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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 17:46

URUGUAY

Editions Belfond, 2006

Carlos Liscano est aujourd'hui la figure de proue de la littérature uruguayenne. Il s'est fait connaître récemment en France avec La route d'Ithaque. Son parcours est assez exceptionnel puisqu'il a commencé à écrire pendant son séjour en prison de 12 ans en tant que prisonnier politique. Il s'est ensuite réfugié en Suède puis vit désormais à Barcelone.

Dans Le fourgon des fous, il se souvient de son emprisonnement, de la torture et de sa relation avec ses bourreaux. Plus qu'un témoignage, il s'agit avant tout d'une réflexion sur la dignité de l'homme. A aucun moment, il ne cherche pas à dénoncer le régime qui l'a emprisonné et à régler ses comptes avec ses bourreaux. Il s'agit avant tout de réfléchir sur la dignité du prisonnier et sur la relation entre bourreaux et victimes. Chaque homme peut se reconnaître dans le prisonnier politique d'autant plus que la narrateur ne s'appesantit pas sur les raisons de son emprisonnement ni sur la description du régime militaire qui l'a mené là.

Ce récit peut s'apparenter à une réflexion philosophique mais il en évite toute l'abstraction ; car, même si la narration évite tout lyrisme, tout pathos (les phrases sont très courtes), Liscano évoque le souvenir de ses parents, ce qui émeut profondément le lecteur. Il y a aussi des passages sublimes lorsque par exemple, un soldat pris de pitié devant le narrateur menotté qui tente d'uriner, lui prend le pénis pour l'aider.

Le roman est habilement construit : les souvenirs de la torture et de la résistance psychologique qui occupent le centre du récit (Soi et son corps) sont encadrés par deux courts textes sur la sortie de l'univers carcéral. Alors que l'expérience carcérale est vue d'après la relation du prisonnier avec son corps, l'expérience de la sortie de prison est vue avec anxiété : que faire de sa liberté ? N'est-ce pas plus facile d'être prisonnier?

Pour éclaircir le titre, le "fourgon des fous" désigne d'ailleurs le camion qui emmène les prisonniers vers la liberté...

On retiendra les magnifiques passages décrivant les bourreaux ; à aucun moment, il ne les condamne. Le but est surtout de se mettre à leur place : la difficulté de torturer quelqu'un, l'impossibilité de se regarder en face d'où la supériorité du prisonnier sur le bourreau, le stress d'attendre une révélation de la victime... 

Incontestablement, les passages les plus forts sont ceux qui décrivent les relations du prisonnier avec son corps torturé : Liscano nous plonge au coeur de l'humain; certes, certaines scènes sont très dures, mais nous retenons surtout la splendide dignité de l'homme.

Voici quelques extraits particulièrement significatifs :

La douleur et la conscience

"Mais la douleur, quand cessera-t-elle ? Cela dépend des tortionnaires, ce sont eux qui décident du moment où on n'interrogera plus ce prisonnier . Mais la douleur dépend aussi du prisonnier: il lui suffirait de leur donner les renseignements qu'ils veulent pour que la douleur cesse. Mais alors la conscience revient. Cette douleur passe, va passer à un moment donné. Elle demande un peu plus au corps, encore un peu, une autre nuit. Parce que la douleur du corps sera apaisée un jour. L'autre sera à tout jamais présente, il faudra vivre avec elle"

La relation au corps souffrant

" La crasse est une autre porte vers la connaissance de soi .Les mauvaises odeurs, l'urine sur les vêtements, la bave et les restes de nourriture collés sur la barbe...la peau qui commence à tomber par manque de soleil, suscitent le dégoût. Mais on ne peut pas demander à son corps de résister à la douleur et en même temps lui dire qu'il vous dégoûte. Alors on éprouve de la peine pour cet animal. Il provoque le dégoût mais on veut l'aimer, parce que c'est tout ce qu'on a, parce que c'est de sa résistance que dépend votre dignité.

Bien des années plus tard je verrai, et je penserai, mon corps comme un animal ami. Je dois en être reconnaissant au dégoût que j'ai ressenti un jour pour lui, en me rendant compte que je ne le supportait pas, mais qu'il était tout ce que j'avais, et que je devais continuer à l'aimer, à prendre soin de lui, à le protéger. Aimer l'animal qu'on est, pour continuer à être humain"

La dignité et l'hommage au corps

"Mon corps, qui durant tant d'années fut la seule chose que j'avais, en dépit des coups, des misères, du dégoût qu'il m'est arrivé de ressentir pour lui, aujourd'hui, sur le chemin de la vieillesse, animal ami, m'est toujours fidèle.

Je voudrais le dire, et le lui dire, avec les mots les plus banals qu'un homme habitué à travailler avec des mots puisse trouver : j'aimerais pouvoir choisir la mort de mon corps, le jour, l'endroit, et la manière. Qu'elle lui soit sereine et paisible. Et quelque chose d'absolument irrationnel : je voudrais qu'un jour mes os soient auprès de ceux de mes parents, si c'est possible. La seule chose que j'ai demandée à mon corps sous la torture, c'est qu'il me permette un jour de les regarder en face avec dignité."

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11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 10:03

Editions L’esprit des péninsules, 2006

Pierre Jourde est à la fois un critique acerbe (La littérature sans estomac,  son essai contre les principaux auteurs contemporains français, avait fait couler beaucoup d’encre) et un écrivain enchanteur. Son troisième roman, après Pays perdu et Festins secrets est un petit bijou d’émotion à déguster sans modération.

 

Avec ce livre, il se place d’emblée comme l’héritier des écrivains qu’il admire, Marcel Proust et Gérard de Nerval ; car il s’agit de retrouver Sylvie, une femme sublime, une silhouette évanescente, une petite fille dont il était tombé amoureux lors de vacances d’été dans une village balnéaire prénommé Saint-Savin. Et pour retrouver Sylvie, il faut retourner dans le paradis de l’enfance à la recherche du temps perdu….

 

Le narrateur est un jeune médecin de 26 ans, poète à ses heures, et attiré par le monde de l’imagination et de la poésie. Un soir, en compagnie de Denise, sa compagne d’alors, ils décident tous deux d’aller en voiture voir la mer, à Saint-Savin. Sur le chemin, l’ombre et la forêt font naître les souvenirs et les confessions ; pour Denise, Saint-Savin lui évoque une petite fille qu’elle a connue il y a quelques années alors qu’elle était encore médecin : cette dernière vivait toute seule dans une grande maison avec son père sujet à de mystérieuses hallucinations. En écoutant le récit de sa compagne, le narrateur compare la petite fille à celle qu’il a connue il y a des années et dont il était tombé amoureux : Sylvie. Cette dernière, se rappelle-t-il, avait un beau père qui avait également des hallucinations. Il n’en faut pas plus pour que le jeune homme revienne sur les pas de son enfance et veuille retrouver Sylvie, la femme idéale…

 

Ce magnifique roman se place d’emblée sous le signe du merveilleux, du rêve et du mystérieux. Dans une écriture magnifique et envoûtante, Jourde nous décrit des silhouettes féminines vaporeuses, fantomatiques, sorties directement des livres de contes. Il nous livre sa propension pour le monde du sommeil et des rêves. Mais la figure idéale demeure inaccessible et provoque une désillusion.  Car l’œuvre de Jourde est basée sur l’opposition de la lumière et de l’ombre, du songe et de la réalité. Il y a donc des passages qui touchent au sublime et d’autres au grotesque, à la bouffonnerie. Du côté de la magie, de l’image d’Épinal, on retiendra les magnifiques attentes dans le buisson de la vieille maison mystérieuse, quêtant l’apparition de la femme idéale. Il y a aussi la poursuite malheureuse une soirée d’hiver  de la figure fantomatique. Ou encore la description magnifique de la grand-mère de Sylvie isolée dans sa maison, toute droit sortie d’un livre d’antan. Du côté du réel, de la désillusion, il faut placer toutes ces diatribes contre le monde tel qu’il est aujourd’hui (contre la bureaucratie, le journalisme etc…) ; on reconnaît ici le talent de polémiste de Jourde ; pour lui, le paradis est réellement derrière nous et impossible à rejoindre. Nous reste que le souvenir…

 

Le merveilleux, le lyrisme sont ponctués de scènes bouffonnes qui font parfois vraiment rire : l’amoureux transi attendant dans le buisson tombe soudain dans la gadoue ou rêve d’être une serviette de bain pour mieux enlacer Sylvie…

 

On retiendra également la construction extrêmement riche du roman : il s’agit d’un kaléidoscope de discours qui s’enchevêtrent et se rejoignent : celui de l’amoureux, celui de Denise et celui d’un ami. On n’est jamais loin d’une nouvelle révélation qui relance l’intrigue. D’autant plus que le narrateur adresse son discours à un destinataire inconnu dont on ne  saura l’identité qu’à la fin…

 

On l’aura compris, ce roman est un magnifique histoire d’amour au pays perdu de l’enfance. Il faut préciser que l’histoire se déroule sur à peu près soixante ans ; la fin n’est pas sans évoquer celle du magnifique Elisa de Jacques Chauviré.

 

C’est l’un des romans les plus riches et les plus beaux que j’ai lu depuis ces derniers mois. Beaucoup de thèmes sont convoqués : l’amour, le souvenir, l’enfance, la littérature et la poésie, la critique de la société contemporaine, la tentation du rêve, la schizophrénie …Pierre Jourde aurait largement mérité un Goncourt ou un Médicis. L’heure et l’ombre m’envoûtera encore longtemps.

 

Laissez-vous hypnotiser….

Pour découvrir les deux autres romans de Pierre Jourde, lisez les articles de Pays perdu et de Festins secrets...

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9 novembre 2006 4 09 /11 /novembre /2006 22:17

THRILLER

Editions Le Passage, 2006

Avec le succès inattendu de La chambre des morts en 2005, Frank Thilliez est devenu le spécialiste du thriller français. En septembre, son deuxième livre était sur toutes les têtes de gondole.

Je n'ai pas du tout l'habitude de lire ce genre de livre mais il faut reconnaître que Thilliez sait construire une histoire qui fait froid dans le dos et qui est bourrée de rebondissement !

Pour l'ambiance, on se rapproche du Shining de Stefan King adapté au cinéma par Stanley Kubrick : Arthur Doffre, un mystérieux vieil homme paralysé vient un jour frapper à la porte de David Miller, un thanatopracteur (celui qui prépare les morts) et auteur de thriller ; il lui propose d'écrire un roman s'inspirant des meurtres horribles qu'a commis le Bourreau 125, un psychopathe qui s'est pendu il y a 25 ans. Pour écrire ce roman, Doffre lui offre un séjour dans un chalet perdu dans les neiges de la Forêt Noire. David Miller devra rester exactement un mois dans ce chalet pour écrire et il rendra le manuscrit au vieil handicapé à la fin du séjour.

Miller accepte ; le voila donc parti, lui, sa femme et sa fillette dans ce mystérieux chalet. Doffre les accompagne ainsi qu'Adeline, une mystérieuse prostituée aux petits soins pour lui. Bientôt, il découvre des éléments sinistres : le chalet est un lieu d'expérience pour les scientifiques qui étudient la décomposition des corps ; des cadavres de cochons y sont exposés à l'air libre pour savoir quels genres d'insectes entrent dans le processus de décomposition. David Miller doit subir une épreuve de bizutage en tuant lui même un cochon...Bientôt, une femme mystérieuse transie de peur rejoint en catastrophe le chalet ; elle dit avoir été attaquée par un lynx. Mais elle semble aussi bien cacher des choses...

Pourquoi Arthur Doffre est-il en possession des dossiers classés top secret du Bourreau 125 ? Pourquoi tient-il absolument à écrire un roman sur ce psychopathe? Que cache vraiment ce chalet?

Nous allons vraiment de surprise en surprise jusqu'à la révélation finale. Je ne peux pas trop comparer aux autres maîtres du genre, mais je trouve quand même que ce roman est très bien construit. On apprend peu à peu des choses sur le passé des personnages et leurs liens cachés. Certes, il y a des scènes vraiment sanglantes et macabres ; certes, il y a quelques invraisemblances ! Mais si vous n'êtes pas trop rebutés par les meurtres et le sang, vous n'arriverez pas à lâcher ce bouquin ! 350 pages dévorées en 2 jours avec un grand plaisir ! J'ai particulièrement apprécié un dénouement qui ne tend pas forcément vers le happy end...

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7 novembre 2006 2 07 /11 /novembre /2006 21:55

Le Prix Renaudot a été attribué hier à Alain Mabankou pour Mémoires de porc-épic.

Cet écrivain congolais francophone fait beaucoup parler de lui depuis le Salon du Livre 2006 consacré à la Littérature francophone. Depuis African psycho et Verre cassé, il a acquis la réputation d'un auteur très original à l'humour très caustique.

Dans Mémoires de porc-épic, il s'inspire des fables et des contes africains : c'est un porc-épic de 42 ans qui parle; il est devenu le double animal d'un sorcier très méchant qui commet d'affreux crimes grâce aux piquants du pauvre narrateur ; ce dernier juge les actes infâmes des humains.

J'ai vraiment hâte de lire ce roman !

 L'avez-vous lu?

Remercions le Renaudot d'avoir récompensé un auteur africain francophone. C'est tellement rare que la littérature africaine soit mise à l'honneur !

Pour découvrir cet auteur, je vous conseille d'aller visiter son blog consacré à la littérature africaine :

http://www.congopage.com/amabanckou_blog.php3

Je republie à cette occasion l'article que j'avais écrit sur African Psycho, un bijou d'humour noir !

Le Serpent à plumes, 2003

Voici l'une des oeuvres phares de l'un des auteurs francophones les plus prometteurs, invité au Salon du Livre ce week-end.

Cette oeuvre est la parodie humoristique du sanglant American Psycho de l'américain Breat Easton Ellis ( un cadre dynamique qui se transforme en tueur en série la nuit) puisqu'il s'agit de l'itinéraire d'un criminel raté: Grégoire Nacobomayo est un orphelin vivant dans un bidonville. Carrossier de son état, il a décidé de suivre les traces du célèbre Angoualima, le célèbre serial killer qui depuis des années défie les pays, ses flics, ses juges et ses journalistes. Maintenant que ce héros est mort, Grégoire veut le remplacer. Il va méditer chaque jour sur sa tombe en lui demandant des conseils. Mais voila un sérieux problème: il n'arrive qu'à être un petit délinquant miteux: lorsqu'il veut violer les femmes, il n'a pas d'érection. Lorsqu'il veut tuer, il se fait devancer par plus fort que lui !

La force de ce roman réside dans son ironie ravageuse. Mais sous cet humour, se cache la triste vie  de la population pauvre congolaise; Grégoire trouve un sens à sa vie dans la perversité.

On apprécie également un vocabulaire très typique et coloré: le coin natal de Grégoire s'appelle le quartier Celui-qui-boit-de-l’eau-est-un-idiot, ensemble harmonieux de taudis nauséabonds. Grégoire y écume les bars, au choix le Buvez, ceci est mon sang, le Boire fait bander ou le Verre cassé-Verre remboursé, en écoutant le groupe le plus populaire du coin, les Frères C’est-toujours-les-mêmes-qui-bouffent-dans-ce-pays-de-merde. Il rode dans la rue Cent-francs-seulement (le prix des prostitués !)

"En fait, la rue principale portait jadis le nom de Six-cents-francs-au-moins avant que les filles venues du pays d’en face l’envahissent et fassent chuter le prix de l’éjaculation payante en le ramenant, que Dieu m’en garde, à cent francs seulement au lieu de six cents francs au moins ! »

Les pages les plus belles et les plus tragi-comiques sont sans doute les chapitres ou Grégoire dialogue avec son héros d'outre-tombe dans le cimetière de Ceux qui n'ont pas droit au sommeil : Angoualima n'arrête pas de lui dire que c'est un nul qui n'arrivera jamais à rien alors que Grégoire va prier sur sa tombe tous les soirs....

Un roman vraiment original qui prouve que la littérature africaine évite tout misérabilisme en traitant de la pauvreté avec humour pour mieux l'exorciser.

 

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6 novembre 2006 1 06 /11 /novembre /2006 19:01

On s'y attendait : Les bienveillantes de Jonathan Littell viennent de recevoir le Prix Goncourt.

Je ne permettrais pas de juger car je ne l'ai pas lu !

D'après ce que j'ai lu comme critique, il s'agit tout de même d'un tour de force. Mais comme je l'évoquais il y a quelques semaines, faire parler un SS dans un livre n'est pas novateur, Robert Merle l'a fait merveilleusement bien il y a cinquante ans avec La mort est mon métier.

Si vous l'avez lu, n'hésitez pas à me faire part de vos critiques !

Arguments contre le Goncourt aux Bienveillantes:

Pour l'argument "Contre le goncourt", on peut arguer du fait que Jonathan Littell n'a pas vraiment besoin du Goncourt car il a déja vendu 250 000 exemplaires alors qu'André Gallimard ne pensait en vendre que 30000 !!!Le prix Goncourt va encore accroître ce phénomène éditorial !

Un prix se doit-il s'entériner une oeuvre qui est déja un succès en librairie? Je pense plutôt qu'il devrait encourager les petits éditeurs et les auteurs peu connus....

Pour le Goncourt aux Bienveillantes :

On peut tout de même reconnaître que cette année , le Goncourt récompense un premier roman et un jeune auteur inconnu. De même, il s'agit d'une oeuvre exigeante qui fait 900 pages !

Qu'en pensez-vous ?

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6 novembre 2006 1 06 /11 /novembre /2006 18:10

ANGLETERRE -1898

Roman fantastique

Voici le chef d'oeuvre de l'écrivain américain le plus européen qui adopta la nationalité anglaise peu avant sa mort. Il est vrai que lorsqu'on lit Le tour d'écrou, on a vraiment une impression de vieille Angleterre un peu à la manière d'Hitchcock dans son film Rebecca : vieille bâtisse isolée, présence de fantômes etc...

Voici l'atmosphère : un soir au coin du feu, un homme raconte une histoire de revenants à une assemblée de vieilles femmes...Cette histoire lui a été racontée par l'"héroïne" de l'histoire :

Une jeune femme de la campagne vient s'occuper de deux charmants enfants orphelins, Flora et Miles. C'est leur oncle, qui ne souhaite pas s'en occuper, qui a recruté cette jeune femme. Il lui donne un ordre : ne le déranger sous aucun prétexte...La jeune femme part donc dans une vieille bâtisse à la rencontre de ses hôtes ; elle y rencontre une vieille gouvernante charmante, Mrs Grose, ainsi que deux charmants bambins qui la charment dès le premier instant : visages d'anges, intelligence et douceur....Mais bien vite, la jeune femme est perturbée par une présence inquiétante qu'elle a remarqué sur une tour à côté de la maison. Mrs Grose lui révèle qu'il s'agit de Quint, l'ancien valet, un personnage sinistre ....qui est mort l'année dernière. Une deuxième silhouette surgit quelques jours plus tard...Petit à petit, la jeune fille découvre que Miles et Flora semblent subir l'influence de ces présences fantomatiques...Elle est prête à tout pour les sauver.

Ce petit livre est considéré comme le chef d'oeuvre de la nouvelle fantastique, tout comme Le Horla de Maupassant. Comme dans cette nouvelle, une fine analyse psychologique donne toute son ampleur au texte; tout est vécu de l'intérieur, dans l'esprit de la jeune gouvernante, sans que l'auteur ne fasse part de son jugement. Hallucinations? Présence réelle? Le lecteur ne peut à aucun moment savoir....La jeune femme passe de la psychose à la lutte contre les présences. Nous admirons son sang-froid et surtout sa détermination à sauver les deux enfants qu'elle adore.

Peu importe la présence des fantômes...Ce qui compte, c'est le ressenti des personnages et leur lutte contre les présences maléfiques.

Henry James excelle autant dans la description des états d'âme de la gouvernante que dans la description des deux enfants, mi-anges, mi-démons. Il ressort de l'écriture une tension extrême qui culmine à la chute inattendue du roman mais chut !

Si vous avez aimé l'atmosphère du film Les autres d'Amenabar et les vieilles bâtisses anglo-saxonnes, vous tomberez sous le charme !

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2 novembre 2006 4 02 /11 /novembre /2006 16:06

ANGLETERRE

Editions Fayard

James Graham Ballard est unanimement considéré comme l'un des plus grands auteurs anglais contemporains. On lui doit le roman Crash, adapté au cinéma par David Cronenberg.

Sa spécialité est le roman d'anticipation sociale : une science fiction de proximité sans recours aux univers parallèles, au dépaysement et aux créatures venues d'ailleurs. Le but est de se concentrer sur l'exacerbation de traits sociaux, politiques ou sociologiques caractéristiques de notre époque en décrivant une possibilité historique extrême qui pourrait bien devenir réalité, si l'on n'y prenait garde.

Dans La face cachée du soleil (tout comme un autre roman, Super-Cannes), il prend pour cadre la côte paradisiaque de la Costa Del Sol en Espagne, abritant des lotissements de rêve pour jeunes retraités milliardaires européens. Charles Prentice y débarque après avoir appris que son frère Frank, directeur du lotissement d'Estrella Del Mar, ait été inculpé de meurtre pour avoir soit disant mis le feu à une villa. Dans cet incendie, la famille Hollinger a péri avec le secrétaire et la bonne de la famille. Charles est bien décidé à prouver l'innocence de son frère, même si celui-ci plaide coupable...

Lorsqu'il arrive sur place, Charles découvre une communauté de retraités extrêmement dynamique : cours de théâtre, sport; chorale....un espace entier consacré aux loisirs.  Frank y rencontre au fur et à mesure des personnages bien louches : des psychologues qui endorment les retraités au bout du rouleau, des tenanciers et bordel et un personnage bien énigmatique, Bobby Crawford, professeur de tennis, qui semble avoir redonné vie à cette station balnéaire. Mais comment ?

Alors que les lotissements ont tout misé sur la sécurité, des viols et des incendies se perpétuent sans que cela ne gêne personne. Et si la société des loisirs ne pouvait se maintenir qu'avec la peur du crime?

Charles s'immisce peu à peu dans les bas-fonds d'Estrella Del Mar et va peu à peu découvrir la face cachée du soleil....

Ce titre est bien plus qu'un roman policier : Charles, l'enquêteur , est peu à peu hypnotisé par ce milieu paradisiaque et devient une victime consentante. Ballard nous décrit un futur possible où les retraités abrutis par le repos n'ont plus que le crime pour se stimuler. On retiendra les magnifiques descriptions des côtes médirranéennes et de leurs villas somptueuses où les habitants se terrent devant leur poste de télévision. Ballard cite d'ailleurs les tableaux de l'américain Edward Hopper qui peint des personnages absents d'eux-mêmes, silhouettes fantomatiques dans un univers clos sur lui-même. Cette intrigue fait froid dans le dos : nous découvrons le stade ultime d'une civilisation des loisirs où les êtres humains n'ont plus que la transgression pour se réveiller et pour éprouver le plaisir de vivre. Le crime devient le ciment de la communauté. A retenir également un beau portrait psychologique : Bobby Crawford, le psychopathe gentleman au grand coeur, qui pratique la délinquance pour le bien de la société.

A lire absolument.

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30 octobre 2006 1 30 /10 /octobre /2006 20:23

PRIX FEMINA 2006

Après une délibération bien mouvementée au sein du jury féminin (exclusion de Madeleine Chapsal pour propos diffamatoires et démission de Régine Desforges par solidarité !!!), deux femmes ont été mises à l'honneur pour le Prix Fémina 2006 :

Pour le roman francophone : Nancy Huston pour son roman Lignes de faille .

Nancy Huston, photo de Mihai Mangiulea

L'écrivain canadienne , habituée des succès de librairies, m'avait enthousiasmée il y a quelques années avec L'empreinte de l'ange :

Une magnifique histoire autour du poids de l'Histoire et de la culpabilité : une jeune femme allemande se marie et accouche d'un petit garçon ; mais le bonheur ne semble avoir aucune prise sur elle, indifférente à tout ce qui l'entoure. Son mari, un flûtiste professionnel, cherche à savoir en vain ce que lui cache sa femme.

Mais c'est à un luthier juif hongrois qu'elle dévoilera son douloureux passé. Ils vivront ensemble une histoire d'amour passionnée mais le destin en décidera autrement....

J'ai lu ce roman il y a quelques années, je ne me souviens donc plus vraiment des détails mais cette histoire très noire m'avait profondément émue.

Et vous, avez-vous déja lu des romans de Nancy Huston ?

Nuala O'Faolain

La deuxième lauréate, pour le Fémina étranger, est la grande romancière irlandaise Nuala O'Faolain pour son roman L'histoire de Chicago May.

Il ne me reste plus qu'à republier la critique de ce roman que j'avais écrite il y a quelques semaines :

Editions Sabine Wespieser, 2006

Voici enfin ma critique du dernier O'Faolain . Après les critiques divergentes de Cuné (Cunéipage) et d'Alice (La lettrine), j'ai eu envie de me faire mon propre avis : eh bien, j'ai adoré !

Je n'avais jamais lu les oeuvres de la célèbre écrivain irlandaise et j'ai bien l'intention de les lire.

Ce qui est fort dans ce livre, c'est que Nuala O'Faolain noue une intrigue extrêmement romanesque à partir du réel et d'une documentation très précise. Elle invente un nouveau genre qui mêle à la fois la fiction, le documentaire et l'autobiographie.

Tout a commencé ainsi : l'auteur découvre par hasard l'autobiographie de Chicago May, une célèbre prostituée et braqueuse irlandaise du début du XXe siècle qui a émigré aux Etats-Unis. En parcourant différentes bibliothèques des Etats-Unis et le village natal de May en Irlande, elle retrace avec minutie le parcours de la célèbre hors-la-loi et décide d'écrire sa biographie.

Cette création est vue à la fois à travers un regard objectif ( les différents chapitres retracent les différentes étapes de la vie de May, des photos d'époque illustrent les propos de l'écrivain qui nous parle également de ses sources : voyages dans les bibliothèques, dans les hôpitaux et les prisons où a séjourné l'héroïne) et un regard subjectif ( May est vue comme le double de l'écrivain qui explique pourquoi elle a choisi cette femme comme sujet d'étude : May et Nuala ont quitté l'Irlande pour l'Amérique, elle n'ont jamais eu d'enfant....). L'auteur s'interroge constamment sur le bien fondé de son analyse : comment rendre compte des états d'âme de May alors que sa biographie ne raconte que des faits ? Peut-on avoir recours à l'imagination pour combler les vides ?

Sa démarche n'est pas si éloignée de celle de Nathalie Sarraute dans Enfance même s'il s'agissait là d'autobiographie. A l'ère du soupçon, on doute de la véracité de tout ce que l'on peut écrire ; c'est pourquoi la narratrice est omniprésente pour nous faire part de ces hésitations.

Voila pour l'innovation. Sinon, nous sommes plongés dans une folle intrigue romanesque : une femme éprise de liberté choisit de quitter sa pauvre terre d'Irlande pour tenter le rêve américain à la fin du XIXe siècle : c'est encore l'époque des pionniers et O'Faolain décrit à merveille l'ambiance des saloons. May est prostituée et danseuse, elle fuit l'Amérique pour la France où elle braque une banque à Paris. Puis c'est le départ pour l'Angleterre où commence une période de déchéance. Amour, jalousie, trahisons...Tout est là pour faire vibrer le lecteur. Puis vient enfin le temps de la rédemption.

L'écrivain décrit avec beaucoup de talent l'émergence du XXe siècle : description de l'Exposition Universelle, émergence des grandes villes...Nous passons des plaines désolées d'Irlande à la vie trépidante de Chicago, de New York en Londres en passant par Paris et Rio. La lutte pour l'indépendance irlandaise est également évoqué avec brio, de même que la période de la prohibition et l'émergence de la police moderne.

Pour résumer, voici un roman très original qui mêle la tradition ( importance du romanesque, splendeurs et misères d'une héroïne) à la modernité (interrogation sur la valeur de la biographie, fiction documentaire...)

 

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27 octobre 2006 5 27 /10 /octobre /2006 11:41

Editions Stock, 2006

Eric Faye est sans doute l'un des auteurs français contemporains les plus talentueux. C'est un auteur très discret qui a encore un lectorat trop confidentiel ; j'avais écrit un article il y a plus d'un an sur Les lumières fossiles. ; la plupart de ses oeuvres mettent en scène des personnages solitaires, à la marge de la société et ses romans ont souvent une teinte fantastique.

Dans ce dernier roman, Eric Faye prend pour personnage un anti-héros, un célibataire esseulé employé des postes. Antoine Blin respire l'ennui dans son petit appartement miteux. Sa vie sociale se résume à l'apéritif chez de "faux amis" qui l'invitent une fois par an pour lui donner les clefs de leur appartement quand ils partent en vacances. Ses réponses à des petites annonces se sont soldées par un lamentable échec.

Mais un beau jour, le destin d'Antoine Blin va basculer...Un homme étrange l'interpelle dans un jardin public pour lui demander s'il veut adhérer au syndicat des pauvres types. Un seul condition : reconnaître sur papier qu'il est un pauvre type....Le but de cette association : rassembler tous les pauvres types pour qu'ils constituent une force sans précédent capable de défier la société bien pensante qui a réussi...

Mais voila qu'Antoine Blin est courtisé par une autre puissance : une émission de téléréalité lui propose l'élection de Monsieur Tout Le Monde : la célébrité pendant un an et...un séjour de six mois au Panthéon après sa mort !!!

La puissance d'attraction de la téréalité va être bien plus forte que celle des pauvres types...

Eric Faye construit une intrigue très originale autour d'un thème d'actualité en évitant toute caricature. Au contraire du J'habite la télévision de Chloé Delaume, diatribe prétentieuse contre la bêtise télévisuelle, Faye décrit avec beaucoup de talent et d'humanité un être solitaire qui perd pied. L'histoire est d'ailleurs précédée d'un texte d'Emmanuel Bove, l'écrivain trop méconnu qui a su si bien décrire l'humanité des petites gens (voir Le pressentiment) :

"Je n'ai rien demandé à l'existence d'extraordinaire. Je n'ai demandé qu'une seule chose. Elle m'a toujours été refusée. J'ai lutté pour l'obtenir, vraiment. ... Cette chose n'est ni l'argent, ni l'amitié, ni la gloire...C'est une place parmi les hommes, une place à moi, une place qu'ils reconnaîtraient comme mienne sans l'envier ...Elle serait tout simplement respectable"

Dans cet univers tragique, Faye décrit avec tendresse ce Monsieur Tout Le Monde ; la description de son morne quotidien donne lieu à de très belles pages ; l'écrivain est beaucoup plus acerbe lorsqu'il s'en prend aux nouveaux riches avides de voyages organisés et de promotions internes. Sans vous dévoiler toute l'intrigue, on peut dire que le roman repose sur une réflexion philosophique très intéressante de nos sociétés contemporaines : la dégénérescence du concept de peuple qui après avoir eu une portée politique très importante au XIXe siècle, est aujourd'hui méprisé par des pouvoirs avides de le manipuler et de le transformer en consommateur docile.

Mais ce roman est bien plus qu'une thèse philosophique ! Il est bourré d'originalité (comme cette odeur que sent Antoine Blin sur lui, sans doute celle de la médiocrité ou le séjour de 6 mois au Panthéon !) et de rebondissements : il y a beaucoup de suspens et aussi une sorte d'enquête policière.

Ce roman est à ce jour le plus profond et le plus émouvant que j'ai lu de ceux qui s'inspire de la téléréalité. Car Faye n'a pas pris pour point de départ une émission de téléréalité ; il est au contraire parti du réel des gens et en a cherché l'origine tout en évitant de faire un roman à thèse; et de plus, il propose une solution bien originale pour vaincre la toute puissance de l'attraction télévisuelle. A vous de la découvrir !  

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23 octobre 2006 1 23 /10 /octobre /2006 09:25

ETATS-UNIS

Editions Philippe Rey, 2003

Joyce Carol Oates, grande dame des lettres américaines contemporaines, est un écrivain très prolifique : plus de trente romans mais aussi du théâtre, des essais, des nouvelles de la poésie. Elle enseigne la Littérature (et aussi l'art d'écrire) à la prestigieuse université de Princeton.

Jusqu'à maintenant, je ne m'étais pas précipitée sur un titre de Oates, ayant un a priori sur le fait que la quantité de titres primait sans doute sur la qualité. Puis une collègue m'a conseillé ce titre peu connu et j'ai vraiment accroché !

Cette oeuvre est un bijou de perversité et d'amoralité, placée sous l'égide d'Eros et Thanatos. Joyce Carol Oates nous plonge dans le milieu universitaire de la Nouvelle-Angleterre dans les années 75. Il s'agit d'une université féminine où l'on fait l'apprentissage de la lecture, de la peinture et de l'écriture.

Les jeunes filles sont sous le charme d'un couple très étrange : Andre Harrow, leur professeur de littérature, leur fait découvrir les textes saphiques du poète D.H Lawrence et les pousse à dévoiler dans leur journal intime leur intimité sexuelle. Quant à la femme de ce professeur, la mystérieuse sculptrice Dorcas, elle crée des sculptures primitives hideuses, les "totems", insulte à la beauté humaine, et régulièrement taguées lors d'expositions.

Les jeunes filles vont être sous l'influence maléfique de ce couple et des "rencontres" vont être organisées le soir avec une fille choisie par le couple. Que se passe-t-il vraiment dans la maison du couple?

C'est ce que va chercher à savoir, Gillian, la narratrice, qui nous raconte l'histoire dans une sorte de journal intime, 25 ans après les faits. C'est au cours d'une visite au Louvre, où elle revoit les fameux totems, qu'elle se souvient...Elle tomba amoureuse du mystérieux Andrew et fut en même temps hypnotisée par son épouse Dorcas.

Gillian est en même temps subjuguée, hypnotisée et enquêtrice : elle va peu à peu découvrir ce que cache le couple vénéneux, ces "délicieuses pourritures". Car plusieurs filles se suicident, deviennent anorexiques et des incendies inexpliqués se déclarent...

J'ai adoré le style de Oates : l'écriture est très pudique, elle ne fait que suggérer l'érotisme et la pornographie. L'écrivain préfère s'en remettre aux citations de grands poètes (DH Lawrence, Les métamorphoses d'Ovide) pour décrire l'atmosphère et les sentiments. L'univers malsain, et en même temps très poétique, subjugue le lecteur.

Oates décrit avec brio le mal de l'âme humaine. Elle évite tout manichéisme en privilégiant le magnétisme, l'hypnotisme qui peut nous attirer chacun vers le mal. Elle crée avec brio une atmosphère mystérieuse (rôle de la neige, des cloches de l'église etc..).

Pour conclure : je lirai sans doute un autre livre de cet écrivain !

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