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  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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28 décembre 2005 3 28 /12 /décembre /2005 23:46

Editions José Corti, collection "Les massicotés", 2003

Blesse, ronce noire

Sous ce titre étrange, Claude-Louis Combet, l'auteur des Errances Druon, nous livre l'histoire d'un amour incestueux et maudit entre un frère et une soeur, George (poète autrichien de la fin du XIXe siècle) et Gretel Trakl. Tout commence comme au "vert paradis des amours enfantines" , dans un grenier rempli de jouets abandonnés: le jeune garçon transperce la poupée de sa petite soeur avec un coup de sabre. Puis la petite soeur consentante lui offre son sexe à admirer.

Douze ans plus tard, l'acte sexuel s'accomplit dans un décors de conte de fée, dans une clairière au dessus des montagnes arborées. Puis vient le temps de la déréliction: le frère poète souhaite retrouver l'instant d'éternité du péché dans les mots; tentative vaine, il goûte à la drogue. Puis vient le temps de la guerre de 14: description de l'apocalypse et perdition des deux êtres.

L'histoire se déroule sur 17 ans de 1897 à 1914; l'auteur focalise son attention sur des périodes précises qui sont les temps d'union et de séparation. A la période des amours enfantines et de l'instant primordial (l'acte incestueux) succède la chute.

L'écriture est toujours magnifique mais cependant assez hermétique. Les Errances Druon, bien que traitant de l'Histoire sainte, est un titre me semble-t-il plus abordable. C'est par ce titre que je vous conseille de découvrir cet écrivain atypique.

Ici, on y retrouve le goût pour la légende et le scandaleux mêlé aux références chrétiennes(notions de péché et de déréliction).

Reste à vous expliquer le titre du livre: "Blesse" évoque la blessure de la défloration et la ronce noire est, je pense,un symbole phallique. Lorsque l'auteur évoque cette phrase prononcée par Gretel à son frère, il évoque la branche d'églantier avec laquelle il titille sa soeur, symbole de souffrance.

Combet nous livre une histoire teintée de légende, celle des couples maudits: ici, la passion ne peut conduire qu'à la folie et à la mort.

Je vous laisse découvrir la première page qui nous mène au pays des contes. Mais attention, cela finit très mal...

"Dans le grenier de la vieille maison, c’est un capharnaüm de malles remplies de livres, de lettres, de papiers de famille, mais aussi de vêtements périmés, de rideaux, de dentelles, de coussins à franges et à ramages. Il y traîne des jouets comme fracassés par le temps : une poupée qui a perdu une jambe, une autre dont le crâne de porcelaine s’est brisé et laisse apparaître le délicat appareil de contrepoids qui fait mouvoir les yeux, petits globes de verres bleus se haussant et s’abaissant sous des paupières immobiles ornées de très longs cils. Les poupées portent des robes à l’image de celles des petites filles et, là-dessous, de précieux petits pantalons blancs serrés contre les cuisses. Un jeu de quilles est étalé sur le plancher. Un cheval de bois éreinté est encore attelé à sa charrette, mais celle-ci n’a plus de roues. Des soldats de plomb fauchés dans leur élan viril gisent dans une boîte de carton. De nombreux couvre-chefs, masculins ou féminins, sont accrochés à des patères ou traînent dans la poussière : des casquettes, des gibus, des canotiers, des chapeaux extravagants ornés d’oiseaux, de fleurs, de plumes, et garnis de rubans, de voiles noirs ou de voilettes. Des outils d’antan paraissent abandonnés à leur rouille. Le bois est cironné : maillets, manches de gouges et ou de marteaux, poignées de scies sont effrités au-dedans, pulvérulés, et s’émiettent à même le sol. Des baquets, des arrosoirs et divers ustensiles en zinc sont cabossés, percés, déchaussés, béants. Un sabre d’abordage, engainé de cuir, pend lamentablement, pointe en bas, retenu par une boucle de cordonnet, parmi des colliers de fausses perles et de fausses pierres, des grelots, des gants de filet déchirés et noircis. Une grande pesanteur d’inertie accable ce ramassis d’objets éliminés. Un miroir grandiose, serti dans un décor de plâtre foisonnant de palmettes et de lauriers, affiche son éclat blanchâtre et terne au-dessus du fatras."

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12 décembre 2005 1 12 /12 /décembre /2005 20:19

Gallimard 1991

Voici un nouveau chef d'oeuvre de mon écrivain coup de coeur ! On retrouve l'inspiration mythologique et biblique ainsi que la toute-puissance du mal. Il s'agit de l'histoire d'une petite fille, Lucie Daubigné, vivant près des marais de la région du Berry. Elle vit dans un environnement propice à la rêverie; pour elle, le monde est peuplé de belles légendes. Mais le mal rôde en la personne de son demi-frère Ferdinand...Ce dernier va la violer chaque nuit dans sa chambre. D'abord rongée par la douleur et le chagrin, Lucie devient progressivement un personnage haineux qui crie vengeance. Son regard est celui de la légendaire Méduse qui anéantit l'homme...

A partir d'une thème tabou, celui de l'inceste, Sylvie Germain brode un magnifique conte inspiré à la fois des contes et llégendes traditionnels (l'univers des marais berrichons peut faire penser à Georges Sand, thème de l'ogre),de la mythologie (le mythe de la Méduse) de l'Ancien Testament (thème de la vengeance) et du Nouveau Testament (thème de la rédemption et du pardon).

Comme à son habitude, l'écriture est absolument magnifique, faisant penser à des poèmes en prose. Chaque chapitre appelé " Légende" est entrecoupé de poèmes en prose intitulés différemment selon la tonalité, la couleur de la scène décrite et aussi de l'état d'esprit des personnages: L'enluminure pour évoquer l'âge de l'enfance, le paradis, puis viennent les sanguines (couleur du sang et de la menace du mal) et les Sépias (la vengeance). Enfin, on passe aux Fusains (la tristesse de l'hiver, la détresse des personnages) et enfin aux Fresques (évoquant les scènes de la Nativité donc le renouveau et l'espoir). Chaque partie du roman correspond à l'atmosphère ambiante et à l'état d'âme des personnages lui même correspondant à une saison : le printemps pour l'enfance, l'automne pour la vengeance, l'hiver pour la déréliction. Ces descriptions sont à proprement parlés de véritables tableaux.

Le roman est construit sur une opposition entre l'univers céleste symbolisant l'innocence et la pureté et l'univers chtonien évoquant le mal et la vengeance. Au début, Lucie est ami avec un futur astronome passionné par la vie des étoiles. Puis , avec le malheur, elle "descend" progressivement dans l'univers des marais: les crapauds, les salamandres et les couleuvres deviennent ses confidents; elle s'animalise de plus en plus:

"Elle avait renié tous les astres. Elle avait troqué la splendeur du firmament contre celle de la terre, de la terre à boue, à brousaille et à vase; elle avait troqué l'or radiant des étoiles contre le bronze étincelant des couleuvres, des crapauds, des insectes et des yeux de hiboux. Elle vait basculé si brutalement contre la terre qu'elle ne voulait même plus se relever. Elle ne désirait plus que s'enfoncer dans la terre, creuser dessous la terre"

Mais la rédemption vindra progressivement ...

Festival de couleurs et de légendes, ce roman est un véritable poème !

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12 décembre 2005 1 12 /12 /décembre /2005 10:16

Editions de l'Arpenteur, 1999

Si vous ne connaissez pas Autin-Grenier, ouvrez vite ses oeuvres ! C'est l'auteur français le plus impertinent que je connaisse ! Son oeuvre est vraiment unique et drôle dans le paysage assez triste de la littérature française contemporaine.

Ce titre rassemble de petits textes de quatre ou cinq pages alliant les poèmes en prose, les nouvelles, les récits et surtout de courts récits d'autofiction. Mais attention, il ne s'agit pas de l'autofiction que nous connaissons , sérieuse et prétentieuse, très pessimiste.

A chaque page, Autin-Grenier pratique l'humour, l'ironie et surtout l'autodérision. Le titre, déjà, annonce la couleur. Autin Grenier est l'anti-héros par excellence (l'un de ses titres s'appelle d'ailleurs Je ne suis pas un héros) qui passe ses journées à somnoler, déguster de l'andouillette et du vin et à se promener pour croquer de petits portraits en prose. Il demande qu'une chose: qu'on le laisse tranquille !

Il se présente ainsi à la page de titre: "Il se promène pour le moment entre la quarantaine rugissante et une cinquantaine bonhomme sur la brèche cependant et prêt à grimper sur la barricade" et dédie son livre à son chien !

La premier titre est significatif: Je n'ai pas grand chose à dire en ce moment !. Ce pas grand chose est magnifique et très drôle:il s'imagine que sa lutte contre la cigarette ressemble à une locomotive du Far-West luttant contre les Indiens, refuse qu'il devienne moulinette à légume et liquide vaisselle, veut se transformer en nègre pour refuser de devenir une andouillette qui attache au fond et a une érection lorsqu'il entend Arlette Laguiller à la radio !!

A l'humour, s'ajoute une bonne dose d'anarchisme: il n'hésite pas à comparer ses voisins à des porcs et crie "Vive Arlette !" à la fenêtre. Dans ses textes, il défend l'indépendance et l'impertinence du poète face à la médiocrité et la bonne conscience ambiante.

Le tout agrémenté par une langue magnifique utilisant brillamment la métaphore sans oublier le parler populaire. Ce livre est drôle, très drôle; je ne résiste pas à vous livrer quelques extraits:

En parlant de sa mère

"Lessivée, elle parvient à s'allonger, déformée et toute de traviole, sur son divan. C'est un lavis tragique d'Egon Shiele aperçu jadis à l'Albertina de Vienne. C'est de ce charnier que je viens , pour tenter sans espoir de gagner les étoiles"

Une parodie des poèmes en prose de Baudelaire

"Un jour comme ça, cerné par ce paysage trop étroit, je partirai...A sans cesse savonner les parquets, dégraisser les gamelles , je te préviens: tout déborde, explose et bientôt, je file à la ville chanter bêtement des chansons décadentes dans les cabarets russes ...A moi Baudelaire, musiques foraines, frites en cornet à la bonne franquette! J'étais poète et me voici maintenant tenant moulinette à légumes, détergent biodégradable, ...Trop, c'est trop, je pars !"

Le rêve du nègre

"Vraiment, le petit poète blanc aurait préféré être un grand nègre et cabrioler aux trois quats nus dans les traboules en savanes dans l'intimité des zébus et la frayeur des éléphants , plutôt qu'être né de cet occident moqueur et roturier qui compte et recompte ses privilèges dans l'arrière-salle d'une boutique depuis longtemps naufragée"

L'homme andouillette

"Alors, tout d'un coup, je me suis senti comme une andouillette abandonnée par ses parents. Et par l'humanité toute entière. Seul dans un poêlon oublié sur le gaz au creux duquel le beurre commencerait à brûler. Je réclamai une lichette de vin blanc pour adoucir cette douleur d'être né, aussi ce grésillement nauséabond de la vie autour de moi."

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11 décembre 2005 7 11 /12 /décembre /2005 22:18

Editions Viviane Hamy, 2003

Prix des Libraires 2004

Pour les amateurs d'intrigues bizarres et d'enquêtes dans les milieux de l'art, ce roman est pour vous !

Tout commence par une histoire de fantôme ressuscité: Véra Carmi reçoit un coup de téléphone d'un gardien du Centre Pompidou: Antoine, son mari vient d'avoir un malaise dans une galerie. Le temps qu'elle arrive au musée, on lui apprend que son mari est mort mais que son corps a disparu. Selon la gardienne, habituée aux rites vaudous, il a sans doute ressuscité. Véra devient chez elle et retrouve son mari en pleine santé... Il ne lui parle pas de son accident.

Commence alors l'enquête proprement dit: Véra rencontre les différents gardiens du musée: alors que le mari déteste aller dans les musées, on l'a observé plusieurs fois devant les tableaux du célèbre Soutine.

Véra va peu à peu remonter le passé de son énigmatique époux et découvrir l'existence d'une certaine Melle Rotheim, vieille fille et sorte de mère adoptive pour Antoine. Celle-ci semble obsédée par le célèbre peintre...

Vallejo nous offre un roman très sympathique mêlant romantisme et intrigue à suspens. Pour les amateurs d'art, nous y découvrons Chaïm Soutine, d'origine roumaine, s'installant à Paris dans les années 20-30 (la célèbre Ecole de Paris regroupant entre autres Chagall et Soutine). Le roman est ponctué de jolies réflexions sur le pouvoir de l'art :

"le plus grand succès artistique , ce n'est pas de figurer dans un musée où, pire, de décorer un salon , non, le plus grand succès artistique c'est de continuer à agir longtemps après sa création, de rendre la vie de quelqu'un heureuse, ou, à défaut, de l'empoisonner. Ce doit être cela, le sommet artistique pour une oeuvre: embellir la vie et, en même temps, l'empoisonner. Il faut les deux, sinon, c'est de la décoration pour dadame..."

Un seul bémol toutefois: l'intrigue démarre de manière quasiment fantastique pour retomber dans les affaires du marché de l'art. J'ai aimé par contre le changement de ton: l'intrigue a priori comique n'est pas si anodine que cela...

Un roman très sympathique qui se lit d'une traite...

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28 novembre 2005 1 28 /11 /novembre /2005 22:45

Editions Stock, 2001

Voici un récit poignant d'une femme d'une quarantaine d'années qui vient de perdre son mari dans un accident de moto. Inattention? Hasard? Suicide? Nous ne le saurons jamais. Le roman est le récit des quelques jours entre la mort du mari et son enterrement.

Le monologue intérieur de la femme nous livre avec pudeur toutes les démarches succédant à la mort d'un proche (les coups de téléphone incessants, le choix du cercueil et de la musique à l'enterrement...) .

Dans une écriture très pudique, Brigitte Giraud évite tout pathos ou misérabilisme. Les mots sonnent juste, sans fioriture.

Ce court récit (cent pages) est aussi une réflexion sur la manière pour un écrivain de dire la mort (Brigitte Giraud se met en scène comme étant la femme du mort. Est-ce un récit autobiographique?). Elle précise bien qu'il ne s'agit pas d'écriture ni de littérature:

"Ne pas dire quelque chose de convenu, de bancal, de déplacé. Etre à la hauteur de notre histoire d'amour, à la hauteur de la douleur. Ne pas dire la douleur, apprendre à écrire simple, très simple surtout. Pas joli, pas voyant, écrire sans panache, sans ambition. pas littéraire. Pas de phrase bien torchée. ...Ecrire sans métaphores...Je déteste les métaphores et les paroles universelles. Je déteste la sauce entre les mots..."

Ce récit est aussi une leçon de vie; la personne endeuillée comprend qu'elle n'a pas su profiter du temps présent:

"Je découvre aujourd'hui que j'étais heureuse. ..J'étais inquiète, angoissée mais heureuse. Pourquoi on ne sait pas ces choses là? Parce qu'on croit que le lendemain sera mieux, on demande plus, on trouve que le présent est minable, comparé à ce qui va arriver. On attend d'emménager dans une nouvelle maison, on attend d'être en vacances, on attend de publier un livre... On a les yeux rivés sur l'avenir , on ne décroche pas de la ligne d'horizon."

D'u point de vue littéraire, les phrases sont très courtes, très scandées. On peut peut-être reprocher une écriture trop facile mais la poésie aurait sans  doute fait tomber le récit dans le pathos. Le lecteur finit par comprendre qu'il s'agit d'une écriture profondément juste.

Je situerai Brigitte Giraud à mi-chemin entre les écrivains français de la nouvelle génération dits "de la désespérance" (Olivier Adam, Laurent Mauvignier, Arnaud Cathrine..) où il est beaucoup question de mort et de deuil et l'autofiction. Mais Brigitte Giraud évite les deux écueils de ces deux tendances, à savoir le misérabilisme pour le premier courant et l'impudeur pour le deuxième.

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22 novembre 2005 2 22 /11 /novembre /2005 22:17

L'esprit des péninsules -2005

Pierre Jourde, l'auteur de La Littérature à l'estomac, critique acerbe de la tentation "nombriliste" de la littérature contemporaine, renoue avec son talent de pamphlétaire, jetant ses foudres contre le système éducatif.

Dans ce roman touffu (plus de 500 pages), un jeune professeur obtient son premier poste dans la ville mystérieuse de Logres, ville provinciale de l'Est. Gilles Saurat se retrouve en plein cauchemar du mammouth. Ses élèves sont de jeunes brutes banlieusardes qui ne savent pas aligner deux mots. Racket, viol, sévices de tous genres font le quotidien de l'établissement scolaire. Face à cette violence gratuite, Saurat, en bon pédagogue optimiste, croit encore aux vertus de l'éducation et du système scolaire. Il doit faire face aux propos de son collègue plus âgé, le "sarkosyste " de service qui prône la sévérité et la fermeté mais aussi au mastodonte éducatif et à son centre de formation (caricature des IUFM) , bureaucratie kafkaïenne et ubuesque à la fois. Jourde épingle avec férocité la pédagogie et la didactique, faite de sigles insignifiants. Le discours de rentrée du principal est une pièce d'anthologie ! Entre les Animateurs de la Communauté éducative, les apprenants et les Animateur général de Vie éducative , la FFPEP et l'UPE, on a de quoi y perdre son latin !!!! Jourde affirme avoir vu tous ces sigles dans des circulaires !!! Pour lui, l'école a souffert d'un trop grand laxisme et de la bureaucratie qui étouffe l'esprit.

Mais Jourde ne s'en tient pas à un pamphlet simpliste contre le système éducatif. Son roman plonge peu à peu dans rêve et dans le fantastique: Saurat est logé dans une villa mystérieuse et fantomatique où rôde la "veuve froide": son mari, collectionneur de manuscrits érotiques, a disparu mystérieusement dans les eaux écossaises. La maison semble respirer la mort : la poussière, les ombres et les bruits semblent faire croire à une présence fantômatique. Ces passages, l'atmosphère m'ont fait penser aux paysages de Julien Gracq. Saurat, le candide intellectuel, dévot des bons sentiments, va être peu à peu attiré par le mal et le vice en découvrant "l'enfer", le coin secret de la bibliothèque du défunt propriétaire. Il est invité aux réceptions de la "veuve froide" réunissant les notables de la ville, s'adonnant à la sexualité la plus débridée et aux sciences occultes. Le roman devient alors un magnifique roman d'initiation: le professeur intellectuel, suant de bonne conscience, découvre la bassesse de ses instincts inconscients. Il découvre le mal et la vraie nature de l'homme.

De plus, la raison raisonneuse laisse la place aux rêves et à la folie: Jourde nous promène entre réel et fantastique; son écriture métaphorique utilise abondamment le langage du théâtre; le professeur dévoile la vérité du monde. Pour son plus grand plaisir, le lecteur vogue entre réel et fantasmagories qui à s'y perdre....

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18 novembre 2005 5 18 /11 /novembre /2005 23:27

Seuil, Rentrée Littéraire 2005

La méthode Mila

Voici le dernier opus de la très talentueuse Lydie Salvayre dont je vous avais déjà fait découvrir l’admirable La puissance des mouches, où un fou à lier nous communiquait dans un monologue dément sa passion pour Pascal.

 

Ici, Pascal cède la place à Descartes. Mais dans ce titre, il ne s’agit plus de congratuler son maître à penser mais de le réfuter : le narrateur est un misanthrope qui a fui depuis longtemps les affres de la société pour se consacrer à l’étude de la philosophie. Mais un beau jour, sa tranquillité prend fin à cause de la prise en charge de sa mère sénile. N’arrivant pas à philosopher tout en faisant « manger et pisser » sa mère grabataire, il rentre dans des colères monstres et clame contre son gré la haine de sa vieille mère impotente. Son constat va alors à l’encontre de la philosophie cartésienne : « L’âme de l’homme est violente ».

 

Il se lance donc dans une réfutation de Descartes : le célèbre « Je pense donc je suis » devient « Je pense donc j’essuie » car sa mère s’est renversé sa tisane sur sa robe alors que son fils était en pleine méditation ! Pour lui, sous l’emprise de la colère, on ne peut se contrôler : jugez-en plutôt par vous-mêmes : « et ce que je lui balance en mon for intérieur est plus abominable encore, qui va du simple conne au magistral Crève salope, en passant par le Fais-toi foutre , Ferme ta gueule, va chier ! »

 

Le fils éploré sombre dans la plus profonde dépression : il abandonnera la philosophie pour consulter une voyante bohémienne, Madame Mila, qui lui fera découvrir le monde et …l’amour.

 

L’objectif de Salvayre n’est pas de défendre les sciences occultes contre la raison raisonnante. Elle cherche au contraire à montrer que la pensée telle que l’a conçue Descartes est stérile et incomplète, désincarnée et coupée du monde : il a oublié tout simplement le sentiment et l’âme.

 

Ne vous attendez pas à lire une démonstration philosophique barbante ; ce texte est bourré d’humour. Comme à son habitude, Salvayre mêle les pensées les plus subtiles aux considérations les plus triviales et obscènes. Tout personne qui a du faire face à la vieillesse peut se retrouver en ce narrateur philosophe.

 

Je vous propose deux extraits bien coriaces :

 

-A Descartes

 

« N’avez-vous jamais été pris du désir de casser la gueule à un con ? D’envoyer bouler votre père ? De fulminer contre vos princes ? De foutre le feu à leur colloque ? …Savez-vous ce que brûler veut dire ? N’avez-vous jamais pensé à votre queue ? Jamais lancé à un ratiocineur : parle à mon cul, ma tête est malade ? … »

 

A sa mère :

 

« L’homme cartésien est un homme sans épaisseur, sans chair, sans juif et sans arabe dans sa lignée, sans préjugé, sans petite manie, sans conflit avec ses collègues, sans papa ni maman.

 

Le pauvre ! dit maman.

 

Un fantoche, un éthéré qui ne pue pas. Qui ne pête pas.

 

C’est appréciable dit maman.

 

Qui ne rit pas. C’est triste, dit maman.

 

Que ne baise pas. Maman ne dit rien.

 

Et qui ne vit pas. C’est plus embêtant, dit maman »

 

Salvayre n’hésite pas à traiter le grand philosophe de tous les noms ! Il fallait oser ! Ouvrez vite ce livre ! Il va à l'encontre du politiquement correct, de la langue de bois et du bien pensant !

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16 novembre 2005 3 16 /11 /novembre /2005 23:09

Gallimard, 2005

Prix du roman Fnac

Le dernier roman de Pierre Péju est totalement différent de Naissances et de La petite chartreuse. Péju change de style en misant sur le roman historique se déroulant sur une longue période, de 1962 à 2037 ! 

Il relate la vie de deux enfants qui , bien que nés après la Seconde Guerre mondiale, en subissent les conséquences: Pierre, dès l'adolescence a découvert les horreurs de la guerre: son père, ancien résistant, est assassiné pour des motifs obscurs dans le jardin du Luxembourg. L'année de ses seize ans, il séjourne en Allemagne et fait la connaissance de Clara, fille d'un ancien médecin de la Wehrmacht. Elle lui révèle les horreurs qui se sont déroulées deux ans plus tôt dans ce village paisible: un homme, rongé par ses actes lors de la guerre a étranglé ses deux enfants dans la forêt.

Le roman est l'histoire de ses deux êtres qui se croiseront à plusieurs reprises au cours de leur vie: Pierre deviendra sculpteur pour tenter de vaincre son malaise tandis que Clara photographiera les grands conflits du siècle, à la recherche constante de la nature du mal.

Enfants de la paix, Paul et Clara ressentent  pourtant au plus profond d'eux-mêmes les fêlures de guerre et l'emprise du mal. L'auteur nous livre une réflexion sur le mal du "XXème siècle". Il s'agit d'un roman profondément pessimiste: les personnages semblent happés par le malheur ambiant; ils ressentent un malaise malgré la paix ambiante.

Le grand mérite de Péju est d'avoir écrit un vrai roman se déroulant sur une bonne partie de la deuxième moitié du XXe siècle et jusqu'en 2037 ! Il lie habilement histoire collective et histoire individuelle en analysant le poids des événements historiques et des guerres sur les destins individuels. On est loin de romans nombrilistes contemporains.

Néanmoins, je n'ai pas retrouvé la qualité d'écriture et la poésie de Naissances et de La petite Chartreuse.

Ce roman se lit agréablement mais je n'ai à aucun moment ressenti l'émotion des précédents romans !

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14 novembre 2005 1 14 /11 /novembre /2005 00:00

Gallimard, 1996

Voici une œuvre bien étrange signée de mon écrivain favori, Sylvie Germain. Si vous aimez la philosophie et le mysticisme avec un brin de fantastique, ce roman étrange est pour vous !

 

Le roman se déroule à Prague et met en scène Ludvik, un homme désabusé par la vie qui vient de vivre un rupture amoureuse. Ayant longtemps vécu à l’Ouest, il décide de revenir dans son pays d’origine. Exerçant le métier de traducteur, il retrouve son vieux maître Joachim qui lui a transmis l’amour des mots. Mais le destin et le temps les a séparés ; il retrouve un homme à l’article de la mort qui semble sujet à des tourments très étranges…Devenu un homme égoïste, il ne s’en soucie guère et vaque à ses occupations quotidiennes.

 

Puis de jours en jours, il assiste à des phénomènes étranges : un libraire, une femme de ménage, un jeune enfant l’interpellent et lui tiennent des propos étranges sur la vie et la symbolique du sel…D’abord abasourdi, il se laisse peu à peu bercé par cette ambiance d’irréalité. Puis il apprend que son ami est décédé.

 

Et si ce vieil homme avait la possibilité d’influencer sa vie outre-tombe ? Il reçoit une lettre bien étrange. ..

 

Il s’agit avant tout d’une magnifique histoire d’amitié défiant l’âge et le temps ainsi qu’une belle histoire de rédemption ; Ludvik ressortira transfiguré de cette avanture, ayant compris le véritable sens de la vie, la force de vaincre son dégoût de la vie et son égoïsme.

Le texte est parsemé de passages bibliques et de légendes hassidiques comme ce joli conte qui dit que lorsque deux personnes se rencontrent, deux étoiles dans le ciel forment un ange…

 

Il s’agit d’un beau roman humaniste qui délivre un message de vie : les passages sur la symbolique du sel sont assez hermétiques mais je crois qu’au-delà de la totale compréhension, le lecteur est happé par l’atmosphère ésotérique du texte…

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6 novembre 2005 7 06 /11 /novembre /2005 00:00

Grand prix de la nouvelle de l'Académie Française en 1994

Jean-Marie Laclavetine, l'un des grands nouvellistes français et Prix Goncourt des lycéens pour sa satire du monde de l'édition Première Ligne, signe ici un recueil sur le vin. Fervent admirateur de Rabelais, originaire de la Loire, il rend hommage aux meilleurs crus français et étrangers.

Mais ne vous attendez pas à lire un livre hédoniste, dionysiaque sur les plaisirs du vin. Car il s'agit plutôt du "mauvais vin", celui que l'on échange entre ennemis ou qui rend fou. Comme ce père et ce fils qui s'associe pour monter un bar à vin : le fils finit par rendre son père fou pour l'évincer. On donne aussi à boire pour se débarrasser d'un mari gênant ou de vos bourreaux...

Quelques nouvelles intéressantes touchent à la limite du fantastique: un homme possédant une cave à vin richissime voit ses bouteilles disparaître par la présence d'un fantôme alcoolique. Un couple d'alcooliques se retrouve au paradis pour célébrer l'amour du vin. Un vigneron a une réputation de sorciers qui jette des sorts à ses ennemis. ..

Laclavetine nous brosse des portraits assez pessimistes; on a l'impression qu'une bile noire les conduit à la dégénérescence ou à la folie. Le lecteur éprouve une certaine inquiétude en lisant ces nouvelles; comme si le vin révélait en vous ce qu'il y a de plus vil...

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