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  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 19:43

PORTUGAL

 

 

Editions Viviane Hamy, 2010

 

Voici le dernier opus de l’écrivain portugais le plus adulé du moment. Ayant déjà obtenu le Prix Saramago (il est né en 1970), il a reçu notamment les éloges, entre autres, d’Alberto Manguel et de Enrique Vila-Matas.

Auteur au parcours éclectique ( il a étudié le sport, l’art et la physique !), il est aujourd’hui professeur d’épistémologie à l’Université de Lisbonne.

Il s’est fait connaître en France et dans le monde par sa série des Bairro, des petits romans où il fait déambuler dans un Lisbonne imaginaire, Brecht, Paul Valéry et Italo Calvino, entre autres…Une fantaisie littéraire, sous forme d’hommage, qui lie érudition, jeu littéraire et humour.

 

L’univers du « Bairro » est drôle, poétique, intelligent, lunaire, original, et accessible. Il fait penser aux mondes de Monsieur Teste de Paul Valéry, de Plume d’Henri Michaux, de Palomar d’Italo Calvino, du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, de Monsieur Hulot de Jacques Tati, et d’autres encore… (Site de Viviane Hamy)

Dans Apprendre à prier…, il abandonne (temporairement ?) les grands écrivains pour se concentrer sur un personnage fictif, Lenz Buchmann, personnage haut en couleur, incarnant à lui seul les dérives du pouvoir qu’a pu connaître le 20e siècle.

L’auteur retrace la vie d’un médecin des corps, devenu médecin des âmes, par le fait de la politique. Elevé par son père selon le principe de « la loi du plus fort », Lenz a pour passion l’énergie, le mouvement…qui mène tout droit au commandement et au sentiment de se sentir au-dessus des autres.

Le médecin déteste ses patients défaitistes, vaincus d’emblée par la maladie. Mais il adore que ces patients revigorés le mettent sur un piédestal. Alors, un beau jour, il décide de quitter cette relation entre individus (médecin/patient) pour étendre son emprise sur « la collectivité ».

Il va ainsi régner sur les âmes….à ses risques et périls.

Tavares brosse le portrait de Buchmann  dans de très courts chapitres, dont les titres sont des aphorismes. On pourrait croire qu’il s’agit d’une encyclopédie ou d’un manuel…de pouvoir. Les recettes du pouvoir sont énoncées telles des lois de physique ; il est question d’énergies contraires, de forces, de mouvements. Au temps des idéologies triomphantes, les relations humaines sont analysables et déchiffrables au même titre qu’une machine ou qu’un tableau de chiffre. Tout peut être dominé…à l’ère de la technique. Mais la nature n’a pas dit son dernier mot…

Sous des allures de conte moral froid et distancié, Tavares prend un malin plaisir à se jouer de son personnage qui se croit au dessus de la morale universelle…Il n’avait qu’à apprendre à prier…

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 19:26

Allemagne, 1989

 

Ce chef d'oeuvre méconnu en France a été écrit par l'auteur du Nazi et le barbier, récemment réédité par les Editions Attila.

 

Hilsenrath, juif ukrainien, s'est fait connaître par ses récits à la fois truculents et tragiques sur l'Holaucauste. Dans ce roman, il raconte "l'épopée" d'un autre grand massacre, celui du génocide arménien, d'une manière à la fois rocambolesque et poétique.

 

Car la tragédie est racontée comme un conte oriental, à la manière des Mille et une nuits : un conteur prend la parole, à l'oreille d'un vieil homme mourant, Thovma Khatisian, un orphelin naturalisé suisse, rescapé du génocide de 1915.

Il s'agit d'un conteur qui va lui raconter le conte de la dernière pensée , celle qui vient à l'esprit avant la mort. Cette pensée, c'est l'histoire de ses origines, de ses parents, paysans arméniens du début du siècle

Nous voilà alors promenés dans un roman historique où l'auteur va insérer des éléments rocambolesques à l'histoire véridique du génocide. Le conteur fait voyager son "gisant" dans l'espace et le temps pour lui raconter la meilleure histoire qui soit, celle de sa famille et de son pays.

Nous sommes en 1915 ; tout comme dans Le nazi et le barbier, Hilsenrath invente une histoire truculente dénonçant la bêtise des autorités tursques: Wartan, le père de Thovma, paysan poète émigré aux Etats-Unis est accusé à son retour d'avoir tué l'archiduc François Joseph et d'avoir ainsi déclenché par grande guerre !

Pour sauver sa famille, il accepte son inculpation et un procès va s'ouvrir prouvant la conspiration mondiale des arméniens ! Mais tout se complique....

 

A partir de cet événement inventé truculent, Hilsenrath crée une fresque au ton satirique habituel : des autorités turques vues comme des pantins, tel Ubu roi, des scènes paillardes à n'en plus finir...

 

L'auteur réalise un véritable chef d'oeuvre : tout en racontant fidèlement la tragédie, il renoue avec la grande tradition poétique du conte oriental ; le conteur magnifie les traditions paysannes et religieuses du peuple arménien dans une très belle symphonie pastorale. De multiples personnages hauts en couleurs, comme cette guérisseuse qui réveille les morts et ce vieillard qui s'invente ses origines.

 

Un roman qui mêle à la fois l'imagination la plus folle au témoignage historique.

Indispensable !

 

 

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 09:34

SUISSE

 

Editions Christian Bourgois, 2010

 

Martin Suter, auteur de plusieurs best-sellers n'est plus à présenter ; auteur de plusieurs best-sellers, il est aujourd'hui l'écrivain suisse le plus connu au monde.

 

Son dernier opus est une vraie réussite : il nous plonge dans la Suisse des immigrés, celle des Tamouls ayant fui le Sri-Lanka. Imaginez un cuisinier tamoul qui a appris les secrets de la cuisine des épices pendant son enfance avec sa grand-mère. Il est embauché à faire la plonge dans un grand restaurant suisse (Genève? Lausanne ? La ville n'est pas citée). Maravan tombe amoureux d'Andrea, l'une des employées, blanche bien sûr et est licencié pour avoir emprunté pour une soirée le rotovapeur, instrument indispensable pour la cuisine moléculaire...

Lors de cette soirée mémorable, il découvre que la cuisine de sa grand-mère a des qualités...aphrodisiaques ! Andrea lui confirme, elle qui n'aime que les femmes !

 

Et c'est parti pour une étrange relation d'affaire : Maravan et Andrea ouvrent clandestinement un Love food :les couples en "panne" et l'élite économique affluent dans la chambre redécorée d'Andrea pendant que Maravan concocte ses petits secrets.

Et à partir de ce moment, l'intrigue "s'internationalise" : alors que Maravan envoie de l'argent à sa famille restée au Sri-Lanka, il est contacté par le réseau des Tigres Tamouls pour donner de l'argent pour soutenir le conflit. Et les hommes d'affaire fréquentant le Love food ont l'air de se livrer à des trafics d'armes douteux...

 

Martin Suter est un remarquable raconteur d'histoires : il mêle brillamment destin individuel (roman d'apprentissage) et tous les rouages de la mondialisation. C'est à la fois un roman social sur la condition peu connue des immigrés suisses (encore moins des Tamouls) et un thriller géopolitique qui lie la Suisse, les Etats-Unis, la Thaïlande, le Pakistan et le Sri-Lanka !

Le rythme est haletant, le récit est bourré de suspense. Le romantisme n'est pas en reste. Et vous apprendrez en plus plein de choses sur la cuisine moléculaire : les perles d'alginate, la gomme de xanthane et la gélification n'auront plus de secrets pour vous ! D'autant plus que Suter rajoute à la fin une série de recettes !

 

Une histoire colorée, épicée, qui à la fois nous divertit et nous enserre dans les rouages compliqués de la mondialisation contemporaine. Un délice...

Le personnage de Maravan, candide au début, pétri de traditions familiales et religieuses, perd toutes ses illusions. La recette de la vengeance va naître peu à peu dans la cuisine...

 

On ne peut pas dire non plus que c'est de la grande littérature mais c'est drôlement bien mené ! Divertissement assuré et portrait amer de notre civilisation mondialisée dépravée.

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 09:37

HAITI

 

 

Editions Vents d'ailleurs, 2007

 

Petit zoom sur la littérature haïtienne d'aujourd'hui qui sera mise à l'honneur au Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo du 22 au 24 mai avec l'un de ses plus représentants les plus talentueux : Gary Victor.

 

Moins connu qu'un Dany Laferrière ou que Lyonel Trouillot, c'est un conteur exceptionnel dans la lignée de René Depestre et de son roman sublime, Hadriana dans tous mes rêves.

Il est l'héritier du "réalisme merveilleux" inventé par Jacques Stephen  Alexis : la description du quotidien sublimé par les références constantes aux symboles et traditions haïtiens comme le vaudou et les autres croyances religieuses. En cela, la littérature haïtienne se rapproche du réalisme magique latino-américain.

 

Il en ressort des récits  tragi-comique très originaaux. colorés où se rencontrent hommes, dieux et éléments cosmiques. S'y mêlent un humour très particulier et un ton très satirique puisqu'il met en scène la déliquescence politique de son pays à travers le portrait d'hommes politiques dévorés par l'ambition et la mégalomanie.  

 

Voici l'intrigue : Hannibal Serafin, rentré dans son île après avoir passé des années aux Etats-Unis à dénoncer les dissidents de la diaspora, veut devenir président. Pour cela, un vieux pêcheur puis conseille de consulter la grande prêtresse vaudoue, Madam Sorel qui l'introduira auprès du dieu de la mer Agwe. Mais il se trouve que Madam Sorel est une très jolie femme et que la femme de Serafin est courtisée par un jeune pêcheur. Lorsque le Dieu Agwe va vouloir s'unir à Madame Serafin, cela pourrait poser quelques problèmes !

C'est sans compter également la jalousie des loups-garous et des forces des ténèbres qui vont s'efforcer de prendre possession de l'âme de Serafin...  

Dans ce conflit cosmique, l'humour et un érotisme très coloré et fantastique sont au premier plan : les démons se transforment en poussière de lune pour faire l'amour aux jeunes filles et les prêtresses vaudoues s'accouplent avec les jeunes hommes au sommet d'un arbre sacré...

 

Tout en portant un regard très réaliste et critique sur la politique de son pays, Gary Victor nous fait voyager au coeur d'un récit coloré, enjoué et très sensuel. ce roman est une véritable fête des sens.

 

A préciser que l'auteur emploie beaucoup de mots créoles ce qui donne encore plus de "parfums exotiquex" au récit.

 

Bon voyage !

  

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 19:16

ETATS-UNIS /ALLEMAGNE (1971-1977)

 

Le nazi et le barbier

 

Editions Attila, 2010

 

Un grand merci au génial (petit) éditeur Attipla (douze titres depuis 2009) de nous avoir fait découvrir cet auteur presque méconnu en France, véritable phénomène de société aux Etats-Unis et en Allemagne.

 

Né en 1926, Edgar Hilsenrath est un rescapé des ghettos juifs d'Ukraine. Il se réfugie ensuite aux USA où il publie son oeuvre iconoclaste. Fuck america, tout d'abord, récit picaresque d'un looser juif new-yorkais, héritier de Fante et Buckowski.

 

Son oeuvre la plus connue, Le nazi et le barbier, a d'abord été éditée aux USA en 1971 ; elle remporta un succès considérable avant de faire scandale que sept ans plus tard en Allemagne. Il faut dire qu'il y avait de quoi ! Donner la parole à un ex SS, qui plus est sous une forme humoristique, en a choqué plus d'un...

 

Jugez-en plutôt par le personnage qui raconte son histoire : Max Schulz, "fils illégitime mais aryen pure souche", naît le même jour que son petit voisin, Itzig Finkenstein. C'est tout juste s'il ne se fait pas circoncire ! Toujours est-il qu'il passe toute son enfance entre un beau-père violent et violeur, et le salon de coiffure Finkenstein où il apprend les rudiments de la coiffure...et les bonnes traditions juives !

Arrive la montée du nazisme ; par opportunité plus que par conviction, il adhère au national-socialisme et devient SS (plus que brillant !) dans un camp en Pologne. Il fuit dans la forêt polonaise au moment de l'avancée de l'Armée Rouge. Seul dans Berlin, il se crée une nouvelle identité...Itzig Finkenstein, son meilleur ami, qu'il a lui-même tué dans les camps !

  

Et c'est parti pour une aventure picaresque rocambolesque de 1930 jusqu'aux années 70, de Berlin à Tel-Aviv. Car notre Itzig, alias Max Schulz émigre en Israël, devient juif orthodoxe extrémiste, membre d'un groupe terroriste et héros de la Guerre des Six Jours !

 

Sur 500 pages, Hilsenrath réalise un chef d'oeuvre irrévérencieux, une fable burlesque à la verve satirique, parvenant à nous rendre sympathique un "génocidaire".

Il se fait l'héritier des romans picaresques où les hommes de rien parcourent le monde en luttant contre les obstacles et en retombant toujours sur leurs deux pieds.

Tout le monde en prend pour son grade : la famille allemande traditionnelle, les nazis, les juifs orthodoxes.

Mais le sens du burlesque de l'auteur ne frise jamais la caricature. au contraire, il rend ses personnages attachants et sympathiques.

 

Présenté sous forme de roman-confession, bien avant La mort est mon métier et plus de trente ans avant Les bienveillantesde Jonathan Littell, Hilsenrath fait parler pour la première fois un bourreau qui devient le porte-parole des victimes.

 

Il est le premier et le seul à oser l'humour noir pour traiter de l'Holocauste et du génocide. A noter qu'il est aussi l'auteur du Conte de la pensée dernière, jugé comme étant le roman le plus réussi sur le génocide arménien, raconté sous forme de conte. Il reçut pour ce récit le Prix national arménien de littérature .

 

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 11:37

RUSSIE

 

 

Editions Verdier, 2010 - Ecrit de 1985 à 1989

 

Afin d'inaugurer l'année de la Russie en France, voici un livre surprenant d'un des auteurs contemporains russes les plus importants. Connu en France pour son roman La glace qui met en scène une "secte d'élus". Auteur controversé en Russie, chantre de la postmodernité, il porte un regard très critique sur le totalitarisme et rejette les valeurs morales et spirituelles qui ont forgé les XIX et XXe siècles.

 

Ce roman, écrit il y a vingt ans, est un véritable coup de poing !

Il s'agit, sur 700 pages, d'un récit d'apprentissage d'un jeune homme Roman, ayant fait ses études de droit dans la capitale à Moscou et revenant au foyer familial dans les terres rurales traditionnelles russes.

Sans aucun repère temporel, le lecteur devine que nous sommes à la fin du XIXe siècle.

Sorokine se plonge dans la forme traditionnelle romanesque russe dans la continuité de Tourgueniev ou Tolstoï. Hommage à la Russie traditionnelle, celle des isbas et des paysages campagnards, ode aux ripailles diverses, aux scènes de chasse, de mariage orthodoxe, ode à Dieu et à l'espérance.

Le lecteur est plongé dans une formidable fête des sens : Roman ne fait plus qu'un avec Dieu et la nature, il rencontre une belle jeune femme, Tatiana ; c'est le coup de foudre, ils se marient instantanément ; ce qui donne lieu à près de deux cents pages de ripailles, de danses, de serments fous.

 

Toutes les scènes sont dialoguées ; on se croit dans un repas de Tchekhov. On voit, on sent, on entend. Il n'y a plus de retenue, tout le monde célèbre la grandeur de Dieu et de la nature.

 

Puis....tout s'écroule. Changement brusque de ton et de forme...

 

Mais chut ! Passons sous silence cette chute sidérante. Grâce aux cent dernières pages, le roman change de sens.

 

Dostoiëvski et sa terreur du nihilisme est passé par là...

 

L'auteur livre une réflexion sur l'histoire mais aussi sur la forme romanesque ; "je refuse de faire du roman une pièce de musée" déclare-t-il. Classisisme puis soudain, déconstruction totale. Ecriture expérimentale, jeux d'écriture, irrévérence totale, flux verbal ininterrompu...

Echec de l'humanisme, irruption soudaine de la folie.

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 20:47

RUSSIE



Editions du Seuil, 2009

Une très belle découverte au sein de la littérature russe contemporaine ! Alexandra Marinina, ex lieutenant de la police criminelle de Moscou et criminologue au Ministère de l'Intérieur a quitté ses fonctions pour se consacrer...aux romans policiers. Elle a vendu 35 millions d'exemplaires dans le monde.

Son dernier opus n'est pas un roman policier malgré une enquête menée à la façon d'un détective privé. Il s'agit d'un véritable feuilleton, d'une saga de plus de 700 pages qui conte la vie de plusieurs familles sur près de quarante ans de 1965 à 2000, du communisme triomphant à la Russie de Poutine en passant par la Perestroïka.

Le lecteur suit le parcours d'une foule de personnages mais l'intrigue est centrée sur trois protagonistes qui donnent au roman sa construction : le récit est constitué de gros chapitres qui font s'alterner le parcours de ces trois personnes ; Natalia, passionnée de cinéma, future réalisatrice de documentaires et de soap opéra. Igor, futur milicien et Rouslan, journaliste qui enquête sur la mort de son frère aîné. Mais l'enquête ne débute qu'à la moitié du roman.
Le parcours de ces trois personnages, complètement indépendants les uns des autres, se rapprochent au fur et à mesure sans être forcément très liés.

Ce qui intéresse Marinina, c'est la description réaliste de la vie de ses personnages, année par année et leur parcours psychologique. 
Amours, trahisons, jalousie, deuils, ambition...Les plus grands thèmes romanesques sont réunis pour créer un véritable feuilleton plein de fureur. La forme choisie donne la part belle aux dialogues ce qui renforce l'effet de réel. 
Nous nous identifions aux personnages et découvrons un mode de vie typique de la Russie communiste, la vie dans un appartement communautaire : Natacha, mère courage, s'occupe de sa mère, de sa soeur jalouse, de sa vieille voisine, de la fille de son premier amour. Ca se chamaille, ça se réconcilie au rythme des années. 

Avec en toile de fond les transformations de la Russie : apparition du capitalisme, médias et police corrompus autour de la course à la richesse, règlements de compte entre anciens du KGB....

Tout cela s'incarne dans des personnages hauts en couleur, très attachants que nous suivons au quotidien : Natacha bien sûr, Irina, sa fille adoptive, ex fille débauchée, future star de cinéma, Rouslan, qui voue sa vie à la réhabilitation de son frère, le surprenant Baktine qui cache une douloureuse histoire.

Car chacun des personnages cache un secret qu'il finiront par dévoiler, ce qui renforce leur épaisseur psychologique.

Certes, ce n'est pas d'une grande qualité littéraire. Mais c'est habilement construit. Des personnages que nous suivons au jour le jour, qui deviennent nos compagnons.

Vraiment très attachant !

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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 10:08

Traduit de l'allemand (Japon)




Editions Verdier, 2009

Curieux livre que celui de cette japonaise née en 1960, écrivant en allemand (d'où la page de titre très bizarre : traduit de l'allemand -Japon !) depuis qu'elle a émigré à Hambourg.

Toute son oeuvre est basée sur cet aller-retour entre ces deux langues. Comment appréhender le monde avec l'apprentissage des langues ? ou encore aller vers l'inconnu pour mieux se connaître...Tels pourraient être les adages de ce curieux récit : le double de l'écrivain, Yunna, décide d'aller en France grâce à un surprenant mensonge : elle fait croire à une conférencière spécialiste de Phèdre qu'elle souhaite monter Racine en théâtre de Nô. Cette dernière lui propose donc de rejoindre Maurice, son beau-frère à Bordeaux...

Commence donc alors un apprentissage loufoque tirant sur le fantastique : la langue devient obstacle, on apprend la langue vainement sans forcément chercher à décrypter le monde ; on joue sur les mots, on invente des expressions, ce qui crée un curieux vertige.

Tawada choisit la forme du fragment qui fait surgir des souvenirs et des associations d'idées : à chaque début de paragraphe, elle place un idéogramme japonais qu'elle ne traduit pas, comme autant de signes qu'il faut "désentortiller" comme elle le dit. Les rencontres sont furtives, les personnages sont très vaporeux.

Certains épisodes frisent avec le fantastique comme cette maison bordelaise qui agresse son occupante où cette scène magnifique dans une piscine où Yunna se fait dérober son dictionnaire et sa date de naissance...

De très bonnes idées même si je n'ai pas été touchée par ce type de récit. Un thème intéressant : celui des ports, de l'eau, cette sorte de fil d'Ariane nautique qui relierait les mondes entre eux.

Intrigant.

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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 15:44

RUSSIE

La bible Tchouktche

Editions Actes Sud, collection "Aventure"2003

Coup de projecteur sur un peuple très peu connu, les Tchoukches, cousin des inuits et des nenets, dont le territoire s'étend au nord-est de la Sibérie, le long du Détroit de Béring, L'histoire de ce peuple nous est racontée par l'un de leurs descendants, Youri Rytkhéou, qui a contribué à transcrire par l'écrit une culture ancestrale exclusivement orale.

Il retrace la légende de leur origine, leur arbre généalogique et les multiples aventures du territoire de la Tchoukotka, des origines à la soviétisation forcée, en passant par la conquête russe et les relations commerciales avec les Etats-Unis, propriétaires de l'Alaska.

Ce récit oscille toujours entre conte et documentaire : le mythe des origines nous est admirablement conté (le corbeau qui fiente et qui fait naître les montagnes quand la matière est dure et les rivières lorsqu'elle est molle ! , la femme qui s'unit à un homme baleine) puis le récit devient historique : la naissance de l'élevage des rennes, la description de la chasse à la baleine, les rites chamaniques, puis enfin la découverte de la Tchoukotka par les russes et les américains et enfin l'étape de la soviétisation forcée.

Ce livre est un hommage à la culture tcouktche à l'esprit farouchement indépendant et  au "dernier chaman d'Ouelen", le grand-père de l'écrivain, qui lutta contre la soviétisation forcée, interdisant toute pratique chamanique, puisque la religion étant l'opium du peuple.

Un récit captivant qui rappelle que le communisme a été aussi vecteur de génocide culturel pour les peuples sibériens.

A découvrir...

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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 22:39

SUISSE ALLEMANDE
La fourrure de la truite

Editions Actes Sud, 2005

Je continue à explorer l'oeuvre de cet auteur à part que j'ai découvert récemment grâce à Dans la maison, les histoires se défont. L'inventeur de l'"autofiction" livre depuis plusieurs années le même message : vivre une liberté sans entrave, se détacher de tout le poids des attaches terrestres, matérielles afin de vagabonder et de mener une vie d'artiste. La vie de Paul Nizon relève de cette philosophie ; ayant quitté le foyer conjugal suisse, il s'exila à Paris, Lisbonne, Zurich, menant une vie de bohème...

 

Vous me direz : ce n'est pas très original, c'est une thème milles fois revisité.

Sauf qu'avec Paul Nizon, c'est écrit avec une telle finesse, mêlant poésie et humour, que l'on est sous le charme...

 

Le narrateur largue les amarres à Paris dans le 18e près de Montmartre ; il vient d'hériter de l'appartement de sa vieille tante...Cet appartement, avec ses vieilles commodes et ses fourrures, va être vite considéré comme un fardeau...Rapidement, il laisse s'installer la saleté et erre dans les rues et bistrots de Paris. Il y encontre Carmen avec qui il va essayer de se "raccrocher". Car Stolp, dont  nous ne savons pas grand chose, descend d'une famille d'acrobates qui voltige et vit dans les airs. Pour lui, l'important, c'est la course, l'action, le rêve, la déambulation, l'errance, le voyage.

Il est donc bien embarrassé de cet héritage....Tout le récit va être basé sur les signes, la métaphore de la liberté. Il découvre une lithographie chez un quincaillier intitulée La fourrure de la truite, représentant une femme nue dans une fourrure.

Femme insaisissable comme la truite, la chose la plus glissante que l'on connaisse ? ou métaphore des fourrures de la tante qui emprisonnent la truite, c'est à dire le narrateur qui voltige dans les airs comme la truite qui frétille dans l'eau ?

 

Je pencherais plutôt vers la deuxième solution...

 

Tout le récit est une métaphore du vagabondage, de la voltige, de l'envol. Seule une femme, Carmen, peut le rattraper au vol, mais le veut-il ?

 

Alors que les premières pages laissent entendre qu'il veut sauter pour mourir, le récit évolue vers une errance poétique et volontaire dans les rues de Paris. Le narrateur admire l'eau du caniveau, qui bouillonne tel son esprit et ses pensées, la truite ou encore l'hirondelle qui ne se pose jamais au sol.

Quant aux fourrures de la tante, elles incarnent le bassement matériel, le fardeau dont on veut se débarasser. Alors que les premières pages respirent la nausée, l'écoeurement (les murs blaffards, l'encombrement des meubles), le récit évolue vers une lente voltige aérienne symbolisant la libération du personnage.

De la belle prose poétique accompagnée d'un humour certain. On vague, on se promène avec l'auteur. C'est sans prétention mais tellement revigorant !

 

 

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