Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
  • Contact

Bienvenue sur mon Blog !




Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Recherche

25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 21:40

2011

 

Les insurrections singulières

 

Editions Actes Sud

 

Jeanne Benameur nous a habitué à de belles histoires, à des destins chamboulés par l'amour des mots et de l'écriture (Les demeurées , Les mains libres).

Son dernier opus est un chef d'oeuvre de finesse et de liberté.

 

Antoine est un ouvrier dans une usine de sidérurgie. Mais suite aux délocalisations au Brésil, il est au chômage technique. Sa femme l'a quitté, il retourne alors chez ses parents. Il se remémore alors lorsqu'il avait huit ans, sur le perron, lorsqu'il avait voulu faire une fugue...

 

Dès les premières pages, nous vivons à l'intérieur d'Antoine, dans ses hésitations et ses soubresauts. Car Antoine se cherche. Il n'est pas à sa place dans son usine. Il a repris le boulot de son père mais dans quel but ?

Il se cherche et il cherche ses mots. Car il n'a jamais su dire et se dire. Dire l'amour à sa femme, dire la poésie de l'amour. Alors, il a cru se donner un rôle en s'inventant un rôle de syndicaliste qui dit les mots de la révolution. Mais en vain ...

 

Un jour, au chômage technique, il fait les marchés avec sa mère. Il croise Marcel, le bouquiniste. Deux âmes solitaires qui vont se comprendre....Antoine feuillette un livre sur le Brésil et découvre que l'inventeur de la sidérurgie brésilienne est un français.

 

Et s'il partait à la découverte de ses congénères du Brésil ? Et s'il reprenait le parcours de ce Moulevade qui, à sa manière, a fait sa révolution ?

 

Au Brésil, à travers les mots des autres, Antoine va trouver les siens, se trouver, en plongeant dans son intériorité.

 

Jeanne Benameur se refuse à faire un roman social classique sur le destin de la classe ouvrière. Fuyant les luttes collectives, elle privilégie les révolutions intérieures. L'échec social est l'occasion de faire le vide et de se retrouver. Et de faire une révolution intime...

 

L'écriture est magique, sans fioriture. Très rythmée et en même temps très épurée, la phrase respire ; on a l'impression de suivre les hésitations, les hauts et les bas de l'âme d'Antoine. Benameur fait réellement corps avec son personnage, en s'identifiant à lui.

 

Un livre d'une grande pudeur qui fait le portrait d'un homme a la dérive qui renaît grâce à ses mots (maux).

Repost 0
12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 21:50

Editions de Minuit, 2011

 

Dino Egger

 

Sélection France Culture-Télérama

 

             Eric Chevillard nous a désormais habitué à ses parodies de contes, de récits de voyages ou encore à ses personnages bizarres qui décident de vivre au plafond....

 

Dans son dernier opus, il se lance dans une parodie de biographie d'un personnage qui n'a jamais existé. Le but est de donner naissance à Dino Egger, un homme qui aurait tout révolutionné s'il avait existé.

Il aurait ainsi inventé .....

-La domestication du feu, mais vraiment, façon caniche de concours.

-Le moteur à blouse

-Le parapluie inoubliable

-Des différences existant entre le vilebrequin et le vilebrequin

-La preuve de la persistance du rêve dans le cadavre

-Le poisson de viande

-La scissiparité du célibataire

-La paléo-psychiatrie

-le baume d’innocence

-Le sifflet silencieux favorisant l’approche discrète du gendarme

 A titre d'exemples !

 

Et voila donc Chevillard qui se met à disserter sur le rien, le néant. Et, à travers sa logorrhée absurde, il y arrive très bien !

 

Le personnage se dérobe...mais pourquoi ? Parce qu'il est timide ? Parce qu'il est infréquentable ? Parce ce qu'il est inconsistant ? Non, on contraire, le rien est bien vivant, car il résiste !

 

La naissance est dure ! Chevillard nous livre une mise en abîme de son propre travail d'écrivain qui doit accoucher d'un personnage fictionnel qui n'existe pas.Nous avons droit à des apartés où l'écrivain se tape la tête contre les murs pour  que la pensée fuse.

  

 Et bien sûr, l'accoucheur écrivain, bien chétif et bien timide s'appelle ....Albert Moindre. Et il est tellement moindre qu'il est près à s'effacer pour donner naissance à Egger. Car finalement, Dino Egger est peut-être Albert Moindre...

  

 C'est du pur discours, c'est du pur exercice de style. On peut le juger un peu vain mais il faut reconnaître que Chevillard a le talent de nous parler du vide et du rien sur 150 pages.

 

A réserver aux amateurs !

 

 

 

Repost 0
27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 18:37

NOUVELLE

 

L'idole noire

 

Editions du moteur (sortie 10 mars 2011)

 

Voici, en avant-première, le nouveau bijou de Stéphane Héaume : une nouvelle de 39 pages parue dans une collection "Histoires courtes" ("des histoires courtes qui pourraient devenir des films" selon les deux éditrices http://leseditionsdumoteur.fr/pages/editions1.php)

 

Un huis-clos dans un palais vénitien, un tableau du peintre tchèque Kupka, des mystérieux visiteurs retrouvés assassinés...Voici quelques éléments du décor...

 

"Carlo Baffometi -c'était le nom du maître- n'avait pas un ego atrophié, c'est le moins que l'on puisse dire. Il avait ordonné sa vie, carrières, honneurs, rumeurs, passions, autour du personnage qu'il s'était composé. Chaque fil de sa broderie intime avait été trempé dans le bain d'une musique en vitrail; une partition écrite par des soins, sur mesure, si je puis dire. Il aurait pu être chef d'orchestre ; il avait été l'un des grands décorateurs de cinéma du demi-siècle écoulé.

Ce n'est pas que l'art de la vitrine lui fut cher, il abhorrait le paraître ; c'est que l'enchantement était pour lui le but ultime, tout du moins le plus noble, de toute entreprise artistique. Combien de fois me m'avait-il pas dit lorsque je lui rendais visite dans sa chambre, les derniers temps. Allongé sur son lit dans la posture du gisant, déjà, les bras étendus le long du corps, à demi enveloppés dans un peignoir de satin pourpre piqué de minuscules croix d'or, il tournait son visage vers moi. D'une voix calme qui avait su dompter les foules, il murmurait :

"Hugo, mon petit Hugo, ne te désenchante jamais"

 

Justement, ce petit Hugo, né dans le palais vénitien de Minari, le palais de Baffometi, n'y est jamais sorti. Il n'en sortira que le jour de sa majorité.

Soixante dix ans plus tard, il se souvient de son enfance, dans cette prison dorée, mystérieuse, en compagnie de la servante du vieux décorateur et de son affreux secrétaire, Mindorf, odieux personnage.

Quelques mois avant ses 18 ans, tout se gâte. Le vieil homme est sur le point de mourir, tandis que de mystérieux visiteur sont retrouvés morts non loin du palais.

Tous ces mystères semblent avoir une origine : une aquatinte du peintre Kupka, l'idole noire...

 

L'écriture de Héaume, très visuelle,  donne naissance à de magnifiques tableaux envoûtants comme celui dont il est question. Après le point final de la nouvelle, on aimerait encore déambuler longtemps dans cettte propriété.

 

Un merveilleux conte sur le maléfice de l'art.

Repost 0
27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 17:30

Editions du Seuil, 2009

 

La nuit de fort Haggar

 

Je continue l'exploration de l'oeuvre de Stéphane Héaume, "l'enchanteur" , mon "auteur découverte" de l'année.

 

Après entre autres Le clos Lothar et Orkhidos, Héaume nous emmène dans les sables du désert à la frontière du Tchad et du Niger.

Imaginez Julia, une jeune femme photographe, qui attend Clifton, son fiancé journaliste, disparu depuis trois ans. Est-il mort ? L'a-t-il quitté parce qu'elle est stérile ?

 

Julia vit dans la mélancolie jusqu'au jour où elle est...enlevée pour se retrouver dans un oasis où règne Paul Lamartre, à la tête d'un cercle mystérieux qui sauve les enfants maltraités ; ce dernier lui apprend que son fiancé, sous ses allures de journaliste philanthropique, est à la tête d'un trafic d'enfants.

 

Et qu'il réside dans la forteresse de Fort-Haggar, en compagnie d'une reine des Amazones, Zeynab La Reine...A eux deux, ils feraient régner la terreur dans la région...

 

Mensonges ? Mirages ? Manipulations ? Julia, par amour, part en quête de son fiancé, au sein d'une caravane composée de personnages tous aussi mystérieux que les autres.

 

La phrase, plus courte, est moins élégante que dans ses précédents romans. L'histoire est tellement "tirée par les cheveux" qu'il faut vraiment accepter d'y croire !

 

Mais peu importe ! Et c'est en cela que Héaume est un véritable enchanteur ; acceptez d'ouvrir une fiole magique qui vous transporte dans le monde des contes et laissez vous envoûter par l'odeur entêtante du lilas roux. Usurpation d'identité, thème du double, tout cela dans les brumes du désert, au sein d'un paysage magique.

 

Dans ces forteresses ensablées, l'attente est interminable. On pense à la fois à Gérard de Nerval, Dino Buzzati ou Julien Gracq.

 

Du pur plaisir.

Repost 0
9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 19:41

Editions Stock, 2010

 

L'enquête

 

Les fidèles de Philippe Claudel seront sans doute déconcertés par son dernier roman qui évolue vers le récit fantastique ou d'anticipation...on pourra aussi y voir un conte philosophique, une allégorie.

 

Quittons donc les récits classiques réalistes de la rentrée littéraire sur le monde de l'entreprise, les Retours aux mots sauvages de Thierry Beinstingel par exemple ou encore Les vivants et les morts de Gérard Mordillat.

 

Dire que ce livre se réduit à l'enquête d'un homme au sujet de suicides à répétition dans une entreprise serait un raccourci dangereux !

 

Car ce roman énigmatique ne ressemble à aucun autre roman sur l'entreprise et le monde du travail.

 

Dès les premières pages, Claudel nous promène dans un univers fantomatique, de nuit et de brumes. Un enquêteur (chaque personnage du roman sera désigné par son fonction) arrive dans une ville, qui ne sera jamais nommée ; il cherche à rejoindre les murs de l'Entreprise...mais il ne croise personne dans les rues, il se perd, veut trouver un hôtel n'y arrive pas, il voit que l'entreprise est entourée de barbelés.

 

Enfin, il aperçoit un hôtel, et est accueilli par une étrange logeuse qui le désigne par un numéro ; il échoue dans une chambre minuscule et il découvre qu'il n'y a pas de toilettes pour hommes...

 

Il n'est pas au bout de ses surprises ....L'Entreprise se révèle un univers carcéral où chacun dénie l'existence d'une enquête ? Mais y en a-t-il vraiment une ? L'Enquêteur a-t-il toute sa raison ?

Une salle de bain à l'eau brûlante, des voix que l'on entend dans les murs, un téléphone au plafond, un policier qui poursuit l'enquêteur pour avoir dessouder le rouleau à papier des toilettes....Voici quelques mésaventures de l'enquêteur.

 

Récit kafkaïen ? Introspection d'un homme fou ? Récit d'anticipation ? Conte allégorique sur la condition humaine ?

 

Le grand mérite de Philippe Claudel est de laisser le lecteur faire sa propre interprétation. Ce récit n'est donc pas un récit social comme ont pu le faire Salvaing, Mordillat, Kuperman....C'est un récit sur le thème de l'aliénation au sens large. On peut y voir une allégorie de notre société contemporaine régie par des normes ultra sécuritaires ou encore les délires d'un aliéné.

 

Du grand art....

Repost 0
6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 17:06

PRIX GONCOURT 2010

 

La carte et le territoire

 

Editions Flammarion

 

Et oui, je l'ai lu ! Ayant eu de bons échos de la part de mon entourage, je me suis enfin décidée à l'ouvrir...et à le dévorer !

 

Le dernier cru de Houellebecq se lit avec délectation ; certes comme toujours très pessimiste sur l'avenir de l'espèce humaine mais très drôle tout en n'étant pas dénué de mélancolie.

 

Est-il encore nécessaire de présenter l'intrigue ?

 

L'écrivain retrace sur plusieurs décennies, de sa jeunesse jusqu'à sa mort, du début des années 2000 jusqu'à sans doute 2040/2050, le parcours de Jed Martin, un artiste contemporain, qui rencontre tout  coup de succès grâce....aux cartes Michelin ! Se rendant en effet à l'enterrement de sa grand-mère, il est ébahi par la beauté d'une carte de la Creuse. Il se décide alors à photographier ces cartes très colorées qui sont beaucoup plus belles que le territoire réel...

Sponsorisé par Michelin (et par la sublime Olga du service com de la célèbre boîte), il va peindre les métiers oubliés ou ceux représentatifs de la production française. Et là, succès sans précédent, surfant sur la vague du "retour à la campagne" cher à Jean-Pierre Pernaud. Le catalogue d'expo va être chroniqué par un certain Houellebecq. Méditation et mise en abîme de la condition de l'artiste qui évolue tout d'un coup vers un roman policier.

 

Houellebecq nous réserve de multiples surprises. Les portes d'entrée de ce roman sont multiples : roman psychologique balzacien avec analyse conjointe de la société contemporaine, réflexion sur l'identité française, satire féroce des milieux d'art et des médias, roman policier, mise en abîme de la condition d'artiste, roman "d'anticipation". Ce roman éclectique peut être très bien savouré par les "bobos" qui se réjouiront de la caricature de Jean-Pierre Pernaud. Comme il peut très bien être apprécié par les inconditionnels de la télévision.

 

Humour décalé, réflexion d'anticipation sur le retour à la terre en temps de crise, mais aussi une réflexion touchante sur les rapports parents/enfants. En effet, l'écrivain brosse le portrait du père de Jed Martin, un architecte qui rêvait de changer la vie grâce à ses constructions et qui a fini par construire des stations balnéaires pour milliardaires. Méditations sur des vies râtées...Ce roman en regorge. Médaille spéciale pour le portrait du commissaire Jasselin, marié sans enfant, obnubilé par le bonheur de son chien Michou...né sans testicules ! Saluons le portraitiste hors pair de Houellebecq qui a un talent fou pour décrire la médiocrité de la vie et ses échecs de toutes sortes. On y retrouve à la fois l'influence d'Emmanuel Bove et de Simenon.

 

Quant à l'autoportrait de Houellebecq, géniale mise en abîme d'un homme solitaire, misanthrope, alcoolique, admettons qu'elle ne manque pas de piquant.

 

Sans doute pas un chef d'oeuvre mais vraiment un très bon moment de lecture qui allie détente à une analyse plus que pertinente de notre société industrielle, artistique, médiatique et touristique décidément très malade...

Repost 0
27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 12:32

PRIX MEDICIS 2010

 

Naissance d'un pont

 

Editions Verticale, 2010

  

Indéniablement, la grosse découverte critique et publique de cette rentrée littéraire. On a évoqué, pour ce roman, la puissance d'un récit américain.

Une écriture flamboyante, un goût des mots assuré, un récit épique, un souffle certain. Un petit bémol pour moi tout de même : une intrigue entre des personnages qui auraient pu être davantage esquissés ; un goût d'inachevé à la fin.

 

L'argument de cette intrigue, minime, mais qui va donner naissance à une gigantesque épopée : la construction d'un pont dans une ville imaginaire, Coca, quelque part en Amérique (j'aurais dit davantage en Amérique du Sud mais on parle de la Californie dans les critiques). Une ville endormie, paumée, au bord d'un fleuve, Repère des indiens venant de la forêt toute proche, des vieilles familles souches consanguines et de paumés de toutes sortes.

C'est sans compter le maire du village, dit "le Boa" qui va remuer tout ça en lançant un vaste concours d'architecte pour la construction de ce pont entre deux rives censé relier les populations entre elles et faire de Coca un nouvel Eldorado.

 

Et c'est donc parti pour une aventure sans précédent : Maylis de Kerangal saisit avec brio le mouvement, l'énergie que provoque cette construction par delà les frontières ; cette construction fait se mêler différents peuples ; des indiens aux immigrés chinois en passant par les chômeurs divers et variés, les ex taulards, les prostituées, les ingénieurs, les grutiers, les architectes, les femmes qui cherchent un travail sous qualifié....

Dans des phrases longues, amples, dynamiques qui rendent admirablement compte de l'effervescence produite et du melting pot créé, l'auteur réalise en effet un roman monde où différentes voix  se mêlent.

 

De là à crier au chef d'oeuvre, il y a sans doute un autre pas à franchir.

 

Si la première partie m'a ravie pour son ton épique, pour l'énergie qu'elle dégageait, j'ai un peu déchanté par la suite. En effet, pour moi, les personnages ne sont qu'esquissés, ils n'ont pas vraiment d'épaisseur psychologique (à part peut-être Rousse, l'ingénieur). Leur langage propre, leur langue n'est pas non plus individualisée, avec ses accents, ses tics, son rythme.

 

Tout cela me ravit juste un peu et me fait davantage penser à un exercice de style qu'à un roman monde. Il n'y a qu'à le comparer à La malédiction des colombes de Louise Erdrich et on voit tout de suite la différence (Louise Erdrich a le talent de construire des personnages très fouillés avec leur langage propre).

Et je m'interroge toujours à ce propos sur la capacité de cette littérature à passionner une majorité de  lecteurs. ...

Repost 0
14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 18:54

Editions Actes Sud, 2010

 

Déluge

 

Henry Bauchau, auteur belge de 97 ans, écrivain, psychanalyste et peintre, s'est surtout fait connaître du grand public par Le boulevard périphérique qui remporta le Prix du livre Inter 2008.

 

En mars dernier, il fit paraître ce court récit de 170 pages. Court mais si dense ! A travers cette histoire prenant des allures de mythe universel, il nous fait revivre l'histoire de l'humanité, notre histoire, l'histoire de chacun d'entre nous.

 

Dans un port dans le sud de la France, Florian est un vieux peintre qui brûle ses oeuvres. Toute sa vie, il a été interné plusieurs fois, considéré comme un malade.

 

Un jour, il rencontre Florence, qui choisit de quitter son confort  parisien pour vivre une nouvelle vie ; malade, elle se sait condamnée.

Entre eux, pas de grands mots, par de grands gestes. Deux mains qui s'effleurent...Florence sait qu'elle a une grande aventure à vivre en compagnie de Florian...

 

Il va lui apprendre à tenir un pinceau...Ils vont bientôt être rejoints par Simon, un manutentionnaire du port qui va redécouvrir l'art de peindre et Jerry, un enfant caractériel.

 

Ensemble, ils vont former une petite communauté et réapprendre le langage d'avant le langage : celui du geste, de l'effleurement, le geste de l'artiste, le chuchotement.

 

Ensemble, ils vont, par la peinture, faire revivre l'arche de Noé au moment du Déluge. Ces créatures blessées dans leur corps et dans leur âme, vont renaître, s'offrir une nouvelle vie.

L'art est le catalyseur de leur renaissance, de leur guérison.

Le peintre, tel Noé, va les guider vers un ailleurs qui n'est autre que la profondeur révélée de leur être.

 

Henry Bauchau nous fait lire un conte intemporel pour rendre son histoire mythique et universelle. En effet, dans ce récit très court, au style très elliptique (l'auteur ne se regarde pas écrire, il va à l'essentiel), il n'y a pas d'indication temporelle. L'auteur cite, un jour, des mois, des années. Combien de temps a duré l'élaboration du grand tableau du Déluge ? Nul ne le sait. Mais les 170 pages pourraient bien être des années.

 

Concision signe d'un grand art qui retrace en un conte allégorique toute l'histoire de nos vies.

 

Une apologie magnifique de l'art, comme guérisseur et grande aventure collective.

 

 

 

Repost 0
14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 18:08

PREMIER ROMAN

 

Moi comme les chiens

 

Editions Moisson rouge, 2010

 

Les éditions Moisson rouge, nées il y a presque trois ans, sont spécialisées dans la littérature  noire, au sens large : peinture des crises de notre époque, fresques urbaines, roman noir "transgenre" pouvant évoluer vers le fantastique.

 

Sophie de Ricci signe ici son premier roman coup de poing, une "histoire de mecs" comme elle le dit dans une banlieue urbaine qui pourrait être n'importe quelle grande ville de France ou d'ailleurs ; bretelles d'autoroutes, entrepôts, grands ensembles et no man's land.

 

C'est dans le décor apocalyptique qu'évolue Willy, vingt ans, qui vient de quitter le domicile parental, pour rouler sa bosse. Son rêve : monter une maison de disques au Canada.

Son seul moyen : tapiner dans le no man's land aux frontières de la grande ville ; mais attention : pas n'importe comment ; ses nouveaux copains vont jusqu'au bout ; lui n'y met "que les mains".

 

Un soir, alors qu'un homme, un "micheton" tente de le violer, le mystérieux Hiboux (ex braqueur de banque ? Ex tueur à gages ?) le sauve et le recueille chez lui. Entre eux, va naître une relation passionnelle entre amour fusionnel et haine.

 

Jusqu'au jour où Hiboux comprendra vraiment qu'il l'aime...

 

C'est hard, c'est noir, c'est sanglant....mais jamais vulgaire. Et c'est en ça que réside le talent de Sophie de Ricci. Alan, le "héros" est un ange déchu, un jeune qui ne rêve que de musique et de belles fringues. Son rêve l'habite et pour le réaliser, il est prêt à presque tout.

Il plane au dessus de toute cette clique de toxicos, de rabateurs et de tueurs ; en Hibou, il trouve un père et l'amour qu'il n'a pas eu. Il incarne le rêve  de pureté dans ce cloaque.

 

L'auteur évite misérabilisme. Ses phrases vont à l'essentiel, elle ne tourne pas au tour du pot. Dans un style très cinématographique, elle brosse très rapidement les lieux en laissant de suite la place aux dialogues entre les personnages.

 

On rêve déjà d'une adaptation cinématographique...

 

http://www.moisson-rouge.fr/moicommeleschiens/ 

 

Ne vous laissez pas décourager par le thème du livre, une histoire de protitution entre "tapettes". C'est beaucoup pl;us que ça. C'est un roman d'apprentissage dans nos cités qui laissent pourrir nos rêves.

Repost 0
7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 11:46

Les femmes du braconnier

 

Editions Actes Sud, 2010

 

A mi-chemin entre la fiction et la biographie, Claude Pujade-Renaud nous relate l'histoire du couple mythique de poètes américains et anglais, Sylvia Plath et Ted Hugues. Sylvia Plath, poétesse maudite (1932-1963), auteur entre autres de La cloche de détresse et de Ariel, se suicida au gaz, entre autres suite aux infidélités de son mari. Les féministes la considèrent comme une icône, victime de la société machiste.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sylvia_Plath

 

 

Mais le but de l'auteur n'est pas de prendre parti pour l'un ou pour l'autre. Il s'agit plutôt de relater l'itinéraire passionnant et passionné de la poétesse, d'autant plus que le roman ne s'arrête pas à la mort de Sylvia ; en effet, en 1930, surgit le deuxième amour de Ted, Assia, la poétesse et peintre juive, elle aussi rongée par la culpabilité. Ce sont ces chassés-croisés amoureux et follement romanesques auxquels nous convie Pujade-Renaud, à travers un récit polyphonique : bien sûr, les trois protagonistes s'expriment mais aussi, les membres des deux familles, les voisins, les médecins et psychiatre.

 

L'auteur parvient à nous rendre le couple de poètes très familier et en même temps, ils deviennent des figures éternelles, doubles des grands personnages de la mythologie ou de la littérature.

 

En effet, l'auteur rend son roman très poétique dans la mesure où les images et les métaphores abondent.

Ted et Sylvia sont deux figures animales ; lui, le poète, est passionné par le langage des animaux et , en apprenti chamane, passionné par les légendes, rêve de le comprendre. Il rêve de dompter la panthère Sylvia ; entre eux, c'est une chasse perpétuelle (lors de la première rencontre à Cambridge, Sylvia mord Ted !).

Les deux poètes sont les deux élues de Dame Nature ; la référence à L'amant de Lady Chatterley de DH Lawrence est manifeste : il y a une magnifique scène de fusion entre la nature et l'homme ; les deux poètes se promènent dans les bois, et entre les animaux et les oiseaux, scellent leur union païenne. Les paysages anglais du Devon et du Yorkshire, collines et forêts sous la pluie et le vent, de sont pas sans évoquer les oeuvres des soeurs Brontë.

Autre référence à la littérature, explicite cette fois-ci : Shakespeare, notamment à travers la pièce La tempête. (le roi Prospero, avec sa fille, contrôle des éléments et les esprits,notamment l'esprit Ariel).

Ted-Prospero tente de parvenir à apprivoiser Ariel, pour sauver Sylvia de la dépression.

 

Enfin, la référence au mythe Orphée-Eurydice est constante ; Ted-Orphée ne parviendra pas à ramener Eurydice-Sylvia de l'enfer.

 

Figures littéraires, figures mythologiques et aussi figures de la vie quotidienne. Sylvia Plath est avant tout une mère de deux enfants ; lorsqu'elle se suicide au gaz, elle prend bien soin de calfeutrer la chambre des enfants et de leur laisser du lait et des tartines. Le lait nourricier, liquide magique et sauveur, lutte contre le sang menstruel, qui entraîne la dépression et le retour des cauchemars. Sylvia, la maman, la cuisinière, la ménagère, la décoratrice et poète. La création, c'est la poésie mais aussi la maternité. Ces deux pans sont indissociables.

 

Mais dans la vie quotidienne, règne Moira, la figure du destin, qui encourage au suicide, de génération en génération....

 

Un petit chef d'oeuvre qui donne envie de lire Sylvia Plath, Shakespeare, et DH Lawrence. Que demander de mieux !

Repost 0