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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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29 mars 2007 4 29 /03 /mars /2007 22:03

Collection pour adolescents

Actes Sud Junior, Collection "Ciné-roman"

Voici une collection chez Actes Sud à vraiment mettre en valeur : il s'agit d'un livre accompagné d'un DVD ; un réalisateur de court-métrage primé dans les festivals écrit une histoire tirée de son film ; il s'agit donc d'un film adapté en court roman !

L'auteur de L'aîné de mes soucis, Carine Tardieu, a reçu le Prix du public au Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand. A noter également que sort dans les salles cette semaine son premier long métrage, La tête de Maman, avec Karin Viard et Kad Merad.

Voici le thème de l'histoire : une famille est confrontée au cancer du sein de la Maman. Bientôt, elle perd ses cheveux et c'est la chasse à la perruque qui commence...Mais le vent souffle sur la plage et les perruques s'envolent...

Le livre et le court-métrage se complètent : dans le livre, c'est le grand-frère Félix qui nous raconte l'épreuve. Il se présente comme le "super champion" qui veut sauver sa mère à tous prix. On découvre un petit garçon très affectueux qui a ses phobies : il est un écologiste né et a des crises de spasmophilies dès que son entourage n'est pas écologique ! Le livre est bourré d'humour et plein d'espoir. A noter le jeu de mot du titre : c'est le cadet qui protège l'aîné ...

Le film quant à lui est un pur bijou de poésie : très peu de dialogues, on découvre juste ^le "crâne d'oeuf" de la Maman. La réalisatrice se concentre sur le "jeu des perruques" le long de la plage. Le vent est matérialisé par une rose des vents. La famille est filmée indifféremment bien que l'on remarque le regard de l'enfant à chaque fois. Le tout en 9 minutes ! Chapeau !

Une collection intéressante pour aborder en club de lecture le lien entre la littérature et le cinéma !

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28 mars 2007 3 28 /03 /mars /2007 22:00

ESPAGNE

Actes Sud, 2007

Voici un roman catalan qui a remporté un immense succès en Espagne. Ce roman nous plonge dans une période de l'histoire espagnole très peu traitée en littérature : le 18e siècle et plus précisément le règne de Charles III, "le despote éclairé". Comme dans plusieurs pays d'Europe (La Russie par exemple avec Catherine II et l'Autriche avec Joseph II), le roi souhaite éduquer le peuple et moderniser son pays en développant par exemple le commerce et les arts. Il souhaite donc imiter Pierre Le Grand, roi fondateur de Saint-Pétersbourg, en créant une ville royale magnifiant  les arts et assurant un débouché de l'Ebre en Méditerranée. Pour cela, il va faire appel à un architecte italien, un certain Andrea Roselli et au grand peintre vénitien, Giambattista Tiepolo....

Nous voila donc plongés dans une intrigue "historico-artistique" comme je les adore avec une pose dose de suspens en plus. Il faut dire que les écrivains espagnols sont des spécialistes du genre : citons Le tableau du maître flamand d'Arturo Pere-Reverte et Clara et la pénombre de José Carlos Somoza.

Le roman repose sur deux intrigues parallèles qui vont se rejoindre : le galeriste barcelonais, Emili Rosel, a grandi à proximité des ruines de la ville de San Carlos, la ville inachevée du roi Charles III. Ces ruines ont exercé une fascination étrange sur lui d'autant plus que cette histoire de "ville invisible" relève apparemment plus du mythe que de la réalité. Mais un jour, il reçoit un étrange colis : Le mémorial de la ville invisible de l'architecte Andea Roselli. Le roman va ainsi faire alterner les chapitres de lecture du manuscrit (nous voyageons dans les capitales européennes du XVIIIe siècle) et les aventures contemporaines du galériste. A plus de 200 ans d'intervalles, les vies d'Andrea Roselli et d'Emili Rosel vont se répondre....

Un mystère va envenimer l'intrigue : la dernière toile du peintre Tiepolo semble avoir disparu depuis la mort du peintre. Le manuscrit révèle-t-il le lieu de sa cachette ?

Les deux intrigues parallèles insistent sur les manigances de toute sorte dans le milieu de l'art : en voyageant dans les capitales européennes, Andrea Roselli découvre les intrigues de cour et que l'art est au service de la politique (exemple de la vieillesse de Tiepolo à Madrid). Deux siècles plus tard, Emili doit absolument retrouver le Tiepolo maudit pour rembourser des trafiquants de drogue ! Mais chacun des protagonistes (Andrea, Tiepolo et Emili) trouvera un voix de salut.

Ce roman offre un merveilleux voyage et une intrigue à laquelle on s'accroche facilement : que cache le dernier tableau de Tiepolo? Qui a envoyé le mystérieux manuscrit à Emili et pourquoi ?  Vous le saurez bien sûr à la fin ! Ce secret fait évoluer un peu le roman vers le thriller historique. L'auteur insère cette intrigue dans une problématique contemporaine, qui est la préservation des espaces naturels.

A lire !

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26 mars 2007 1 26 /03 /mars /2007 21:11

Editions La Dilettante, 2004

Comme promis, je suis allée voir le film Ensemble, c'est tout adapté du roman éponyme d'Anna Gavalda : c'est tout simplement GENIAL !!! J'ai ressenti une grosse bouffée d'aire frais, un grand moment de bonheur sans toutefois avoir l'impression de regarder un film à l'eau de rose.

Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire, voici le résumé : Frank, un jeune cuisinier dont la grand-mère est en maison de retraite vit en "coloc" dans le grand appartement qu'occupe Philibert, un aristo bègue au grand coeur. Quant à Camille, femme de ménage anorexique, elle vit dans une chambre de bonne au dessus du grand appartement. Un soir, elle croise Philibert dans le couloir, il font connaissance et s'invitent à dîner. Lorsque Camille, en pleine déprime, attrape une grosse grippe dans sa chambrette, Philibert la recueille dans son grand appart....au grand dam de Franck, très énervé par les allers-retours hebdomadaires à la maison de retraite...

Ensemble, ces écorchés de la vie vont raccommoder leurs bobos....

Cette histoire très simple est un cocktail d'humour et d'émotion. On rigole à chaque instant (les manières aristos de Philibert, son bégaiement, les "je t'aime moi non plus de Franck et de Camille). Côté émotion, il y a la grand-mère de Franck qui est reléguée dans sa maison de retraite pour s'être cassé le fémur. Mais la petite communauté va bientôt la tirer de là....Larmes assurées...

Je sais maintenant pourquoi ce livre a si bien marché : il instaure une communauté fraternelle où chacun se guérit de ses maux. J'ai aussi adoré le traitement des relations intergénérationnelles entre la grand-mère et le groupe de jeunes. On se dit que c'est si simple finalement ! Les personnages sont vraiment attachants, on a envie de les embrasser ! Un coup de coeur quand-même pour Philibert qui remporte pour moi tous les suffrages !

J'ai un tel souvenir du film que je me demande ce que va donner le livre !

Un coup de chapeau quand-même au cinéma français qui depuis quelques mois nous fait vibrer d'émotion. J'ai regardé il y a quelques jours Je vais bien, ne t'en fais pas de Philippe Lioret, adapté du roman d'Olivier Adam. Pareil à Ensemble, c'est tout, un grand moment d'émotion ! Du réalisme, de la justesse, des histoires qui peuvent arriver à tout le monde !

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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 14:38

Microfictions, Gallimard, 2007

Microfictions

Régis Jauffret vient de remporter le Prix France-Culture-Télérama avec son roman Microfictions. Je n'ai pas lu son dernier opus, mais je trouve que ce prix est amplement mérité !

Son style est inimitable : il allie à la verve de la langue un humour décapant et une imagination débordante ! A coup sûr, c'est l'une des voix les plus originales de la littérature française contemporaine. Parmi ses oeuvres les plus connues (que j'ai lues), on peut citer Univers, Univers (une bourgeoise faisant cuire son gigot un dimanche midi s'imagine 1000 vies différentes : elle devient un chien, un braqueur de banque, un homosexuel...Une parodie acerbe de Madame Bovary ou Mrs Dalloway !) ou encore Asile de fous où le beau-père est engagé comme plombier pour dire à la belle-fille que son fils la quitte !

Vous l'aurez compris, Régis Jauffret est le romancier de personnages déjantés, sombrant dans la folie la plus décoiffante. Il renie les techniques romanesques traditionnelles : pas de psychologie, de description; les personnages sont d'abord des voix qui s'incarnent dans un discours débridé (c'est en cela qu'on peut le rapprocher de Lydie Salvayre). Microfictions, sur 1000 pages, rassemble 500 discours de deux pages ; ces récits rassemblent toute la basse et la méchanceté humaine (des histoires de viols, de meurtres...). Certains pourront critiquer le côté "malsain" de ses histoires. Mais rappelons avec André Gide qu'"il n'y a pas de bonne littérature avec de bons sentiments".

Je trouve que Jauffret fait preuve d'originalité et d'humour à côté de tous ces auteurs qui prônent l'autofiction...

Je vous conseille de lire l'article de Télérame qui lui est consacré cette semaine. Dans cet interview, Jauffret fait une brillante analyse de la littérature :

"Je ne veux pas faire le trottoir (entendez: écrire des livres insipides) pour que les gens me lisent. Si je devais répondre au besoin du lecteur lambda, j'entrerais alors dans l'industrie éditoriale, je répondrais aux études de marketing. La littérature, c'est tout le contraire. L'art ne va pas vers les gens, c'est à eux de faire le pas vers lui. Pour lire, il faut être volontaire"

Une leçon à méditer !

Avez-vous déja lu un roman de Régis Jauffret ? Qu'en pensez-vous ?

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23 mars 2007 5 23 /03 /mars /2007 21:48

Editions La Dilettante, 2004

Adaptation cinématographique de Claude Berri, 2007

Cela n'a échappé à personne : le best-seller d'Anna Gavalda est adapté au cinéma. Malgré le plus grand bien que l'on m'a dit de ce livre, je n'avais pas vraiment envie de le lire. J'ai lu il y a quelques années Je l'aimais du même auteur, et je n'ai vraiment pas été enthousiasmée !

Par contre, j'ai bien envie d'aller voir le film! Il faut dire que le livre me rebute un peu pour deux raisons :

-Tout d'abord parce que le livre Je l'aimais ne m'avais pas plu. Il y a aussi le côté un peu commercial de l'auteur...

-Deuxièmement, tout simplement parce que c'est un pavé !!! Ces derniers ne me font pas peur mais je préfère lire les "pavés" classiques....

Et vous, l'avez-vous lu ? Qu'en pensez-vous?

 

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23 mars 2007 5 23 /03 /mars /2007 11:49

ANGLETERRE, 1925

Voici l'un des plus grands romans qui a révolutionné la littérature du XXe siècle. Tout comme Ulysse de James Joyce, l'action se déroule sur une journée et nous plongeons dans l'intimité, dans la conscience du personnage.

Il y a quelques temps, j'avais lu "mon premier Virginia Woolf", Orlando, que j'avais vraiment adoré. J'ai donc eu envie de découvrir son oeuvre la plus connue !

Bref résumé: le roman décrit la journée de Clarissa Dalloway qui prépare une soirée mondaine. Elle part acheter des fleurs, c'est l'occasion pour l'auteur de décrire la vie quotidienne dans les rues londoniennes. Cette journée pas comme les autres va être marquée par le retour du premier amour de Clarissa, l'aventurier Peter Walsh, qui revient à Londres après un long voyage. L'occasion pour Clarissa de se rappeler sa jeunesse, de nous faire partager ses déceptions et ses regrets puisque Clarissa avait quitté Peter pour épouser le futur député Richard Dalloway. L'action repose sur les états d'âme des personnages dont les émotions sont le fil conducteur de l'intrigue. Pas de paragraphe ni de chapitre : c'est le changement d'une conscience à une autre, de la description de l'âme d'un personnage à un autre qui assure le rythme de l'intrigue.

Et c'est en ce point que ce roman est d'une modernité à toute épreuve. Sans établir d'intrigue traditionnelle, Virginia Woolf arrive à décrire des lieux, parler du contexte historique et du passé en examinant les consciences des personnages.

Ma plus grande surprise a été d'ailleurs de découvrir qu'il n'y avait pas qu'une seule conscience, celle de Clarissa ! Il y a deux personnages masculins très importants, dont Virginia Woolf explore également l'intériorité : Peter Walsh, le premier amour de Clarissa, qui va cristalliser tous ses remords ; il incarne le romanesque, l'aventure, à l'opposé de son époux qu'elle a choisi pour s'assurer une place dans la bonne société. Il y a également Septimus Warren Smith, un ancien soldat de la guerre de 14-18, qui n'arrive pas à surmonter la mort de son meilleur ami à la guerre et qui sombre dans la folie.

Ces deux personnages masculins incarnent à eux seuls deux facettes de la personnalité de Clarissa : la tentation du romanesque d'un côté et de l'autre, la tentation de la mort, du suicide. L'intrigue évolue également grâce à ces deux hommes : Peter Walsh revient et déclenche les souvenirs de Mrs Dalloway, Septimus Warren Smith se suicide; ce suicide est annoncé lors de la soirée mondaine par un médecin; alors qu'elle ne connaît pas cet homme ; mais son refus de la vie engendre des réflexions très émouvantes sur la personnalité de Clarissa ; pour elle, Septimus est allé au bout des choses alors qu'elle n'a fait que pactiser avec des faux-semblants. Il incarne cette pulsion de mort qui fascine tant Clarissa et son auteur Virginia.

Les pages décrivant les hallucinations, la folie de Septimus sont pour moi les plus belles du roman: elles décrivent avec brio la fusion avec la nature, le désir d'écriture, l'incompréhension des médecins de de toute la société. Woolf y parle bien sûr de sa propre expérience d'internement et de suicide. Ces passages sont de véritables poèmes; ce soldat dépressif est pour moi le personnage le plus émouvant du roman.

Ce que je retiens également c'est la capacité qu'a Virginia Woolf de mêler l'intériorité à toute une description minutieuse de la société de l'époque : on revit le traumatisme de la Première Guerre Mondiale et le début du déclin de l'Empire Britannique à travers les conversations ; en même temps, on est au coeur de l'essence  romanesque avec le personnage Clarissa qui, au coeur d'une soirée mondaine, explore les méandres du souvenir et de la mort.

Un livre bien sur indispensable à lire pour découvrir la véritable oeuvre; ce qui l'on peut dire ou lire sur cette oeuvre est bien trop réducteur !

 

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21 mars 2007 3 21 /03 /mars /2007 22:15

Editions José Corti, 2007

Voici le deuxième roman d'un écrivain prodige dont j'ai adoré le premier titre, La robe, présenté sur mon blog il y a quelques semaines.

Dans ce deuxième opus, on retrouve la même transparence entre le rêve et la réalité et aussi la référence à l'Europe centrale du début du siècle. Par contre, j'ai trouvé ce livre plus hermétique et moins envoûtant que le premier. Ce qui ne retire rien de sa qualité....

Le narrateur est un esthète d'une cinquantaine d'années qui parcourt l'Europe Centrale de Vienne à Istambul, à bord de l'Orient Express.Ce riche héritier nomade a ainsi passé sa vie d’un lieu à un autre sans désirer se poser. Mais alors que le train traverse un lac autrichien, le héros est « happé » par une mystérieuse villa, ornée d’une véranda. Il ressent l’impression qu’il connaît ce lieu alors qu’il n’y est jamais allé. Il descend à la prochaine station et se renseigne sur cette maison qui est à vendre. Des légendes mystérieuses courent dans le village sur ses anciens habitants : un vieil homme y serait gardé par deux femmes fantomatiques….

 

Le héros va entreprendre des démarches pour acheter la maison et connaître les propriétaires…

 

A partir de ce moment, nous ne savons pas s’il s’agit de la réalité ou d’un rêve. Le narrateur semble avoir enfin trouvé le lieu où finir ses jours…Mais dans cette maison, il est aussi sujet à de mystérieuses hallucinations, dues à la prise d’une drogue, l’ayahuasca, utilisée lors des transes chamaniques. Le havre de paix est-il une hallucination de plus ?

 

Toujours est-il que le héros quittera momentanément ce refuge pour terminer sa quête vers la  jouissance en direction des bordels d’Istanbul….

 

Ce livre ne donne pas de solution définitive ; l’auteur ouvre plusieurs chemins et c’est au lecteur de choisir sa propre interprétation. L’écrivain fait des références à l’inconscient, aux réminiscences, à la réincarnation…De multiples pistes pour se diriger…

 

Quant à l’amateur de voyages et d’Histoire, il y trouvera largement son compte. Bien qu’en ne donnant toujours pas d’indications temporelles, on devine que nous sommes dans La Mitteleuropa (l’Europe Centrale) du début du siècle. Nous découvrons les montagnes autrichiennes, les plaines rurales roumaines et enfin, l’effervescence des rues d’Istanbul. L’auteur évoque le déclin de l’Empire à travers ces dilettantes incarnés par le narrateur qui vont chercher leur plaisir dans les bouges de l’Empire Ottoman. Chaque pays, que ce soit l’Autriche, la Roumanie ou Istanbul sont décrits magnifiquement à l’aide de multiples sensations. Alors que les minorités s’éveillent au nationalisme, les riches occidentaux se pâment dans la drogue, les plaisirs de la chair et le rêve.

On retrouve ainsi le charme suranné de La robe et les mêmes références culturelles avec un peu plus de mystère en plus….Un auteur à suivre….

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20 mars 2007 2 20 /03 /mars /2007 17:42

ALLEMAGNE -1926

Editions Grasset, "Les cahiers rouges"

Klaus Mann (1906-1949) est le fils du grand Thomas Mann, l'auteur de La mort à Venise et de La montagne magique. Tout comme son père, il quitta l'Allemagne au moment de la montée du nazisme et parcourut l'Europe (dont la France où il rencontre Gide et Cocteau) et les Etats-Unis. Menant une vie de bohème tout en se faisant le porte-parole de l'émigration allemande, mêlant drogue et dépression, il se suicida à Cannes en 1949.

Ce premier roman, écrit à 20 ans en 1926, est le symbole de la "génération perdue", celle qui vécut sa jeunesse entre les deux guerres mondiales. Tout au long du livre, le narrateur s'interroge sur le sens à donner à la vie alors que l'apocalypse a été vécue. Comment construire quelque chose alors que la jeunesse se complaît dans le désespoir et que leurs ainés ont tout réussi?

Ce roman s'annonce comme une prophétie car il annonce en 1926 le second cataclysme qui s'abattra sur l'Europe. La danse pieuse est une métaphore du chemin qu'il faut parcourir pour donner sens à sa vie. L'expression évoque également le tableau peint au début par le héros du roman, Andreas Magnus, un tableau représentant des enfants dansant autour de la figure christique.

Ce titre fit scandale en 1926 car Klaus Mann y évoque ouvertement son homosexualité, son amour pour un "gigolo" nommé Niels.

Les aventures d'Andreas Magnus sont fortement inspirées de celles de l'auteur. Andreas Magnus est un jeune peintre expressionniste qui n'arrive pas à trouver sa place par rapport à ses aînés. Il préfère quitter le domicile paternel et s'installe alors dans les bas-fonds du Berlin décadent des années 20. Il y fréquente des chanteuses, des travestis dans des cabarets louches. Il se produit lui-même dans ces night clubs et va tomber amoureux de Niels, un bel éphèbe blond, qui va devenir le gigolo de toute la clientèle. Il va suivre ce dernier jusqu'à Paris où se réunit toute la bohème internationale.

Klaus Mann brosse ainsi avec brio la société allemande décadente des années 20, celle de la République de Weimar ; on se croirait dans un tableau d'Otto Dix. Les personnages sont tous très pittoresques et attachants. Cette jeunesse s'engouffre dans les plaisirs effrénées alors que Man prophétise la disparition progressive de l'art au profit de l'argent.

On admirera également la référence constante à la divinité. Au début, Andreas fait un rêve merveilleux où la vierge lui refuse son chapelet car il n'a pas encore assez souffert. A la fin, la figure divine semble s'être humanisée en la personne de Niels (sur la photo duquel il dépose le chapelet).

Y a t-il déréliction? La réponse n'est pas nette :même si cette oeuvre annonce le cataclysme prochain, la conclusion semble appeler au maintien d'une croyance :

"Je n'aime pas regarder le futur et le futur ne m'intéresse pas. Si je m'y laisse parfois entraîner, j'ai une sombre vision de l'art et de ses conditions d'existence au cours des prochaines décennies. J'ai une vision aussi sombre du rêve, grand et profond, d'une humanité moralement libre, pensive et sereine, un rêve que font les meilleurs d'entre nous. Le trouble de ce temps est puissant, peut-être aucune époque autant que la nôtre n'a eu conscience d'être aussi troublée, d'être à ce point entraînée vers on ne sait où. Ce que nous savons le moins, c'est vers va nous conduire cette grande danse. ...Nous ne pouvons rien savoir de la solution de ce trouble, peut-être cette solution est-elle justement le grand abîme, une nouvelle guerre, un suicide de l'humanité; ...Puisque nous sommes des danseurs sans but, nous célébrons la vie comme une pieuse cérémonie et nous ne pensons pas que nous pourrions aller vers ce qui est bon, vrai, solide. ...Une fête ne doit pas être quelque chose d'étourdi, d'approximatif, ni vide de pensée. Nous gardons dans nos coeurs ce qui est le sens d'une telle fête. Il me semble donc que ce n'est pas une fête frivole, une plaisanterie d'enfant, c'est plutôt un jeu grave, une aventure pieuse"

Un texte indispensable pour comprendre la période de l'entre-deux guerres...

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19 mars 2007 1 19 /03 /mars /2007 18:48

, PORTUGAL

José Saramago, né en 1922, est le plus grand écrivain portugais contemporain avec Antonio Lobo Antunes. Il a reçu le Prix Nobel de Littérature en 1998.

Son oeuvre, teintée de fantastique, est une allégorie de la condition humaine. Dans L'aveuglement, une épidémie de cécité s'abat sur un pays entier. Il n'y a pas d'indication spatio-temporelle, ce qui rend l'histoire à la fois étrange et universelle.

Au début, l'aveuglement ne frappe que quelques dizaines de personne. Pour enrayer l'épidémie inexplicable, le gouvernement décide d'enfermer les contaminés dans des dispensaires ou des usines désaffectés. Ces derniers, sans aucun recours à l'aide extérieure, vont bientôt devenir de véritables animaux. Sans la vue, ils ne se lavent plus, laissent les immondices sur le sol ...et commencent à s'entretuer. Combat pour la nourriture, viol des femmes...Nous voila revenus à un état de nature où l'homme est un loup pour l'homme.

Une femme qui n'a bizarrement pas perdu la vue, s'est immiscée dans le groupe pour ne pas abandonner son mari. Cette dernière va devenir leur ange gardien, les guidant dans leur quotidien, les aidant à se laver, se guider, se nourrir. ..

José Saramago nous plonge dans un univers très noir où les humains se trouve confrontés à la déréliction. L'écrivain se complait à décrire des hordes errantes qui parcourent les rues. Nous sommes en pleine apocalypse.
Le style d'écriture joue sur un rythme effréné; il n'y a pas de paragraphe, pas de saut de ligne pour les dialogues. Saramago joue aussi beaucoup sur les répétitions d'actions pour souligner le quotidien.

Si le début m'a passionnée et surprise par sa noirceur absolue, j'ai été un peu déçue par le rythme très lent du livre. J'ai eu cependant l'impression de lire un roman d'anticipation : qu'arriverait-il si nous étions tous aveugles ?

Petit à petit, grâce à "l'ange gardien", les valeurs humaines réapparaissent. Saramago nous transmet en belle allégorie sur la société qui est aveugle devant les valeurs humaines.....

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17 mars 2007 6 17 /03 /mars /2007 12:17

ALLEMAGNE  - 1924

Je continue l'exploration de l'un des mes écrivains classiques préférés, Hermann Hesse. J'avais déjà fait un article sur Le loup des steppes, l'un des livres qui m'a le plus marqué dans ma vie.

Voici maintenant Siddharta, une sorte de conte philosophique. Hermann Hesse, fortement influencé par les religions orientales, nous plonge dans l'Inde du VIe siècle avant notre ère (nous y rencontrons Bouddha) : Siddharta, fils de brahmane, est un jeune homme admiré par tous pour son intelligence et sa sagesse. Mais, éternel insatisfait, il est à la recherche constante de son "moi", de la âme.

Il va donc rompre les amarres et chercher sa propre voie. Siddharta signifie d'ailleurs en sanscrit "celui qui accomplit son but". Il va donc quitter la vie brahmanique pour devenir un Samana, un pèlerin qui vit dans les bois dans une extrême pauvreté et pratiquant le jeûne. Il comprend peu à peu qu'il s'éloigne de lui-même et entend parler d'un sage, le dénommé Gotama, le futur Bouddha. C'est alors qu'il le rencontre et qu'il écoute sa doctrine ; bien qu'il soit émerveillé, il se refuse à suivre toute doctrine, à toute loi d'un maître; car c'est en lui-même qu'il doit trouver l'illumination et non en la connaissance...Il va donc poursuivre sa route et découvrir la vraie vie, le Samsara : le monde des humains, l'agitation, l'instabilité, la vanité de l'existence...

Voici l'exemple le plus parfait du conte initiatique : Siddharta rejette toute influence extérieure pour trouver son âme. Pour lui, la paix n'est pas dans la connaissance mais bien dans une révélation intérieure. Rien ne se transmet, tout se ressent, se vit.

Tout comme dans Le loup des steppes, on retrouve la conception de l'homme chère à Hermann Hesse : l'homme n'est pas un mais une multiplicité de possibles. D'ailleurs, on découvre de très belles métaphores de la condition humaine : il y a l'étoile qui suit tout droit son chemin (c'est le cas des bouddhistes), il y a la feuille qui vole et qui tournoie sans arrêt avant de se poser au sol; puis il y a le fleuve, symbole de l'Unité, qui est Un d'amont en aval, qu'il soit ruisseau, torrent ou mer.

Pour les amateurs de l'Orient, on y découvre toute les "notions" de l'hindouisme et du bouddhisme. A noter cependant que ce n'est pas une oeuvre bouddhiste puisque Siddhartha rejette toute doctrine; c'est au contraire une profession de foi très individualiste comme quoi il faut suivre son propre chemin pour trouver la paix intérieure. L'homme est Un et Tout en même temps, il n'est pas l'instrument d'un conflit entre le Nirvana et le Samsara.

On peut également considérer ce livre comme un beau voyage vers un ailleurs géographique et temporel, matériel et spirituel.

Une très belle histoire, sous la forme d'un conte, en plus d'une belle conception de la vie.

Voici les extraits les plus marquants :

« Le savoir peut se communiquer, mais pas la sagesse. On peut la trouver, on peut en vivre, on peut s’en faire un sentier, on peut, grâce à elle, opérer des miracles, mais quant à la dire et à l’enseigner, non, cela ne se peut pas. …

 

Le contraire de toute vérité est aussi vrai que la vérité elle-même ! Je l’explique ainsi : une vérité, quand elle est unilatérale, ne peut s’exprimer que par des mots ; c’est dans les mots qu’elle s’enveloppe. Tout ce qui est pensée est unilatéral et tout ce qui est unilatéral , tout ce qui n’est moitié ou partie, manque de totalité, d’unité. Et pour le traduire, il n’y a que des mots. Quand le sublime Gotama parlait du Monde dans son enseignement, il était obligé de le diviser en Sansara et en Nirvana, en erreurs et en vérités, en souffrance et en délivrance. ….Mais le monde en lui-même, ce qui existe en nous et autour de nous, n’est jamais unilatéral. Un être humain ou une action n’est jamais entièrement Sansara ou entièrement Nirvana, de même que cet être n’est jamais tout à fait un saint ou tout à fait un pécheur…..

 

Fait bien attention ! Le pécheur que je suis et que tu es, reste un pécheur ; mais un jour viendra où il sera brahma, où il atteindra le Nirvana, où il sera Bouddha, mais, prends-y garde : ce un jour est une illusion, ce n’est que manière de parler ! Le pécheur ne s’achemine pas vers l’état du Bouddha, il n’évolue pas, quoique notre esprit ne puisse se représenter les choses d’une autre façon. Non, le Bouddha à venir est maintenant, il est aujourd’hui en puissance dans le pécheur, son avenir est déjà en lui, tu dois déjà vénérer en lui, en toi, ce Bouddha en devenir, ce bouddha encore caché. Le monde, ami Govinda, n’est pas une chose imparfaite ou en voie de perfection, lente à se produire : non, c’est une chose parfaite et à n’importe quel moment.

 

C’est pourquoi j’ai l’impression que ce qui est, est bien. Je vois la Mort comme la Vie, le péché comme la Sainteté, la prudence comme la folie, et il doit en être ainsi de tout ; je n’ai qu’à y consentir, qu’à le vouloir, qu’à l’accepter d’un cœur aimant »

 

A méditer longuement...

 

 

 

 

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