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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 22:03

LITTERATURE FRANCAISE

 

 

Editions Stock, 2011

 

J'étais passé à côté de ce magnifique roman paru il y a deux ans. Le dernier opus de Brigitte Giraud confirme son extrème sensibilité. En évoquant un sujet difficile, la maladie d'un enfant, l'auteur évite le misérabilisme inhérent à ce type d'histoire.

 

L'histoire nous est racontée par le père. La découverte de la maladie, l'organisation à trouver avec sa femme entre le travail et la garde de l'enfant. Sa femme venant d'être promue dans son entreprise, l'homme n'a d'autre choix que de se mettre en arrêt pour garder son fils malade.

 

A partir de ce moment, ce n'est plus tant le jeune Mehdi qui va être au centre du roman, mais ce père qui perd tous ses signes de virilité. L'homme au foyer est confronté à lui-même, à son intériorité. Comment vivre dans la maison alors qu'il ne peut pas jouer au foot avec son enfant ou faire toute autre activité "masculine" ?

 

Le roman prend un autre tournant lorsque les collègues de travail du narrateur (une petite imprimerie) décident par solidarité de lui donner leurs jours de RTT (Brigitte Giraud s'est d'ailleurs inspirée d'un fait divers).

 

A partir de ce moment, comment peut-on mettre à profit, honorer ce don ? Peut-il encore accepter de rester devant la télé alors que ses collègues se sont sacrifiés ? Le cadeau est alors vite vu comme une dette avec laquelle il faut vivre....

 

Un magnifique portrait d'homme pris en étau entre sa vie privée et son travail, son rôle sociétal. L'auteur examine avec brio le monde du travail, aussi bien dans ses mesquineries (la compétition entre collègues) et dans une solidarité toujours possible.

 

L'écriture, sous forme de monologue, épouse les doutes du père, avec beaucoup de pudeur. Très émouvant.

 

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 11:36

LITTERATURE FRANCAISE

 

 

Editions Zulma, 2013

 

D'hubert Haddad, j'avais lu l'année dernière Opium Poppy, l'histoire d'un enfant afghan livré aux trafics de toutes sortes dans le monde de l'immigration clandestine en Europe. J'avais remarqué une écriture extrêmement poétique mais en même temps très froide.

 

Il en est tout autrement de son dernier opus, Le peintre d'éventail, qui nous plonge dans un Japon traditionnel et intemporel. Haddad, qui est aussi peintre, nous décrit à merveille les images symboliques du Japon, celles des estampes d'Hiroshige et d'Hokkusaï. Un lac, une barque, un temple shinto, les forêts de bambou ....la magie opère.

 

Mais Haddad va bien sûr au delà des clichés : le narrateur se rappelle soudain de son maître Matabei, en lisant un article de journal. Il décide de lui rendre visite. Voici le court prologue de ce merveilleux roman d'apprentissage. On est au Japon mais à quelle époque...l'auteur se garde bien de nous le dire.

 

Puis c'est au tour du maître Matabei de prendre la parole et de nous parler de son propre maître,  Osaki, le peintre d'éventail. Alors qu'il fuyait un échec sentimental, il s'est arrêté à l'auberge de Dame Hison, près de l'île d'Honshu, où ses visiteurs viennent rêver, se ressourcer ou vivre une passion interdite. Derrière l'auberge, se cache un jardin somptueux, entretenu par le maître Osaki, auteur de haïkus, peintre d'éventail et jardinier.

 

Dans ce jardin zen hors du temps, les passions vont pourtant éclore et perturber le dou quotidien...

 

Matabei, pris dans la tourmente de la passion amoureuse, tenterade déchiffrer l'énigme de la beauté du jardin. Telles les correspondances baudelairiennes, la prose de Haddad fait dialoguer la nature avec l'écriture et la peinture.

 

Le jardin, les haîkus et les éventails semblent se parler en eux pour déchiffrer l'énigme de la vie.

 

 

Puis soudain, le présent d'une violence inouïe fait irruption dans le jardin zen. Haddad, à notre grande surprise, fait surgir l'actualité du Japon là on ne s'y attendait pas.

 

Un magnifique conte d'initiation où seule la force de l'art et de la transmission peut lutter contre l'évanescence, la vanité des choses.

 

En un mot, magique !

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 19:05

LITTERATURE FRANCAISE

 

 

Editions Gallimard, 2013

 

Voici le dernier opus de Marie Ndiaye, Prix Goncourt en 2009 pour Trois femmes puissantes.

 

Elle nous a habitué à ces portraits de famille aux personnages exprimant une certaine  langueur et lassitude, partagés entre culpabilité et fuite des responsabilités : fuite de la responsabilité parentale, ingratitude des enfants, familles qui se délitent dans une atmosphère moite. Le tout enrobé d'une atmosphère teintée de fantastique.

 

On retrouve tous ces thèmes et encore le destin de trois femmes dans Ladivine, mais raconté dans une prose magnifique, sinueuse, jouant avec brio des subordonnées et des virgules, où la simplicité des mots est soudain embellie par une mot précieux.

 

Oubliant les dialogues théâtraux des Serpents et de Papa doit manger, elle s'immisce dans l'intériorité de ses personnages, en narrateur omniscient, pour décrire magistralement leurs défaites et leurs souffrances.

 

Trois femmes, la grand-mère, la mère, la petîtes fille. Trois personnages fantomatiques qui vont se rencontrés, s'éviter, disparaître. 

On devine l'origine africaine de la grand-mère. Cette dernière est nommée "la Servante" par sa fille, Malinka. Malinka ne veut pas être la fille d'une personne sans consistance, n'ayant aucune volonté, aucune existence sociale. 

Alors elle décide de s'inventer une nouvelle identité : elle sera Clarisse Rivière, sa mère ne devra pas connaître cette deuxième existence. Comme un rituel, elle viendra la visiter une fois par semaine à Bordeaux.

 

Et puis tout dérape comme dans un journal de faits divers. Nous voila plongés en Afrique (sans que le continent ni le pays soient nommés) en compagnie de la petite-fille Ladivine et de sa famille, mari et enfants. Là encore, tout s'envenime dans une atmosphère moite. Culpabilité, sang répandu...et ce chien mystérieux qui semble veiller sur Ladivine...

 

C'est à partir de ce moment que le récit est parcouru d'une atmosphère étrange à la limite du fantastique. Ces femmes fuyant leurs responsabilités, leur devoirs sont rongées par la culpabilité. Mais Marie NDiaye semble vouloir les toucher par la grâce. Ce chien semble être là pour alléger leurs âmes. La fuite dans les ombres de la forêt africaine apparaît comme une belle allégorie.

 

Comme si ces femmes fantômatiques trop fragiles pour vivre une vie quotidienne classique partaient vivre dans une autre dimension, pourtant si proche de la nôtre.

 

Assurément, Marie NDiaye est sans doute la voix la plus originale de la littérature française contemporaine. Une voix que l'on reconnaîtrait entre milles

 

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 10:39

Editions Grasset, 2012

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/9/2/7/9782246798729.jpg

Il y a des oeuvres rares, précieuses, magiques, qui ne se laissent pas apprivoisées du premier coup d'oeil. La survivance est de ceux là....

Claudie Hunzinger nous livre son deuxième opus ; elle est artiste plasticienne et tout comme les personnages de son roman, elle vit en haute-montagne dans les Vosges. Comme pour eux, le livre occupe une place centrale dans son oeuvre : elle fabrique des livres de cendres, des livres d'herbe : http://www.claudie-hunzinger.com/spip.php?rubrique3  

Le point de départ du livre : un couple de libraires sexagénaires, Jenny et Sils, s'expatrient dans une vieille maison délabrée sur le plateau de Brezouard, à 1000 mètres, au coeur du Massif Vosgien. Un climat rude, âpre, des conditions de vie rudimentaires...Ils y sont contraints car leur librairie de la plaine a fait faillite, ils ne peuvent plus payer leurs locaux.

Tels des nomades du 21 e siècle, des "expulsés d'Egypte", ils partent avec leur chienne, leur ânesse et leurs livres sur la route. 

Puis vient la "réparation" de la Survivance, la lutte pour la survie, la coupe du bois, le jardinage....

Mais s'arrêter là serait trop simple : nous ne sommes pas dans un roman du terroir décrivant le simple quotidien de retraités rénovant leur vieille bicoque.

Il s'agit de trouver une nouvelle manière d'être au monde, de décrypter des signes donnant un sens à cette nouvelle vie. Et c'est dans l'Histoire, l'Art et les livres que  Sils et Jenny vont trouver des correspondances à leur propre destin. 

Il sera question de génies de la Renaissance, de peintres (Duhrer, Cranach, Grunewald...), d'Hemingway, d'Aby Warburg....

Certes les références sont nombreuses, ce roman est très érudit. Mais il ne s'agit pas d'érudition "froide" : au contraire, elle contribue à donner une atmosphère magique à l'histoire, qui oscille toujours entre conte merveilleux et désespérance métaphysique. 

C'est Jenny qui nous raconte l'histoire au passé ; ses mots transcrivent une atmosphère étrange, le fait d'habiter un autre monde ("Malgré la neige qui la piégait, et peut-être grâce à sa cargaison, la maison à l'intérieur se dilatait, se transformant lentement en un immense territoire : la lune. j'aurais pu la cartographier avec son lac des chimères, sa mer des désirs extravagants et sa face cachée abritant le désert des explorations les plus poussées, les plus précises, les plus savantes....") transfiguré par l'imaginaire, et en même temps voué à la disparition, à la mort ("Quand il parlait de cargaison à sauver, j'avais l'impression qu'il se prenait pour un Noé galactique. Que nous étions dans une sorte d'arche en compagnie des restes périmés, devenus incongrus, d'une civilisation de l'écrit, tandis qu'autour de nous montait l'eau d'innombrables écrans plasma et autres inventions, annonçant un monde fabuleux, bien plus fort que l'ancien. Encore plus destructeur. Encore plus dangereux")

Ce monde à part, île magique vouée au néant, va être peuplé de signes qu'il va falloir décrypter pour donner sens au monde et à sa vie; c'est ainsi que la nature, les livres et les tableaux vont se répondre, telles les correspondances de Baudelaire. Car il est beaucoup question d'alchimie, de transfiguration du réel. 

Alors que Jenny, ancienne éthologue, observe le comportement des cerfs, Sils, traumatisé par l'incendie (fictif) du monastère d'Issenheim, renfermant le célèbre Retable de Mathias Grünewald datant du XVIe siècle, va partir à la recherche des pigments que le

 

 http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0333/m002804_88-rp-139-a_p.jpg

http://fr.wikipedia.org/wiki/Matthias_Gr%C3%BCnewald

peintre allemand a justement recueilli dans cette région où des mines d'argent étaient exploitées : et nous voici dans un concert alchimique de pierres précieuses et de couleurs : rouge cinabre, bleu azurite, jaune plomb. Magnifiques passages où les couleurs et matières se font musique, feu et air...

La survivance devient alors aventure intellectuelle et spirituelle qui fait se transfigurer le réel pour trouver un ailleurs. Cette recherche de "l'au delà" suffira-t-il à vaincre le néant auquel est voué le couple ? 

Laissez-vous charmés par cette écriture incandescente et très rare, mêlant érudition et alchimie, si loin de toute contamination du matérialisme ambiant. Avec Claudie Hunzingen, la littérature redevient une véritable aventure spirituelle....Laissons lui la plume...

"N'empêche, on sentait bien qu'on vivait sous la menace, guettés par la malveillance des temps. Mais c'était encore l'été. Et puis, par dessus le marché, par-dessus l'été, il y avait dans notre vie, offertes, colorées, féeriques, les miettes du trésor que Sils s'était approprié, qu'il avait broyées, et les premières poudres du pigment resplendissaient déjà dans les coupelles minuscules sous la tente de Sils"

"Si nous voulions nous en sortir, il fallait sortir de nous. Plonger direct dans les sensations, dans la peur, dans la joie, être aux aguets, se transformer en une boule de présence au monde prête à jaillir ; il y a quelque chose d'excitant, de suffocant dans la lutte pour la vie : plus d'écran entre elle et nous. On devient la vie"

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 15:44

Editions Gallimard, 1998

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41H16MEHKSL._SL500_AA300_.jpg

 

Le grand écrivain franco-espagnol (1923-2011) est surtout connu pour ses récits sur sa propre déportation à Buchenwald : Le grand voyage et L'écriture ou la vie ; on lui doit aussi ce magnifique récit de l'adolescence et de l'exil.

Rappelons les faits : fils de bourgeois républicains madrilènes, Semprun s'exile avec sa famille à Paris en 1939, suite aux persécutions de la guerre civile espagnole. S'engageant dans la résistance, il sera déporté à Buchenwald. Après 1945, il s'engagera clandestinement dans le parti communiste espagnol avant d'être nommé ministre de la culture de son pays d'origine. 

Ecrit en 1998, ce récit autobiographique peu connu se consacre à la période avant la Seconde Guerre Mondiale, l'année 1939, lorsque Semprun s'est installé à Paris. Quelques mois de "Vive Clarté" avant de "plonger dans les froides ténèbres" comme l'écrit Charles Baudelaire dans les Fleurs du mal

Charles Baudelaire....justement l'auteur par lequel Semprun a découvert la langue et la poésie française...C'est justement sous l'égide de ce grand nom que Semprun nous conte sa découverte des femmes et de Paris. ...Magnifique passage où le jeune homme poursuit une silhouette féminine évanescente dans les rues de Paris en hommage à Une passante :

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Vous l'aurez compris, ce récit d'adolescent, qui voit venir l'ombre des années noires, est profondément lyrique, tout en choisissant une certaine retenue. 

Ode à Paris et à la découverte de la femme, ce texte traduit bien la ferveur d'un adolescent qui découvre la vie.

Lyrisme de l'amour mais aussi lyrisme de la nostalgie. Découvertes de sensations, d'un pays mais aussi nostalgie du pays perdu. Magnifiques passages où l'auteur contemple à plusieurs décennies d'intervalles, les rivages de la Bidassoa, qui marque la frontière francoespagnole. Cette nostalgie se matérialise par la citation constante de textes poétiques espagnols, comme lorsqu'il apprend la défaite de la République, place du Panthéon : "N'entends-tu pas tomber les gouttes de ma mélancholie"

Le texte oscille constamment entre souvenirs de l'Espagne et découverte de la culture française. Semprun a aussi recours à l'anecdote en précisant que c'est grâce à la remarque désobligeante d'une boulangère sur son accent qu'il décida d'écrire son premier roman en français...La maîtrise parfaite de la langue ou rien...

L'un des plus beaux romans sur l'adolescence qu'il m'ait été donné de lire...

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 11:03

RENTREE LITTERAIRE 2012

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/Grandes110/5/9/5/9782330012595.gif

 

Editions Actes Sud

C'est l'un des grands romans de la rentrée, en lice pour le Prix Goncourt 2012. Le récit flamboyant d'un auteur encore assez confidentiel, Jérôme Ferrari, qui en est à son cinquième roman. 

Oubliez les récits nombrilistes français habituels : la plume f de Ferrari brasse les espaces temps en décrivant le microcosme d'un petit village corse sur trois générations à la lumière du Sermon sur la chute de Rome prononcé par Saint-Augustin suite à la chute de l'Empire Romain anéanti par les invasions barbares : "Le monde est comme un homme : il naît, il grandit et il meurt". Il s'agit de décrire la naissance, l'apogée et la fin d'un monde, à la lumière de l'Histoire. 

Ce roman de 200 pages pourrait être un simple roman du terroir décrivant l'histoire d'une famille sur trois générations : un bar qu'il faut sauver à tout prix de la faillite, deux jeunes hommes, Libero et Mathieu, étudiants parisiens en philosophie, qui reviennent au pays pour justement sauver ce bar, en faire le meilleur des mondes. 

Mais il prend plus des allures de tragédie antique : une histoire de sexe et de sang, digne des Atrides. Dès le début, nous sentons que tout finira mal. Le récit fait alterner la vie de Marcel, le grand père né après 14/18, qui vivra la fin des mondes, en particulier celui de l'Empire Colonial Français et celle de son petit fils, Mathieu, à qui il donne son argent pour reprendre le bar du village. 

Mais le lieu se transforme bientôt en tripot : les deux hommes embauchent des filles qui sèment la zizanie et la mort et le meurtre rôde....Entre temps, la soeur de Mathieu, Aurélie, cherche à retrouver les ruines de l'Eglise d'Hippone en Algérie où Saint-Augustin a prononcé son sermon...

Ferrari mêle la petite à la grande histoire, le microcosme et le macrocosme. La décadence du bar fait écho à la fin du monde ancien suite à la Première Guerre Mondiale,à la déliquescence des empires coloniaux. 

Si le récit parvient à nous passionner, c'est grâce en premier lieu à une écriture flamboyante, incantatoire, tout en étant simple et fluide. Des phrases très longues, pouvant faire une page complète, mais où les virgules sont placées de telle manière à faire couler le texte très simplement. Une écriture telle une rivière tempétueuse, mais qui ne sort jamais vraiment de son lit, maniant avec brio toutes les métaphores liées aux humeurs et fluides du corps : en effet, les humeurs, les glaires, les vomissements, les sueurs ne font que dire la déchéance du corps humain, en même temps que celle des esprits et des mondes. 

Un récit incarné, qui dit aussi bien le corps et l'intime que l'abstraction, qui brasse les lieux et les temps. L'écriture contemporaine française est souvent aride : elle est ici passionnée, tragique tout en étant très simple. 

On regrette juste une fin assez abrupte, concise qui contraste avec l'impétuosité du récit. A découvrir. 

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 11:11

RENTREE LITTERAIRE 2012

http://image1.evene.fr/img/livres/g/9782848051154.gif

Editions Sabine Wespieser

Je continue à découvrir l'oeuvre intimiste et pudique de Jean Mattern que j'avais déjà chroniquée avec ses deux précédents récits Les bains de Kiraly et De lait et de miel .

Pour son troisième opus, le responsable de la littérature étrangère chez Gallimard, continue dans la lignée de ses deux précédents romans: thème de la filiation, de l'amitié. 

Mais ici, au lieu de faire parler son double, il donne la parole à un jeune homme de 19 ans, Simon Weber, qui découvre qu'il est atteint d'une tumeur au cerveau. Soutenu par son père, qui l'a élevé seul après le décès de sa mère, il va nouer une jolie amitié avec Amir, un jeune homme juif, qui l'a secouru un jour au Parc Montsouris. Après son traitement, ils vont partir ensemble en Israël...

Cette intrigue minimale est le prétexte pour examiner avec beaucoup de subtilité les thèmes comme le rapport père/fils, la mort et la sexualité. 

Jean Mattern choisit d'examiner à la loupe les rapports triangulaires qui s'établissent entre le père, l'adolescent et l'ami. Un roman où les hommes tiennent la première place,les deux personnages féminins n'étant là que pour mettre en valeur cette relation fraternelle. 

Que représente la vie et la mort pour un adolescent de 19 ans ? Pas grand chose car comme le dit l'écrivain, à 19 ans, nous n'avons pas de passé. 

Jean Mattern nous livre une littérature française certes sans doute autofictionnelle mais au combien loin de la littérature dite nombriliste. Ces personnages pudiques nous ressemblent, ils s'interrogent sur les questions existentielles mais de manière très simple. 

Ni misérabilisme, ni prétention, juste une belle tempérance qui fait le talent de Jean Mattern. 

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 20:14

Editions Sabine Wespieser, 2012

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Un réel coup de coeur pour ce roman peu connu ;Marianne Rubinstein adopte le genre de l'autofiction pour mieux le détourner. Il en ressort un récit en même temps drôle et intello !

Imaginez mélanger l'actuelle chick litt (la littérature de poulettes dont les romans les plus représentatifs sont Le Journal de Bridget Jones et  Le diable s'habille en Prada) et le célèbre Journal de Virginia Woolf !

Vous obtenez l'histoire d'une parisienne de 35 ans, célibataire déprimée, qui recherche maris et enfant. Prof d'économie fan de Maynard Keynes (le célèbre économiste théoricien de la relance par la consommation après la crise des années 30), et voulant écrire un roman, elle suit les conseils de son ami Clara, éditrice, qui l'oriente vers la chick litt. Mais elle redécouvre par hasard le cercle de Bloombury (cercle d'intellectuels, artistes, écrivains qui rejetèrent la société victorienne capitaliste au début du 20e siècle) dont les plus célèbres représentants sont Keynes, Virginia Woolf et sa soeur. Et une figure beaucoup moins connue, Angelica Garnett, fille de Vanessa Bell et donc nièce de Virginia Woolf. Cette dernière était donc la fille de Vanessa Bell et de son amant, le peintre Ducan Grant qui aima follement Maynard Keynes et David Garnett...écrivain qui d'ailleurs l'épousera trente ans plus tard ! Vous suivez toujours ?!

Une vraie histoire de soap opera ou de chick litt d'autant plus que notre narratrice Yaël Koppman se découvre des affinités avec Angelica car elles ont été toutes deux fragilisées par la toute puissance de leur mère...

Les deux Journaux se superposent alors dépoussiérant pas mal le mythe d'un cercle woolfien très déprimant ! On ne s'ennuie pas une minute en apprenant en plus plein de choses sur l'entourage de Virginia Woolf. On passe des aventures de Yaël, bobo parisienne juive qui vit de multiples aventures en compagnie de son coloc homo et consulte sa psy, aux aventures sexuelles de Bloomsbury. 

Un vrai roman détente pour l'été qui nous apprend plein de choses en nous faisant rire ! Fait suffisamment rare pour le signaler !

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 13:10

Editions Viviane Hamy, 2012

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Un court récit flamboyant d'une jeune étudiante en lettres de 22 ans...et ce n'est pas son premier roman !

Un beau succès bien mérité pour ce roman français qui sent bon la littérature américaine. Et dans la production française d'aujourd'hui, c'est très rare...

Assurément, Cécile Coulon est en train de se faire un nom. Sur 170 pages, elle arrive à nous livrer le destin d'un jeune homme, Thomas Hogan, intelligent, silencieux et taciturne, marqué par la mort de son père suite à un accident dans une scierie. 

Nous sommes dans une ville, quelque part dans l'Amérique traditionnelle. Une grande propriété, des forêts de sapins, un bar du coin aux airs de saloon, le Blue Budd. Des bûcherons, quelques ivrognes, un médecin qui respire la bonté. Il n'en faut pas plus à l'auteur pour créer une véritable atmosphère. On y est, on sent l'odeur des sapins, on voit de suite ce village traditionnel. Une Amérique fantasmée, sans indication temporelle, un peu hors du temps. 

Unité de lieu pour le portrait d'un destin : dès la première page, nous savons que Thomas a été arrêté par la police. Quelques éléments : un médecin qui arrive, une mère qui hurle. Une scène décrite par petites touches. Puis Cécile Coulon retrace son itinéraire sur 160 pages. Elle en parle à la fois comme une vie de tous les jours et aussi comme une légende. Comme si une petite voix nous disait : viens, approche, je vais te dévoiler le secret de Thomas Hogan. 

Elle retrace cette vie trentenaire en finalement peu de pages. Quelques événements majeurs : deux accidents, un meurtre, une amitié trahie...

Cécile Coulon aime ses personnages, elle aime les décrire, patiemment pour leur donner corps : le médecin dévoué O'Brien, l'amoureux secret, le vieux Puppa à la cigarette au bec, Maryr, la mère dévouée...

Et, il y a aussi et surtout cette écriture à la fois classique, simple et parfois insolite, où des images, des métaphores curieuses nous sautent aux yeux : des poumons qui battent comme des éventails cassés, une vengeance qui est un plomb qui se mange chaud, une bouche qui brille au soleil à la manière de bulles de savon traversées par des rayons de lumière blanche, des joues roses comme des peaux de poulet rôties au soleil...Une belle langue inventive, moderne, imagée. 

Jugez-en plutôt par ces premières lignes, où les sodas et les  hot dogs nous plongent de manière surprenante en Amérique :

"Ce poids, cette horreur planquée derrière chaque phrase, chaque geste, couverte par les capsules de soda, tachée par la moutarde des hot-dogs vendus avant les concerts...."

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 10:26

POLICIER

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Editions Zulma, 2007

Marcus Malte est l'une des voix les plus singulières de la littérature française d'aujourd'hui. Ecrivant à la fois pour les adolescents et les adultes, ses romans s'apparentent au genre policier. Mais Garden of love, son roman le plus connu (Prix des lectrices Elle 2008), est-il encore un policier ? Sa construction si labyrinthique, sa polyphonie en font surtout une oeuvre littéraire impossible à classer dans un genre unique. 

Bien sûr il y a un flic et un meurtrier...mais on ne sait pas avant une grosse moitié du bouquin qui est qui et pour cause ! La quatrième de couverture nous dit : un flic sur la touche reçoit un manuscrit anonyme qui semble raconter étrangement sa vie. Il y reconnaît la pâte d'un homme qu'il poursuit depuis des années ...mais, nous, nous ne savons pas qui est cet homme. 

Avant de le savoir, nous aurons été envoûtés par un kaléidoscope de scènes qui, apparemment, n'ont aucun rapport entre elles...

Jugez-en plutôt : une famille unie, les parents et leurs deux enfants, se promenant sur une plage un soir de Noël ; un groupe de 4 hommes qui viennent rendre visite à une prostituée pour une fête mémorable. Deux enfants qui jouent dans un jardin dans une atmosphère de contes. Un adolescent qui tombe sous le charme d'un autre dans un lycée. Et enfin, un policier qui reçoit un étrange manuscrit et qui se rend chez le présumé auteur de ce courrier....

Chaque chapitre fait alterner les scènes avec ces différents personnages. Des atmosphères très différentes : récits d'apprentissage, contes, thriller...

Ce n'est qu'à une bonne moitié du livre que les choses commencent à se clarifier...

Finalement, dans ce puzzle, ce qui compte, c'est le plaisir de se promener dans ces différentes entrées et de s'y perdre avec une certaine réjouissance. J'ai presque été déçue par la fin, comme si, finalement, j'avais accepté d'être perdue jusqu'à la clôture finale. 

Les grands thèmes de ce livre : le double, la fascination pour autrui. Chaque personnage semble avoir son double et souhaite le (re)trouver. 

Une réflexion, aussi, sur des parcours de vie, des destinées coupables mais qui continuent le chemin, malgré la mort et la perte. La vie comme garden of love, un jardin d'amour, empli de sépultures, mais qu'il faut continuer à semer, malgré tout. 


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