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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 09:15

3e TOME DE "SUITE AFRICAINE"

Les aubes écarlates

Editions Plon, 2009

Après L'intérieur de la nuit et Contours du jour qui vient, Léonora Miano clôt sa suite africaine, magnifique tryptique sur le destin du continent africain, vibrant appel à son réveil, à un sursaut, retranscrit dans un combat poétique d'ombres et de lumières.

Comme dans ses deux précédents opus, Miano décrit une Afrique (un territoire imaginaire au sein du Cameroun) gangrenée par les ravages de la guerre civile. Epa est un enfant soldat qui a été enrôlé de force dans les troupes d'un dictateur mégalomane qui rêve de réaliser l'unité ethnique. Dans la forêt équatoriale, il entend des voix de mystérieuses femmes sans visage, des ombres enchaînées, qui l'exhortent à leur donner un nom et une sépulture.

Conscient de son devoir, Epa s'enfuit et est recueilli par les femmes de La Colombe, un centre qui accueille les enfants orphelins. Il racontera son périple à la jeune Ayané (l'héroïne de L'intérieur de la nuit) qui l'aide à reprendre goût à la vie ; il ira chercher dans la forêt ses compagnons d'infortune pour les rendre à leur famille.

Dans ce magnifique roman polyphonique, Léonora Miano explore les origines du malaise du continent africain. L'histoire est scandée de la voix des disparus sans sépultures qui ont recouvert d'un linceul le continent noir. Ces disparus sont les esclaves disparus en mer, expatriés sur d'autres continents, qui n'ont jamais été reconnus par le continent. Ivres de colère, ils ont plongé l'Afrique dans un marasme de honte et de sang, provoquant des guerres civiles.

Sankofa est le nom d'un oiseau mythique qui vole vers l'avant avec un oeuf dans son bec, en tournant la terre vers l'arrière. Il symbolise la croyance que le passé sert de guide pour préparer le futur’, ou encore ‘la sagesse qui permet de tirer les leçons du passé construit l’avenir’.

Miano pense que la crise africaine est d'abord psychologique et culturelle ; plutôt que de se poser en victime, le continent doit se penser par lui-même, reconnaître la traite négrière et l'esclavage comme éléments fondateurs de sa culture et non comme sujet de honte et d'infériorité. La traite négrière est vue comme premier phénomène de mondialisation qui a créé une culture panafricaine. Vibrant appel à la reconnaissance de ce passé, non honteux, mais fondateur d'une culture, ce livre est une exhortation à la reconnaissance de la mémoire noire pour préparer l'avenir.

Léonora Miano refuse toute victimisation car cela n'est facteur que d'épouvante, de peur. Au contraire, l'Africain est vu comme un passager du milieu qui s'ouvre à l'autre et qui crée un nouvel espace. Miano s'inspire du concept de créolisation cher à Edouard Glissant, l'interpénétration des cultures, le métissage culturel.

Loin de n'être qu'un roman à thèse, cet oeuvre est un texte littéraire très abouti : ce roman polyphonique mélange voix du présent et du passé grâce à des intermèdes prophétiques, incantatoires, qui donnent la parole aux esclaves en recherche de sépulture. Dans le présent, leur voix est incarnée par Epupa, réputée sorcière, femme tombée enceinte mystérieusement, qui, au cours de transes, retranscrit la voix des sacrifiés qui appellent à la réparation. Epupa est la voie de la réconciliation et de l'avenir ; ces litanies aux dimensions d'oracles seront la voie de la lumière et de la renaissance. Entre ces intermèdes poétiques, on entend clairement la voix de l'auteur qui expose sa thèse, comme dans un essai sur la mémire africaine. Entre les deux, vient la voix des personnages, celles du présent blessé, honteux.

Ce roman est aussi une magnifique déclinaison de couleurs, les aubes écarlates symbolise le sang, la blessure non reconnue. La  latérite, terre rouge africaine symbolise cette blessure, cette faille. Miano convoque les quatre éléments, le feu qui représente la guerre civile, la terre rouge, le sang, l'eau, le territoire de l'entre-deux où errent les âmes des défunts et l'air, les exhalaisons des morts.

Comme toujours dans les romans de Miano, l'auteur nous livre un beau clair-obscur, où la lumière renaît toujours des ombres...

" C'était une des plus tenaces manifestations de la honte.Elle continuait de creuser un abîme entre soi et le monde. Chasser la honte, c'était se faire obligation d'accepter ce qu'on était devenu, et qu'on peinait encore à définir. On refusait de se dire mêlé de colon et de colonisé, de négrier et de déporté, d'Occidental et de continental. Ce refus emp^pechait l'éclosion d'un être neuf, somme de toutes les douleurs et, en tant que tel, détenteur de possibles insoupçonnés. On tournait le dos à la responsabilité primordiale des humains : celle de valoriser leur propre existence. "

"Ils seraient désormais les habitants du milieu. Les résidents d'une frontière qui ne serait pas rupture, mais l'accolement permanent des mondes
. "



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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 17:41

 CONGO

Jazz et vin de palme

Editions Serpent à plumes, 1996

Exilé depuis bien longtemps aux Etats-Unis où il enseigne la littérature africaine francophone (et la chimie !), Emmanuel Dongala est l'une des grandes voix de la littérature africaine, il a quitté son pays, Le Congo, au moment de la guerre civile dans les années 90.

Ses textes examinent, non sans humour noir, la situation politique délicate de son pays.

Dans ce recueil de nouvelles, il revisite l'arrivée du communisme en Afrique, en lutte avec les traditions animistes et fétichistes de l'Afrique. Cela donne des récits très drôles où des membres de l'élite locale, convertis au communisme souvent par opportunisme, sont bien vite rattrapés par la sorcellerie, comme ce chef de parti qui se retrouve poursuivi par son oncle devenu hibou ! Car les traditions magiques ont la dent dure...Avec ces nouvelles très ironiques, Dongala dénonce les pratiques du communisme qui ont nié toute culture locale, l'ont éradiqué à coup de bâtons et de pistolets.

La palme de l'humour revient sans aucun doute à ce gardien d'usine qui, par ambition, se convertit au communisme sans rien y comprendre. Il se met à apprendre pare coeur tout la logorrhée du centralisme démocratique en y perdant bien souvent les pédales ! Mais qu'est-ce qu'être rouge, au fait ? S'habiller en rouge ! Peindre sa bicyclette en rouge !

Derrière cette critique acerbe, on sent tout l'amour de Dongala pour la culture africaine. La nouvelle qui a donné le titre au recueil est irrésistible ! Des extraterrestres débarquant à Brazzaville ne s'apprivoisent qu'avec du jazz et du vin de palme !
Enfin, il y a cet hommage émouvant à JC, autrement dit John Coltrane....

Un recueil sans prétention, entre humour et révolte, qui revient sur un épisode peu connu de l'histoire africaine.

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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 13:48

THOMAS MOFOLO

AFRIQUE DU SUD (Etat du Lesotho)-1925

Chaka_Mofolo.jpg

Editions Gallimard, "L'imaginaire", 1940
Préface de Jean-Marie Gustave Le Clézio

Voici un texte trop méconnu de langue africaine( le sesotho très exactement, l'une des nombreuses langues sud-africaines) ; Thomas Mofolo (1876-1948) fut élevé par des missionnaires français qui l'encouragèrent à écrire. Après avoir publié des opus imprégnés de foi chrétienne, il écrit en 1910 son texte le plus connu, Chaka, oeuvre très pessimiste sur le pouvoir et l'ambition. Les missionaires en retardèrent la publication jusqu'en 1925. Lassé de la mission, il devient propriétaire d'un comptoir commercial puis fermier. Il se fait expulser de ses terres par les blancs  puis meurt dans la misère.

Chaka est l'un des premiers romans écrit en langue africaine et le premier roman entièrement rédigé dans sa version originale en une langue africaine.C'est une véritable épopée qui nous conte l'ascension et le déclin du roi Chaka (1786-1828), le fondateur de l'Empire Zoulou ("le peuple du Ciel") en Afrique Australe. Mofolo mêle précision historique et folklore africain pour nous donner à entendre un merveilleux conte sur les affres de l'ambition. Nous assistons véritablement à la naissance d'un monde, d'un empire qui sème la terreur autour de lui pour asseoir sa domination.

Poème épique, chanson de geste, récit incantatoire, récit d'apprentissage : les portes d'entrée sont nombreuses ; histoire de magie et de sang, Chaka est une formidable leçon de culture africaine en même temps qu'une allégorie de la comédie humaine universelle : le récit d'une fulgurante ambition qui se brûle les ailes.

Tout commence par une histoire de succession ; un roi bantoue n'a que des filles comme héritières ; il organise une grande fête rassemblant les plus belles femmes ; il s'unit de façon illégitime à Nandi qui lui donne un fils, Chaka. Mais ses premières épouses lui donnent bientôt deux fils ; sous la pression populaire, le bon roi répudie Nandi et son fils...bien que Chaka ait été reconnu officielement comme digne succeceur de son père.
Bientôt, Chaka reçoit "l'onction" du Dieu Serpent qui lui prédit un avenir radieux. Sur le chemin de l'exil, un sorcier lui prépare une étrange mixture lui assurant le pouvoir....à condition qu'il ne cesse de faire verser du sang....

Et voila Chaka parti sur le sentier escarpé de la gloire ; il va certes fonder l'Empire Zoulou et unifier une partie de l'Afrique Australe mais aussi décimer les différentes ethnies et territoires. Cette épopée est une tragédie ; à partir du moment où Chaka a signé le pacte avec le sorcier, il ne peut reculer et est forcé d'obéir à son destin.

Mofolo mêle habilement l'individuel et le collectif ; la tragédie est aussi bien individuelle (Chaka verse le sang dans sa propre famille) que commune à tous les africains. Ce personnage nous fait ressentir crainte et pitié à la fois, telle la thérie d'Aristote ; c'est une brute sanguinaire en même temps qu'une victime de la magie noire.

Car, tout comme dans la tragédie grecque, les héros sont manipulés par des forces obscures ; en Grèce, c'était les bacchantes ou les érynies, les déesses de la vengeance qui manipulaient les ficelles. En Afrique, ce sont les sorciers et les féticheurs qui incarnent la transcendance, le destin contre lequel on ne peut lutter.

Un grand texte pour connaître une histoire méconnue de l'Afrique d'une qualité littéraire indéniable.


Pour approfondir, un site intéressant sur la littérature africaine :

http://www.iphri.net/?p=43

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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 18:35

AFRIQUE DU SUD, 2006

Des vies sans couleur

Editions Phébus

Ce titre d'une auteur sud-africaine a été très remarquée notamment par Jean-Michel Coetzee, prix Nobel de Littérature et Toni Morrison ; Coetzee a parlé à propos de "littérature post-apartheid".

Outre le fait d'une qualité romanesque indéniable, ce récit a le mérite de mettre en lumière le destin méconnu des métis, ces "ni noirs ni-blanc" pendant l'apartheid.

Il met en scène de nos jours Marion, une jeune cadre dynamique au Cap, directrice d'une agence de voyage. Tout semble lui sourire jusqu'au jour où elle est intriguée par une photo d'une militante de l'ANC de Mendela dans le journal. Ses traits lui font penser étrangement à Tokkie, la vieille gouvernante noire de son enfance.

A partir de ce moment, tout vacille en elle :
elle se croit adoptée...Elle va donc partir à la recherche de sa véritable origine et tenter de trouver la vérité auprès de son vieux père.

Elle va découvrir alors la vie de métis qui pour contrer les lois de l'apartheid se sont fait passer pour blancs. Au nom de la réussite, ils ont tout abandonné : famille, amis...

Ce roman bouleversant réserve de multiples surprises. Habillement construit, il nous surprend jusqu'à la fin. Tout est centré sur , d'une part les liens entre Marion et son père et d'autre part, entre Marion et sa jeune employée métis, Brenda, qui l'aidera à accepter sa "nouvelle identité".

D'une finesse psychologique indéniable, il interroge l'identité dans un état multiethnique. La langue savoureuse est truffée de termes locaux qui nous apprend beaucoup sur la culture et la société sud-africaine : la scission ville/campagne, les dissensions entre les afrikaners, boers et tous les autres, métis ou noirs.

Un beau portrait de femme et une histoire bouleversante sur un fait méconnu de l'histoire de l'apartheid.

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8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 09:33

MALI

Le boucher de Kouta

Editions Hatier International "Monde Noir", 2002

Massa Makan Diabaté (1938-1988) est à l'origine un griot, c'est à dire un conteur africain. Puis, après avoir fait des études d'Histoire, il découvre qu'il a un don pour l'écriture. Il est connu aujourd'hui comme étant le plus célèbre écrivain malien, on lui doit la trilogie de Kouta : Le lieutenant de Kouta, Le coiffeur de Kouta et Le boucher de Kouta.

Bien sûr, j'ai commencé par la fin ! Dans Le boucher, on retrouve l'influence de l'oralité des griots : beaucoup de dialogues, utilisation d'expressions et de proverbes africains.

J'ai adoré le pittoresque des personnages et la cocasserie des situations ; ce livre est rempli d'humour !

Dans le village de Kouta, il y a tout un petit peuple qui se chamaille. L'histoire est bien sûr centrée sur le boucher Namori et aussi ses trois frères de case, c'est à dire ses camarades qui ont été circoncis le même jour : Soriba, amoureux des femmes et gardien d'un troupeau d'ânes, Solo, le vieil aveugle et Daouda le riche commerçant.

Après 10 ans de voyages obscurs, Namori le boucher a hérité de la boutique de son père. Il est connu pour être très avare et très pugnace. Lors de la colonisation, il a tenu tête à l'occupant en refusant de payer ses taxes quitte à rester attaché au soleil toute une journée ! Surtout, il ne supporte pas les dettes impayées. Ainsi lorsque Solo lui doit de l'argent, il n'hésite pas à lui piquer sa canne d'aveugle ! C'est dire s'il a mauvaise réputation...

Namori va tout à coup changer de tactique lorsque la sécheresse va s'abattre sur Kouta : il va passer un pacte avec Soriba, le gardien d'âne : tous les matins, il abattra un âne du troupeau de son vieil ami pour le vendre sur le marché et il se partageront les gains. Namori devient ainsi le bienfaiteur de Kouta...mais au prix d'un grand secret : la viande d'âne est interdite par le Coran !

Les deux compères vont donc tout faire pour que ce grand secret n'arrive pas aux oreilles de l'imam, grand gardien des traditions...

Massa Makan Diabaté se moque avec beaucoup d'humour des traditions musulmanes en mettant aussi en scène des chrétiens qui sont jaloux du boucher ! Il écrit une belle farce satirique qui met à mal les coutumes de son pays. Le tout sur un fond de révolutions politiques : les présidents se renversent de coup d'Etats en cops d'Etats...

Une histoire rondement bien menée qui, sous couvert d'humour, se moque des traditions.

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9 décembre 2006 6 09 /12 /décembre /2006 16:24

CAMEROUN - Prix Goncourt des Lycéens

Editions Plon, 2006

 

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30 novembre 2006 4 30 /11 /novembre /2006 22:08

LITTERATURE FRANCOPHONE - CONGO

Prix Renaudot 2006

Ca y est, j'ai enfin lu le dernier Mabanckou ! J'avais beaucoup aimé son premier roman African Psycho. J'ai littéralement dévoré celui-ci ! On retrouve son humour et beaucoup d'originalité.

Le personnage qui narre l'histoire est donc un porc-épic qui nous raconte sa vie de "double nuisible" d'un homme dans un village africain. Car en Afrique, les hommes peuvent avoir soit un double bienfaiteur (notre ange gardien occidental), soit un petit animal pernicieux qui peut faire le mal ; on entre alors en contact avec lui grâce à une sorte de boisson chamanique.

Et voici donc notre porc-épic qui va lancer des pernicieuses épines vers les ennemis de Papa Kibandi. Mais voici que notre héros de porc-épic nous raconte son histoire après la mort de son maître. Que s'est-il donc passé? C'est ce que va nous raconter notre personnage....

Mabanckou mêle savamment la culture occidentale ( recours à la fable : un animal humanisé juge l'action des hommes, références littéraires) et les coutumes africaines qu'il traite avec humour (la scène de l'enterrement où le mort désigne son assassin en faisant bouger le cercueil est hilarante !).

Le récit est une réécriture de la fable de La Fontaine, Le rat des villes et le rat des champs : un animal quitte son champ car il a envie de découvrir le monde des hommes. D'abord subjugué par cette société, il sera amené à revenir sur ses premières convictions.

Le style peut certes déconcerter (je pense notamment à Anne-Sophie ! (www.lalettrine.com)  : il n'y a aucun point et la ponctuation n'est assurée que par des virgules ! En ce qui me concerne, j'ai été charmée par ce rythme mélodieux de la phrase. Il y a des poses et cette écriture n'a rien à voir avec un essai expérimental !

Ce livre se dévore en une journée ...vous l'aurez compris, je suis fan de Mabanckou ! Il y a tellement peu d'humour dans la littérature contemporaine ! Son style me fait un peu penser au style d'Eric Chevillard qui pour moi est le meilleur romancier satirique français.

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17 novembre 2006 5 17 /11 /novembre /2006 19:28

NIGERIA

Editions Gaïa - en 1974

Buchi Emecheta est l'une des plus grandes auteurs africaines anglophones. Son oeuvre est désormais étudiée à l'Université. Cet écrivain a un parcours exceptionnel : elle a quitté son Nigeria natal pour Londres à l'âge de 22 ans ; avec son diplôme de bibliothécaire et mère de cinq enfants, elle réussit à prendre la plume et à publier ses premiers romans.

Citoyens de seconde zone désigne la condition de la femme africaine qui à la fois femme et immigrée est reléguée à un statut de domestique par l'homme.

Même si Buchi Emecheta refuse de parler d'autobiographie, on sait que ce roman est directement inspiré de sa propre expérience d'immigrée africaine. Le roman commence dans un village à côté de Lagos : une petite fille s'enfuit de chez elle pour entrer dans les murs de l'école...Avec sa force de persuasion, elle arrive à faire des études. Employée à la bibliothèque, Adah arrive à se constituer une dot conséquente qui attire un étudiant. Elle l'épouse ; il part à Londres faire des études avec la dot se sa femme. Elle doit rester sur place pour s'occuper des enfants. C'est sans compter sur la volonté d'Adah...

Elle part pour Londres, elle-même bien décidée à tenter sa chance. Malheureusement, elle y découvre la pauvreté à travers la dure condition des immigrés londoniens. Elle comprend également que son mari n'est qu'un incapable qui compte bien profiter du courage de sa femme pour nourrir la petite famille...

Ce roman est avant tout un récit d'initiation et d'émancipation d'une femme africaine : à Londres, Adah lutte contre sa condition de femme soumise; elle s'investit dans son métier, découvre la contraception et découvre la magie de l'écriture.

L'écriture est très simple et belle en même temps. Il y a également de beaux moments de poésie comme lorsque Adah découvre la nature qui renaît après l'hiver londonien. Elle comprend alors ce qu'est la beauté, ce qui la pousse à écrire....

Le roman livre aussi une réflexion sur l'indépendance des pays africains : Buchi Emecheta met en scène des étudiants nigérians qui partent pour Londres juste avant l'indépendance , espérant après décrocher une poste de direction dans le nouveau pays indépendant. Hélas, la plupart deviennent des immigrants pauvres...

Un roman dur mais en même temps plein d'espoir.

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8 avril 2006 6 08 /04 /avril /2006 22:49

MALI - LITTERATURE FRANCOPHONE

Fayard Noir, 2006

Moussa Konaté est considéré comme le meilleur écrivain malien contemporain.Il partage sa vie entre Limoges et Bamako. Il a notamment créé en 1997 les éditions du Figuier, devenant ainsi le premier écrivain éditeur au Mali. Il est également co-éditeur avec Michel Le Bris du Festival Etonnants voyageurs de Bamako.

Ce roman est en fait un roman à la fois policier et ethnographique sur les coutumes du Mali. L'auteur nous plonge en effet au coeur du territoire des Dogons, ethnie la plus célèbre du Mali avec les Bambaras et les Peuls.

Tout commence par un duel mortel entre deux amis d'enfance au dessus d'une falaise : l'un est parti avec la fiancée de l'autre; or, pour les Dogons, l'amitié est une valeur sacrée; mais c'est Yadjé, l'homme bafoué, qui trouve la mort. D'autres morts mystérieuses vont suivre : des conseillers municipaux sont retrouvés morts chez eux, le corps affreusement gonflé.

C'est le commissaire Habib qui va mener l'enquête. Il doit bientôt abandonner sa rationalité habituelle devant le témoignage des habitants du village Dogon: selon eux, les assassinats sont des actes de magie ou de sorcellerie. Habib fait connaissance avec de nombreux personnages : un devin qui lit l'avenir dans les empreintes des renards, un homme au visage de chat qui va communiquer avec les ancêtres tout en haut de la falaise, le maire de la petite ville et ses conseillers, menacés de mort, qui ont l'ai de mener un train de vie bien au dessus de leurs moyens...

Pourquoi les conseillers municipaux sont-ils menacés de mort? Que cache leur richesse apparente? Magie, sorcellerie, défense des coutumes. Tout est là pour créer un récit plein de suspens.

La conclusion et terrifiante et met en relief le conflit entre traditions et modernité au Mali. Ce pays a créé des structures administratives superposées aux cultures existantes. Les Dogons tentent de lutter contre les attaques de la jeunesse tentées par l'argent pour préserver leur culture. D'un côté, la rationalité et le matérialisme sont incarnés par la police, l'administration locale et la jeunesse assoiffée d'argent. De l'autre côté, les coutumes et la sorcellerie des Dogons (culte des ancêtres, danses rituelles, terres sacrées...)

Avant d'être un roman policier, ce titre est avant tout un récit très humain: le commissaire Habib est un vieux titre plein de sagesse. Il cherche à vraiment comprendre les coutumes dogons et est ainsi confronté à un dilemme cornélien: doit-il punir les crimes en remettant les Dogons à la police nationale où doit-il faire preuve de clémence afin de préserver cette culture ancestrale? A vous de le découvrir...Bon voyage au pays des Dogons !

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19 mars 2006 7 19 /03 /mars /2006 11:29

CONGO - LITTERATURE FRANCOPHONE

Le Serpent à plumes, 2003

Voici l'une des oeuvres phares de l'un des auteurs francophones les plus prometteurs, invité au Salon du Livre ce week-end.

Cette oeuvre est la parodie humoristique du sanglant American Psycho de l'américain Breat Easton Ellis ( un cadre dynamique qui se transforme en tueur en série la nuit) puisqu'il s'agit de l'itinéraire d'un criminel raté: Grégoire Nacobomayo est un orphelin vivant dans un bidonville. Carrossier de son état, il a décidé de suivre les traces du célèbre Angoualima, le célèbre serial killer qui depuis des années défie les pays, ses flics, ses juges et ses journalistes. Maintenant que ce héros est mort, Grégoire veut le remplacer. Il va méditer chaque jour sur sa tombe en lui demandant des conseils. Mais voila un sérieux problème: il n'arrive qu'à être un petit délinquant miteux: lorsqu'il veut violer les femmes, il n'a pas d'érection. Lorsqu'il veut tuer, il se fait devancer par plus fort que lui !

La force de ce roman réside dans son ironie ravageuse. Mais sous cet humour, se cache la triste vie  de la population pauvre congolaise; Grégoire trouve un sens à sa vie dans la perversité.

On apprécie également un vocabulaire très typique et coloré: le coin natal de Grégoire s'appelle le quartier Celui-qui-boit-de-l’eau-est-un-idiot, ensemble harmonieux de taudis nauséabonds. Grégoire y écume les bars, au choix le Buvez, ceci est mon sang, le Boire fait bander ou le Verre cassé-Verre remboursé, en écoutant le groupe le plus populaire du coin, les Frères C’est-toujours-les-mêmes-qui-bouffent-dans-ce-pays-de-merde. Il rode dans la rue Cent-francs-seulement (le prix des prostitués !)

"En fait, la rue principale portait jadis le nom de Six-cents-francs-au-moins avant que les filles venues du pays d’en face l’envahissent et fassent chuter le prix de l’éjaculation payante en le ramenant, que Dieu m’en garde, à cent francs seulement au lieu de six cents francs au moins ! »

Les pages les plus belles et les plus tragi-comiques sont sans doute les chapitres ou Grégoire dialogue avec son héros d'outre-tombe dans le cimetière de Ceux qui n'ont pas droit au sommeil : Angoualima n'arrête pas de lui dire que c'est un nul qui n'arrivera jamais à rien alors que Grégoire va prier sur sa tombe tous les soirs....

Un roman vraiment original qui prouve que la littérature africaine évite tout misérabilisme en traitant de la pauvreté avec humour pour mieux l'exorciser.

 

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