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  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 12:52
ETATS-UNIS

L'histoire de l'amour

Gallimard, 2006

Ce livre de la jeune auteur new-yorkaise, épouse de Jonathan Safran Foer, l'auteur de Extrèmement fort et incroyablement près,  a été l'un des grands succès de la rentée littéraire 2006.
C'est vrai que le titre ne fait a priori pas envie. On se dit, c'est niais, c'est du re-re-revisité...Pas du tout !

Avec une écriture souvent tragi-comique et une construction très habile, Nicole Krauss signe un roman très original, à énigmes.

Car trois personnages prennent la parole. On ne sait au début ce qui les lie, on va comprendre progressivement que c'est un livre, L'histoire de l'amour. A la tête de chaque chapitre, un "icône" qui désigne le personnage qui prend la parole : un coeur(l'organe), un livre, une pendule.


Il y a un vieillard, Léon Gursky, vivant comme un reclus à New-York. Après cinquante ans d'"abstinence", il se remet à écrire un roman. On apprend qu'il a échappé à l'holocauste en émigrant à New-York. Dans sa Pologne natale, il était tombé amoureux fou de la belle Alma. Il lui adressait des chapitres du roman qu'il était en train d'écrire. Cette dernière a émigré aux Etats-Unis en 1940 quelques mois avant Léon, avec l'enfant qu'elle portait de lui. Ne voyant pas revenir Léon, Alma a fini par se marier. Enfin arrivé à New-York, Léon retrouve Alma mariée. De dépit, il décide de garder son amour intact, de vivre face à sa solitude...en suivant de près la vie de son fils qu'il n'a jamais vu et qui est devenu un écrivain célèbre.


Vient ensuite Alma, une jeune fille de 14 ans, dont le père vient de mourir. Elle découvre que son prénom est celui d'une héroïne de roman L'histoire de l'amour, titre que son père avait offert à sa mère lors de leur rencontre. La mère d'Alma est contactée par un mystérieux éditeur qui lui demande de traduire en anglais L'histoire de l'amour. Pour conjurer le deuil et la solitude et pour trouver un "second amoureux" à sa mère, Alma se met à la recherche de ce mystérieux éditeur et d'Alma, le personnage, qui selon elle, existe vraiment.

Enfin, le troisième personnage est l'écrivain qui a publié L'histoire de l'amour. On apprend qu'il a fui l'holocauste polonais des années 40 et qu'il s'est exilé au Chili où il a publié cet unique roman...


Ces voix s'expriment alternativement. Au début, le lien entre eux est inexistant. Il va se créer peu à peu, emmenant le lecteur dans un chemin tortueux, labyrinthique. 

Au centre de cette histoire, le deuil, les trahisons, l'amour passion, l'amitié, la solitude. Un foisonnement romanesque où évoluent des personnages blessés par la vie, mais répondant au malheur par la fantaisie : Léon, l'octogénaire reclus, s'est inventé un meilleur ami fantôme, Alma, la petite orpheline, tente de noyer son chagrin dans une enquête qui lui réserve de multiples surprises. Quant à Bird, le petit frère d'Alma, il se prend pour Dieu...

Le ton est gai, alerte tout en évoquant la vieillesse, la mort ("quand ils rédigeront ma nécrologie. Demain. Ou le lendemain. On y lira : Léon Gursky laisse derrière lui un apparetement plein de merde") évitant tout misérabilisme lié aux histoires de l'Holocauste. L'histoire est centrée autour d'un livre et de toutes les vies qui ont été chamboulées par ce dernier.

L'histoire est très marquante, tragique. La fin, géniale, vous fera sans doute verser quelques larmes. Un livre intelligent, remarquablement construit, qui traite avec habilité de thèmes universels.

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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 18:04

Editions Verdier, 2007



Après La souterraine de Christophe Pradeau, voici un autre bijou des éditions Verdier. Décidément, cet éditeur est passé maître de l'art de nous livrer des récits poétiques atemporels, ciselés dans une langue d'antan.

Nous voici à la limite du roman historique et du conte. L'histoire se passe pendant la révolution, dans l'Est de la France, avant et pendant la célèbre bataille de Valmy en 1792 qui a vu la victoire des français sur les autrichiens.

Julien Letrouvé, comme son nom l'indique, est un orphelin qui a été élevé dans un village paysan par des tisserands. Pendant son enfance, chaque soir, il descendait dans une "ecreigne", pièce troglodyte éclairée par des chandelles, où les femmes se rassemblent à la veillée pour écouter des histoires. Le jeune Julien a été marqué à vie par la liseuse qui le faisait rêver...


Mais au moment de la puberté, le jeune homme est exclu contre son gré de l'ecreigne. Reste en lui l'amour des contes et des belles histoires....alors qu'il ne sait pas lire...

Mais pour rendre hommage aux histoires qui ont magnifié son enfance, il devient colporteur. Dans une boîte protectrice qu'il porte en bandoulière, il parcourt les villages pour vendre les petits livres de la Bibliothèque Bleue. Ces livres de littérature populaires, contes, légendes, almanachs, vie de saints, recettes de cuisine...

Mais en 1792, la guerre gronde. Alors que les armées du Duc de Brunswick se rapprochent, les villages se vident. Mais contre vents et marées, Julien Letrouvé parcourt les chemins. Il va rencontrer un soldat déserteur prussien amoureux de la culture française...
Mais le destin est en marche...

Une belle histoire d'un autre temps, un hommage vibrant à l'objet livre et aux souvenirs d'enfance.

L'écriture est très attentif à l'atmosphère, aux sensations éprouvées. Le héros est littéralementhabité par les livres alors qu'il est illetré.

Bien qu'il s'agisse d'un roman historique, on devine l'hommage à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, à la sauvegarde de la littérature par des temps d'apocalypse.

Un livre très poétique qui nous promène dans des villages perdus, des forêts ombrageuses, des clairières protectrices...et dans un monde où l'on peut mourir pour les livres. La description des  liseuses fait penser à des femmes mi sorcières, mi déesses.

Julien Letrouvé, en tant qu'analphabète amoureux et soldat des livres, est un héros inoubliable...





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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 17:01
ETATS-UNIS



Editions Gallimard "Du monde entier", 2007

Dernièrement, je vous avais parlé de Ballades pour John Henry, le deuxième roman fleuve  de Colson Whitehead ; avec ce dernier opus, Whitehead s'affirme sans doute comme l'un des écrivains les plus critiques de la société de consommation actuelle. Ce dernier roman gagne en précision, en clarté et donc en efficacité. 

Au coeur du récit, encore un thème brillant d'originalité : le personnage principal, un afro-américain,  est un "consultant en nomenclature" : il est chargé par la société de publicité qui l'emploie de trouver des noms clinquants aux produits pour qu'ils se vendent !

Il s'est imposé dans le métier en inventant le sparadrap multiculturel Apex, un sparadrap multiculturel de la même couleur que la peau du blessé : un bon moyen d'oublier sa blessure et son origine ethnique !

Mais Apex lui a joué des tours : après s'être cogné l'orteil, il le protège du prestigieux Apex mais ce dernier produit une réaction chimique ! Depuis, il boîte...

Après quelques mois sabbatiques, notre consultant est recontacté par sa boîte pour être dépéché dans une petite bourgade américaine provinciale, baptisée Winthrop. Mais un investisseur a colonisé les lieux et depuis la petite ville est en plein essor économique si bien que l'on veut la renommer New Prospera. Cela fait quand même plus marketing et ce nouveau nom est susceptible d'attirer les jeunes et les cadres dynamiques ! Mais voila que le maire noir  et le descendant de Winthrop ne sont pas d'accord. Le consultant est chargé d'aller sur les lieux, d'arbitrer ce conflit...et de donner raison à l'investisseur. New Prospera fait vendre !

Mais notre consultant perd bien vite ses certitudes car derrière les démarches commerciales destinées à faire la publicité de la ville, se cache un conflit entre le maire noir de la ville, descendante des fondateurs de la ville fondée par des esclaves libérés et le descendant de l'ancêtre Winthrop, un magnat local du barbelé qui avait assuré jadis la prospérité de la ville. 

Le descendant de Winthrop, Madame La Maire et l'investisseur s'opposent sur le nom à donner...et le consultant découvre le passé occulté de la bourgade. A travers l'histoire de la ville, le consultant dévoile le mal, le secret bien gardé, que l'on voudrait cacher comme Apex cache une blessure, comme un beau mot cache la vérité, la nature de la chose, comme la publicité cache la vérité des produits...

En plus d'une satire acerbe sur le monde de la publicité et de la société de consommation, Whitehead nous livre une belle réflexion sur la nature du langage qui camoufle la nature des choses et des gens. C'est un instrument de manipulation au service des idéologies.

A travers une intrigue extrèmement divertissante, l'auteur dévoile également une partie cachée de l'Histoire de l'Amérique, celle des esclaves noirs.

L'ensemble du récit fonctionne sur un manichéisme vérité/mensonge : tout comme l'histoire véritable du nom de la ville est occultée, le pansement Apex occulte la blessure et le langage occulte également la nature des choses. 

Whitehead est aussi maître dans l'art du suspense : le consultant enquête sur l'histoire cachée de la ville et l'on découvre peu à peu le secret de sa blessure.

C'est drôle, c'est cinglant, c'est intelligent . Du grand art !

"Un nom qui toucherait au coeur de la chose : voila qui serait miraculeux. Mais jamais il ne toucherait au coeur de la chose, il se bornait à coller un pansement dessus pour contenir le pus. Quel est le mot, se demanda-t-il, qui désigne cette chose fuyante ? Il l'avait sur le bout de la langue. Quel est le nom qui désigne ce qui reste toujours hors de notre portée ? Comment appelle-t-on ce qui nous échappe ?"

Réponse à la fin du livre !

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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 19:33

PREMIER ROMAN



Editions Verdier, 2005

Décidément, les éditions Verdier regorgent de trésors. N'oublions pas que c'est Verdier qui publie Pierre Michon, sûrement le plus grand écrivain contemporain français, étudié de son vivant à l'Université. 

Christophe Pradeau, né en 1971, signe ici un court roman majestueux que l'on pourrait situer justement entre l'oeuvre de Pierre Michon et de Sylvie Germain. Contes, légendes, rêves, souvenirs d'enfance : voici le terreau de cette oeuvre de poète qui, à partir d'un événement anodin, va tisser toute une intrigue sur notre "vie souterraine" : nos peurs, notre inconscient, nos rêves, notre imagination. 

L'intrigue se déroule sur une route près de Lubersac, en Corrèze,lors d'un hiver très froid. Dans cette région forestière et marécageuse, le brouillard envahit facilement la route. Le narrateur jeune garçon, se retrouve en compagnie de ses parents et de sa soeur Laurence sur cette route, en voiture, une nuit de grand froid, de retour de chez la grand-mère. . Pour conjurer la nausée et  la peur de la nuit, ils apprennent les éléments du paysage par coeur et le reconstituent la nuit tombée. 

Mais ce soir là, le brouillard persistant immobilise la voiture. L'occasion pour le narrateur de se rappeler les rituels de sa grande soeur Laurence pour conjurer l'ombre, la nuit. Dans la deuxième partie, La route de l'ambre, nous sommes plongés dans un monde de rêves et de fantasmagories. Le frère se rappelle les histoires que se racontait Laurence pour combattre la nuit, les légendes d'un héros qui avait découvert une cité souterraine merveilleuse.

Ce livre est comme un tableau clair/obscur. D'un côté le réel, le bonheur de la lumière, les souvenirs d'enfance dans la nature. De l'autre, le monde de l'ombre, la nuit, les marécages, les forêts, le brouillard. Entre, les rituels, les histoires, les contes qui maintiennent éveillés, qui assurent la continuité du monde et du temps et qui permettent au monde de l'enfance de conjurer ses peurs. 

Des phrases amples, un style classique et en même temps très métaphorique, érigent ce jeune auteur en poète. Ce poème en prose n'est pas non plus sans faire penser à l'univers de Georges Sand : les croyances liées aux marécages, l'univers forestier etc...

Il serait dommage de voir en ce texte qu'un roman du terroir amélioré ou de simples souvenirs d'enfance. Il s'agit réellement d'un poème en prose jouant sur des jeux d'ombres et de lumières et sur les chemins souterrains de notre âme. 

Du grand art qui redonne ses lettres de noblesse à la littérature française contemporaine.  

Un extrait :

Le moment venait où les récits finissaient par s’épuiser. Le silence se faisait. Quelqu’un confessait sa fatigue. Nous montions nous coucher, en veillant à ne pas faire de bruit pour ne pas risquer de réveiller ceux qui dormaient déjà. À peine Maman avait-elle éteint la lumière et quitté la pièce que Laurence me rejoignait sous les draps et me redisait sa certitude que c’était des ptérodactyles. Elle était persuadée que le passé tout entier était encore là, au fond de l’étang de Cherchaux, depuis les monstres préhistoriques jusqu’à la petite chienne de Mamie, Quinette, morte un soir d’hiver, écrasée par un chauffard. C’était là que l’on allait quand on mourait. Il suffirait d’avoir le cran d’y descendre pour retrouver tous ceux qu’avait emportés depuis le commencement des temps la navette des nuits et des jours. Ils demeurent tous ensemble sur les rives d’une mer souterraine aux eaux lourdes, luminescentes, dont la houle irrite les ténèbres de lueurs, du brasillement, des saccades de ces noctiluques qui venaient danser autour des caravelles, inquiétant l’œil des Grands Découvreurs. Du jour où l’oncle Raymond avait entrepris de nous apprendre à regarder le ciel, le prestige de l’étang de Cherchaux avait passé toute mesure. Rien n’avait retenu l’attention de Laurence comme le Big Crunch incidemment évoqué un soir, alors que nous admirions la Voie lactée et qu’elle nous apparaissait emportée par le mouvement d’un grand départ. Que l’on dût considérer comme probable un reflux de l’univers nous avait coupé le souffle. De comparaison en métaphore, à force de questions et de réponses embarrassées, le Big Crunch était apparu à Laurence comme l’instant où il faudrait qu’enfin le monde se débonde. Il serait aspiré tout entier. Rien n’échapperait : montagnes, mers et forêts, soleils, lunes et constellations ; l’univers, ses milliards de milliards de mondes, viendrait en tournoyant s’engouffrer, en un immense effondrement de formes, dans l’étroit goulot de l’étang de Cherchaux.

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4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 21:49

....de Jonathan Safran Foer

ETATS-UNIS

Extrêmement fort et incroyablement près










Editions de l'Olivier, 2005

Sous ce titre mystérieux se cache l'un des livres les plus originaux de ces dernières années. Safran Foer, né en 1977, est le jeune prodige des lettres américaines (avec sa femme Nicole Krauss, l'auteur de L'histoire de l'amour).

Cette folle histoire romanesque autour du 11 septembre 2001 est une merveille d'originalité, de tendresse et d'humour ! Safran Foer a eu la brillante idée de tout nous raconter avec les mots et les yeux d'un enfant de 11 ans qui vient de perdre son père dans les tours du World Trade Center. 

Oskar Schell, 11 ans, est un enfant surdoué ; il invente des bouilloires qui chantent, une peau qui change de couleurs avec les humeurs, des pets qui parlent et un "googlolplex de choses". Mais c'est aussi un enfant qui souffre, qui n'arrive pas à faire son deuil. Aussi, lorsqu'il découvre dans le placard de son père une mystérieuse clé dans un vase, cachée dans une enveloppe marquée du nom de Black, , il part à la recherche des millions de serrures de New-York et des centaines de personnes prénommée Black...en séchant l'école et en cachant tout à sa mère. Il nous écrit son journal intime parsemé de photos d'appartements, de serrures,de souvenirs et de gribouillis divers. Parallèlement à ce journal, s'écrivent peu à peu les souvenirs de ses grands parents...Nous ne sommes pas au bout de nos surprises !

Peut-être qu'au bout de son périple new-yorkais, Oskar arrivera à faire le deuil de son père...Au lieu de de faire un discours misérabiliste de plus sur le 11 septembre, l'auteur livre ici une brillante fable insolite où tout est vu par le regard d'un enfant. Ce qui donne au livre une typographie étonnante : des mots sont entourés ou barrés en rouge, le nom Black est écrit de toutes les couleurs, il y a des gribouillis d'enfants. Humour et émotion sont à chaque fois au rendez-vous. 

Oskar
rencontre des personnages rocambolesques et se soumet à un jeu de pistes ou il va découvrir des choses sur sa famille. On pourrait se dire que cette histoire est rocambolesque, sans queue ni tête. Mais Safran Foer a le don de nous faire croire à des choses incroyables. 

Car cette histoire a pour thème les liens familiaux, les rapports père-fils, grands parents/petits enfants, les nons dits familiaux, l'amour qui ne se dit pas. Les trous du récit se colmatent et les liens inconnus entre les personnages se tissent peu à peu. 

Un livre sous forme de jeu, un bol de tendresse, un suspense incroyable. En deux mots un chef d'oeuvre ! Vous n'êtes pas prêts d'oublier Oskar Schell !

Le début...

" Pourquoi pas une bouilloire? Pourquoi le bec ne s'ouvrirait et ne se fermerait-il pas au passage de la vapeur, devenant ainsi une bouche qui pourrait siffler de jolies méladies, jouer Shakespeare, ou simplement se fendre la pêche avec moi? Je pourrais inventer une bouilloire qui fait la lecture avec la voix de papa, comme ça je pourrais m'endormir, ou peut-être un ensemble de bouilloires qui chante le refrain de Yellow Submarine qui est une chanson des Beatles...Une autre bonne chose pourrait être d'apprendre à parler à mon anus quand je pète. Si je voulais être extrèmement tordant,je lui apprendrais à dire c'est pas moi ! chaque fois que je pèterais d'une manière incroyablement ignoble. Et pourquoi pas des petits micros que tout le monde avalerait pour qu'ils diffusent le bruit de son coeur ? "

 

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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 20:09
Théâtre Gérard Philippe-Saint-Denis

Vive la France









Cette semaine, je suis allée voir Vive la France de Mohamed Rouahbi qui relate 150 ans de la colonisation et de l'immigration en France. Un thème  a priori alléchant, une mise en scène a priori inventive : photos, discours filmés, slam, rap...

Quel déception, pire quelle colère !

Je n'ai pas l'habitude d'être si catégorique mais il faut quand même dire que je suis partie à l'entracte d'un spectacle qui dure 3h20. 

Le spectacle n'est qu'une accumulation de clichés gravissimes : des jeunes immigrés encapuchonnés qui crient leur haine, des flics qui matent les immigrés à tout bout de champ (on parle pendant 1/4 d'heure des bavures si bien que le flic n'existe que par ses bavures !) Les CRS interviennent même lorsque les antillais font la fête !

Bien sûr, Sarkosy est accusé et on l'assimile à Pétain ! Des raccourcis plus que douteux suivi par des tableaux sans intérêt de l'école coloniale...

Que des poncifs, aucune solution n'est proposée.

A quoi cela sert-il de montrer des clichés qui sont revus et revus à la télé ? 

Le rôle du théâtre n'est-il justement d'interroger le monde, de soulever un débat sur la place publique et d'aller au delà des préjugés ? 

Et là on je me suis sentie profondément choquée, c'est lorsque le groupe de rappeurs interpelle le spectateur en sa qualité de français et qu'il le rend responsable de ses maux !

Personnellement, je ne me sens pas responsable des malheurs de l'immigration ! Ca me touche, ça me concerne certes, mais je n'en suis pas responsable !

Où est l'art là-dedans ? Je me le demande ! Le but du théâtre n'est pas de dresser une population contre une autre. Il est d'apporter un regard nouveau sur un problème qui nous dépasse. 

C'est donc profondément raté, c'est du sabotage très grave, qui plus est en Seine-Saint-Denis !

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Published by Sylvie - dans Théâtre
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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 19:03

Editions Futuropolis, 2007















Scénario de Kris

Etienne Davodeau est connu comme étant le plus digne représentant de la "bdréalité" : il fait le portrait des petites gens bien souvent au coeur d'un événement historique peu connu (Les mauvaises gens sur le syndicalisme chrétien) ou sur un fait d'actualité (le désarroi du monde paysan dans Rural). Une bande dessinée quasiment de l'ordre du documentaire dessiné.

Avec Un homme est mort, nous rentrons vraiment dans un documentaire puisqu'il s'agit de relater l'histoire d'une film documentaire perdu, celui de René Vautier, un cinéaste militant, auteur du célèbre Avoir vingt ans dans les Aurès.

Nous voila donc projetés dans la ville de Brest en 1950, ville en pleine reconstruction après les bombardements de 1945. Les ouvriers de la reconstruction, aux salaires de misère,se mettent en grève. Cette dernière est matée par la police et un homme est tué par balles par les forces de l'ordre. 
La grève continue de plus belle. René Vautier est appelé à filmer les événements et surtout le cortège funèbre de l'homme mort. 



Avec les moyens du bord, il fait le montage mais se rend compte qu'il n'y a pas de bande son. C'est alors que lui vient l'idée de dire un bande-son un texte de Paul Eluard, Un homme est mort, écrit à propos de la mort de Gabriel Péri, grande figure de la résistance communiste. 

Une magnifique histoire commence alors : avec une camionette munie d'un drap blanc, le cinéaste fait le tour des chantiers et parvient à créer un "esprit de classe" pour continuer les revendications. C'est un peuple entier et fier qui se lève contre les patrons récalcitrants. 

BD engagée certes, mais aussi et surtout une très belle aventure humaine et un bel hommage au rôle social du cinéma : Davodeau montre comment un film peut souder toute une communauté autour d'un but commun. Le cinéma a vraiment un rôle social à jouer. ...
Avec en plus à la fin une belle méditation sur l'éternité de la création, de l'oeuvre d'art. ...

Cette BD nous fait connaître un événement historique très peu connu et est accompagné d'un dossier fort intéressant sur les événements brestois de 1950 et sur le cinéma militant. 

Vraiment un chef d'oeuvre !

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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 22:05

ETATS-UNIS

Choke

Editions Denoël et d'ailleurs, 2001

Chuck Palahniuk est l'enfant terrible des lettres américaines contemporaines. Il doit sa célébrité en partie grâce à l'adaptation cinématographique de son roman Fight Club

Si vous aimez les histoires complètement barges, ouvrez vite ce livre ! On a tendance à comparer Palahniuk avec Breat Easton Ellis. Comme lui, sexe et violence sont omniprésents dans son oeuvre. Mais avec une bonne dose d'humour et d'autodérision.

Palahniuk a d'ailleurs eu un destin très peu commun, marqué par la violence familiale : son grand-père a assassiné sa grand-mère et son père s'est fait tué par le mari de sa maîtresse...

Sexe, masochisme, violence, schizophrénie, mysticisme sont au rendez-vous dans une Amérique complètement névrosée, à la masse : Victor Mancini est un "sexoolique" , autrement dit un drogué du sexe ; il mène une thérapie collective mais tout se complique lorsque sa mère, folle à lier, est hospitalisée. Comme il a tendance à être maso, il va donc chercher à émouvoir tout le monde en s'étouffant (to choke) dans les restaurants chics. Résultat : ses sauveurs se prennent pour des héros, lui en sont éternellement reconnaissants et lui envoient donc de l'argent...qui lui permettra de payer ses frais d'hospitalisation de sa chère maman !

Et entre deux étouffements, il est figurant dans un  parc à thèmes où il y a plein de sexooliques !!!

Encore une surprise de taille : Victor va apprendre qui est vraiment son père (vous ne devinerez jamais qui !) et sa vie va en être complètement transformée !

Même si tout n'est pas abouti, on passe vraiment un très bon moment, les meilleurs passages étant bien sûr ceux des étouffements volontaires et également tous les portrais des gâteux de la maison de retraite. Des révélations très justes sur le besoin contemporain de reconnaissance, d'héroïme tout ça raconté avec beaucoup d'humour. 

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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 19:27

Editions Verticales, 2000

Puisque nous sommes vivants

Olivia Rosenthal est incontestablement l'une des plumes françaises contemporaines les plus originales. On dit que l'écriture française est de nos jours centrée sur le moi et ses souffrances...c'est vrai pour Olivia Rosenthal, mais c'est raconté avec tellement d'ironie et d'auto-sarcasme que c'est passionnant ! 

On retrouve ce goût immodéré pour le monologue inninterrompu, ce flux verbal qui caractérise l'écriture de Lydie Salvayre. Deuxième point commun avec cet écrivain : son goût pour les personnages un peu dingos, à la marge. Et aussi ce mélange d'absurde et de philosophie...car il est tout de même fait référence aux Passions de l'âme de  Descartes !

La narratrice nous parle et nous expose qu'elle est malade de...la glande pinéale...ce petit appendice cher à Descartes, petite zone du cerveau qui nous fait éprouver les émotions, les souffrances. Le médecin propose de lui enlever tout en l'avertissant qu'elle deviendra sans cette glande un légume qui n'éprouve plus rien ! Mais la femme s'énerve et veut à tout prix vivre...

C'est alors qu'elle va nous exposer son "discours de la méthode" pour endiguer son dérèglement de l'âme, n'en déplaise à Descartes, qualifié de "philosophe de seconde zone aux conclusions complètement dépassées" !

Elle va d'abord chercher dans son passé immédiat ce qui a bien pu dérégler ses "humeurs" : lorsqu'elle a commencé à prendre en filature une jeune femme qui va finir dans son lit et qui va bien sûr poser des problèmes dans son couple !
Puis vient la méthode pour soigner la glande : l'emploi du temps, la dispersion...mais rien ne marche !

On se délecte vraiment d'une telle écriture foisonnante, oscillant toujours entre un certain intellectualisme et un auto-dénigrement perpétuel. Cette âme torturée, perdue, qui lutte en vain contre sa "maladie" , qui apostrophe le lecteur, est en même temps détestable et très drôle !

A partir d'un scénario original (qui a entendu parler de nos jours de la glande pinéale !!!), elle brode finalement une histoire bien contemporaine sur les dérèglements d'aujourd'hui, les questions perpétuelles de l'âme...mais sauf qu'au lieu de parler de dépressions et de médicaments, Olivia Rosenthal invente sa recette bien particulière !

Voici quelques extraits très significatifs :

"Puisque vous n'entravez décidément rien à ce que j'essaye, maladroitement sans-doute, de vous expliquer, je serai plus directe. Vous ne croyez tout de même pas, espèce de petite protubérance, de crapaud satisfait, de charognard et de goûte sang, vous ne croyez tout de même pas que je vais me laisser charcuter par vos sbires dans l'espoir de ne plus rien jamais ressentir et de devenir l'heureux et paisible légume en lequel vous voudriez que tous vos patients se muent"

"Qu'entends-je alors en mon intérieur, je vous le donne en mille? Une tripotée de murmures, messieurs dames, des rumeurs de sable et de gravier...la récitation en bonne et due forme des dix commandements ...assortis des fondements de la métaphysique des moeurs , vous voyez messieurs dames, plutôt du beau monde et pas de bavardage, soyez sûr que cela occupe, de la boîte cranienne à la cage thoracique...j'admire en ma solitude sa résonance intérieure et me plie à ce qu'lle me dit, j'admire en ma solitude le peuplement de moi par des paroles, mots et démonstrations que je ne savais pas connaître, je suis admirative devant mon savoir et devant l'ignorance que jusqu'à présent j'entretenais de ce savoir, et voyez-vous, l'admiration est une bonne piste, un remède efficace, un début prometteur, je me dis qu'en continuant un peu dans cette voie je vais finir par découvrir que je suis une personne ayant toutes sortes de richesses à exploiter, il suffit de faire fructifier son esprit au lieu de l'éparpiller et le semer au vent et je me surprends à me magnifier, rendez-vous compte  de tot ce que je sais, si jeune encore et déja tout en magasin, une collection de certitudes, si jeune et déja sage, si jeune et ayant déja choisi la voie de la contemplation..."

"L'intérieur de mon corps plein de sucs, d'humeurs, plein d'excroissances affreuses, l'intérieur de mon corps envahi par la maladie de ma glande, abcès, moisissures, larves blanches suçant les organes, parasites collés et satisfaits, et ma glande, elle surtout, elle, la reine du territoire, non pas atrophiée, desséchée et ridée comme on aurait pu craindre, mais florissante, mais déployée, énorme, gonflée, ma glande grosse, couverte de follicules et purulente, ma glande granulée, rayonnante, qu'il faudra sans aucun doute percer comme un furoncle, une baudruche, ....."

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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 19:26

ISRAEL


VIE AMOUREUSE, Zeruya Shalev


Editions Gallimard "Du monde entier", 2001

Le salon du livre 2007 est cette année consacré à la littérature israélienne. L'occasion de découvrir une littérature contemporaine foisonnante. J'avais déja découvert l'oeuvre drôle et absurde d'Etgar Keret

Voici donc Zeruya Shalev,une auteur réputée comme étant la chef de file de la nouvelle littérature israélienne. Ce roman fit scandale dès sa parution et pour cause ! 

Elle met en scène les ravages de la passion amoureuse chez la narratrice qui tombe soudainement amoureuse d'un ami de son père, un vieillard lubrique n'éprouvant aucun sentiment. Du jour au lendemain, elle quitte tout, études, mari et famille pour vivre une passion clandestine avec Arieh...dont la femme vient de mourir. 

Shalev décrit de manière très crue les scènes de sexe ...dans la cabine d'essayage d'un magasin...et dans les toilettes de la chambre d'hôpital où se meurt la femme d'Arieh...et enfin dans la chambre de la défunte lorsque la Yaara, la narratrice, est retenue prisonnière lors des cérémonies de deuil...

Bien sûr, ce livre interpelle pour sa crudité et son mélange de sexualité et de références bibliques. Shalev fait ainsi référence à la légende de la femme adultère et de la destruction du Temple. Elle décrit sans complexe l'union d'un corps jeune et d'un corps abîmé. Ce qui choque, c'est surtout cette absence de sentiments entre les deux êtres. Yaara ne semble être soumise qu'à une dépendance physique alors qu'Arieh est un vieillard qui ne ressent plus aucune émotion, qui est revenu de tout.

On évoquera aussi la quête du passé car tout en étant soumise à sa passion, Yaara découvre qu'Arieh est l'ancien amant de sa mère. Il y a donc également ne quête des origines en même temps qu'une quête des sens. Tout n'est pas simplement une histoire de sexe !

Je pense également que cette oeuvre interpelle par son style d'écriture très personnel. Le lecteur est littéralement enrôlé dans la conscience de Yaara qui dans un monologue de 300 pages intègre directement dans son discours les dialogues entre les différents personnages. Nul interligne ne vient faire respirer le texte, très compact. A l'intérieur d'une même phrase, souvent longue, la narratrice peut passer subitement d'un état à un autre. Il en ressort un rythme très saccadé, très rapide qui entraine le lecteur dans un flux inninterrompu de sensations. Souvent, on ressent une impression d'étouffement tellement nous sommes pris dans la conscience tourmentée du personnage. 

Un seul bémol : sans doute un essoufflement vers la fin et les derniers chapitres un peu vains. Mais il en reste un beau portrait des affres de la passion amoureuse. 

Un extrait :

" Alors que me racontes-tu de beau, rien, vraiment, répondis-je, embarassée, qu'ai-je en commun avec cet homme, que puis-je confier à un parfait étranger, par quoi commencer, comment se sont passées ces dernières semaines, poursuivit-il tandis que je repensais aux interminables journées torturantes, angoissantes que je venais de vivre, tiraillée entre l'humiliation, le remords et le désir, comme à un long cauchemar vide de sens, une maladie inavouable même après la guérison, dur, dis-je, en singeant la manière dont il avait décrit son voyage et son air suffisant. Ah, et pourquoi donc, s'enquit-il ingénument, je sentais que ses questions n'étaient pas innocentes, pas plus que la satisfaction avec laquelle il m'avait accueillie, tu sais très bien pourquoi, je n'en ai pas la moindre idée, parce que j'ai envie de toi. De moi ? s'écria-t-il avec un étonnement feint, vraiment ? Je répétai, oui, vraiment, et c'était dur, j'étais incapable de trouver un autre terme que celui-ci qui paraissait totalement déplacé dans cette cuisine rutilante, mais pourquoi, parce que je t'aime, répondis-je, confuse de proférer de telles banalités, et il sourit à nouveau comme un maître qui serait enfin parvenu à obtenir la bonne réponse d'une élève, mais pourquoi ? Qu'est-ce que tu me trouves ? J'avais la pénible impression que c'était le sujet autour duquel tournait toute la conversation"

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