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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 21:29

CHINE

Soleil levant

Actes Sud, 2005

Je connais finalement très peu la littérature chinoise et cette lecture a été une vraie découverte ! J'ai maintenant envie de découvrir d'autres textes de cette auteur chinoise née en 1957, chef de file de l'école dite néoréaliste. Elle fait le portrait social et culturel de la Chine postmaoïste lorsque le pays a découvert les biens de consommations.

Chi Li nous brosse le portrait d'un jeune couple des années 80, de leur mariage au premier anniversaire de leur fille. On découvrira les aspirations de la jeunesse moderne qui aspire à avoir un métier convenable et à s'enrichir, mais aussi toutes les tribulations administratives pour "enregistrer" l'enfant !

A priori, rien de bien original...Mais tout l'intérêt de ce récit réside dans le style inimitable de l'écrivain ! Chi Li fait se succéder des scènes très cocasses remplies d'humour. Tout commence par un mariage mémorable où deux convois nuptiaux se télescopent sur un pont. Le marié se bat, perd une dent et se fait traiter par sa bien aimée de triple buse !!!

A chaque fois, les événements sont rythmés par les disputes du couple, les remarques désobligeantes des grands parents, des moqueries, des sarcasmes ; le langage est mordant, très cru. Mais derrière cet humour, se cache aussi un couple qui fait l'apprentissage de la vie ;  personnages écervelés au début, ils deviennent petit à petit des individus responsables sûrs de leur avenir.

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 18:49

NOUVELLE-ZELANDE

Mister pip

Editions Michel Lafon, 2008

Voici un livre qui nous vient de très loin, qui nous attire par sa couverture très originale, et qui nous laisse un souvenir très émouvant sur les pouvoirs de la littérature.

L'intrigue se déroule dans le Pacifique, à Bougaiville, sur l'une des îles Salomon minée par les guerres civiles, dans les années 90 ; des rebelles se soulèvent contre les concessions minières exploitées par les australiens. Les indigènes de couleur noire sont assaillis par des raids incessants. Alors que les femmes et les enfants sont seuls dan les villages, un mystérieux bonhomme, Monsieur Watts, surnommé Bel Oeil, s'évertue à tenir la classe pour les enfants. Mais ce n'est pas un cours ordinaire puisque Watts leur fait découvrir la vie avec Mister Pip, le héros des Grandes espérances de Charles Dickens. Chaque jour, un nouveau chapitre est lu ; Matilda et ses camarades s'identifient à ce petit orphelin de Londres qui voit un jour la chance lui sourire ; un autre monde s'ouvre, l'espoir renaît et on oublie la guerre...Mais les atrocités reprennent vite du galop, même devant la littérature....

Car Bel Oeil et les pouvoirs de la littérature ne sont pas bien vus par les mères de famille très traditionnelles qui croient encore au pouvoir du diable. Qui est ce professeur qui envenime l'esprit de leurs enfants avec les sornettes d'un roman ?

L'intrigue savamment menée nous réserve des moments très violents et aussi des passages très fort sur ce que peut la lecture. L'orpheline Matilda, la petite noire, s'identifie au petit blanc londonien, orphelin lui-aussi ; ce dernier lui donne le courage de ne pas perdre espoir et de quitter son île lorsqu'il le faudra. Une jolie réflexion sur les pouvoirs atemporels et aculturels de la lecture.

A travers cet émouvant récit d'enfance, nous découvrons également l'instabilité politique d'une région très peu connue du globe. Et il y a avant tout ce professeur Watts, cette énigme de dernier blanc sur une île noire en guerre, dont nous découvrons petit à petit l'étrange secret...

Un titre étonnant qui a concouru pour le Man Booker Pize qui récompense les auteurs du Commonwealth. Un roman d'apprentissage qui fait preuve d'une  belle leçon d'humanité.

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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 21:06

ETATS-UNIS -National Book Award, 2007

La chambre aux échos

Editions Le cherche midi, collection Lot 149

Ce titre a été salué comme l'un des grands romans de l'année 2008 ; saluons l'originalité d'une telle oeuvre qui ne ressemble à aucune autre ! Il faut dire que Powers a un parcours très particulier : scientifique à l'origine, il fait des études de physique et travaille dans l'informatique; il se passionne également pour la musique ; puis, le virus de la littérature le prend ; à ce jour, trois de ses romans sont traduits en français dans la célèbre collection Lot 49, dirigée et traduite par Claro.

Comment définir ce roman tant ses portes d'entrée sont nombreuses ? Réflexion sur les défaillances du cerveau et les progrès de la neurologie, focus sur la disparition des grues dans le Nebraska, drame intimiste, ou récit aux allures d'énigmes ? C'est tout à la fois ! Je ne suis pas sûre d'avoir saisi toute la philosophie du récit mais ce roman touche vraiment le lecteur. Sous ses allures de récit à énigme scientifique, le roman touche par son écriture limpide et son intrigue savamment menée.

L'histoire se déroule dans l'Amérique profonde, le long des marécages du Nebraska où, chaque année, des milliers de grues viennent se poser pour se reposer de leur migration annuelle.
Un soir, Mark Schluter, 27 ans, a un grave accident de la route ; lorsqu'il se réveille du coma, il retrouve à son chevet sa soeur, Karin, qui revient sur sa terre natale pour le soigner. Mais ce dernier semble atteint du syndrome de Capgras : alors qu'il reconnaît parfaitement les traits de sa soeur, il est persuadé que cette dernière a été remplacée par un sosie lui ressemblant parfaitement. Il la reconnaît physiquement, intellectuellement, mais pas émotionnellement. Karin, déboussolée, va contacter Werber, un neurologue très médiatique, qui soigne ses patients en parlant avec eux et qui refuse la médicalisation de la neurologie.

La rencontre de ces trois êtres va bouleverser leur vie et celle de Barbara, l'aide-soignante de Mark, qui l'aide à reprendre pied. Puis il y a aussi Daniel, l'écologiste forcené, qui défend l'espace vital des grues....

A cette intrigue "médicale", s'ajoute une "enquête" rondement menée;  A son réveil, Mark trouve à son chevet un papier marqué :

"Je ne suis personne
mais ce soir sur la North line
DIEU me conduit jusqu'à toi
pour que tu puisses vivre
et ramener quelqu'un d'autre"

Qui est l'ange gardien de Mark ? Ce dernier n'aura de cesse de  retrouver ce témoin mystérieux qui l'a sauvé ?

Tous les personnages sont en fait à un tournant de leur vie et traversent une crise existentielle ; ensemble, ils vont tenter de mieux se comprendre.
Entre deux réflexions sur les dysfonctionnements du cerveau, les personnages tentent de comprendre leurs limites et leur crise avec autrui.

Ne vous laissez pas dissuader par le thème scientifique de l'intrigue : il s'agit d'abord de condition humaine et de réflexion sur l'identité et les émotiens ; on retrouve parfaitement l'itinéraire de l'auteur dans le parcours du neurologue Weber ; il fait de chaque "cas" neurologique, une fiction, un récit. La science devient littérature.

D'ailleurs, la moralité du roman ne serait pas que tout est finalement fiction ? Pour garder son unité, pour survivre, la conscience crée des récits cohérents qui ne coincident pas forcément à la réalité. La vérité se cache souvent derrière un voile de fiction, de mensonge.....

On appréciera également que ce récit intimiste est aussi en phase à les grands problèmes de civilisation contemporain : la guerre, la disparition des espèces naturelles...

Un récit d'une richesse captivante.

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 12:24

TURQUIE

Le livre noir

Edition Gallimard "Du monde entier", 1995

Voici un roman envoûtant, mystérieux, labyrinthique sur la ville d'Istanbul et la civilisation turque. Nous avons l'impression de pénétrer dans un livre insaisissable, sans fin.

L'intrigue prend à la fois des allures d'intrigue policière et de roman d'apprentissage, de découverte de soi.
Le point de départ est simple : Galip, un jeune avocat, part à la recherche de Ruya, sa femme , qui a disparu. Est-ce un jeu ? Ou au contraire, un drame ?

Galip part à sa recherche dans les ruelles d'Istanbul en tentant de retrouver également Djelal, le demi-frère de Ruya, un célèbre journaliste. Mais celui-ci semble avoir aussi disparu.
Galip va se plonger dans les différents écrits et chroniques de Djelal. Ce dernier étant un adepte du houroufisme, secte religieuse qui affirme que tout est signe et symbole, et qui cherche à découvrir des secrets derrière chaque lettre et chaque visage. Galip va donc chercher dans chaque texte, dans les visages du peuple d'Istanbul, dans les maisons, les ruelles, le secret de la disparition de ces deux êtres.

A la manière d'une grande fresque tels Les Mille et une nuits,les personnages foisonnent, les intrigues se répondent les unes aux autres. Les chapitres montrant la déambulation de Galip dans les ruelles d'Istanbul alternent avec ceux des chroniques de Djelal.

Réflexion sur l'identité humaine en même temps que sur l'identité turque, ce roman foisonne de références historiques, littéraires, religieuses. Le leitmotiv central est "être si-même". Mais ce projet est vain lorsque l'on sait que tout le monde rêve d'être un autre et que la civilisation turque cherche à imiter l'occident.

Comment être vraiment soi-même ? Qui suis-je en tant qu'individu ? C'est tout le secret recherché du livre. On rêve d'être quelqu'un d'autre, on le devient progressivement en s'oubliant. Même les écrivains, les sultans, les stars de cinéma cherchent à imiter quelqu'un d'autre. Comment redevenir soi-même ?

On retiendra de ce roman une magnifique réflexion sur l'image et le regard. Si tout est signe, symbole, il faut chercher à décrypter le secret caché derrière chaque chose, derrière chaque visage, chaque texte. Tout est énigme, le roman y compris.

Le cinéma occupe une place de choix dans la réflexion du roman : le narrateur, aussi bien que Djelal sont passionnés de cinéma ; mes ces images sublimes, les stars sont accusées d'avoir fait perdre sont identité à la population turque. Lorsque chacun se met à imiter les gestes occidentaux du cinéma, on perd son moi profond et toute la tradition d'un pays...

On retiendra également une description très noire d'Istanbul : les rues sont boueuses, enneigées, sales et les passants sont tristes et mélancoliques. L'écrivain se met en phase avec la doctrine apocalyptique du houroufisme sur la fin des civilisations. Istanbul se meurt car l'on a perdu le secret des êtres et des choses. Il suffit de partir à leur quête pour réveiller la ville...

Un roman difficile, qui souvent nous échappe comme un labyrinthe infini. Mais quel plaisir ! Nous avons l'inpression de partir à la découverte de nous-mêmes, de la civilisation turque et en même temps de lire un roman à énigmes !

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 19:48

ETATS-UNIS, 2004

La famille royale

Editions Actes Sud

Voila c'est fait ! Il est vrai que j'ai ramé pas mal quand même ! Cette plongée vertigineuse dans les bas-fonds de San Francisco me laisse un peu perplexe. On a crié au chef d'oeuvre (la longueur est-elle maintenant un critère pour honorer un livre ???). C'est un bon livre qui dérange, qui interpelle mais je trouve quand même le ton et la narration très classique.

Je vous résume l'intrigue : Henry Tyler, détective privé, est embauché par un sale type, un homme daffaires qui veut créer un vaste bordel virtuel comme un parc d'attraction. Pour cela, il doit capturer la mystérieuse Reine des Putes qui règne sur les bas-fonds de San Francisco. Tyler s'immisce dans la prostitution et est adopté par la famille royale, le royaume des prostituées, avec à sa tête leur Reine, qui les protège et leur fournit toutes sortes de drogues. Mais Brady est à la tête d'une "congrégation morale" qui veut éradiquer toute prostitution illicite. La famille royale est menacée et en passe d'être détruite...

Si vous n'appréciez pas les détails scabreux dans la littérature, passez votre chemin ! Vollmann décrit l'ensemble des prostituées comme une vaste colonie d'insectes, d'où la référence à de nombreux fluides comme le sperme, la salive, la sueur, le sang. On communique, on s'aime avec les fluides et moins avec la parole. Il y a aussi un pédophile, Dan Smooth, qui est de loin, le personnage le plus attachant du livre.

L'aspect le plus intéressant de cette grande fresque est sans conteste la référence constante à la Bible. Toute l'histoire est vue comme lutte contre le mal incarné par les prostituées, représentantes des idoles du pays des Cananéens. Ces idoles ont été détruites par Jésus. De même, Henri Tyler est en perpétuel conflit avec son frère John et cette lutte est comparée à la lutte perpétuelle entre Abel et Caen. A plusieurs reprises, Tyler déclare qu'il porte la "Marque de Caen".

Chaque chapitre est précédé d'une citation de la Bible qui replace l'intrigue dans la Grande Histoire biblique.

Assurément, Vollmann se place du côté des Cananéens ; en effet, le peuple élu est représenté par des sbires fanatiques et l'éradication de la famille royale donne lieu finalement à un parc de débauches.

Henry Tyler quitte le monde d'en haut, celui des affaires, pour finir dans le dénouement le plus complet et trouver un sens à sa vie.

Vollmann métaphorise la lutte contre le mal, thème si présent  dans la conscience américaine et qui plus est dans l'actualité.

Un traitement intéressant d'un thème universel mais pas de grandes originalités narratives ni stylistiques.

Les critiques sont nombreuses sur les blogs et souvent positives. Faites moi partager vos avis !

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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 22:41

Revenant d'Istanbul, la porte de l'Orient, j'ai décidé de me plonger dans

Le livre noir d'Orhan Pamuk

 Le livre noir

Une promenade labyrinthique dans les ruelles d'Istanbul d'un homme qui recherche sa femme.

Et pour se replonger dans la littérature turque, je vous conseille tous les grands auteurs turcs : Yashar Kemal et Nedim Gursel en particulier.

La légende du mont Ararat

La légende du Mont Ararat de Yachar Kemal


La Première femme

La première femme de Nedim Gûrsel

Un jeune étudiant qui découvre la ville d'Istanbul. Magique...

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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 22:30

Voila plus d'une semaine que je suis absente de mon blog ! Et pour cause : le suis en train de lire un monument de plus de 900 pages :

La famille royale de William T Vollmann

La famille royale

Une couverture hideuse, une longueur ahurissante, une plongée dans les bas-fonds de San-Francisco. Reputé être un chef d'oeuvre d'un auteur du même acabit que De Lillo ou Hubert Selby Junior...Une histoire profondément malsaine aux consonnances bibliques.

La critique prochainement...

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Published by Sylvie - dans Et vos lectures
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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 15:20

ISRAEL


Seule la mer

Editions Gallimard "Du monde entier", 2002

Bizarrement, alors que j'ai beaucoup lu les écrivains israéliens contemporains, je n'avais pas encore découvert le plus célèbre d'entre eux !

"Albert Danon est seul. Sa femme Nadia vient de mourir d'un cancer, et son fils Rico est parti au Tibet. Bettine, une vieille amie, veuve elle aussi, s'inquiète pour Albert. Surtout lorsque Dita, la petite amie de Rico, emménage chez lui. Un certain Doubi Dombrov veut produire le scénario de Dita, mais il veau surtout Dita. Qui couche avec Guigi, en pensant à Albert, ou à Rico. Qui pense à sa mère, et ne veut pas rentrer du Tibet" 

Non, ce récit n'est pas un vaudeville !
 Seule la mer est un récit unique, entre prose, poésie et pièce musicale. A partir d'un thème bourgeois (un veuf dont le fils est parti au Tibet, tombe amoureux de l'ex fiancée de son fils) brodé autour du chassé croisé amoureux, qui aurait pu donner lieu à un roman psychologique balzacien, Amos Oz construit un récit polyphonique, un chant à plusieurs voix où tous les protagonistes prennent la parole y compris le narrateur, l'auteur et les morts. Oz ouvre les frontières classiques pour créer une orgie (c'est le terme qu'il emploie dans un entretien), une communion mystique entre les êtres qui se cherchent, s'aiment et se désirent.

Autour de thèmes très classiques, très prosaïques, tirés de la vie quotidienne (il aime à dire que ces personnages pourraient être ceux que l'on croise tous les matins dans le bus), il crée une chorale qui exprime de façon très poétique le désir, le remords, la peur de la mort.

Chaque page laisse la place à une voix différente : parfois, il s'agit d'un petit chapitre de prose, le plus souvent de très courts paragraphes comme des versets, qui introduisent une note poétique. L'influence de la Bible est certaine, mais l'auteur le la cite à aucun moment : on reconnaît la figure de Marie-Madeleine (la prostituée qui recueille le fils au Tibet), le fils prodigue parti en exil et de nombreuses maximes.


Les plus beaux passages sont sans doute la voix d'outre-tombe de Nadia, la mère morte, qui protège son fils et aussi les méditations de l'auteur. Et bien sûr la description de la nature paradisiaque d'Israël, la mer, les olives, les montagnes, les sables sont convoqués dans une communion mystique de l'homme et de la nature et  représentent l'éternité face à l'éphémère humain.

Voici quelques extraits :

" Nuit après nuit, mon veuf trempe sa couche, où est allé
celui qu'aime mon âme. Mon enfant orphelin erre de par le monde, déchiffrant les présages.
O toi fiancée enfant, tu es leur épouse, ma chemise de nuit
t'appartient, leur amour t'appartient. Ma chair se consume. Mets-moi comme un sceau
"

"Repose en paix, Maman, après les montagnes, je viendrai et toi et moi irons nous cacher,
au delà du nuage qui existait avant qu'aucune créature ne fut créée
et qui seul demeurera quand tout sera conclu"

"Cinquante ans ont passé et l'oiseau n'est plus,
ni l'homme. Ni mes parents. Seule la mer est encore là qui de bleue
est devenue grise elle aussi. N'y crois pas petit. Ou plutôt si. Crois-le. Qu'importe."

"Route de la mer et rue des cyclamens, Din, Nadav, Alon et Yaël, mes petits-enfants, sommeillent encore,
et là, dans le jardin, veillant à ne pas les réveiller, je caresse
de la main l'ai tendre qui vacille au dessus de leurs têtes en réprimant l'irrésistible
envie de lécher une joue ou un front, de mordiller doucement les doigts et leurs petits pieds.
En ce matin de bonheur orange, le désir s'est éteint et seule
brille la joie.Le chagrin, la peur et la honte sont aussi loin de moi aujourd'hui que deux rêves
l'un de l'autre.Je retire mes chaussures pour arroser au tuyau mes pieds mes fleurs
et la lumière, j'ai oublié ce que j'ai perdu, la douleur s'est estompée,
j'ai appris à renoncer et à me contenter de ce qui me reste. Les trente doigts
de mes enfants, les quarante doigts de mes petits-enfants, ma maison, mon jardin,
ma charmante femme, le coeur de la vie, nous crie par la fenêtre
de rentrer ; il y a des tartines, du fromage, des olives, une salade
et le café sera bientôt prêt. Ensuite, je retournerai travailler
et peut-être parviendrai-je à ramener le jeune homme parti chercher
dans les montagnes la mer qui s'étale à ses pieds. Assez
bourlingué. Il est temps de faire la paix. "

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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 14:24

PORTUGAL

Le vent qui siffle dans les grues

Editions Métailié, 2004

La lecture de Lidia Jorge m'était recommandée depuis un certain temps ; cette grande dame des lettres portugaises a obtenu de nombreux prix dans son pays et est traduite dans de nombreux pays européens.

Cette lecture a été pour moi une véritable découverte ! Romanesque à souhait, ce roman m'a fait pensé à la littérature sud-américaine, le réalisme magique en moins : description de traditions archaïques, histoires de grandes familles bourgeoises sur le déclin, imbues de leurs privilèges. Il règne sur cette histoire tragique un parfum d'archaïsme ancestral ; l'intrigue se déroule dans la région de l'Algarve, la région la plus méridionale du Portugal. L'écrivain nous décrit admirablement des paysages marins et lacustres et la faune environnante.

Au centre de l'histoire, une jeune fille, Milena, orpheline, élevée par sa grand-mère Regina, autrefois à la tête d'une fabrique de conserves de poissons qui a fait la fortune de la famille. Nous apprenons au cours du roman, de manière très subtile, que Milena est arriérée mentale. A trente ans, on dirait une jeune fille de quinze ans. La grand-mère vient de mourir en plein été et Milena se retrouve toute seule à gérer l'enterrement. Car ses oncles et ses tantes, bourgeois imbus de leurs privilèges, avocats, maire du village, chef d'entreprise, sont tous partis dans des pays étrangers. Après l'enterrement, Milena se réfugie à côté des ruines de la conserverie, là où est venue mourir sa grand-mère. ..

Et où habite une famille de cap-verdienne (grand-mère, fils et belles-filles, petits enfants) qui vit dans la bonne humeur et dans la musique. Car cette famille pauvre n'a d'yeux que pour le fils prodigue, Jacinta, le musicien à succès, parti faire une tournée mondiale. Milena se prend d'affection pour cette famille qui la recueille...Elle ne tarde pas à tomber amoureuse du bel Antonio, le grutier. Mais lorsque les oncles et tantes vont apprendre l'idylle, la bassesse et la cruauté des puissants vont s'abattre sur Milena...

La grande force de ce roman est sa grande subtilité. Lidia Jorge est réputée pour sa description d'êtres un peu sauvages, à la marge. A aucun moment, nous ne prenons Milena pour une arriérée mentale. Certes, elle a du mal à s'exprimer, elle ne voit pas le mal, elle n'est que perception, sensation et désir. Elle incarne le bon sens, l'instinct fasse aux calculs, aux ressentiments des oncles et tantes. Comme elle, la famille cap-verdienne vit dans l'instant et dans les sensations. Les plus belles pages sont sans doute celles où la tribu cap- verdienne est obnubilée par les retransmissions télévisées des concerts de Jacinta.

L'intrigue est bien sûr fondée sur les clivages de toutes sortes, d'abord sociaux et culturels mais aussi temporels. L'ancienne conserverie va devenir un terrain idéal pour la construction d'un complexe immobilier. Et lorsque Antonio et Milena vont vouloir s'unir, la bourgeoisie archaïque va mettre au point un stratagème cruel pour éviter que la bonne société ne se mêle avec une famille immigée pauvre...

Ce roman est avant tout atmosphérique. Lidia Jorge prend le temps d'installer le décors, les paysages,les personnages, le contexte. L'action vient clore l'intrigue.

Envoûtant et dérangeant.

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 10:28

CANADA




Editions Au diable vauvert, 2007

De l'écrivain canadien un peu déjanté, j'avais lu récemment la tragicomédie Toutes les familles sont psychotiques, un chef d'oeuvre de fantaisie et d'humour.

Dans son dernier opus, Coupland quitte les communautés familiales pour brosser le portrait intimiste d'une "pauvre fille" célibataire et sans amis. Son surnom est bien sûr inspiré de la célèbre chanson des Beatles.

Liz Dunn a la quarantaine et vit seule dans son appartement tout terne. Pour contrer sa solitude, elle passe sa vie devant les films et feuilletons télévisés. Sa mère, sa soeur et son frère la mettent de côté ; ses collègues, les autres la considèrent comme quelqu'un de totalement transparent. C'est vrai qu'elle est grosse, un peu laide, bref c'est "Madame Tout le Monde" en pire. Jusqu'au jour où son destin bascule lorsqu'elle se fait opérer des dents de sagesse.Sur le bracelet de son voisin de chambre, est écrit "En cas d'urgence, contactez Liz Dunn" !

Et s'il était possible que des événements incroyables arrivent à Liz Dunn ? A partir de là, tout est chanboulé !

Oscillant toujours entre tragédie familiale et conte de fée déjanté, Coupland nous livre une formidable histoire pleine de rebondissements. Aussi incroyables qu'ils puissent être, le lecteur se laisse bercer par ces multiples rebondissements.

Impossible de tout vous raconter car là, je gâcherais vraiment le charme ! Sachez seulement que Liz va tomber nez à nez avec un faux météorite qui va déclencher de multiples rencontres !

L'ensemble est parfois très triste, très mélancolique mais Doupland y introduit toujours une bonne dose de fantaisie surréaliste.

La construction est intéressante : il s'agit du journal intime de Liz Dunn, sans aucun chapitre, qui alterne le moment présent et les événements du passé. Le regard de Liz est pessimiste et lucide à la fois. Un conte de fée moderne et rocambolesque qui n'exclut pas la tragédie.

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