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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 19:15

RENTREE LITTERAIRE 2009

La légende de nos pères

Editions Grasset

Fiction et Histoire : l'un des grands thèmes de cette rentrée littéraire française : Laurent Mauvignier et la guerre d'Algérie, Thierry Hesse et Yannick Haenel abordant la shoah et ...Sorj Chalandon et la résistance.

La légende de nos pères( sur la liste du Goncourt) interroge la mémoire et sa transmission des parents vers leurs enfants.

 

Le narrateur est biographe familial, il écrit la vie des gens simples à leur demande. Il écrit ce qu'ils lui racontent quelque soit la vérité ou le mensonge.

Quelques mois après la mort de son père, ancien résistant, homme modeste qui n'a pas su ou voulu lui raconter son passé, il est contacté par une femme, Lupuline, qui souhaite qu'il écrive la biographie de son père.

Le vieil homme, d'abord réticent, accepte. Le face à face entre les deux hommes commence, fait de respect et de crainte mutuels.
Au fil des entretiens, le narrateur découvre le journal intime de Lupuline, qui, petite fille, écoutait les histoires héroïques de son père. Le narrateur, lui, en profite pour faire revivre les héros méconnus et son père, qui comme il le dit, l'a laissé sans mémoire, sans empreinte.
Une biographie familiale qui prend des formes d'hommage posthume à son père...

Un récit très sobre et poignant, questionnant la mémoire. Le récit nous réserve bien des surprises en prenant un tour inattendu.
Une écriture très simple, aux phrases très courtes, des descriptions qui tentent de trouver le mot juste, sans fioriture aucune, ni sentimentalisme.

Car, à travers cette histoire, Sorj Chalandon interroge son art, l'acte d'écrire : le rapport vérité/mensonge, Histoire/fiction, fidélité/trahison  mais aussi réflexion sur la recherche du mot juste.

Un bel extrait :

"Je suis sorti au crépuscule. Je marche parfois la nuit pour recueillir un mot. J'ai regardé le ciel au dessus de la grand place. Un ciel de juin avant l'orage. je me suis demandé si je pouvais écrire le ciel sans autre mot que ciel. Comment décrire cet état de lumière. Comment approcher l'évident, le simple, des feuilles qui frissonnent. Parce qu'écrire frissonner, c'est déjà s'éloigner de la feuille. Elles ne frissonnent pas les feuilles. Elles font tout autre chose que ce qu'en dit le vent. Elles ne bougent pas, ne remuent pas, ne palpitent pas. Elles feuillent, les feuilles. Elles font leur bruit, sans autre mot. Et le ciel, il nuage. je me suis dit, qu'un matin, au réveil, il me faudrait pour Beuzaboc quelque chose de Tescelin. Ne pas le dégrader par un prêt-à-écrire, mais prendre ses mesures et coudre un mot pour lui"



A signaler également, sur le thème de la résistance, le roman Le tombeau de Tommyd'Alain Blottière, consacré à Thomas Elek, juif hongrois membre des FTP-MOI (Main d'oeuvre immigrée), lui aussi sur la liste du Goncourt...

 

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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 19:49

Editions de Minuit, 2009

Paris-Brest

Incontestablement, Tanguy Viel est l'une des plumes les plus talentueuses de la nouvelle génération d'écrivains français. Des histoires qui n'ont l'air de rien mais qui, sous des allures de divertissements futiles, détournent habilement les codes.

Jusqu'à maintenant, Viel s'était intéressé aux codes du polar et du film noir dans L'absolue perfection du crime et Insoupçonnable : histoire de petits escrocs malhabiles, plutôt risibles mis en scène de manière très cinématographique.

Ici, Tanguy Viel signe une vraie-fausse biographie et se joue des rapports entre fiction et réalité à travers une mise en abîme très habile : le narrateur, "Je" raconte son histoire scabreuse avec sa famille lorsqu'il se décide à écrire son roman familial pour dévoiler les secrets de famille : une grand-mère qui devient millionnaire sur le tard, un père vice-président du club de foot brestois accusé de malversations financières, obligeant la famille finistérienne à s'exiler à Palavas-Les-Flots pour vendre des cartes postales, une mère prête à tout pour choper les millions de grand-maman, spasmofilique à ses heures, un frère homosexuel...Le Paris-Brest, ce n'est pas du gâteau, mais l'allée que fait le narrateur pour retrouver sa famille à Noël sur les côtes du Finistère ; dans sa valise, fi de cadeaux. A la place, le roman familial en question...

Sauf que de ce roman, nous n'aurons droit qu'à de petits épisodes dans le livre, qu'il dit enjolivés car il s'agit d'un roman.

Biographie dans une biographie ? Où s'arrête le roman ? A travers cette biographie dans la biographie, Tanguy Viel mène le lecteur en bateau.

Il en ressort une intrigue jubilatoire qui tient plus cette fois-ci au théâtre vaudevillesque qu'au cinéma ; des personnages assez "petits", "caricaturaux" qui se chamaillent autour de l'argent de la vieille ; l'auteur/narrateur/personnage règle ses comptes avec sa famille mais il ne vaut pas mieux qu'eux. Des scènes mémorables d'engueulades, de quiproquos ; mention spéciale au personnage de Kermeur, le petit escroc, héros malgré lui, très attachant tout de même.

L'écriture, toujours tournée vers l'action et cet art consommé de la "scène", est beaucoup plus ample que d'habitude : elle s'allonge, créant un rythme saccadé, haletant, qui ne s'accorde aucune pose.

C'est très ironique, méchant et tellement divertissant !



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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 19:56

En avant-première...Rentrée littéraire 2009

Anne Plantagenet

Editions Stock

J'ai eu la chance de lire l'épreuve du nouveau roman d'une jeune auteur assez confidentielle, qui a déjà une production assez riche : traductrice de romans de langue espagnole, biographe du torero Manolete et de Marilyn Monroe, nouvelliste...

Elle signe ici un roman huis-clos troublant ; elle plante lentement un décor mystérieux, oppressant puis peu à peu, le lecteur s'attache aux personnages.

Un lieu et une époque non définis ; on soupçonne qu'il s'agisse d'un pays d'Amérique Latine, sous le régime d'une dictature, où les guérilleros se révoltent.

Dans un petit village perdu dans la montagne, on vient d'arrêter par hasard le dénommé "Papa". Il est réputé pour être un tueur et un violeur, il a pris les armes (c'est tout ce que nous saurons). Les hommes du village l'ont capturé depuis des mois de traque mais, alors que la nuit tombe, ils ne savent pas quoi en faire.

Le prisonnier

En l'absence du maire et du curé, ils frappent à la porte de l'institutrice. Le prisonnier est dans l'école, il faut qu'elle vienne lui donner à manger...

Commence alors un huis-clos troublant entre deux marginaux, un héros déchu et une jeune femme de 19 ans qui se dévoile peu à peu. Au début, la peur s'immisce face à un être répugnant, puant. Puis derrière l'animal, elle commence à découvrir un être passionné, digne. Dans ses yeux, elle y voit le néant, son néant. Car l'institutrice se révèle être un être en marge depuis le départ de son amant. La paria boit en cachette, se cogne contre les murs. Il n'y a que la sonate de Beethoven qui l'apaise...
Papa y découvre dans ses yeux son alter ego et tente de percer son énigme.

Au terme de cette nuit, peut-être la mort, peut-être une autre vie possible ....

Un beau roman oppressant, intime, livré dans une écriture aux phrases courtes, syncopées, une narration omnisciente qui fait vivre les pensées des personnages instant par instant. Quelques dialogues laconiques mais l'essentiel n'est pas là. Dans un décor de sang, de saleté et d'alcool, il s'agit de saisir le déclic d'une rencontre, cette cassure qui bouleversera le destin de la jeune fille. L'atmosphère très lourde du village, incarnée par des personnages falots, fait surgir dans un beau clair-obscur, ce face-à-face poignant de deux âmes fortes...


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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 19:56

ROMAN D'ANTICIPATIION

Zen city

Editions Au diable Vauvert, 2009

Né en 1977, Grégoire Hervier signe ici son deuxième roman très critique sur les dérives de nos sociétés contemporaines. Alors que Scream Test parodiait la téléréalité (une émission où chaque jour, un candidat est tué en direct), Zen City s'attaque à la toute puissance de la publicité, du marketing et de la télésurveillance.

 

Ce roman prend la forme d'un blog puis d'un journal intime, présenté par son éditeur qui livre après coup le manuscrit envoyé par un illustre inconnu, Dominique Dubois.

 

Ce dernier se présente comme quelqu'un de ce qu'il y a de plus commun : trentenaire au chômage, il voit son quotidien changer lorsqu'une mystérieuse boîte le contacte pour un entretien. Il s'agit d'un paradis high-tech, une cité idéale pour cadres, qui grâce à une simple puce électronique (le système du RFID), permet de remplir son réfrigérateur sans faire ses courses ; Il y a aussi un système de télésurveillance assure une sécurité à toute épreuve ; un conseiller "Global Life" gère vos besoins, la décoration de votre appartement et la gestion de vos relations ...et un Perfect Phone qui détecte à distance un ami ou âme-soeur potentiel.

En résumé, un vrai paradis sur terre...Dominique Dubois est embauché pour faire une étude marketing sur un système de  télésurveillance révolutionnaire. Jusqu'au jour où l'une de ses collègues est assassinée chez elle...

Le roman prend alors un rythme de thriller : Dubois est contacté par un groupe de hackers dissidents. Malgré lui, il devient un héros qui dérègle le système de sécurité de Zen city ....

Grégoire Hervier signe une roman haletant sur les dangers du neuromarketing, la stimulation cérébrale entre autres. Même si le scénario est totalement dépendant  de ce que veut démontrer l'auteur, que l'idée d'une cité idéale n'est pas révolutionnaire, il faut reconnaître à l'auteur un talent certain à construire une intrigue palpitante qui se joue constament des attentes du lecteur.

Le personnage principal apparaît tantôt comme Monsieur tout le monde, tantôt comme un héros mais rien n'est sûr...
On appréciera également un certain humour venant de la mise en scène des tics des blogueurs par exemple.

Pour poursuivre l'aventure, je vous conseille de visiter le site www.zencity.frqui permet une visite virtuelle de la cité idéale ; des films de daily motion et des textes nous explique tout sur le RFID et le neuromarketing...Passionnant.

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 22:06

Rentrée littéraire 2009



Editions Arléa

Je vous présente en exclusivité le nouveau roman de Marie Sizun. Nous avons eu la chance de la recevoir à la médiathèque de Noisy-Le-Grand. Pour nous remercier, elle vient de nous envoyer un spécimen de son dernier roman, Eclats d'enfance, qui va paraître le 3 septembre prochain.

Toujours cette écriture si juste et épurée qui fait sa force et son thème de prédilection, l'enfance. Mais, par rapport aux autres romans, on sent l'influence très nette de l'autobiographie. Pour la première fois, l'auteur dit "je". C'est le "Je" d'aujourd'hui, qui tente de retrouver ses souvenirs d'enfance. Mais dans le passé, l'enfant devient "la petite" et son entourage "le père" et "la mère".

Il faut tenir à distance coûte que coûte ce secret familial, jamais expliqué, seulement suggéré, dans cet "immeuble aux briques rouges".

Alors, plutôt que de rentrer dans cet immeuble en brique rouge qui abrite le secret familial, elle va concevoir son récit d'enfance comme un carnet de voyage dans le 20e arrondissement, contourner cet immeuble aux briques rouges : fuyant le récit chronologique, elle va concevoir chaque chapitre comme un éclat d'enfance qui remonte à la surface grâce à un nom de rue, un cinéma, un square, une station de métro. Elle va saisir des petits morceaux de vie comme de petits papillons épinglés pour faire ressurgir les sensations de l'enfance.

 

Refusant le sentimentalisme, prônant la distanciation, elle conçoit ses personnages comme des ombres, des esquisses fuyantes que l'on ne fait qu'apercevoir.

 

Chaque rue, chaque carrefour, chaque square est vue à travers la vue, l'odorat, l'ouie de l'enfant.

 

Ainsi, dans cette belle promenade d'enfance, le mystère des êtres reste entier. Bien sûr, nous devinons des choses (un petit frère pas tout à fait comme les autres, une mère fragile), mais l'itinéraire parisien contourne habilement la "chambre du secret".

Un récit sous forme de fragments, d'éclats qui figure une mémoire séquentielle surgissant grâce à une promenade dans les rues de Paris. On appréciera les détails figurant le Paris d'autrefois comme la description des vieux métiers comme le grainetier ou le rémouleur.

Quelques extraits :

" "Qu'est ce qu'un enfance ? Ce temps étrange, marginal, secret, infiniment personnel, inconnu des parents, ce temps où l'on devient soi, où l'on se met à voir, à entendre, à penser. Envie de raconter cela. De retrouver cela. C'était le tracé des rues qui me le racontait, cette histoire. Qui m'aidait à me la raconter, qui en était le support. Le fil d'ariane.

C'était comme si, au hasard des rues, rue Haxo, rue de Borrégo, rue du Télégraphue, je retrouvais, papillons posés ici et là, prêts à s'envoler, des éclats de l'enfance perdue, dispersée, oubliée. De petits morceaux de vie. Comme si je surprenais, épinglé là, puis là, ce qui peut être, autrefois, m'avait échappé.

"Pourtant, mais cela, c'est un cadeau du temps et de l'âge, chaque fois que j'entends ou que je lis le joli nom de la station Porte-des-Lilas, ce n'est pas à l'odeur du métro que je pense, si prestigieuse fût-elle pour l'enfant, mais à une branche de fleurs fraîches qui m'aurait laissé dans la mémoire comme un parfum mauve

...Alors, les tendres et cruels fantômes de l'immeuble de briques rouges, j'ai simplement eu envie de les prendre dans mes bras, de les rassurer, de les réchauffer, de leur redonner vie. Une autre vie.
Leurs secrets, leurs mystères, les les garderaient, je les respecterais; Mais j'écrirais leur histoire, une histoire plus vraie que la vraie vie, que leur vraie vie, que la mienne. Une histoire qui dirait ce que nous n'avions pas su dire. "

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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 22:09

Editions Verticales, 2008

Corniche Kennedy

Un récit original d'une écrivain encore très confidentielle, se déroulant dans un quartier mal famé de Marseille, sur la Corniche Kennedy, où une bande de jeunes fait les 400 coups et s'amuse à plonger du haut de la corniche dans la mer azur. Au programme : bronzage, drague et défis entre copains. un décors unique : la grande bleue irisée par le soleil.

Ne vous imaginez pas un roman de terroir méridional ! Au contraire, ce roman, très contemporain dans sa construction, est avant tout une ode à la jeunesse et à la liberté ainsi qu'une parodie de polar. En effet, toute cette jeunesse est observée par un policier, Sylvestre Opéra, chargé de la sécurité du littoral. Anti-héros, il observe avec ses jumelles cette petite bande joyeuse, avide de sensations fortes.

Le quotidien de ces jeunes intrépides va être bouleversé par l'arrivée de Suzanne, une "jeune bourge" du littoral, arrivée sur la corniche pour piquer un portable et que les jeunes garnements vont pousser à sauter du haut de la corniche pour se venger...

Ode à la jeunesse et parodie des méthodes policières, ce roman présente quelques similitudes avec Passage à l'ennemie de Lydie Salvayre. On rit de ce policier sympathique et maladroit, rétrogradé pour avoir bastonné quelqu'un et ne pouvant pas se remettre de la disparition d'une prostituée dont il était tombé amoureux.

Finalement, l'intrigue est très minimaliste ; mais, ce qui compte, c'est la description de scènes de genre (la drague, les plongeons, la course-poursuite) très cinématographiques, écrites dans un langage à la fois très précieux et très réaliste, qui épouse le langage des jeunes. La narration est électrique, les phrases très saccadées ; les dialogues sont peu nombreux et l'auteur préfère intégrer les conversations des jeunes dans son discours. Tout cela donne une langue très riche mélangeant un vocabulaire recherché à des expressions de "jeuns" telles que Elle est ouf...La description du paysage joue sur les contrastes entre le bleu de la mer et la lumière du soleil ; on appréciera des métaphores et comparaisons très originales telles la bave du baiser, devenant une cascade fluorescente.

Une plume originale à découvrir.

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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 11:49

PREMIER ROMAN

Confidences à Allah

Editions Léo Scheer, 2008

Sur le thème du discours de la parole de la femme musulmane libérée, nous avions découvert l'an dernier le magnifique Prix Goncourt, Syngué Sabour  d'Atiq Rahimi. . Une femme dont le mari se meurt et qui confie toute sa haine et son désespoir à son mari dans le coma.

Dans ce premier roman très poignant, d'une rare violence, Saphia Azzedine s'adresse directement à Allah : pas directement pour prier mais pour lui raconter sa vie de pécheresse (Haram, le péché, revient constamment dans le discours) : jeune bergère dans les montagnes du Maghreb, enceinte et rejetée par ses parents, elle se réfugie en ville et devient prostituée de luxe avant de devenir ....femme d'imam.

Si l'on regrette des raccourcis trop artificiels (la jeune prostituée qui sort de prison devient bien vite femme d'imam !), on appréciera surtout le rapport intéressant à Allah et la conception originale de la religion. La narratrice se refuse à culpabiliser Allah comme elle le dit, en rejetant tout Inch'Allah, si Dieu le veut. Car tout ce qui nous arrive, c'est nous qui le voulons et qui devons l'assumer. Vibrant appel à la responsabilité humaine, la narratrice assume ses choix, son pêché. Si elle s'adresse à Allah, c'est parce qu'elle l'aime tout simplement.

Un roman qui donne à la religion une teinte très subtile.

Certains lecteurs pourront être choqués par une langage très âpre et violent, qui fait la part belle au sexe et aux sécrétions de tout genre : prisse, merde, sperme. La narratrice ne se refuse aucun interdit et les assume.

Original et percutant.

" Pardon, Allah, de T'avoir pris à partie tout à l'heure. Je ne veux pas être comme ces gens qui aiment Te culbaliliser. Les hommes n'arrêtent pas de le faire. Au lieu de se bouger, ils attendent que Tu te boiuges, toi. ...Je sais que c'est un mot magnifique Inch'Allah. C'est comme le petit espoir en plus qui fait que tout devient possible, comme un petit coup de pied aux fesses qui me réveille quand le perds espoir, comme si Allah me disait "Je n'ai pas encore pris Ma décision, alors lève-toi et tu verras". Je sais que la décisiion finale t'appartient, Allah, mais je me dois d'escalader tout en haut de la montagne même quand les nuages m'empêchent de voir le sommet. Les fainéants, eux, ils prennent Inch'Allah à la lettre parce que ça les arrange trop de dire que c'est à Toi de décider. Que si ça merde,  c'est parce qu'Allah ne voulait pas que ça arrive. Que c'est la volonté d'Allah. C'est sur que le cul vissé sur un matelas, rien n'arrive, père !

...Je déteste la culpabilité et encore plus celle qu'on t'impose sous couvert de Toi le Glorieux, Toi le Miséricordieux, Toi le Grand. Jamais je ne te culpabiliserai, allah, jamais. Moi je t'aime et pas parce que je te crains. Parce que je t'aime, un point c'est tout. Sinon, ce n'est pas de l'amour, c'est un contrat. Moi, je t'aime. Je ne sais pas si je te crains. Je ne sais pas si c'est vraiment important au fond. L'amour c'est mieux. Tu ne m'a jamais abandonnée. Ou un peu. Mais c'était pour que je trouve mon chemin toute seule. Je vais le chercher comme une grande"

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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 23:02

Editions Arléa, 2005

Le père de la petite


De Marie Sizun, je vous avais fait partager mes coeurs de coeur La femme de l'allemand et Jeux croisés ; voici son premier roman qu'elle a publié à 65 ans après une carrière d'enseignante de lettres classiques.

Alors que La femme de l'allemand et Jeux croisés sont centrés sur la figure de la mère, ce premier roman est centré sur la figure paternelle vue par le regard d'une enfant.



Il s'agit de l'histoire touchante d'une "petite" qui, à la Libération, en 1944, voit revenir un père qu'elle ne connaît pas. Réfugiée dans le cocon maternel protecteur, elle refuse dans un premier temps ce père qu'elle ne connaît pas. D'ailleurs, qu'est-ce qu'un père ? Il représente l'autorité méconnue jusqu'alors, elle qui écrivait sur les murs et hurlait dans la maison... Lorsqu'il revient, c'est pour instaurerUne autorité que l'on rejette, dont au a peur, que l'on rejette puis que l'on finit par admirer, quitte à moins respecter et aimer la mère.

Vient se greffer dans cette famille un secret inavouable partagé par la grand-mère et la mère, que la petite soupçonne, au point de le dévoiler à son père...

Marie Sizun décrit admirablement la perception de l'enfant, qui passe d'abord par les sens : l'odeur de la mère, les mains aux tâches de rousseur de son père. Tout est vu, décrypté, pensé à travers les yeux d'une enfant qui ne comprend pas tous les enjeux des adultes. L'écrivain prend le temps de décrire chaque personnage, physiquement, sensitivement et psychologiquement.

Une histoire universelle, sur le retour des pères après la guerre mais aussi et surtout sur les rapports père/fille.

Comme à son habitude, Marie Sizun nous livre une écriture sobre et pudique qui perce la vérité du sentiment.

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 18:01

RECUEIL DE NOUVELLES























Editions Quadrature, 2005

A noter que les éditions Quadrature sont spécialisées uniquement dans la publication de nouvelles. Suffisemment rare pour le dire....

Je viens de découvrir Emmanuel Urien qui depuis deux ans publie dans Gallimard La Blanche. Mais avant, elle a remporté des quantités de prix et de concours de nouvelles. Et ca se comprend !

Emmanuelle Urien brosse des portraits d'hommes, femmes, enfants, prisonniers, cabossés par la vie, elle leur donne vie et poésie grâce à un regard très subtil, entre distance et compassion. Ces personnages ot une épaisseur incroyable. A cela, s'ajoute un art rompu de l'intrigue, un art de la nouvelle au sens noble du terme, avec des chutes incroyables.
C'est très noir mais souvent inoubliable.

Quelques figures qui sortent du lot : cette femme réputée folle qui chaque année dresse la table et allume les bougies pour son enfant mort, ce bibliothécaire qui parfume les livres donnés aux prisonniers ou encore cette femme battue qui prépare pour son mari un plat avec les escalopes et la moutarde qui lui servent de pansement et de cataplasme...Sans oublier ce marginal qui a tué sa mère par accident en tapant trop fort à la porte, sur la poignée en forme de chien méchant...alors, il faudra sans doute piquer le chien méchant....


Des personnages souvent anonymes, des voix inconnues qui ne se dévoilent que progressivement. Une lecture à considérer comme une série de rencontres inoubliables.

A découvrir.

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 21:26

Gallimard, 2006

Villa Amalia**/Pascal Quignard (2006)

Adapté au cinéma par Benoît Jacquot

Je viens de voir le film de Benoît Jacquot, ce qui m'a fortement donné envie de lire le livre de Pascal Quignard. Un très beau portrait de femme libre qui décide de tout quitter pour fuir, revivre une autre vie. Eloge de la fuite, de la liberté, de la solitude...

Alors qu'elle surprend son compagnon en train d'embrasser une autre femme, Ann, célèbre pianiste, décide de tout quitter, comme elle le dit, d'"éteindre sa vie". Elle quitte son compagnon, vend sa maison, brûle ses photos, ses vêtements, jette son portable, ferme son compte en banque. Seul contact : un ancien ami d'enfance, croisé par hasard, secrètement amoureux.

 

Puis c'est la fuite éperdue : Tanger, Malte, puis enfin, la découverte d'un lieu aimé, la Villa Amalia, sur une île non loin de Capri. Sans doute le début de l'apaisement...Mais le passé ressurgit...

Ce qui marque tout d'abord : ce portrait intransigeant de femme qui d'un seul coup brûle tout de sa vie antérieure. Liberté parfaite, intense....

Même s'il n'y a pas d'intrigue amoureuse à proprement parlé, on pense immédiatement à Marguerite Duras : tout d'abord ce dépouillement extrème, l'omniprésence de la mer et surtout le sens de l'ellipse, ce personnage féminin extrèmement vaporeux qui nous échappe : au début, nous ne savons rien d'Ann, à part qu'elle est pianiste. Puis, très lentement, c'est le dévoilement, petite touche par petite touche.

Poésie avant tout : beauté des paysages, musique lancinante, femme passionnée...



Un portrait très subtil qui interroge avec force la quête des origines.

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