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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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4 novembre 2005 5 04 /11 /novembre /2005 00:00

Roman adapté au cinéma par François Dupeyron

 

Voila le premier article que je fais sans avoir lu le livre ! Simplement parce que j'ai vu ce soir ce magnifique film du même nom inspiré du roman: l'histoire d'une gueule cassée pendant la guerre de 14-18.

 

 

En août 14, Adrien est défiguré par un obus perdu. Il passera toute la durée de la guerre dans "la chambre des officiers", supportant les multiples opérations et réapprenant lentement à vivre grâce à l'amitié des autres gueules cassées...

 

 

Le film rend magnifiquement bien l'"apprentissage" du jeune homme : étant incapable de parler au début du film car ayant la mâchoire broyé, le film fait parler sa voix intérieure. Nous ne voyons son visage que tardivement. J'ai hâte de voir comment l'auteur fait justement parler cette voix intérieure. C'est souvent plus facile dans un livre que dans un film: recours aux italiques, aux monologues intérieurs...

L'atmosphère de l'époque est très bien rendue en employant un grain jaune comme dans Un long dimanche de fiançailles.

Une manière très originale de traiter de la guerre de 14-18: pas de tranchées ni de batailles mais la vie des blessés dans un hôpital...

En somme, un beau film qui donne envie de se plonger dans le livre...

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2 novembre 2005 3 02 /11 /novembre /2005 00:00

Gallimard, 1984-Prix Renaudot 1984

Voici le roman qui  a fait découvrir Annie Ernaux, l'une des plus grandes "écrivaines" contemporaines françaises.

Il s'agit d'un hommage rendu à son père d'origine modeste, garçon de ferme, ouvrier puis petit commerçant. Fier de sa "place", il craint toujours de retomber de l'échelle sociale. Sa fille (Annie Ernaux elle-même), agrégée de lettres, a réalisé mieux que personne ce rêve d'ascension sociale. Par l'écriture de ce livre, elle tente de se remémorer la figure de son père, son langage, ses mimiques.

Elle va donc opérer un travail sur la langue en essayant de retrouver le langage de l'autre, la langue originelle qu'elle a perdu. Ernaux convoque ainsi les expressions du petit peuple en les écrivant en italique pour aller au plus prêt de la vérité. Elle veut à tout prix donner une dignité à ces petites gens qui tout en étant modestes, voulait paraître "convenables".

Ernaux examine bien le processus d'ascension sociale, particulièrement dans La honte : le jour où elle a vu ses parents se battrent, elle a eu honte de ses origines car elle était déjà passée de l'autre côté de la barrière sociale. Mariée à u intellectuel pure souche, elle renie sa condition modeste;

Mais avec le temps et ce beau travail d'écriture, elle comprend son erreur et donne à ses parents le plus beau des hommages tout en analysant finement ses états d'âme. L'écriture devient un moyen de recouvrer la mémoire et de faire revivre les disparus.

Toute l'oeuvre de Annie Ernaux est basée sur ce projet: aller au plus profond de l'intime, dire le vrai grâce à un beau travail sur l'écriture, sur la découverte du mot juste.

 

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25 octobre 2005 2 25 /10 /octobre /2005 00:00

Editions Sabine Wespieser - Rentrée littéraire 2005

Ce livre a été très remarqué par la critique lors de la rentrée littéraire. Bien que je reconnaisse l'originalité de la démarche et une écriture assez poétique, je n'ai pas été totalement emballée...

Michèle Lesbre adopte la même démarche que Proust avec sa madeleine: au cours d'un déménagement, elle retrouve la montre de son père mort depuis de nombreuses années. Pour la montre, le temps s'est arrêté ; mais la petite trotteuse continue à marcher et à défier le temps.C'est alors que les souvenirs ressurgissent...

La petite trotteuse désigne également la narratrice, éternelle vagabonde, qui parcourt la France pour visiter des mystérieuses maisons. Elle ne les achète pas mais en prend possession une journée, s'installe dans les pièces car souvent, les murs sont les miroirs du passé.

C'est alors l'occasion d'une réminiscence du passé: une enfance difficile entre son père et sa mère qui ne s'entendent pas. Sa mère est très distante mais elle éprouve pour son père une étrange fascination. Pourtant, étant mort prématurément,elle l'a très peu connu.  Elle voudrait retrouver à travers le temps cette intimité perdue.

Nous comprenons alors tardivement que les visites des maisons sont un moyen de retrouver l'âme disparue de son père. La narration subtile oscille entre le présent vagabond et les souvenirs du passé.

Je m'attendais à quelque chose de plus dynamique et de plus poétique. Malgré l'intérêt du sujet, je n'ai pas réussi à m'identifier totalement au personnage.

L'avez-vous lu? Qu'en pensez-vous?

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21 octobre 2005 5 21 /10 /octobre /2005 00:00

Editions José Corti, 2005

Voici ma dernière découverte: un petit bijou.

Oeuvre d'abord très originale par son sujet: le narrateur, un "mythobiographe" nous plonge dans la conscience de Saint Druon, une figure très populaire du nord de la France du XIIe siècle. Né de l'union sacrilège d'un prêtre et d'une jeune châtelaine dont le mari est mort à la croisade, il ressent un puissant sentiment de faute personnelle, ayant provoqué la mort de sa mère à sa naissance. A l'adolescence, il décide de rompre avec son destin de chevalier et devient berger dans les prairies de Flandres et du Hainaut. Il y découvre la sensualité et l'amour d'une châtelaine qui accablée par le péché, lui demande de faire un pèlerinage à Rome pour assurer le salut de son âme.....

Nul besoin d'être catholique ou mystique pour adorer ce roman magistral ! L'auteur vous envoûte tout d'abord avec une écriture magistrale qui respire la passion et l'envoûtement. Ne vous attendez à lire un récit hiératique, sévère où ne respire aucune sensualité car là réside le talent de Claude Louis-Combet.

A chaque ligne, son écriture est un mélange de sainteté et de sacrilège, d'esprit et de matière, de ciel et de terre, de désir et de péché. L'hérésie, l'érotisme affleurent à chacune des pages ; dès les premières lignes, nous assistons à des phénomènes fabuleux : la statue d'une vierge saigne de la vulve, le prêtre phallique désire introduire l'hostie dans le vagin de sa bien aimée pour faire de la femme un instrument de rédemption... La sensualité et la féminité ont un rôle primordial dans la vie du saint: à l'origine de son pélerinage à Rome, il y a une érection pècheresse devant la châtelaine du manoir; pour assurer son salut, cette dernière lui intime de déposer son bâton de pèlerin en forme de verge à côté du reliquaire contenant un poil sacré du pubis de la Vierge !

Fait rare dans les vies de saints, ce roman est un hommage rendu à la féminité: Saint-Druon se révolte contre l'idée de la femme comme incarnation du mal et souhaite assurer par son action, la rédemption des péchés de sa mère et de son "amante". Comme il le dit, il se fait "député des femmes". Le texte est une ode à la femme par excellence, la Vierge, non en tant que sainte désincarnée, mais comme une créature assumant sa féminité.

Je vous recommande vivement ce magnifique récit occupant vraiment une place à part dans la production éditoriale contemporaine.

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18 octobre 2005 2 18 /10 /octobre /2005 00:00

Prix du livre inter 2003

Gallimard, 2003

Il y a longtemps que j'ai envie de vous parler de ce roman magnifique , l'un des grands succès de l'année 2003. Je vous ai déja parlé d'un autre titre moins connu de Pierre Péju, Naissances  d'où se dégagent la même poésie et la même sensibilité.

Même s'il a eu un grand succès en librairie, ce livre suscite apparemment des avis partagés: on lui reproche souvent son écriture ampoulée, sa noirceur et ses clichés.

La petite chartreuse dresse le portrait d'un libraire trapu, solitaire qui trouve refuge dans les livres. Un jour, il renverse accidentellement une petite fille avec sa camionnette. Rongé par la culpabilité, il va se rendre à son chevet; la fillette est devenue muette. Et s'il lui redonnait le goût des mots en lui lisant des passages de ses écrivains favoris...

Il va faire également connaissance de la mère de la fillette qui délaisse peu à peu sa fille. Les trois personnages solitaires vont alors faire un bout de chemin ensemble. La petite chartreuse fait référence au Massif de la Chartreuse, près de Grenoble, où se déroule l'histoire. Mais le titre est aussi une métaphore de la condition des personnages; la Chartreuse est une montagne fermée, inaccessible. Les trois protagonistes sont des âmes égarées qui se murent dans leurs silences et dans leur solitude...

Ce roman est d'abord une ode à la littérature. On peut en effet lui reprocher son côté trop pessimiste car il ne semble pas y avoir de rédemption possible. Certains critiquent également le cliché du lecteur solitaire et mal dans sa peau. Comme si les lecteurs étaient tous des ermites !

Mais pour les âmes sensibles, ce roman est un trésor de sensibilité. ...

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14 octobre 2005 5 14 /10 /octobre /2005 00:00

Albin Michel- Rentrée littéraire 2005

 Voici le dernier roman de Sylvie Germain que j’ai découvert il y a deux semaines seulement avec Le livre des nuits (voir ma critique dithyrambique !)

 Le livre des nuits, sa première œuvre, garde ma préférence, mais Magnus est également un très beau roman. On retrouve les thèmes favoris de l’écrivain : la présence de la guerre, la réflexion sur le mal, le goût du tragique et du mysticisme mais ici, nulle trace de fantastique.

 Magnus est l’histoire tragique d’un homme qui a perdu la mémoire à l’âge de cinq ans pendant la seconde guerre Mondiale. Nous le suivons de l’enfance à l’âge mur. Il porte le même nom que son ourson qui porte une étrange odeur de roussi :l’une de ses oreilles est brûlée…Quel est le secret de cet ourson ? Pourquoi a-t-il le même nom que lui ? Le roman livre lentement la réponse…

 Au début du roman, il admire sa mère qui lui raconte la légende de la famille : deux frères morts sur le front et le pauvre Magnus qui a perdu la mémoire à cause d’une étrange maladie. Mais derrière la légende, se cache une réalité toute autre : le père, très distant, est médecin qui soigne le typhus dans un grand établissement, autrement dit médecin au service des SS.

 Magnus l’apprendra très tôt lors de la déroute de l’Allemagne en 1945 et de la fuite des coupables. Sa famille change de nom et son père émigre en Amérique Latine…

 Ce n’est que le début d’une longue histoire pleine de rebondissement… Au fil des années, Magnus va partiellement recouvrer la mémoire et lutter contre le mal incarné par son père. Quitte à y perdre ce qu’il a de plus cher…

 Ce roman nous déroute et nous émerveille par sa construction qui laisse la part belle à la surprise et aux rebondissements. Les chapitres deviennent des fragments pour matérialiser la mémoire morcelée de Magnus. La narration classique alterne avec des Notules ou des Séquences, souvent des biographies ou des extraits de romans ou de poèmes. Le roman est comme un puzzle que l’on reconstitue tout comme le personnage de Magnus.

 Magnus est un être dont le destin est d’être persécuté par le mal et la mort tout comme Nuit d’or Gueule de loup du Livre des nuits. A la réflexion sur le mal incarné par la figure du médecin hitlérien, s’ajoute une réflexion magnifique sur la mémoire : Magnus et un homme fragmenté, obsédé par le trou noir de son enfance. Il se cherche et finira par se trouver car il écoutera la voix du souffleur qui est en lui. Jugez la beauté de ces premières lignes : « D’un éclat de météorite, on peut extraire quelques menus secrets concernant l’état originel de l’univers… L’immémorial est pailleté de traces, infimes et têtues … Quant aux blancs, aux creux, aux échos, aux franges, cela fait partie de toute écriture, car de toute mémoire. Et ce silence n’est ni pur ni paisible, une rumeur y chuchote tout bas, continûment. En chacun, la voix d’un souffleur murmure en sourdine, incognito voix apocryphe qui peut apporter des nouvelles insoupçonnées du monde, des autres et de soi-même, pour peu qu’on tente l’oreille ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 octobre 2005 1 10 /10 /octobre /2005 00:00

ISRAEL

Calmann-Lévy, Rentrée littéraire 2005

Voici le dernier titre de l'un des plus grands écrivains israéliens contemporains avec Amos Oz et Yeshoshua Kenaz.

Avraham B. Yehoshua s'inspire d'histoire contemporaine juive en imaginant que le cadavre d'une jeune femme immigrée inconnue est retrouvée morte dans les décombres d'un attentat kamikaze. Après plusieurs semaines, le cadavre n'a toujours pas été identifié. Mais on retrouve sur son corps une fiche de paye portant le nom de la plus importante usine de panification de Jérusalem. Un journaliste s'empare de l'affaire s'étonnant que la direction de l'entreprise ne se soit pas aperçue de la disparition de la jeune femme. Dans un article incendiaire, il dénonce "le manque d'humanité" de l'entreprise.

Rongé par la culpabilité et la mauvaise conscience, le patron boulanger octogénaire demande à son responsable des ressources humaines d'identifier la victime et d'expliquer la disparition inaperçue de la femme décédée.

La profession de responsable des ressources humaines va alors prendre tout son sens. Le responsable dont le nom n'est jamais mentionné (de même que celui du patron), qui au début rechigne à assumer sa mission, se prend vite au jeu: il tombe sus le charme de la morte en apprenant qu'il s'agit d'une émigrée tatare d'une ex-république soviétique. Quittant son quotidien morne (il vient de divorcer et de réintégrer le domicile maternel), il trouve tout d'un coup un sens à sa vie en raccompagnant le cadavre dans son pays natal. Le cadre d'entreprise oublie peu à peu les courbes de croissance et les restrictions budgétaires pour découvrir l'humain.

Cette épopée peu se comprendre de deux manières: Avraham B. Yehoshua dénonce la bonne conscience du patron qui use de son argent (il n'hésite pas à donner sa carte de crédit à son "envoyé spécial", à promettre une importante indemnisation et à donner une corbeille de pains et de brioches pour se disculper. L'auteur intente le procès de la civilisation riche qui exploite la population immigrée.

Mais c'est aussi le récit d'une rédemption: le responsable des ressources humaines dévoile peu à peu sa sensibilité et redore le blason de sa profession.

L'écrivain ne donne pas de solution définitive; son roman s'interroge également sur le droit du sol et du sang: une immigrée doit-elle être enterrée dans son pays natal ou dans son pays d'adoption?

Ce roman examinant la conscience des nantis est un petit chef d'oeuvre et se lit d'une traite !

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9 octobre 2005 7 09 /10 /octobre /2005 00:00

La Table Ronde-rentrée littéraire 2005

Jean-Claude Pirotte est un écrivain belge peu connu du grand public mais qui a déja remporté de nombreux prix littéraires (Prix Larbaud, Prix Duras...). Il se définit modestement comme un "peintre du dimanche et un écrivain du samedi". Son oeuvre est pourtant teintée d'une poésie envoûtante et se nourrit de sa culture artistique et livresque: dans ses oeuvres, il rend hommage et cite abondamment ses maîtres en peinture et en Littérature.

Son dernier opus, Une adolescence en Gueldre, s'apparente à un roman d'apprentissage d'un jeune homme ayant fugué du domicile maternel pour se réfugier chez Monsieur et Madame Prins. Dans cette belle maison, il découvre la littérature et l'amitié avec les deux frères Han et Jan. Apprenti écrivain, il écrit ses souvenirs d'enfance dans cette maison typique et y transcrit les confidences de Han, grand voyageur géologue, qui entre deux escapades, lui contera sa recherche éperdue de la femme idéale, réplique d'un modèle de la Madeleine du Maître des deux Figures, tableau religieux du XVIe siècle, entrevue un soir dans une taverne. Rêve ou réalité, cette figure féminine hante tout le roman: les femmes du livre (la mère, les différentes conquêtes du narrateur) souffrent toutes d'une dualité, oscillant entre la sainteté et le péché. Ce récit est entrecoupé de ses souvenirs d'enfance (la guerre, ses fugues, ses premiers amours).

Trois bonnes raisons de se plonger dans ce livre très poétique qui est un hommage à trois "figures": la Hollande, la peinture et la littérature.

Pirotte nous décrit de magnifiques paysages hollandais à la manière d'un peintre (il réalise lui-même des peintures) et d'un poète: les landes de bruyères couvertes de givre et de neige, les canaux d'Amsterdam, les tavernes enfumées où l'on déguste du genièvre, peintes en clair-obscur à la manière de Rembrandt envoûte le lecteur. La description des quais des ports embrumés rend hommage à l'oeuvre de Mac Orlan, l'auteur de Quai des brumes.

Car le roman  se nourrit d'intertextualité en citant les auteurs fétiches de Pirotte: Mac Orlan, André Dhôtel, Emmanuel Bove et Rimbaud; le personnage de Han est d'ailleurs une figure rimbaldienne par excellence; il parcourt les bas-fonds et les tavernes d'Amsterdam à la recherche d'une femme fantomatique avant de parcourir les déserts d'Arabie. Le narrateur voit la réalité à travers ses rêves romanesques car il affirme que notre vie est un roman.

Enfin, ce roman peut être considéré comme un magnifique tableau hanté par la figure e cette Marie-Madeleine d'un maître hollandais du XVIe siècle. Plusieurs genres picturaux sont évoqués: la peinture paysagère, les scènes de genre (les scènes se déroulant dans la taverne) et le portrait.

Pirotte nous promène entre rêve et réalité pour notre plus grand bonheur. A lire de toute urgence pour les amoureux de la Littérature et de la peinture !

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4 octobre 2005 2 04 /10 /octobre /2005 00:00

Gallimard, 1987

J'ai découvert Sylvie Germain très récemment dans un interview de Télérama à propos de son dernier livre Magnus: un enfant amnésique découvre progressivement que son père était médecin au service des nazis.

Je me suis donc précipitée sur mon lieu de travail; en attendant la livraison de Magnus, j'ai dévoré son premier roman Le livre des nuits.

Quel enchantement ! Au premier abord, c'est un roman du terroir: l'histoire sur plusieurs générations d'une famille, Les Péniel, dans la région frontalière de la Meuse. Quittant peu à peu le monde de l'eau, ils quittent leur métier de bateleur pour s'enraciner dans les terres. Le roman s'articule autour du patriarche, Victor-Flandrin, surnommé Nuit d'or-Gueule de loup pour son oeil noir reflétant de mystérieuses tâches d'or et pour avoir domestiqué un loup en arrivant dans le hameau. Sa vie sera entâchée d'une mystérieuse malédiction: il prendra femme quatre fois, épouses emportées par la mort, qui engendreront à chaque fois de mystérieux jumeaux.

Car deux mots symbolisent ce roman: tout d'abord, la mort, qui amène la souffrance et la folie par les trois guerres qui ravagent cette région frontalière, de 1870 à 1945. Puis le mystère ou la malédiction: les quinze enfants de Victor-Flandrin hériteront tous de son regard "Nuit d'or", les uns auront une tâche de vin sur le visage, d'autres seront bossus. Une de ses filles qui deviendra carmélite aura du sang qui coule mystérieusement de sa joue à chaque annonce d'une catastrophe. L'une de ses épouses perdra tous ses poils et ses cheveux. Des enfants morts nés deviennent des statues de sel.Les mortes se transforment en poupées.... Les miracles ou phénomènes fantastiques abondent transformant le texte en véritable poème en prose: des larmes deviennent perles de verre, la grand-mère de Victor Flandrin devient son ange gardien en devenant une "ombre blonde"...

Le roman du terroir se transforme ainsi en récit de légendes assez atemporelles bien qu'ancrées dans un contexte historique très précis. Car ce qui intéresse Sylvie Germain, c'est d'abord une réflexion sur le pouvoir du mal : ces nuits symbolisant la souffrance et la mort accablent les Péniel tels une malédiction. Les personnages sont marqués par la déréliction; lors des guerres, ils invoquent un Dieu qui certes existe mais qui n'intervient pas dans les affaires humaines.

Ce magnifique roman se lit comme un conte teinté de merveilleux et de fantastique L'écriture magnifique le transforme en poème en prose. Jugez-en par le titre des chapitres: Nuit de l'eau, Nuit de la terre, Nuit des roses, Nuit du sang, Nuit des cendres, Nuit nuit la nuit...

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1 octobre 2005 6 01 /10 /octobre /2005 00:00

Rentrée littéraire 2005-Editions Gallimard

 

 

Voici l’un des romans les plus étranges que j’ai lu depuis longtemps. Il est d’une noirceur incroyable : la folie, le sang, la mort en sont les thèmes centraux.

 

 

Ce roman est centré sur deux personnages marginaux : Rémi, fils de paysans creusois, est un attardé mental attiré par le vol aérien des étourneaux mais ses jambes immenses le rivent à tout jamais au travail de la terre. Pour se punir, il retourne contre lui sa violence intérieure en se jetant régulièrement face contre terre.

 

 

Il va rencontrer un être tout aussi singulier, Gabriel, qui a perdu ses parents très jeune dans un accident de voiture. Il s’automutile en se tailladant au niveau du nombril. Il parcourt la France et tombe un jour dans le village creusois de Rémi. Une relation homosexuelle commence, relation mystérieuse qui sera scellée par un sacrifice rituel.

 

 

Ce roman âpre, aux longues phrases, peut faire penser à l’œuvre de Richard Millet (le thème de la malédiction d’une lignée, le rôle de la terre…). Mais la phrase est beaucoup plus « rugueuse ». Ce roman est non seulement difficile d’accès par ses thèmes mais aussi par son écriture alambiquée.

 

 

Ce roman, très bien critiqué dans la presse, mérite d’être lu mais suscite un certain malaise chez le lecteur. Pour résumer, à ne pas mettre dans toutes les mains…

 

 

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