchise et ai découvert une écriture très exigeante, oscillant entre prose et poésie, au lyrisme retenu.

L'influence mythologique est certaine : rappelons qu'Anchise est le père d'Enée ; ce dernier porte son père lorsqu'ils fuient Troie.
Dans le roman, il y a justement le thème central de la vieillesse puis celui de la mort et de la guerre.

Anchise est un vieillard qui vit dans une vieille maison branlante dans l'arrière-pays niçois.
A côté de lui, deux maisons occupées également par des vieillards.
Au dehors, la lumière éclatante, la chaleur de l'été. Lui, Anchise, s'est mis en sommeil depuis des dizaines d'années depuis que Blanche, sa jeune épouse, est morte de la typhoïde alors qu'il était parti à la guerre.
Depuis, il vit dans sa solitude, passe pour une personne illuminée  ; mais lui vit dans ses souvenirs, avec cette image de sa femme bien aimée, la personnification de la lumière et de la passion.

Hors de l'espace et du temps, Anchise, le boiteux, l'apiculteur, délaisse le présent (il laisse sa maison s'écrouler, les abeilles s'éloigner de la ruche). Il se réfugie dans les images éternelles, immortelles du passé.

A mettre en lien avec Les derniers indiens de Marie-Hélène Lafon chroniqué ci-dessous : la solitude des vieillards et des paysans.
Ici, Maryline Desbiolles s'affirme comme écrivain-peintre de la lumière : dans des phrases qui palpitent au rythme de la virgule, elle décrit les oscillations de la lumière, du soleil, de l'incendie. La lumière est celle de la passion non assouvie. Elle décrit une nature panthéiste où l'humain devient animal ou s'identifie aux différents éléments.
On pense à Giono ou encore aux scènes de genre de Pierre Bonnard.

Un livre exigeant qui donne envie de découvrir les autres titres de Maryline Desbiolles, même si la première lecture est loin d'être facile. On est loin en effet, de la phrase qui coule sans obstacles. C'est au contraire une langue belle mais âpre qui demande des pauses, des arrêts sur image pour mieux regarder les "tableaux"

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 22:27

Editions Buchet Chastel, 2008



Un an avant L'annonce, Prix des Libraires 2009, Marie-Hélène Lafon a écrit un magnifique récit sur la fin du monde paysan. Deux personnages, Marie et Jean, frère et soeur célibataires, derniers vestiges de la campagne profonde. Marie, la vieille fille soumise, observe derrière sa fenêtre la tribu des voisins, la grande famille qui, elle, s'est adaptée au monde d'aujourd'hui : agriculture intensive, conversion au tourisme vert, jeunes femmes modernes, enfants bruyants...Marie scrute, observe et envie. Mais elle sait que son destin est scellé.

L'auteur raconte le passé, le présent et le futur. Une jeunesse dominée par la mère autoritaire, un présent d'observatrice et un futur d'anéantissement.

Marie-Hélène Lafon épouse le regard de la vieille Marie ; la tribu des voisins devient sous sa plume une explosion de couleurs, de parfums, de sons. Ils prolifèrent, ils suintent, il éructent. Ecrivaine du corps et de la sensation, l'auteur se fait entomologiste de la perception : description du linge qui sèche dans le jardin (Marie admire les couleurs des maillots de bain des voisines), des fragances diverses et variées, des cris du voisinage.
Marie s'emplit de ce matériau sensitif ; d'ailleurs, dans cet espace confiné, tout est saturé : les journaux, le linge, les souvenirs prolifèrent. Ne manque que l'épanouissement et le bonheur.

Marie-Hélène Lafon a su retranscrire magnifiquement la fermeture et la fin d'un monde : accumulation de noms et d'adjectifs qui épousent intimement le réel. Comme a son habitude, le corps et ses épanchements sont très présents ; c'est par lui que s'exprime ce qui reste coincé dans la gorge.

Le lecteur épouse le regard de Marie, ses désirs et sa résignation. On ne peut être que touché par cette femme sacrifiée, passive, emmurée dans sa maison. Un très beau roman.

" Les cheveux des femmes des voisins étaient teints. A la messe on avait tout loisir d'observer : on voyait aux blondes solaires, aux rousses glorieuses, des racines marron, tenaces obtuses têtues. On ne rencontrait pas ces femmes chez la coiffeuse. Leur frénésie capillaire était intestine, familiale, mitonnée à la maison comme un ragoût. Les coiffures femelles oscillaient entre le négligé franc et massif du crin jaune de l'Alice et de savants chignons, fragiles, monumentaux, qui surgissaient aux moments de l'année les plus inattendus. Certains dimanches, on remarquait des coupes incongrues et très visiblement expérimentales, volontiers dissymétriques. Le poil de la tribu étant raide et rétif par nature,
on le frisait, on le chauffait, le bouclait, le tirebouchonnait ; on l'accablait de produits mirifiques commandés sur catalogue avant d'être appliqués dans la plus joyeuse incurie. Le cheveu était tour à tour natté, crêpé, tortillé de rubans, piqueté de barrettes, emberlificoté d'élastiques, plaqué sous bandeau, assommé sous turban, hérissé en papillotes.

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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 19:03

Editions Buchet-Chastel, 2003

Sur la photo

Marie-Hélène Lafon a été révélée cette année à un plus large public par L'annonce. Mais elle a écrit auparavant une dizaine de récits magnifiant la campagne profonde et ses habitants solitaires.

Dans cet étrange récit, centré autour d'une figure masculine, Rémi, elle fait alterner les photos d'enfance et les photos d'aujourd'hui, les scènes de la ferme auvergnate et celle d'aujourd'hui, Porte de Bagnolet où, Rémi s'est établi professeur, marié et père d'une petite Louise.

Bien sûr, Rémi collectionne des photos et écrit des choses derrière. Mais là n'est pas l'essentiel. Le titre évoque surtout le style de Marie-Hélène Lafon, celui de décrire le réel en instantanés photographiques, les souvenirs ou le temps présent. Aucun dialogue, uniquement de la narration.
Car, avec un abondance d'adjectifs, de couleurs, d'odeurs, l'écrivain se saisit à pleine main du "matériau" réel ; on est dans le concret pour mieux taire ses sentiments ; Rémi est un solitaire, un taiseux mais il saisit tout autour de lui, les couleurs, les odeurs, les fluides : scènes de jeux, d'amour, traite des vaches, scène de maquillage de ses soeurs.

Tout est vu à travers son regard. On retient que le personnage capte uniquement l'univers féminin : les parents sont absents devant l'appareil photo ; tout d'abord, il y a les soeurs, puis ensuite sa femme et sa fille. Des instants de vie, de la toilette au maquillage en passant par le travail à la ferme ou le fait de jouer à la poupée.
Le sexe et les fluides (urine, sperme, sueur) sont très présents.

Des événements, il y en aura un ou deux mais l'auteur ne recherche ni l'exceptionnel, ni l'aventure. Elle décrit des instants de vie, tout simplement. Puis un jour, le chemin de la vie bifurque...

Intéressant bien que parfois long (même si le récit ne fait que 150 pages...). On ne retrouve pas ce langage suranné, ce goût du mot rare qui fait tout le charme de L'annonce.

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