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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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29 mars 2006 3 29 /03 /mars /2006 23:35
NORVEGE – PRIX NOBEL DE LITTERATURE
Editions PUF « Quadrige »- parution en 1890

Ce grand classique norvégien de la fin du 19e siècle a contribué à révolutionner le littérature mondiale puisqu’il s’agit de l’un des premiers romans d’introspection : un homme névrosé et affamé soliloque sur son mal durant 180 pages. On peut penser que le Ulysse de Joyce ou le Mrs Dalloway de Virginia Woolf en sont les héritiers avec leurs monologues sans fin.

Ne vous imaginez pas un roman social à la Zola décrivant un homme affamé qui sombre peu à peu dans la folie. Ici, nulle description d’un milieu social. Le roman est autocentré sur la faim d’un homme qui n’est pas seulement physique mais aussi morale. Il est certes affamé mais aurait à chaque fois la possibilité de s’en sortir ; mais il préfère jeter ou faire don de ce qu’on lui donne. Lorsqu’il mange, il a tendance à tout rejeter. On dirait qu’il se complaît à vivre dans un état perpétuel d’affamé. Il en a besoin pour vivre et pour écrire.

On peut d’ailleurs penser que cet étrange personnage est un double de l’auteur qui a connu lui –même la faim dans les rues de Norvège. Il court après la page journalistique pour quelques couronnes.

Ce qui marque le plus, c’est l’incroyable orgueil du narrateur qui refuse toute aide extérieure : lorsqu’il se surprend à avoir ramassé quelques couronnes par erreur sur un comptoir de boulanger, il va jusqu’à s’auto dénoncer auprès du marchand ! Il donne ses quelques pièces aux autres mendiants…

Ainsi, ce roman traite d’une névrose avant la lettre. C’est André Gide qui a contribué à le faire connaître (il préface d’ailleurs la présente édition). En effet, on peut reconnaître une certaine similitude entre les deux écrivains. Le célèbre auteur des Nourritures terrestres avait lui aussi cette faim insatiable, cette soif d’absolu…
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28 mars 2006 2 28 /03 /mars /2006 10:32

ILE MAURICE - Littérature francophone

Moi, l'interdite

Editions Dapper, 2000

Ananda Devi est l'un des auteurs dont au a beaucoup parlé au salon du livre sur la littérature francophone.

Ne vous imaginez pas un livre exotique sur les beautés de l'île; il s'agit au contraire d'un petit roman très cruel sur la condition féminine.

"L'héroïne", née avec un bec de lièvre, est rejetée par sa famille car dans l'île, on s'imagine que les becs de lièvre sont porteurs de malédiction. Elle subit donc toutes sortes de vexation et va jusqu'à être enfermée dans le four à chaux du village. Dans ce four, elle va peu à peu perdre son humanité en se liant d'amitié avec des insectes et un chien. Puis elle va découvrir l'amour en la personne d'un marin marginal...mais ce bonheur sera de courte durée.

La cruauté du livre est contée avec une poésie immense. Tout d'abord, il y a la présence d'histoires légendaires grâce à l'affection de la grand-mère grenier (appelée comme car, paralysée, elle est aussi reléguée dans un grenier) qui raconte à sa petite fille l'histoire tragique d'un couple de princes indiens.

De même, l'histoire nous est racontée telle une légende: il n'y a pas d'indications temporelles, la narratrice se transforme peu à peu jusqu'à devenir une créature fantastique qui vit dans ses rêves.

L'écriture est magnifique et fait penser à une complainte : beaucoup d'images, de métaphores nous livrent le portrait d'une femme bafouée mais cependant très digne ; la laideur retombe sur son entourage très matérialiste qui ne pense qu'à se débarrasser des deux créatures marginales: la grand-mère paralysée et la fille au bec de lièvre. Le livre oppose ce matérialisme cruel aux dimensions légendaires des marginaux.

Je ne résiste pas à l'envie de vous faire lire les premières lignes du roman:

Les premières lignes

"Cette histoire couleur d'eau croupie n'a peut-être aucune réalité. Laissez-la s'écouler à travers la bonde de l'oubli. N'essayez- pas de la saisir. Elle parle de rêves déchus , et aurait un bruit de déchirure si l'on pouvait entendre le bruit secret des coeurs.

Ne prenez pas mal ce songe d'épines que je vous offre. Je suis celle dont on a chiffonné la voix et marqué le visage des griffures du regret. Je suis comme l'île qui chante sa propre mort. Cette violence n'est pas celle que l'on voit en soulevant un rideau : c'est celle d'un chair mise à nu"

La description de l'amour

" Ce qu'il a réveillé en moi de splendeur et d'étonnement, et brodé sur la trame misérable et noircie de ma peau d'arabesques de lumière. Il a percé de trous mon âme blindée contre le mépris du monde , afin d'y laisser entrer sa mâle chaleur et de toucher au plus mou, au plus doux, au plus désirable de ma personne, et je l'ai laissé faire"

Bonne lecture !

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27 mars 2006 1 27 /03 /mars /2006 23:35

Verticales, 2006

 

 

Prix France-Culture –Télérama 2006

Voici de la « littérature –vérité » née sous la plume de François Bégaudeau, professeur de français dans un collège multiethnique du 19e arrondissement de Paris. Ce dernier s’était déjà fait remarquer par son premier roman Jouer juste.

Il a décidé cette fois-ci de lier ses deux métiers et d’écrire sur sa vie de prof. Au lieu de nous servir de longs discours sur l’inefficacité de l’éducation nationale, Bégaudeau choisit de n’écrire que des dialogues directement tirés de son expérience sur une année ; les scènes dans la classe alternent avec les tragi-comédies dans la salle des profs. Il s’agit d’un brut de décoffrage livré tel quel, sans jugement péjoratif.

Si bien que nous avons l’impression d’assister à de multiples petites scènes de théâtre hilarantes : l’auteur reproduit à l’identique les tics de langage des élèves avec leurs fautes d’orthographe. Inversement de propositions, abréviations, verlan, langage parlé ! Tout y est. Et pour avoir été prof, je peux vous dire que c’est très réaliste !

Le tout est très drôle : on se dit que les pédagogues sont un peu fêlés quand ils veulent apprendre l’imparfait du subjonctif à une classe de nouveaux arrivants…De même pour les métaphores et l’ironie. Sauf que là, ils comprennent : lorsque le prof demande à ses élèves d’inventer une phrase ironique, une fille lui sort « Vous êtes beau , Monsieur » ou « Le prof n’est pas là, quel dommage ! »

Mais il n’y a pas que dans la classe que nous sommes dans un monde de fou : le discours de la conseillère d’orientation qui essaie de faire remplir le dossier d’orientation à des élèves est un moment d’anthologie ! De même  dans la salle des profs, lorsque les collègues de l’auteur se battent avec la photocopieuse et la machine à café. Bégaudeau retient également les tics de langage des professeurs tels que ‘Oh là là , cuis la ! » en parlant d’un élève ou « Ah, la 4e 2 ! » .

Ce roman est d’abord un formidable travail sur la langue et l’oralité qui n’est pas sans rappeler le travail de Zola au 19e siècle qui compulsait dans un carnet le vocabulaire populaire des ouvriers.

 Bégaudeau traite sur un pied d’égalité profs et élèves. On note dans les deux « camps » la même attention portée aux vêtements (bonnets, tee-shirts avec inscriptions…) D’autant plus que parfois, le langage des élèves contamine celui des profs (le narrateur se fait surprendre par une élève à employer le mot « pétasse » !) Personne ne ressort indemne de ces saynètes. Le lecteur éprouve une étrange sympathie pour ce monde de fous !

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24 mars 2006 5 24 /03 /mars /2006 22:30

Gallimard, 1944

Aurélien  est l'un des grands romans de Louis Aragon et l'un des plus beaux romans d'amour de la littérature française du 20e siècle.

Aragon met en scène un jeune anti-héros de la fin de la première guerre mondiale à la débâcle de 1940. Aurélien est un jeune rentier oisif qui collectionne les aventures dans le Paris mondain des années 20. Il ne sait que faire de cette énergie sans but dans laquelle le plonge le retour à la vie civile.

Un jour, son ami d'enfance Barbentane lui présente sa cousine Bénénice, jeune provinciale mariée à un pharmacien manchot, venue passer quelques jours dans la capitale. Alors qu'au premier regard, il l'a trouve laide, l'amour passion va bientôt naître. Mais il ne sera jamais consommé... Occasions manquées, jalousie, contraintes de la société et soif d'absolu de Bérénice....Alors qu'ils ne se sont connus que quelques jours, Il ne se retrouveront que vingt ans plus tard alors que les allemands envahissent le pays.

Aurélien est assurément le roman de l'échec. Aragon dépeint non sans un certain cynisme la société des années 20 : d'abord le milieu artistique (Cocteau, Breton, Picabia) puis le milieu des affaires fait d'intrigues et de malhonnêtetés.

Ce roman est profondément balzacien: il s'agit pour Aragon d'immiscer son personnage dans une époque et un milieu particuliers. L'amour tente d'émerger dans ce milieu mais le goût d'absolu est mis à mal par toutes sortes de perfidies. L'amour incarné par le couple devient impossible: dans ce microcosme, les êtres se déchirent : les mensonges, les mariages arrangés et les adultères font la loi.

Ce roman marque un tournant dans l'oeuvre d'Aragon et la fin de la période surréaliste d'avant-guerre. (Les beaux quartiers, Les cloches de Bâle...) aux oeuvres optimistes. Le réalisme revient au premier plan. Mais on retient dans cette oeuvre une poésie indéniable née du lyrisme des atermoiements des deux amoureux. Aurélien rumine constamment son amour en se rémémorant Bérénice. Le souvenir est possible grâce à un masque de plâtre et à un tableau de Picabia qui dessinent l'ambiguité de Bérénice.

L'écriture très fluide (il faut mieux avec les 697 pages !) nous livre ainsi l'un des derniers grands classiques (héritiers de Balzac) de la littérature française.

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20 mars 2006 1 20 /03 /mars /2006 23:04

NORVEGE - PRIX NOBEL DE LITTERATURE

Stock, Bibliothèque cosmopolite - Paru en 1911

En écrivant ce portrait d'une femme éprise d'absolu fortement autobiographique, Sigrid Undset fit scandale si bien que lors de sa parution en France en 1929, un avertissement de l'éditeur prévenait que cette lecture n'était pas faite pour les jeunes gens en crise.

A vingt neuf ans, Jenny, jeune artiste peintre, n'a jamais été amoureuse et ne s'est jamais donnée à un homme. Lorsqu'elle rencontre à Rome Helge, un jeune étudiant norvégien, elle croit avoir trouvé l'âme soeur. Tous les deux de retour en Norvège, elle découvre qu'elle s'est trompée et se réfugie dans les bras du père de ce dernier...

L'originalité de ce roman réside dans le fait que le lecteur croit que la liaison entre le père du jeune homme et Jenny va provoquer un scandale dans la bonne société. Hors, il n'en est rien.

Le séisme se passe d'abord à l'intérieur de l'âme de Jenny: sa soif d'absolu est un frein dans sa vie quotidienne et cela lma conduira à sa perte.

Ce roman a un charme suranné. On découvre non seulement la Norvège du début du siècle mais aussi des descriptions minutieuses de Rome et du milieu artistique.

Décidément les "écrivaines norvégiennes" nous livrent des portraits de femmes passionnées. Vous pouvez lire une trilogie beaucoup plus récente de H. Wassmo, Le livre de Dina. J'ai préféré Dina à Jenny mais on est toujours marqué par ces beaux portraits fougueux.

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19 mars 2006 7 19 /03 /mars /2006 12:07

ETATS-UNIS

Actes Sud, 2004

Percival Everett est l'un des principaux auteurs noirs américains. Dans ce roman, il critique fortement la condition de l'écrivain afro-américain aux Etats-Unis.

Le narrateur, Thelonious Ellison n'a rien de l'image stéréotypée du noir: c'est un universitaire brillant qui écrit sur Barthes et la tragédie grecque, il n'aime pas le basket  ! Mais voila le problème: il écrit des récits trop intellos qui ne se vendent pas ! On lui reproche constamment de ne pas faire assez "black" !

Un jour, il est attéré par les ventes phénoménales d'un roman afro-américain J'suis née dans un ghetto, témoignage sur la condition misérable des descendants d'esclaves. Il décide alors de prendre un pseudonyme et d'écrire un parodie de ce genre très prisé: accent noir, misérabilisme stéréotypé... Le roman devient un phénomène littéraire et remporte tous les prix !!!

L'universitaire brillant va ainsi être confronté à un dédoublement de personnalité : doit-il accepter les lois débiles du marché ou doit-il être fidèle à ses convictions ?

Everett aborde la question raciale avec beaucoup d'ironie et d'autodérision : il refuse le stéréotype d'"écrivain noir" qui écrit sur les noirs !

Il dénonce également le monde de l'édition et des médias : la séance de discussion sur les prix littéraires est un moment d'anthologie entre les écrivains écolos et les écrivains travaillant en prisons, apôtres du témoignage. De même, Everett nous plonge dans un talk show télévisé ridiculisant sa présentatrice aux goûts littéraires vraiment douteux !  

Un roman acerbe vraiment original qui pêche cependant par la surenchère des problèmes familiaux de Thelonious. Il en effet confronté à la mort de sa soeur, à la maladie d'Alzheimer de sa mère et à l'homosexualité de son frère !

Malgré ce bémol, il s'agit d'un roman fondamental pour comprendre la condition de la population noire aux Etats-Unis.

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19 mars 2006 7 19 /03 /mars /2006 11:29

CONGO - LITTERATURE FRANCOPHONE

Le Serpent à plumes, 2003

Voici l'une des oeuvres phares de l'un des auteurs francophones les plus prometteurs, invité au Salon du Livre ce week-end.

Cette oeuvre est la parodie humoristique du sanglant American Psycho de l'américain Breat Easton Ellis ( un cadre dynamique qui se transforme en tueur en série la nuit) puisqu'il s'agit de l'itinéraire d'un criminel raté: Grégoire Nacobomayo est un orphelin vivant dans un bidonville. Carrossier de son état, il a décidé de suivre les traces du célèbre Angoualima, le célèbre serial killer qui depuis des années défie les pays, ses flics, ses juges et ses journalistes. Maintenant que ce héros est mort, Grégoire veut le remplacer. Il va méditer chaque jour sur sa tombe en lui demandant des conseils. Mais voila un sérieux problème: il n'arrive qu'à être un petit délinquant miteux: lorsqu'il veut violer les femmes, il n'a pas d'érection. Lorsqu'il veut tuer, il se fait devancer par plus fort que lui !

La force de ce roman réside dans son ironie ravageuse. Mais sous cet humour, se cache la triste vie  de la population pauvre congolaise; Grégoire trouve un sens à sa vie dans la perversité.

On apprécie également un vocabulaire très typique et coloré: le coin natal de Grégoire s'appelle le quartier Celui-qui-boit-de-l’eau-est-un-idiot, ensemble harmonieux de taudis nauséabonds. Grégoire y écume les bars, au choix le Buvez, ceci est mon sang, le Boire fait bander ou le Verre cassé-Verre remboursé, en écoutant le groupe le plus populaire du coin, les Frères C’est-toujours-les-mêmes-qui-bouffent-dans-ce-pays-de-merde. Il rode dans la rue Cent-francs-seulement (le prix des prostitués !)

"En fait, la rue principale portait jadis le nom de Six-cents-francs-au-moins avant que les filles venues du pays d’en face l’envahissent et fassent chuter le prix de l’éjaculation payante en le ramenant, que Dieu m’en garde, à cent francs seulement au lieu de six cents francs au moins ! »

Les pages les plus belles et les plus tragi-comiques sont sans doute les chapitres ou Grégoire dialogue avec son héros d'outre-tombe dans le cimetière de Ceux qui n'ont pas droit au sommeil : Angoualima n'arrête pas de lui dire que c'est un nul qui n'arrivera jamais à rien alors que Grégoire va prier sur sa tombe tous les soirs....

Un roman vraiment original qui prouve que la littérature africaine évite tout misérabilisme en traitant de la pauvreté avec humour pour mieux l'exorciser.

 

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19 mars 2006 7 19 /03 /mars /2006 11:00

ISLANDE - ROMAN POLICIER

 

Editions Métailié, 2006

 

 

 

J'ai choisi de classer cette oeuvre magnifique dans la catégorie "Littérature nordique" et non "Romans policiers" car, pour moi, ce livre est bien plus qu'une enquête; il nous plonge au coeur de l'humain et des méandres de l'âme. De plus, les écrivains islandais ne sont pas très connus !

 

 

Décidément, la littérature policière nordique a le vent en poupe. Après le suédois Henning Mankell, voici l'islandais Arnaldur Indridason qui a raflé pas mal de prix avec La femme en vert : Prix Clé de verre 2003 sur roman noir scandinave, Prix Gold Dagger 2005 en Grande-Bretagne.

 

 

Voici l'intrigue: des ossements humains sont retrouvés sur un chantier près de Reykjavik. Le commissaire Erlendur va alors faire une enquête sur le passé de ce terrain. Il remonte alors le temps jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale. Le terrain était occupé par une maison en ruine habitée par une famille de cinq personnes. Le commissaire va alors découvrir la vie misérable de ce couple avec trois enfants et la tragédie de la violence conjugale....Parallèlement à cette enquête, Erlendur doit affronter ses problèmes personnels: sa fille toxicomane est tombée dans le coma; il vient à son chevet et éprouve la culpabilité de ne pas avoir assuré ses responsabilités de père...

 

 

La qualité de ce roman réside dans le fait qu'Indridason déjoue tous les codes classiques de l'intrigue policière: nous ne saurons qu'à la fin qui est le cadavre. Le "meurtre" date d'il y a plus de cinquante ans et n'a aucune incidence sur le présent. Le récit est brillamment construit: la narration fait alterner l'enquête avec le récit tragique de la vie de cette famille cinquante ans plus tôt. Les deux récits vont se recouper lorsque Erlendur va faire connaissance avec la mystérieuse "femme en vert" qui vient se recueillir sur le chantier où l'on a trouvé le cadavre.

 

 

De plus, les deux récits se croisent dans la mesure où ils évoquent tous les deux une tragédie familiale: une femme violentée il y a 50 ans et le commissaire qui a abandonné sa femme et ses deux enfants. Erlendur cache un secret familial douloureux qu'il révélera au cours du roman.

 

 

Je crois que je n'ai jamais lu un roman policier si humain. Pour Indridason, le sujet principal est la mémoire et le poids du passé. L'enquête cherchant à connaître l'identité du cadavre est un prétexte à remuer les blessures du passé et à les guérir. La violence conjugale est subtilement traitée ; l'auteur analyse ses répercussions sur les personnes qui l'ont vécue cinquante ans plus tôt.

Le suspense est garanti: dès le début, le lecteur a une idée sur l'identité du cadavre mais l'auteur joue sans cesse avec les certitudes du lecteur si bien que nous hésitons jusqu'à la fin sur l'identité du meurtrier et du cadavre.

Avec La femme en vert, Indridason prouve que l'on peut écrire un roman policier sans qu'il y ait de menace dans le présent; Le but est de s'intéresser à l'homme et de plonger dans les méandres tortueux de son âme.

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10 mars 2006 5 10 /03 /mars /2006 19:40

Editions Dupuis, 2003

Cette bande dessinée très originale est le fruit de la collaboration de Didier Lefevre, photographe et Emmanuel Guibert, auteur et dessinateur.

Didier Lefevre relate sa mission en Afghanistan, au temps de la guerre entre moudjahiddins et les occupants russes dans les années 80, en tant que photographe d'une mission de Médecins sans frontières.

Le résultat artistique est saisissant: cet ouvrage est un mélange de planches de BD et de photographies en noir et blanc. Lefèvre nous raconte ses marches sans fin dans les montagnes afghanes escarpées, sa rencontre avec les afghans et aussi l'amour de son métier.

Editions DUPUIS

Selon lui, pour faire une bonne photo, il faut passer par "une amélioration des relations avec les gens". Ce récit est parfois très dur comme lorsque cette femme avec une tumeur au pied est opérée. On découvre alors une relation très privilégiée entre les malades avec leurs médecins: même s'ils meurent, il remercient les médecins car grâce à eux, leur âme soignée ira au paradis. *

Il y a aussi des passages pittoresques comme lorsque le photographe nous explique que les hommesmusulmans doivent faire pipi agenouillés car seuls les animaux font pipi debout...

Vraiment une BD originale et très humaniste, à découvrir en trois tomes.

Editions DUPUIS

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9 mars 2006 4 09 /03 /mars /2006 22:57

A l'occasion de la sortie du film Truman Capote de Benett Miller avec Phillip Seymour Hoffman dans le rôle titre, revenons un peu sur l'oeuvre de ce grand écrivain américain (1924-1984)

Le film relate la genèse de son chef d'oeuvre De sang froid (1966) inspiré d'un fait divers de 1959: une famille de fermiers est massacrée par deux jeunes hommes pour 50 dollars... Voulant écrire un "Non fiction novel" (un roman-document) qui applique au journalisme d'enquête, avec son souci d'exactitude absolue, toutes les techniques de narration romanesque, Truman Capote se rend sur les lieux du crime et enquête.

Alors que le roman est marqué par l'absence du narrateur, le film relate la face cachée de la genèse du roman, lorsque Capote est entré directement en contact avec les deux meurtriers. L'un d'eux, Perry Smith le fascine tout particulièrement.

Capote était un être frivole, fréquentant la Jet Set et prêt à tout pour réussir. Il comptait utiliser cette affaire pour obtenir un succès international et renouveler le genre romanesque. Apparemment, le film fait un portrait admirable de Capote et de la genèse de l'oeuvre.

Moi qui n'ai pas lu De sang froid , je compte bien sûr lire le livre et voir le film !

Par contre, j'ai découvert il y a quelques mois un autre Truman Capote à travers un roman très poétique et lyrique. Une partie de son oeuvre est marquée par le thème de l'enfance et du paradis perdu.

La harpe d'herbe, Gallimard "L'imaginaire" (1951)

Il s'agit d'un magniifique récit inspiré de l'enfance de Capote, orphelin de mère et élevé par ses tantes. Colin Fenwick, 16 ans , vit avec ses deux tantes vieilles filles et Catherine,une domestique noire. L'une, Dolly, est rêveuse et extravertie. L'autre, Véréna, est très sévère et égoïste. Un jour, après une dispute avec sa soeur, Dolly s'enfuit avec l'enfant et Catherine pour se réfugier dan une cabane en haut d'un arbre !!!

La petite communauté est alors bouleversée : Verena a de son côté le shérif. Mais le juge est gagné par le charme de Dolly. Ce roman plein d'originalité nous fait découvrir des personnages très pittoresques. Truman exalte la nature dans un paysage très bucolique. La fin est triste mais Colin se souvient avec beaucoup de tendresse de sa vieille tante.

Ce roman peut faire penser au Baron perché d'Italo Calvino. Il est cependant moins philosophique et insiste surtout sur les charmes des différentes périodes de la vie : l'enfance insouciante, la vieillesse rêveuse ou au contraire acariâtre.

Un roman vraiment très émouvant...

Ces deux romans montrent le talent multiforme de ce grand écrivain américain...

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