Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
  • Contact

Bienvenue sur mon Blog !




Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Recherche

17 octobre 2005 1 17 /10 /octobre /2005 00:00

BRESIL

Métaillié, Rentrée littéraire 2005

J'attendais beaucoup de ce roman de l'un des plus grands écrivains brésiliens contemporains, fortement plébiscité en France dans le cadre de l'année du Brésil.

Il faut dire que la quatrième de couverture était bien alléchante: un homme enquête sur le suicide d'un jeune anthropologue de 27 ans avant la Seconde Guerre Mondiale. Ce dernier étudiait une ethnie en voie de disparition dans la forêt amazonienne. Etait-il malade? Avait-il un secret de famille? Les indiens sont-ils responsables de sa mort?

Le narrateur (on ne sait pas qui il est) va enquêter auprès de ses anciens collègues ( dont Claude Lévi-Strauss) et de sa famille. La construction subtile du roman fait alterner l'enquête du narrateur, ses souvenirs d'enfance avec son père, exploitant de terres en Amazonie et de mystérieuses lettres d'un ami de l'anthropologue dont on tait le nom adressées également à un destinataire inconnu. Le mystère se dévoilera progressivement seulement dans les dernières pages du livre où nous découvrirons le lien unissant les différents personnages.

Les lecteurs s'attendant à une plongée dans le milieu des ethnies amazoniennes seront forcément déçus: il y a certes bien une incursion dans ce monde mystérieux d'une ethnie en voie de disparition obsédée par la mort mais c'est pour mettre en relief le lien entre le déclin de ces civilisations et le déclin intime de l'anthropologue. De même, il y a quelques passages sur le lien entre les autochtones et les blancs. Il y a très peu d'analyses sur le métier de l'anthropologie.

Le dévoilement du mystère sur le suicide, à mon avis,déçoit terriblement.

Le suis un peu critique ce matin mais j'attendais beaucoup de ce livre qui énéficie d'éloges dithyrambiques dans la presse. Donnez-moi votre avois si vous l'avez lu.

Avez-vous lu d'autres auteurs brésiliens?

Repost 0
17 octobre 2005 1 17 /10 /octobre /2005 00:00

Calmann Levy, 2003

Voici un court roman plaisant et original qui va sortir au cinéma en décembre 2005. L'intrigue se déroule en Australie au temps de la "ruée vers l'opale": des familles entières s'installent dans des petites villes désertes à la recherche de cette pierre précieuse mais cette dernière n'est pas souvent au rendez-vous.

Ben Rice focalise notre attention sur une famille composée d'un père alcoolique, d'une mère rêveuse et de deux enfants, Kellyanne et Ashmol. La petite fille a d'étranges visions: elle est la seule du village à voir ceux qu'elle appelle ses meilleurs amis, Pobby et Dingan. Alors qu personne ne la croit, elle affirme un jour que ses deux meilleurs amis sont morts dans un tunnel.

Minée par le chagrin, elle va peu à peu se mettre à dépérir. Son frère Ashmol, au début moqueur et incrédule, va tenter l'impossible pour sauver sa soeur: se convaincre et convaincre le village entier qu'il faut partir à la recherche des corps invisibles de Pobby et Dingan.

Commence alors une aventure tragi-comique. Le roman fait l'éloge des chimères de toute sorte: les pierres précieuses, les fantômes. Tous les personnages semblent courir après quelque chose de fuyant et d'évanescent.

Le tout est de croire à nos rêves... J'ai particulièrement aimé le mélange des genres, un goût d'aventure teinté de fantastique mais aussi beaucoup d'humour qui pourrait se terminer en tragédie...

J'ai hâte de voir le film !

Repost 0
17 octobre 2005 1 17 /10 /octobre /2005 00:00

Editions Glénat ,2003

Voici un manga historique passionnant publié en quatre tomes relatant la vie de Ikkyu un célèbre bonze japonais du XVe siècle.

Nous suivons Ikkyu de sa plus tendre jeunesse au crépuscule de sa vie. Le jeune Ikkyu est le fils illégitime de l'empereur du Japon et de l'une de ses concubines. Dès son plus jeune âge, sa mère le place comme novice dans un monastère zen. Il va y découvrir les réprimandes, les dures lois de ses supérieurs mais aussi l'hypocrisie des moines qui sont de mèche avec les nobles soutirant de l'argent aux pauvres. Il va alors quitter les monastères pour devenir prêtre itinérant.

Commence alors un long apprentissage menant vers la sagesse; mais le parcours est semé d'embûches. Ikkyu devra lutter contre le contexte politique et social mais aussi et surtout contre lui-même...

Ce manga est un magnifique roman d'apprentissage : c'est le portrait de la vie d'un homme que nous découvrons au fil des années; ce qui est très rare dans la bande dessinée contemporaine...

De plus, Ikkyu nous fait découvrir une période très peu connue de l'Histoire du Japon. Au XVe siècle,le pouvoir de l'empereur est menacé par le shogûnat. Les shoguns deviennent les protecteurs des monastères. De multiples guerres civiles s'en suivent car l'empereur est incapable d'unifier le Japon.

Dans le même temps, les relations entre le Japon et la Chine s'intensifient. Le bouddhisme zen prend son essor. Ikkyu montre en effet au lecteur occidental que le bouddhisme a été très présent sur le sol japonais avant que le shintoïsme s'affirme.

Un manga primordial pour découvrir tout un pan de l'histoire et de la spiritualité japonaise...

Repost 0
Published by Sylvie - dans Mangas
commenter cet article
14 octobre 2005 5 14 /10 /octobre /2005 00:00

THEATRE JEUNESSE

Arche Editeur, 2003

Fabrice Melquiot est un jeune dramaturge né en 1972 qui a déjà à son actif plus de dix pièces aussi bien pour le jeune public que pour les adultes. Il est l'un des rares jeunes auteurs à être joué sur les scènes parisiennes. L'une de ses pièce pour la jeunesse, Bouli Miro a été joué au Studio Théâtre de la Comédie Française.

Son univers très particulier est empli de poésie et de sensibilité: Le Gardeur de silences met en scène un grand-père et sa petite-fille souffrant tous deux d'un handicap: Séraphin Huppe est un vieux monsieur dont les jambes ne marchent plus; il vit chez ses enfants et Saéna, sa petite-fille aveugle qui le soigne lorsque ses parents de sont pas là.

Séraphin a été autrefois bruiteur dans les feuilletons et les documentaires. Il inventait des bruits et les capturait dans des cassettes. Si bien qu'il a tout enregistré de son passé: la voix de sa femme décédée, la naissance de sa petite fille et les mille et un bruitages du monde. Pour qu'il va sa vie défiler, il demande à sa petite fille de lui sortir son "carton à bruits" où il a enregistré sa vie. Attentive aux sons, la petite aveugle apprend le monde et le vieux monsieur se réfugie dans ses souvenirs...

Au cours de la soirée, Séraphin va délivrer un joli message à sa petite fille en lui apprenant le goût du silence: lui qui a eu sa vie envahie de bruits car il avait peur du silence et de lui-même. Il va alors montrer à Saéna le goût du silence entre les mots pour mieux les déguster: il vont alors prendre le temps de goûter les mots, de les prononcer.

Melquiot fait l'éloge à la fois de la parole sacrée et du silence: il distingue la voix du passé (le souvenir des voix tues), les voix du jour (la conversation courante) et la voix du dedans (la pensée). Ces voix se succèdent dans la pièce créant une sorte de rythme musical. Cette pièce pleine d'émotion, cette leçon de vie est accompagnée d'une bonne dose d'humour !

A lire et à voir absolument y compris pour les adultes !

Repost 0
Published by Sylvie - dans Théâtre
commenter cet article
14 octobre 2005 5 14 /10 /octobre /2005 00:00

Albin Michel- Rentrée littéraire 2005

 Voici le dernier roman de Sylvie Germain que j’ai découvert il y a deux semaines seulement avec Le livre des nuits (voir ma critique dithyrambique !)

 Le livre des nuits, sa première œuvre, garde ma préférence, mais Magnus est également un très beau roman. On retrouve les thèmes favoris de l’écrivain : la présence de la guerre, la réflexion sur le mal, le goût du tragique et du mysticisme mais ici, nulle trace de fantastique.

 Magnus est l’histoire tragique d’un homme qui a perdu la mémoire à l’âge de cinq ans pendant la seconde guerre Mondiale. Nous le suivons de l’enfance à l’âge mur. Il porte le même nom que son ourson qui porte une étrange odeur de roussi :l’une de ses oreilles est brûlée…Quel est le secret de cet ourson ? Pourquoi a-t-il le même nom que lui ? Le roman livre lentement la réponse…

 Au début du roman, il admire sa mère qui lui raconte la légende de la famille : deux frères morts sur le front et le pauvre Magnus qui a perdu la mémoire à cause d’une étrange maladie. Mais derrière la légende, se cache une réalité toute autre : le père, très distant, est médecin qui soigne le typhus dans un grand établissement, autrement dit médecin au service des SS.

 Magnus l’apprendra très tôt lors de la déroute de l’Allemagne en 1945 et de la fuite des coupables. Sa famille change de nom et son père émigre en Amérique Latine…

 Ce n’est que le début d’une longue histoire pleine de rebondissement… Au fil des années, Magnus va partiellement recouvrer la mémoire et lutter contre le mal incarné par son père. Quitte à y perdre ce qu’il a de plus cher…

 Ce roman nous déroute et nous émerveille par sa construction qui laisse la part belle à la surprise et aux rebondissements. Les chapitres deviennent des fragments pour matérialiser la mémoire morcelée de Magnus. La narration classique alterne avec des Notules ou des Séquences, souvent des biographies ou des extraits de romans ou de poèmes. Le roman est comme un puzzle que l’on reconstitue tout comme le personnage de Magnus.

 Magnus est un être dont le destin est d’être persécuté par le mal et la mort tout comme Nuit d’or Gueule de loup du Livre des nuits. A la réflexion sur le mal incarné par la figure du médecin hitlérien, s’ajoute une réflexion magnifique sur la mémoire : Magnus et un homme fragmenté, obsédé par le trou noir de son enfance. Il se cherche et finira par se trouver car il écoutera la voix du souffleur qui est en lui. Jugez la beauté de ces premières lignes : « D’un éclat de météorite, on peut extraire quelques menus secrets concernant l’état originel de l’univers… L’immémorial est pailleté de traces, infimes et têtues … Quant aux blancs, aux creux, aux échos, aux franges, cela fait partie de toute écriture, car de toute mémoire. Et ce silence n’est ni pur ni paisible, une rumeur y chuchote tout bas, continûment. En chacun, la voix d’un souffleur murmure en sourdine, incognito voix apocryphe qui peut apporter des nouvelles insoupçonnées du monde, des autres et de soi-même, pour peu qu’on tente l’oreille ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
11 octobre 2005 2 11 /10 /octobre /2005 00:00

Pièce créée en 1983

Editions de Minuit,  1990

Voici l'une des pièces les plus connues de Marguerite Duras, entrée au répertoire de la Comédie Française en 2002. Elle a été créée en 1983 en l'honneur de Madeleine Renaud qui joue la vieille dame.

Cette pièce est un dialogue entre deux femmes: Madeleine, une vieille comédienne qui perd peu à peu la mémoire. Chaque soir, la "jeune fille" vient lui rendre visite; nous apprenons par la suite qu'il s'agit de sa petite fille. Chaque soir, la "Jeune fille" l'oblige à lui raconter la même histoire, une sorte de mythe: une jeune femme sur "une pierre blanche au milieu de la houle" tombe amoureuse; il s'agit d'une passion folle, qui aura pour issue la mort; car la jeune fille de l'eau s'est noyée volontairement le jour de la naissance de sa fille au large de Savannah Bay.

Ce conte est l'histoire de la fille de Madeleine: c'est le récit des origines de la jeune fille qui est en quête d'identité, à la recherche de son passé.

En la poussant à raconter cette histoire dont elle n'a que des bribes de souvenirs, la jeune fille fait atrocement souffrir sa grand-mère mais lui crie en même temps son amour; car la relation est fusionnelle entre ces deux femmes. C'est de la relation ambigüe entre ces deux femmes que naît la richesse de la pièce.

Cette pièce est une réflexion sur la mémoire qui engendre la douleur pour la mère qui a perdu sa fille mais aussi une quête d'identité pour la jeune fille.

La poésie de Savannah Bay naît de la suggestion, du pouvoir des images dans un décor d'une pauvreté absolue. Car les deux femmes sont censées être présentes sur une scène où il n'y a qu'une table et trois chaises. Eclairées par un projecteur, elles vont faire naître grâce au pouvoir de la parole les paysages de l'Indochine: les marécages, la mer où va se jouer le drame d'Eros et de Thanatos (la rencontre des parents puis le suicide). On retrouve tute la poésie des paysages d'Un barrage dans le pacifique et de L'amant.

Pour apprécier cette pièce, je pense qu'il faut la lire plusieurs fois. Elle peut déconcerter comme toutes les oeuvres de Duras. Puis , petit à petit, on se laisse envoûter, même si l'on a pas tout compris....

Repost 0
Published by Sylvie - dans Théâtre
commenter cet article
10 octobre 2005 1 10 /10 /octobre /2005 00:00

Les solitaires intempestifs, 1990

Jean-Luc Lagarce, dramaturge maudit mort du sida en 1995, est l'un des auteurs français les plus joués en ce moment sur la scène parisienne. Ses textes sont pour la plupart des confessions d'une noirceur parfaite.

Juste la fin du monde, jouée en ce moment au Théâtre des déchargeurs à Paris, est l'un de ses plus beaux textes. Il s'agit d'un huis clos familial : Louis, jeune homme dépressif de 34 ans a décidé de mourir. Il est venu l'annoncer à sa mère et à ses frères et soeurs qu'il n'a pas revu depuis des années. Il ne connaît ni sa belle-soeur, ni ses neveux.

Au cours de ce dimanche, chacun va exprimer ses rancoeurs et ses colères et Louis repartira sans avoir pu livrer son secret....

Cette pièce est une métaphore de la parole impossible et de l'incommunicabilité des êtres. Pourtant, la phrase jubile; les personnages se livrent dans de longues tirades. Mais c'est toujours en hésitant, en contournant la vérité par des digressions. La prose de Lagarce hésite, se reprend sans cesse, use de la ponctuation, de la subordonnée et de la redite.

La pièce est condensée comme une tragédie (unité de lieu, de temps et d'action). Dans ce huis clos, chacun vide son sac mais il semble que la parole ne peut guérir. Le frère cadet, Antoine, qui a souffert toute sa vie de la souffrance de son aîné, clame son cri de révolte: il a été condamné à toujours être heureux pour protéger Louis le "malade" et pour apaiser sa culpabilité. La tirade finale sur la  tragédie du bonheur est le plus beau texte de la pièce.

Chacun cri mais personne ne dialogue. Il s'agit avant tout de la tragédie de la parole puisque le futur suicidé est condamné au secret, au silence: il n'a pu s'épancher et livrer son désir de suicide...

Un pièce très pessimiste qui vous bouleverse....

Repost 0
Published by Sylvie - dans Théâtre
commenter cet article
10 octobre 2005 1 10 /10 /octobre /2005 00:00

En ce moment, je m'intéresse énormément au théâtre contemporain: je lis les pièces avant d'aller les voir sur scène (car j'ai toujours peur de ne pas suivre !!!).

Mais j'adore également les pièces classiques (Racine et Hugo ont ma préférence).

Et vous, allez-vous souvent au théâtre? Voir quoi? Aimeriez-vous que je parle d'une pièce en particulier?

Repost 0
Published by Sylvie - dans Et vos lectures
commenter cet article
10 octobre 2005 1 10 /10 /octobre /2005 00:00

ISRAEL

Calmann-Lévy, Rentrée littéraire 2005

Voici le dernier titre de l'un des plus grands écrivains israéliens contemporains avec Amos Oz et Yeshoshua Kenaz.

Avraham B. Yehoshua s'inspire d'histoire contemporaine juive en imaginant que le cadavre d'une jeune femme immigrée inconnue est retrouvée morte dans les décombres d'un attentat kamikaze. Après plusieurs semaines, le cadavre n'a toujours pas été identifié. Mais on retrouve sur son corps une fiche de paye portant le nom de la plus importante usine de panification de Jérusalem. Un journaliste s'empare de l'affaire s'étonnant que la direction de l'entreprise ne se soit pas aperçue de la disparition de la jeune femme. Dans un article incendiaire, il dénonce "le manque d'humanité" de l'entreprise.

Rongé par la culpabilité et la mauvaise conscience, le patron boulanger octogénaire demande à son responsable des ressources humaines d'identifier la victime et d'expliquer la disparition inaperçue de la femme décédée.

La profession de responsable des ressources humaines va alors prendre tout son sens. Le responsable dont le nom n'est jamais mentionné (de même que celui du patron), qui au début rechigne à assumer sa mission, se prend vite au jeu: il tombe sus le charme de la morte en apprenant qu'il s'agit d'une émigrée tatare d'une ex-république soviétique. Quittant son quotidien morne (il vient de divorcer et de réintégrer le domicile maternel), il trouve tout d'un coup un sens à sa vie en raccompagnant le cadavre dans son pays natal. Le cadre d'entreprise oublie peu à peu les courbes de croissance et les restrictions budgétaires pour découvrir l'humain.

Cette épopée peu se comprendre de deux manières: Avraham B. Yehoshua dénonce la bonne conscience du patron qui use de son argent (il n'hésite pas à donner sa carte de crédit à son "envoyé spécial", à promettre une importante indemnisation et à donner une corbeille de pains et de brioches pour se disculper. L'auteur intente le procès de la civilisation riche qui exploite la population immigrée.

Mais c'est aussi le récit d'une rédemption: le responsable des ressources humaines dévoile peu à peu sa sensibilité et redore le blason de sa profession.

L'écrivain ne donne pas de solution définitive; son roman s'interroge également sur le droit du sol et du sang: une immigrée doit-elle être enterrée dans son pays natal ou dans son pays d'adoption?

Ce roman examinant la conscience des nantis est un petit chef d'oeuvre et se lit d'une traite !

Repost 0
9 octobre 2005 7 09 /10 /octobre /2005 00:00

La Table Ronde-rentrée littéraire 2005

Jean-Claude Pirotte est un écrivain belge peu connu du grand public mais qui a déja remporté de nombreux prix littéraires (Prix Larbaud, Prix Duras...). Il se définit modestement comme un "peintre du dimanche et un écrivain du samedi". Son oeuvre est pourtant teintée d'une poésie envoûtante et se nourrit de sa culture artistique et livresque: dans ses oeuvres, il rend hommage et cite abondamment ses maîtres en peinture et en Littérature.

Son dernier opus, Une adolescence en Gueldre, s'apparente à un roman d'apprentissage d'un jeune homme ayant fugué du domicile maternel pour se réfugier chez Monsieur et Madame Prins. Dans cette belle maison, il découvre la littérature et l'amitié avec les deux frères Han et Jan. Apprenti écrivain, il écrit ses souvenirs d'enfance dans cette maison typique et y transcrit les confidences de Han, grand voyageur géologue, qui entre deux escapades, lui contera sa recherche éperdue de la femme idéale, réplique d'un modèle de la Madeleine du Maître des deux Figures, tableau religieux du XVIe siècle, entrevue un soir dans une taverne. Rêve ou réalité, cette figure féminine hante tout le roman: les femmes du livre (la mère, les différentes conquêtes du narrateur) souffrent toutes d'une dualité, oscillant entre la sainteté et le péché. Ce récit est entrecoupé de ses souvenirs d'enfance (la guerre, ses fugues, ses premiers amours).

Trois bonnes raisons de se plonger dans ce livre très poétique qui est un hommage à trois "figures": la Hollande, la peinture et la littérature.

Pirotte nous décrit de magnifiques paysages hollandais à la manière d'un peintre (il réalise lui-même des peintures) et d'un poète: les landes de bruyères couvertes de givre et de neige, les canaux d'Amsterdam, les tavernes enfumées où l'on déguste du genièvre, peintes en clair-obscur à la manière de Rembrandt envoûte le lecteur. La description des quais des ports embrumés rend hommage à l'oeuvre de Mac Orlan, l'auteur de Quai des brumes.

Car le roman  se nourrit d'intertextualité en citant les auteurs fétiches de Pirotte: Mac Orlan, André Dhôtel, Emmanuel Bove et Rimbaud; le personnage de Han est d'ailleurs une figure rimbaldienne par excellence; il parcourt les bas-fonds et les tavernes d'Amsterdam à la recherche d'une femme fantomatique avant de parcourir les déserts d'Arabie. Le narrateur voit la réalité à travers ses rêves romanesques car il affirme que notre vie est un roman.

Enfin, ce roman peut être considéré comme un magnifique tableau hanté par la figure e cette Marie-Madeleine d'un maître hollandais du XVIe siècle. Plusieurs genres picturaux sont évoqués: la peinture paysagère, les scènes de genre (les scènes se déroulant dans la taverne) et le portrait.

Pirotte nous promène entre rêve et réalité pour notre plus grand bonheur. A lire de toute urgence pour les amoureux de la Littérature et de la peinture !

Repost 0