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  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 09:44

gaAlexandre Vialatte (1901-1971)


Editions Gallimard, "L'imaginaire", 1928

Se disant lui-même "notoirement méconnu", Alexandre Vialatte fut à la fois romancier, traducteur et journaliste. C'est ainsi grâce à lui que Kafka fut traduit et découvert en France. Il traduisit également Nietzsche et Thomas Mann. Ce fin germaniste n'écrivit que 3 romans et fut chroniqueur de La montagne, le journal de l'Auvergne, sa région d'origine.

Son premier roman Battling le ténébreuxfut notamment remarqué par Malraux qui éprouva à sa lecture "le même ordre de plaisir qu'à celle de Nerval". Il est vrai que l'on retrouve "les ingrédients" nervaliens dans cette chronique dramatique de l'adolescence : une ambiance entre rêve et réalité, une femme inaccessible et des amours déçues...

L'intrigue se déroule au pays des amitiés et amours adolescentes. Le narrateur nous conte ses souvenirs dans un lycée d'Auvergne des années 30. Il y a Manuel, le romantique insolent qui n'hésite pas à démontrer la bêtise et l'outrecuidance des enseignants et Battling le ténébreux, un adolescent hypersensible à l'enfance malheureuse qui navigue entre rêves, dégoût de soi et recherche de la souffrance. Le quotidien du lycée et de ces deux amis va être bouleversé par l'arrivée dans la petite ville auvergnate d'une sculptrice allemande, Erna Schnorr, qui suscite dans le village de multiples ragots. Une artiste ne peut être qu'une croqueuse d'hommes dans un village de commerçants et fonctionnaires provinciaux...Mais justement, étant malade, elle est venue rechercher l'anonymat, la normalité, le réel...

Mais elle introduit un vent de fantaisie et de miracle lorsqu'elle apparaît dans le jardin en face de la cour de récréation...
Battling en tombe éperdument amoureux sans pour autant se déclarer. Il se complaît  dans une souffrance de désirs refoulés. Un jour, il apprend que Manuel a des rendez-vous secrets avec Erna. Une vengeance tragique est en marche...

Une intrigue somme toute classique : jalousie des amours adolescentes, amitié trahie...
Mais Vialatte nous raconte cela d'une manière magnifique et l'histoire prend la dimension d'un conte romantique tragique. L'auteur saisit les émotions, les hésitations des jeunes garçons à fleur de peau. La narration, basée sur les souvenirs d'enfance, ne fait que renforcer l'impression de nostalgie et de douleur.

Bien plus, c'est le description de l'environnement, des paysages, de l'atmosphère qui donne sa dimension poétique au texte. Souvent, Vialatte frise avec le fantastique, d'où la comparaison avec Gérard de Nerval. Tout n'est qu'apparition et rêve. L'auteur nous décrit souvent un campagne nocturne où s'éveillent des pantins désarticulés qui ressemblent aux professeurs du lycée. Finalement, Battling est lui-même une créature fantomatique ; son âme est contradictoire et obscure, sans-doute faite pour un autre monde...
Ce personnage ambivalent, cherchant sa propre souffrance et celle des autres, est profondément touchant. Une ode à l'enfance sacrifiée.

Je vous laisse découvrir quelques extraits :

" Dans un coin du préau, tout pâle, Battling, seul avec son coeur aux abois, ses complications et son épouvante que les paroles de ces chansons n'expliquaient pas, ressemblait à quelque gigantesque fleur lunaire éclose là pour donner un sens aigu à cette soirée terrestre ; sur l'air des accordéons de village, il s'évadait de plus en plus loin de ce monde de chanteuses perfides, de camarades envahissants et de poètes impassibles. n'y avait-il pas, quelque part, sur une route surnaturelle, près d'un tournant dans les sapins, au bord des prairies, un bal rustique où l'on entendait monter ces valses comme un souvenir de la terre, sur une montagne en dehors du temps ? Mais où trouver la clef du domaine? "

"Ce ne fut que vers onze heures que le délire de Battling commença vraiment. il le cueillit au seuil de la rue des Merveilles, l'étrange rue du livre d'images qu'avait donné l'homme au melon gris...Battling descendit sur l'aile du vent la rue pleine de marchants turcs et de lanternes vénitiennes ; vous savez bien, cette rue bizarre où Erna Schnorr vend des morues sèches et des billes d'agate chez un petit épicier méfiant, la rue grasse, pesante et noire, où l'on glisse, de boîte en boîte, en passant par l'Alhambra, de Victor Hugo, qui jongle avec des poids de fonte, et le Petit Panthéon de Céline -qui nettoie les vieux fusils - vers l'Agence Cook des départs définitifs : le principal, derrière un guichet, vous y délivre un ticket jaune pour un voyage plus étrange que tous ceux du marin Sindbad, et les professeurs du collège, alignés au garde à vous sur la jetée, sonnent du clairon sous la lune quand le Mexico met à la voile dans la nuit pleine de feux follets".

 

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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 09:16

ETATS-UNIS

Mon chien stupide

Editions Christian Bourgois, 1985

John Fante (1909-1983), fils d'immigrés italiens, tient une place à part dans la littérature américaine. Il fut à la fois écrivain et scénariste à Hollywood.Ses livres oscillent toujours entre drame et comédie ; son oeuvre, souvent autobiographique (Bandini), est marquée par le goût de l'excès et de la provocation. Il a marqué toute une génération d'écrivains, en particulier Charles Bukowski.

Mon chien stupide est un petit chef d'oeuvre d'humour noir. Le narrateur est le double de Fante ; c'est un romancier en panne d'inspiration qui tente de gagner sa vie en écrivant des scénarios sur la côte californienne. Mais les vaches sont maigres...Et puis sa famille lui tape franchement sur le système ! Sa femme râleuse et ses 4 enfants complètement timbrés. Un soir, un énorme chien japonais vient roder près de la maison. Ils n'arrivent pas à le chasser et le narrateur décide de le garder au grand dam de sa famille. Surtout que ce chien a des tendances homosexuelles ! Et ses élans peuvent être aussi dirigés vers les humains....

Je vous laisse deviner les scènes cocasses que cela peut donner....A travers cette fable, Fante épingle la bonne conscience WASP (White ango saxon protestant). On n'oubliera pas de si tôt les assauts sexuels contre les chiens des voisins scandalisés...

Souvent, Fante frise la caricature (les enfants sont par exemple très stéréotypés : il y a le drogué, le fainéant, le menteur). Mais, finalement, c'est le chien qui emporte tous les suffrages.

Sous ses allures de farce, ce roman est très sombre : le narrateur, au bord de la déprime, se console avec un chien fantasque.

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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 22:41

Auteurs à redécouvrir...

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Editions Gallimard, "L'imaginaire", 2004 (publié en 1959)

Décidément, en ce moment, les auteurs un peu oubliés ne font passer de superbes moments (récemment, Jacques Chauviré). Inutile d'insister sur la qualité de la collection L'imaginaire qui publie des textes peu connus.

André Hardellet (1915-1974), à la fois auteur de chansons et de romans, a été découvert par Pierre Mac Orlan. Il côtoya entre autres André Breton et Julien Gracq.
On retrouve d'ailleurs dans ce texte l'influence de la psychanalyse et du surréalisme à travers la présence des souvenirs et du rêve, des thèmes fondateurs chez Breton ou Gracq.

Comment définir ce merveilleux texte ? C'est à la fois une réflexion sur l'art, la condition humaine, une sorte de polar et un récit fantastique.

Hardellet met en scène un jeune peintre, Steve Masson, qui à travers son art, cherche à percer le derrière des choses, le secret des apparences. Il a élu domicile dans une petite pension de Montrouge. On n'est pas loin de la pension Vaucquer de Balzac ou encore d'une atmosphère à la Simenon. Hardellet prend le temps d'installer ses personnages et leurs petites manies : la vieille institutrice, le vieil ébéniste peignant ses figurines de plomb sans oublier la tenancière de la pension, Mme Temporel.

Puis le quotidien de la petite pension est bouleversé avec l'arrivée d'un nouveau pensionnaire, prénommé Swaine. Ce dernier intrigue tout le monde : il demande qu'on installe des nouvelles serrures dans sa chambre, ne parle à personne et fait marcher une étrange machine dont on entend le bruit sans savoir ce que cela peut être.

Masson, bien curieux, rentre en contact, avec Swaine qui lui fait découvrir son étrange machine, la lanterne magique qui permet de franchir  le seuil du jardin....

Je ne vous en dit pas plus et vous laisse découvrir la magie de cette découverte. Sachez seulement que ce texte a pour thèmes l'onirisme, la mémoire et les souvenirs d'enfance, le rôle de l'art, les désirs insatisfaits. On pense notamment à Gérard de Nerval.

Puis le texte débouche un temps sur une ambiance de polar ; des bandes de voyous cherchent à s'emparer de la mystérieuse machine...Qui cherche à voler cette machine ?

Puis vient la conclusion finale, prophétique qui oppose le matérialisme au rêve...Faut-il accorder une place pour les rêveurs dans notre société ? Thème au combien d'actualité. Ce texte, salué par André Breton dès sa sortie, est un bijou d'onirisme et d'humanisme.

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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 19:39

 ROMAN D'AVENTURES - PRIX INTERALLIE 2007

Birmane

Editions Plon, 2007

Voici une superbe histoire pour les vacances qui mêle aventures et onirisme tout en nous faisant connaître un pays méconnu, la Birmanie, qui fut sous le feu des projecteurs l'année dernière. Mais le journaliste romancier évite tout réquisitoire politique ; bien qu'il analyse la situation politique et sociale du pays, l'aventure humaine passe au premier plan.

Tout commence en Thaïlande : un journaliste un peu paumé, qui n'est en fait que correcteur, se fait plaquer par sa copine. Ayant marre de se faire avoir dans sa vie privée et au boulot, il décide de tout plaquer et d'aller en Birmanie pour aller décrocher l'interview du plus grand trafiquant d'opium. La-bas, il rencontre Julie, une jeune médecin humanitaire, dont il tombe amoureux. Cette dernière lui fait rencontrer "la faune occidentale" de Rangoon et le met aussi sur les traces de la célèbre résistante au régime de la junte militaire, Aung San Suu Kyi. Peu après, des attentats éclatent à Rangoon et le journaliste est recherché par les autorités. C'est alors que Julie disparaît ....

Nous voila alors partis à la recherche de la mythique Wei Wei, la femme tigre, une guerrière qui soit disant renie les principes pacifiques d'Aung San Suu Ki, et souhaite débarasser le pays de la junte militaire. Après "l'or et le bitume" de Rangoon, Onot-Dit-Biot nous invite dans les cités lacustres et les maisons sur pilotis de "l'eau et du rubis". Puis viendront ensuite les bordels du Triangle d'Or, colonisé par les chinois et enfin un voyage paradisiaque entre rêve et réalité au pays des Akkas, une tribu de la jungle du triangle d'Or.

Les prostituées, les mafieux, les chercheurs de rubis, les fumeurs d'opium, les touristes occidentaux pervers, les tribus méconnues...Entre érudition et aventures, l'auteur nous plonge dans un pays noir et envoûtant. L'écriture oscille entre réalisme social et politique et onirisme. La deuxième partie du livre nous offre des descriptions époustouflantes d'un pays méconnu. L'auteur éclaire un aspect méconnu du régime militaire birman qui s'en prend aux ethnies de la jungle.

Onot-Dit-Biot n'en oublie pas pour autant de faire la satire du milieu journalistique et en profite pour signer un roman d'initiation envoûtant. Bonne lecture !

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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 11:54

ESPAGNE

Chez Ulysse
Editions Tristram, 2008

Julian Rios est l'un des plus grands écrivains espagnols du siècle. A la fois salué par Octavio Paz ou Carlos Fuentes, l'Encyclopedia Britannica le cite comme "
étant sans doute la prose espagnole la plus tumultueusement originale du siècle".

Il se pose comme l'héritier de Rabelais, Cervantès ou encore Laurence Sterne ou d'auteurs plus contemporains comme Joyce, Calvino ou Perec. Son écriture se construit à base de jeux de mots et d'histoire à tiroirs. Ses derniers romans s'inspirent de textes littéraires mythiques tels Alice au pays des merveilles. Ainsi, dans Nouveaux chapeaux pour Alice, il imagine que le lapin donne à chaque fois à Alice un chapeau différent, qui l'emmène dans les univers de Kafka, Melville, Tanizaki, Borgès....

Ici, avec Chez Ulysse, il nous fait revisiter le chef d'oeuvre des chefs d'oeuvre de Joyce, Ulysse; nous avons ainsi un livre sur un livre, qui s'inspire lui-même d'un livre mythique L'odyssée d'Homère. On sait que les différents chapitres d'Ulysse, sont une parodie des chapitres de l'Odyssée. Rios reprend chaque chapitre en imaginant une histoire lui permettant le commentaire du livre : nous voyageons dans le musée d'Ulysse en compagnie d'un guide et de trois visiteurs, une jeune étudiante, un vieux critique et un homme au macintosh", surnommés A, B et C. Chacun va donner son point de vue sur tous les chapitres. A chaque fois, l'homme au macintoch nous fait un power point de son écran schématisant l'interprétation du chapitre ! Car, nous apprenons qu'à chaque chapitre, correspond un organe, un art, un symbole, un décor, une couleur. Puis vient ensuite les commentaires personnels, complémentaires ou contradictoires des trois personnages. Des commentaires sur l'Irlande, les liens homériques bien sûr, mais aussi les détails de la vie privée de Joyce lui-même. Car on sait que pour Rios, Ecrire est "escrivivir" : la vie et l'écriture ne font qu'un.

Erudition mais aussi humour nous font rentrer admirablement et simplement dans un roman jugé très hermétique. On parle nourriture, urine et érection. Eh oui, qui taxe Joyce d'intellectualisme profond se trompe !

Rios joue bien sûr sur les correspondance avec Homère mais aussi avec Hamlet et Faust. Un voyage original et réjouissant au pays de la littérature et des mots.

Moi qui avait stoppé il y a un an la lecture du roman de Joyce, je n'ai qu'une envie , m'y remettre ! L'idéal serait d'alterner les deux lectures pour ne pas de perdre dans l'univers joycien !

En lien, la critique du Matricule des anges.

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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 19:13

Editions P.O.L, 2005

Le Tiroir à cheveux


Dans la lignée de Brigitte Giraud, une écriture digne et pudique qui évoque des thèmes très durs. Emmanuelle Pagano est l'auteur de trois romans, dont Les amants troglodytiques, l'histoire de deux frères dont l'un des devenu femme.

Dans Le tiroir à cheveux, elle brosse le portrait d'une adolescente de 15 ans qui a eu un enfant trop tôt ; parce qu'elle voulait le cacher à ses parents, parce que son copain d'alors n'a pas daigné l'emmener à l'hôpital, son fils est né attardé...

Mais cela, nous l'apprenons petit à petit ; car, chez Pagano, tout est d'abord affaire de sensation; on sent, on entend, on respire, avant de dire et de comprendre. Les couleurs et les sons viennent avant le discours créant ainsi une atmosphère poétique. Le personnage, apprentie coiffeuse, adore les cheveux depuis qu'elle est gamine; elle adore les toucher, les malaxer, les sentir. Et c'est donc à travers les cheveux que nous découvrons son fils, à travers la relation sensuelle, tactile entre la mère et les fils. Nous n'apprendrons que petit à petit, par divers éléments, que le petit est débile.

"Je passe la main dans ses cheveux mi-longs, les boucles brunes tremblent, on dirait du chocolat chaud mal préparé. Un peu trop épais, trop sucré peut-être...J'aime les cheveux, même gras, rêches, épais. Mats, soyeux, souples au toucher, moites. J'aime toucher les cheveux. Regarder de près leurs formes, leurs couleurs, leurs textures. Et m'approcher des têtes, par derrière,de côté. J'aime surprendre les mouvements des mèches. Les renifler en douce"

Pagano décrit aussi magnifiquement les bruits des rues, le regard des gens. Puis vient ce parcours du combattant pour garder son enfant dans un univers hostile (elle est fille de gendarme), dans un petit studio alors que ses parents font tout pour placer son fils dans un centre spécialisé...

Le portrait d'une maternité instinctive, au delà de la raison, décrite sans pathos et avec poésie, ce qui n'exclut pas pour aussi la description très réaliste de la vie quotidienne  : le regard des autres, le fait de nourrir un enfant handicapé et la description d'un milieu hostile.

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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 18:15

Editions Stock, 2005

J'apprends

Brigitte Giraud est l'un des plumes françaises les plus sensibles, les plus émouvantes d'aujourd'hui. J'avais adoré A présent, un texte magnifique sur le deuil.
Dans J'apprends, elle se plonge dans ses souvenirs d'enfance lorsqu'elle a découvert l'école ; avec son talent de bonne élève, elle a appris plein de choses, des poèmes, des règles de grammaire, des formules mathématiques), mais elle a aussi compris que cet univers clos sur lui-même ne correspondait pas à ce qu'elle vit dans sa famille au lendemain de la guerre d'Algérie. Car elle est née en Algérie ; dans la rue, on parle des arabes, des harkis mais pas à l'école.

A la maison, le silence régne sur le passé de la famille. Il y a uniquement de vieux albums de photos jaunis sur lequel on ne dit rien....

Brigitte Giraud alterne dans de courts paragraphes les moment passés à l'école et les scènes de famille ou de rue qui paraissent deux univers bien séparés qui ne communiquent pas entre eux. Entre apprendre et comprendre, il y a deux mondes infranchissables ...

Apprendre avec bonheur un monde cohérent et bien ordonné ; on sent le bonheur qu'éprouve  la petite fille de tout maîtriser. Mais on sent que c'est aussi un formatage, un apprentissage par coeur. D'ailleurs, le texte est scandé d'extraits de poèmes, de formules de mathématiques ou de règles de grammaire...

Et...ne pas comprendre ce qui se passe chez soi, sa propre histoire, sa propre origine. Beaucoup d'interrogations, d'incertitudes, de blancs. Qu'est devenu la mère ? La réponse ne vient jamais ; la narratrice évoque uniquement "celle qui n'est pas ma mère", autrement dit la deuxième femme de son père. On ne saura jamais ce qui s'est passé en Algérie.

On retrouve ici toute la pudeur de Brigitte Giraud qui dans des phrases très courtes, très rythmées, fait passer beaucoup d'émotion sans être jamais misérabiliste. Les paragraphes sonnent comme un petite musique de l' âme, tellement c'est simple et vrai...

Ce court roman a le mérite de mettre l'accent sur l'absence de l'Histoire des immigrés à l'école. Sujet d'actualité....Comment concilier l'école et la vie ? C'est toute la question du livre...

Quelques extraits

"Je dois apprendre. C'est à dire intégrer, ingérer. Ce qui est extérieur devient intérieur. Je dois mélanger le monde musulman avec mon monde à moi. Répéter des mots à voix basse dans ma chambre jusqu'à ce qu'ils restent en moi. Je dois capturer le monde, le retenir, le figer. Cela se passe dans mon cerveau mais aussi dans mon corps. ...Apprendre, c'est répéter, comme une prière. Cela fait mal au ventre. Chucoter, faire le vide, oublier la vie autour. ....Intégrer la phrase si profondément qu'elle prend toute la place. Je deviens la phrase qui passe dans mon estomac, puis dans mon sang."

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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 12:33

Editions Le Dilettante, 2003

Passage des émigrants

De Jacques Chauviré (1915-2005), je vous avais déja chroniqué avec beaucoup de bonheur Elisa. Je viens de découvrir Passage des émigrants, une pure merveille d'humanité et d'émotion. Ce médecin-écrivain, découvert par Albert Camus, a pendant toute sa vie écrit avec son regard de médecin compatissant ; il a examiné la solitude, la maladie, la mort, d'abord avec les yeux d'un humain au sens noble du terme.

Dans Passage des émigrants, il nous conte la fin de vie d'un vieux couple, Joseph et Maria Montagnard, qui selon la volonté de leur fils "lointain", émigrent dans une "Résidence", une maison de retraite. Ces paysans, ce couple de la terre, émigrent donc vers une résidence à côté d'un océan qu'il n'ont jamais vu, qui symbolise la tempête et la fin de vie en opposition au repos de la terre.

Le passage des émigrants désigne le voyage  kafkaien orchestré par le Docteur Desportes, qui selon l'état du vieillard, le place dans la résidence ou dans l'hospice divisé en plusieurs pavillons A, B, C ou D suivant l'état avancé de déliquescence du vieillard. Petit à petit, même si l'on est valide au début, on émigre pas à pas vers la mort...

Face à cette émigration mortuaire, a lieu une seconde émigration, celle des vacanciers, dont les habitations, les enseignes publicitaires, les boîtes de nuit vont peu à peu envahir le paysage océanique et encercler inexorablement  les vieillards....

Que retenir de ce bijou humble et tellement humain ? Tout d'abord, le docteur Desportes, le "Big Brother" de cette résidence qui orchestre la vie des vieillards. Rongé par la culpabilité, par son impuissance face au destin inéluctable, il entretient une relation d'amitié avec le couple Montagnard, sachant pourtant qu'il ne pourra rien faire pour eux...
Il y aussi une très belle image du couple : comment l'amour survit-il à la vieillesse? Maria, la douce résignée, et Joseph, le révolté, couple inséparable, devront faire face à l'absurdité administrative de la maison de retraite. Impossible de retenir ses larmes ...

Enfin, à travers une écriture extrêmement humble, il y a la poésie des éléments, du paysage, qui apaisent ou qui tourmentent les "émigrants". Joseph est attiré par le travail de la terre puisqu'il sait qu'il y retournera prochainement...Il est donc extrêmement sensible aux jardins, aux arbres, aux champs, aux marais. A l'opposé, il rejette l'urbanisation aveugle de la côté et son agitation frénétique qui semble à la fois tuer la nature et en même temps encercler l'hospice...

Une magnifique réflexion sur la condition humaine, un roman Humain avec un grand H comme on en fait plus. A dévorer...on en ressort évidemment pas indemne...

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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 23:17

ETATS-UNIS - NATIONAL BOOK AWARD-1988
Cotton point

Editions de l'Olivier, "petite bibliothèque américaine", 1998

Pete Dexter est l'un des plus illustres auteurs de polars américains. Dans la plus pure tradition du roman noir américain, il met en avant la critique politique et sociale de son pays tout en n'excluant pas la profondeur psychologique des personnages.

L'intrigue se déroule en 1954 en Géorgie ; Trout, un infâme usurier, tue une petite noire pour se venger du frère de celle-ci, qui n'a pas payé ses dettes ; un procès s'ouvre : les avocats s'affrontent, il est condamné. Mais les autorités corrompues (juges, police, avocats) se laissent berner et Trout échappera à la prison, ce qui ne se fera pas sans conséquences désastreuses pour la communauté...

Ici, pas de suspense, pas de rebondissements. Nous savons dès le début qui a tué et comment.  Dexter s'appesantit au contraire dur la personnalité du coupable et sur la constellation des individus qui l'entoure : ses deux avocats et sa femme qu'il violente et qui va demander le divorce. Chaque chapitre focalise l'attention sur l'un de ces personnages : l'auteur insiste sur les tergiversations de l'avocat Harry Seagraves , réputé être un avocat droit ; il fera son devoir professionnel en défendant Trout, mais au prix de nombreux sacrifices. Face à la justice corrompue, les deux avocats et Hanna, la femme de Trout, incarne l'humanité et l'utopie.

Face à ces trois individualités, Dexter peint une communauté corrompue qui n'a pas le courage de condamner un vil personnage qui occupe une place de premier plan dans la société. On retiendra cet épisode fantasque où, pour le 150ème anniversaire de la ville de Cotton Point, on organise un simulacre de procès et une condamnation au piloris pour les hommes non barbus !!!!

Le style est sec, sans fioritures ; on est proche sur reportage journalistique (Dexter était d'ailleurs journaliste d'investigation). Il relate les événement de manière brute sans commentaires. Puis le drame arrive, qui lui aussi est traité de manière neutre. Il s'agit de donner à voir ; le lecteur n'a plus qu'à juger cette communauté raciste qui préserve ses notables...

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Published by Sylvie - dans Romans policiers
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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 17:38

Coup de projecteur sur...

Un coup de chapeau à Benoît Virot, un jeune passionné de 30 ans, qui grâce à sa revue Le nouvel Attila, remet au goût du jour des auteurs oubliés qui ont eu leur heure de gloire.

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Il vient de publier une anthologie de ces textes Perdus/trouvés, Anthologie de la littérature oubliée
, une somme de 900 pages, tirée à 1000 exemplaires.

Inutile de souligner l'importance de cette initiative ; n'oublions pas que de nombreux auteurs oubliés sont publiés chaque année pour leur donner peut-être une deuxième heure de gloire ; citons par exemple Hans Fallada, Hélène Bessette, Jacques Chauviré, Jean Meckert, Germaine Beaumont...



Saluons donc ce passioné des bouquinistes et son entreprise originale ; un interview de Benoît Virot a été réalisée par Télérama le semaine dernière. Espérons que cela va le faire connaître....

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