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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 12:28

ROYAUME-UNI - 1947

Sous le volcan

Editions Grasset, Les cahiers rouges

Incontestablement reconnu comme l'un des chefs d'oeuvre de la littérature anglo-saxonne du XXe siècle. Mais très souvent méconnu ou incompris.

Il est vrai que l'on entre pas facilement dans cette belle prose poétique mexicaine chahutée par l'ivresse de la tequila et du mescal.

Malcolm Lowry (1909-1957) reste justement célèbre pour ce roman culte ; sa vie fut marquée par un trio infernal : les voyages, l'alcool et la littérature. Souvent victime d'éthylisme avancé, il dut quitter plusieurs pays, comme le Mexique, pour violence commise sur autrui. Sa mort prématurée a pour origine son amour immodéré de l'alcool.

Sous le volcan, écrit entre 1936 et 1947, où il fut enfin publié, s'inspire de sa propre vie (en particulier son voyage au Mexique pour tenter de sauver son premier mariage), références autobiographiques qu'il mêle à de nombreuses références mythologiques, littéraires, musicales, historiques, philosophiques pour créer une trame symbolique très forte.

Malcolm Lowry définit son chef d'oeuvre comme une "Divine Comédie ivre". Il convient donc d'y voir davantage qu'une belle histoire d'amour ruinée par l'alcool.

Rappelons l'intrigue qui tient en 1 an, et exactement 12 mois, 12 heures et 12 chapitres. Le premier chapitre se déroule le jour des morts 1939, un an après les événements tragiques. Les 11 autres chapitres se déroulent sur une journée, dans la ville de Quauhnahuac, au Mexique, au pied de deux volcans mythiques et sont centrés sur le couple Geoffroy firmin/Yvonne qui s'est séparé un an plus tôt.

En ce jour des morts 1938, Yvonne revient après 1 de séparation. Le consul britannique Geoffroy Firmin expie une faute mystérieuse au Mexique ; il aurait laissé brûler vif des prisonniers allemands dans un vaisseau lors de la Première Guerre Mondiale ; marqué par cette faute originelle, il est à jamais marqué par ce péché et est exclu du paradis. Noyant ce remord dans le mescal et la tequila, le retour d'Yvonne semble être une promesse de retrouver le paradis perdu. Alors que ce même jour, il reçoit la lettre qui s'est perdue un an plus tôt où Yvonne lui déclamait son amour...Mais en ce jour de retrouvailles promises, le destin semble en avoir  décidé autrement...Alors que Firmin continue à se noyer dans l'alcool, Yvonne fait la connaissance de Hugh, le jeune frère de Firmin qui revient des combats de la guerre d'Espagne. Puis elle retrouve également son ancien amant, le cinéaste français Jacques Laruelle. Ensemble, ils vont
entamer une journée d'excursion autour du volcan et des gouffres du Mexique....

Cette Divine comédie ivre est l'histoire revisitée du paradis perdu. Tout au long de cette journée dramatique, l'auteur fait de multiples allusions à un jardin qu'il convient de ne pas détruire. Hors, il suffit de se souvenir du jardin de Firmin plein de broussailles et de feuilles mortes pour savoir que ce paradis est irrémédiablement perdu. Car, le couple est définitivement séparé comme le rappelle cette roche qu'ils observent tous les deux dans une vitrine, à jamais séparée en deux. La référence au mythe de l'androgyne est implicite ; pour retrouver l'unité,  le paradis perdu, il convient que le couple homme-femme se reforme. Mais les obstacles se succèdent, malgré la volonté indéniable des deux êtres. Obstacles de l'alcool, de la jalousie ou simplement des deux âmes individuelles.

Toujours est-il que si le paradis est perdu, il s'incarne dans le rêve d'Yvonne de s'établir avec Firmin dans une ferme sur pilotis au Canada, dans une île perdue. Ces descriptions, tel un vaste poème en prose, constitue sans doute les plus belles pages du roman ; Hymne aux paysages, à la nature verdoyante et lacustre, ce paradis n'est accessible que si le couple quitte Quauhnahuac.

Avant cela, il faudra traverser des étapes...Des jardins, des forêts des gouffres et des cantinas, ces célèbres débits de boissons mexicains. Autant de passages d'étape du fleuve des enfers ; l'auteur rappelle que sous le volcan, coule le Tartare...Firmin vit dans un enfer, celui du jardin détruit...

Dans cet univers brueghélien, tout respire la mort et la déréliction : nous sommes le jour des morts, les voyageurs croisent des morts sur leur chemin, l'image du gouffre est redondante. Enfer de l'amour perdu mais aussi de la charité perdue ; hormis Hugh qui veut changer le monde en intervenant pour sauver les républicains espagnols et sauver l'indien sur le chemin, Yvonne et Firmin incarnent l'égoïsme  (elle ne peut supporter de voir le sang et lui refuse d'intervenir); ce sont deux âmes solitaires qui ne parviennent pas à rejoindre autrui. ...

Enfer individuel mais aussi collectif ; car la déréliction d'Yvonne et de Firmin est corollaire au cataclysme espagnol ; c'est le grand mérite de Lowry d'annoncer le grand désastre...

Que dire de l'écriture ? Le délire éthylique fait penser à un long poème souvent difficile à comprendre mais tellement envoûtant. Ce texte d'une richesse inouïe mérite, je pense, plusieurs lectures, pour en apprécier toutes les références...

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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 13:48

THOMAS MOFOLO

AFRIQUE DU SUD (Etat du Lesotho)-1925

Chaka_Mofolo.jpg

Editions Gallimard, "L'imaginaire", 1940
Préface de Jean-Marie Gustave Le Clézio

Voici un texte trop méconnu de langue africaine( le sesotho très exactement, l'une des nombreuses langues sud-africaines) ; Thomas Mofolo (1876-1948) fut élevé par des missionnaires français qui l'encouragèrent à écrire. Après avoir publié des opus imprégnés de foi chrétienne, il écrit en 1910 son texte le plus connu, Chaka, oeuvre très pessimiste sur le pouvoir et l'ambition. Les missionaires en retardèrent la publication jusqu'en 1925. Lassé de la mission, il devient propriétaire d'un comptoir commercial puis fermier. Il se fait expulser de ses terres par les blancs  puis meurt dans la misère.

Chaka est l'un des premiers romans écrit en langue africaine et le premier roman entièrement rédigé dans sa version originale en une langue africaine.C'est une véritable épopée qui nous conte l'ascension et le déclin du roi Chaka (1786-1828), le fondateur de l'Empire Zoulou ("le peuple du Ciel") en Afrique Australe. Mofolo mêle précision historique et folklore africain pour nous donner à entendre un merveilleux conte sur les affres de l'ambition. Nous assistons véritablement à la naissance d'un monde, d'un empire qui sème la terreur autour de lui pour asseoir sa domination.

Poème épique, chanson de geste, récit incantatoire, récit d'apprentissage : les portes d'entrée sont nombreuses ; histoire de magie et de sang, Chaka est une formidable leçon de culture africaine en même temps qu'une allégorie de la comédie humaine universelle : le récit d'une fulgurante ambition qui se brûle les ailes.

Tout commence par une histoire de succession ; un roi bantoue n'a que des filles comme héritières ; il organise une grande fête rassemblant les plus belles femmes ; il s'unit de façon illégitime à Nandi qui lui donne un fils, Chaka. Mais ses premières épouses lui donnent bientôt deux fils ; sous la pression populaire, le bon roi répudie Nandi et son fils...bien que Chaka ait été reconnu officielement comme digne succeceur de son père.
Bientôt, Chaka reçoit "l'onction" du Dieu Serpent qui lui prédit un avenir radieux. Sur le chemin de l'exil, un sorcier lui prépare une étrange mixture lui assurant le pouvoir....à condition qu'il ne cesse de faire verser du sang....

Et voila Chaka parti sur le sentier escarpé de la gloire ; il va certes fonder l'Empire Zoulou et unifier une partie de l'Afrique Australe mais aussi décimer les différentes ethnies et territoires. Cette épopée est une tragédie ; à partir du moment où Chaka a signé le pacte avec le sorcier, il ne peut reculer et est forcé d'obéir à son destin.

Mofolo mêle habilement l'individuel et le collectif ; la tragédie est aussi bien individuelle (Chaka verse le sang dans sa propre famille) que commune à tous les africains. Ce personnage nous fait ressentir crainte et pitié à la fois, telle la thérie d'Aristote ; c'est une brute sanguinaire en même temps qu'une victime de la magie noire.

Car, tout comme dans la tragédie grecque, les héros sont manipulés par des forces obscures ; en Grèce, c'était les bacchantes ou les érynies, les déesses de la vengeance qui manipulaient les ficelles. En Afrique, ce sont les sorciers et les féticheurs qui incarnent la transcendance, le destin contre lequel on ne peut lutter.

Un grand texte pour connaître une histoire méconnue de l'Afrique d'une qualité littéraire indéniable.


Pour approfondir, un site intéressant sur la littérature africaine :

http://www.iphri.net/?p=43

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 23:10

1930

Le bal

Editions Grasset, collection "Les Cahiers rouges"

Toujours l'argent et la vengeance...Dans son deuxième opus, Némirovsky quitte les affres de la vieillesse pour étudier les aspirations de l'enfance..Le Bal est considéré comme l'un des rares chef-d'oeuvre consacrés à la description des tourments de l'enfance, au même titre de Frankie Adamsde Carson MacCullers.

Les Kampf sont une famille de parvenus récemment passés de la gêne à l'opulence grâce à de l'argent habilement placé en bourse. Pour "épater la galerie" et faire leur entrée dans le monde, ils décident d'inviter tout ce que Paris compte de banquiers, comtes et autres personnalités importantes...Leur fille, Antoinette, 14 ans, est conviée à la rédaction des cartons d'invitation...mais pas au bal.

Habituée à se faire constamment rabrouée par sa mère, Antoinette se voit catégoriquement refuser l'accès au bal. Elle restera avec sa gouvernante dans la lingerie ou dans le débarras pendant que sa chambre servira de salle de repas.

Qu'à cela ne tienne...Antoinette, comme sa mère, est éprise de belles robes et d'amour. Pourquoi n'aurait-elle pas le droit de de danser elle aussi ? Lorsqu'elle va poster les invitations avec sa gouvernante, lui vient l'idée d'une vengeance cruelle....

Chez Némirovsky, les victimes de la mesquinerie ambiante n'ont pas dit leur dernier mot...Ils peuvent inventer milles stratagèmes pour faire tout basculer.

A travers cette fable cruelle et grinçante, l'auteur se gausse de cette bourgeoisie juive parvenue qui ne rêve que de ses pavaner devant le beau monde. Antoinette est un magnifique personnage : une enfant romantique, rêveuse, capable de haine féroce lorsqu'elle n'obtient pas ce qu'elle veut.

Le lecteur n'oubliera pas de si tôt la confrontation mère-fille et la jouissance de la "jeune fille en fleur" devant la déroute de la mère. Ce roman est un récit d'une férocité jouissive. ..Tout comme dans David Golder, le personnage principal exprime directement sa rancune, ses rêves, la vérité criante de l'enfance bafouée.

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 22:23

1929

David Golder

Editions Grasset, collection "Les cahiers rouges"

Et dire que j'ai tant tardé à découvrir l'auteur de Suite française, prix Renaudot 2005 ! J'ai été si enthousiasmée que j'ai envie de lire toute son oeuvre !

Présentons brièvement Irène Némirovsky : elle naît en Ukraine, à Kiev en 1903. Fille de banquier, elle et sa famille son chassées de Russie après la révolution bolchévique ; ils s'installent en France. Irène avait découvert le français grâce à sa mère et à son institutrice française. Son premier roman, David Golder, paraît en 1929. Suivront Le bal, Les feux de l'automne, et son roman posthume Suite française. Elle sera déportée à Auschwitz où elle pourra en 1942.

Dans ses romans d'une réalisme et d'une finesse psychologique incroyable, elle peint avec férocité un roman empoisonné par la puissance de l'argent roi.

Dans David Golder, elle brosse le magnifique portrait d'un veil homme d'affaire juif, malade, ruiné, qui se fait "dévorer" par sa femme et sa fille qui n'en veulent qu'à son argent. Mais Golder, à l'article de la mort, n'a pas dit son dernier mot...

Ce personnage suscite dégoût et pitié ou tendresse. C'est un financier hargneux qui a causé le suicide de son associé. Seules les affaires le font vivre. Mais lorsqu'il tombe malade, et que sa famille comprend qu'il ne pourra sans doute plus subvenir à ses besoins, sa femme le harcèle pour qu'il lui laisse quelque chose à son nom. Et sa fille (mais est-ce vraiment sa fille?) ne cesse de le quémander pour qu'il lui achète des robes et des voitures...

Némirovsky excelle dans la peinture du monde des affaires juif pour qui l'argent est la fin ultime. Elle n'hésite pas à appuyer sur les défauts physiques et psychologiques de ce milieu matérialiste ; la femme, en particulier, qui passe sa vie en compagnie de gigolos, est décrite comme un pantin plein de graisse couvert de bijoux.

Le personnage de Golder échappe cependant à la noirceur complète de ce milieu. Cette histoire est d'abord la tragédie d'un vieil homme mal aimé. Malade, il découvre finalement la misère de l'âme solitaire et la vanité des biens matériels. Le lecteur ne peut s'empêcher d'éprouver de la tendresse devant l'agonie du vieillard roulé par sa famille, qui revient finalement sur les chemins nostalgiques de son enfance.

Ce roman m"a fait d'une part  pensé à l'univers balzacien par sa description hyperréaliste d'un monde pourri par l'argent (on pense à Goriot même si Golder est un financier véreux qui n'a rien à voir avec la grandeur d'âme du héros balzacien). Deuxième double de Golder : Citizen Kane d'Orson Wells. Au crépuscule de sa vie, l'homme d'affaire repense avec nostalgie à son enfance...

Ce roman cruel a tout d'un chef d'oeuvre brûlant de vérité. Némirovski excelle dans des petits monologues intérieurs où des personnages brisés mijotent leur rancune...

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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 19:35
Science-fiction


Editions du Rouergue "DoAdo Noir", 2007


Guillaume Guéraud bouscule décidément la littérature pour adolescents. C'est lui qui avait inauguré la collection noire DoAdo du Rouergue avec Je mourrai pas gibier, un roman sur la violence des jeunes qui avait créé une polémique sans précédent dans le milieu enseignant.
Guéraud n'hésite pas en effet à décrire crûment la violence dans un style efficace et cru.

Bien que moins provoquant que Je mouurai pas gibier, son dernier opus est d'une noirceur indéniable. Mais c'est aussi un vibrant hommage au cinéma et à la littérature.

L'auteur nous propose un nouveau Fahrenheit 451 de  Ray Bradbury : ce ne sont plus les livres qui brûlent mais les images, les peintures, les films. En effet, depuis la loi Bradbury de 2017, toute possession d'images est fortement interdite. La brigade de l'oeil veille au grain...Tout détenteur d'images est condamné à la cécité. La princesse Harmony à la tête du gouvernement de Rush Island a rebaptisé les rues du nom d'écrivains ou de romans. Les universités refleurissent mais les cinémas ont disparu car, il y a longtemps déja, les projectionnistes, les réalisateurs, les acteurs ont été liquidés par les brigades.

Mais la rébellion guette : la résistance s'organise autour de "fous de cinéma"
; Kao, un lycéen, découvre dans une cave, des centaines de bobines de films. Avec Emma, une autre dissidente, il va tenter de faire ressurgir le monde des images...

Le style est vif, alerte : les phrases sont courtes, faisant primer l'action. Guéraud s'est sans aucun doute inspiré du style manga ; les noms sont japonisants (la princesse Harmony, en particulier, fait penser aux créatures de mangas ou de jeux vidéos), les c
scènes de conflits abondent de détails sanguinaires (les lance-flammes, les opérations rendant aveugles...). Le ryrthme choisi rapproche ce texte d'un bon thriller.

Guéraud évite tout manichéisme : les personnages ont tous une profondeur psychologique et l'image est vue sous les deux angles. Il y a les mauvaises images, les images violentes et pornographiques. Mais il y a aussi l'image au sens noble du terme : le cinéma. Le texte est truffé de référence cinématographiques. Et en guise de pré et post-face, il y a deux citations de Godart ! Que demander de plus ! :

"Le cinéma n'est pas à l'abri du temps, il est l'abri du temps"

"Puisqu'il avait voulu imiter le mouvement de la vie, il était logique que le cinéma pactise avec la mort"

Guéraud déjoue le happy-end en choisissant de mettre une fin apocalyptique. Un auteur de premier ordre qui tranche dans le vif et qui ne refuse aucune concession.
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3 août 2008 7 03 /08 /août /2008 17:29

ETATS-UNIS -Années 40-50

Le boxeur manchot

Editions Robert Laffont, collection "Bibliothèque Pavillons"

Tennessee Williams (1911-1983) est surtout connu en tant que dramaturge ; ses pièces sont devenues célébrissimes grâce à leurs adaptations cinématographiques : Un tramway nommé désir, La chatte sur un toit brûlant, Soudain l'été dernier; autant de variations sur l'inconscient et la folie humaine.

Son théâtre fit oublier qu'il fut un nouvelliste hors pair. Ce recueil le consacre pour moi comme l'un des plus grands écrivains américains.
Dans chacune de ces nouvelles, on retrouve le goût de Williams pour les marginaux : des poètes, des vierges folles, des saintes, des vagabonds vivent en dehors de l'ordre social et en payent pour cela le prix de leur vie. Williams les rend éternels, les sanctifie ; la méthophore christique est souvent présente signifiant l'expiation des péchés du monde par les marginaux.

Il y a d'abord ce boxeur manchot ; un magnifique adolescent qui s'engage dans la marine, devient champion de boxe puis perd son bras ; maudit, il sombre dans la prostitution et commet un meurtre. Arrêté, il découvre la douceur des sentiments et des regrets. Martyr moderne, un prêtre adoucit ses derniers instants...Un ouvrier marginal n'a plus que pour compagne une chatte trouvée dans la rue. Un poète parle aux enfants rassemblés sur la plage...Une vierge sexagénaire vit ses premiers émois avec un jeune écrivain dans un hôtel méxicain...Un blanc timide se fait masser de manière masochiste par un masseur noir...

Dans toutes ces histoires, il y a certains motifs récurrents comme dans le théâtre de Williams : l'homosexualité latente (la relation ambigüe entre le boxeur et le prêtre, le masochisme mortel entre le timide blanc et son masseur noir), la sexualité refoulée, la solitude tragique des poètes, la névrose...

Ces marginaux sont érigés en martyrs : la solitude, la folie deviennent des vecteurs de poésie intense ; on pense tout particulièrement aux Poèmes en prose de Baudelaire. La douleur, le tragique deviennent Art. Si la mort vient clôre rapidement la vie de ces errants, c'est pour mieux les rendre éternels. La prose de T. Williams est profondément humaine : il brosse des portraits cruels et fraternels de ces frères humains qui prennent leur envol vers la sainteté des esseulés.

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 16:02

...de Pierre Bost

Récit publié en 1945

Monsieur Ladmiral va bientôt mourir

Editions Gallimard, L'imaginaire

Pierre Bost ; encore un nom sauvé de l'oubli par la collection L'imaginaire....Né en 1901, cet écrivain a eu un parcourt original ; il a été écrivain et dramaturge pendant l'entre-deux-guerres. Il participa, dans la lignée de  Proust, au renouveau du roman psychologique et fut qualifié  de "peintre de l'âme".

Puis à partir de 1945, il devient scénariste ; avec Jean Aurenche, il signe le scénario de films très connus tels Le diable au corps  de Claude Autant-Lara, Jeux interdits et Paris brûle-t-il de René Clément. Puis vient une étroite amitié et collaboration avec Bertrand Tavernier (L'horloger de Saint-Paul et Que la fête commence .
Tavernier lui rend hommage en 1982 en réalisant Un dimanche à la campagne,tiré du dernier roman de Pierre Bost, Monsieur Ladmiral va bientôt mourir.

Un dimanche à la campagne

Ce texte, simple et magnifique, au charme désuet, est une chronique familiale douce amère.
Monsieur Ladmiral, soixante-treize ans, est un peintre à la retraite qui vient de ses retirer dans la campagne proche de Paris. Ce fut un peintre de tradition, qui reçut tous les honneurs, parce qu'il choisit le classicisme au détriment de toutes les révolutions picturales de la fin du 19e  et du début du 20e siècle (impressionnisme, cubisme...). Maintenant, il regrette un peu. Mais il a compris ce qu'il aurait du faire, c'est le principal...
Il commence à vieillir si bien qu'il met de plus en plus de temps à rejoindre la gare pour accueillir son fils et sa petite famille chaque dimanche. Car c'est un rituel désormais : Gonzague vient avec sa femme Marie-Thérèse et leurs deux enfants rendre visite à leur père. Ils incarnent le devoir filial, le confort petit-bourgeois, les valeurs morales. Monsieur Ladmiral se gausse discrètement de ce fils qui a voulu à tout prix lui ressembler. Il souhaiterait bien que ce fils trop sage, "trop académique" se rebelle un peu...Et puis il y a le regard moqueur et plein d'humour des deux jeunes enfants sur leurs parents...

Ce dimanche va être bouleversé par l'arrivée impromptue d'Irène, la fille cadette, la libérée qui "tient boutique" à Paris et qui collectionne les amants. Elle incarne certes la désinvolture mais aussi une promesse de vie pour son père...même si sa visite est de courte durée...

D'où  vient le charme de ce récit si simple ? C'est d'abord un récit d'une ironie mordante, voire d'une certaine férocité (la chute est incroyable !). L'auteur et Monsieur Ladmiral se moquent des petits bourgeois guindés incarnant les valeurs familiales traditionnelles. Ces dernières appartiennent à l'ancien-monde et ne peuvent que déplaire discrètement à Monsieur Ladmiral, qui lui non plus, n'a pas su apprivoiser la modernité. Quant à la frivolité, finalement, c'est un chemin vers la vie, vers l'inconnu.

Bost saisi avec une infinie justesse toutes les petites jalousies familiales, les rancoeurs et les regrets d'une vie. C'est bien un peintre de l'âme...

C'est aussi un peintre impressionniste. En lisant ce récit au charme désuet, nous avons l'impression de passer un après-midi en compagnie de Renoir et de Monet. Il y a ce chevalet qui attend que le vieux peintre veuille bien saisir un éclat de soleil sur les champs...Puis il y a ce jardin, cette tonnelle où la famille se retrouve, discute autour d'un thé...

Un beau voyage entre autrefois et aujourd'hui que j'ai très envie de découvrir en film...



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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 19:29

Roman graphique

American born chinese

Editions Dargaud, 2007

A l'heure où la Chine est à l'honneur, voici une BD qui a fait fureur aux Etats-Unis. Elle a remporté le Prix du meilleur album de BD et c'est la première fois qu'une BD concourt pour le National Book Award !

Il s'agit d'une BD sur le thème de l'intégration : elle met en scène Jin, un jeune garçon d'origine chinoise qui émigre aux Etats-Unis avec ses parents. Là-bas, il doit subir le rejet des autres. Il tombe bientôt amoureux d'une jeune américaine et sur les conseils de son meilleur ami, l'invite au cinéma...

Parallèlement, deux autres histoires se déroulent : celle du roi-singe qui est refusé au royaume des cieux pour ne pas porter de chaussures ! Il décide alors des maîtriser les lois du kung-fu et de mettre une bonne raclée à tous les dieux !



Enfin, Dany, un jeune américain voit débarquer son cousin "Shing Tok", l'incarnation de tous les stéréotypes du chinois ! Il sème la terreur dans le lycée au grand dam de son cousin...

Jin est justement amoureux de la copine de Dany....Il va tout faire pour ressembler au jeune américain quitte à se faire des cheveux bouclés !

Et si en cherchant à s'intégrer coûte que coûte, il perdait peu à peu son âme...

Tout le charme de cette BD réside dans son humour décalé et aussi dans le rebondissement des dernières pages lorsque les trois histoires n'en font plus qu'une...

L'auteur mêle habilement le surnaturel et le réel pour traiter du thème de l'identité. Sous des airs de conte céleste qui reprend les légendes chinoises, cette BD aborde avec humour les problèmes actuels d'intégration.

On regrette juste un graphisme assez niais, très enfantin...

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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 15:02

1948

Le Tout sur le tout

Editions Gallimard, "L'imaginaire"

Je continue ma découverte enthousiaste des écrivains français oubliés, tels Chauviré, Vialatte ou Hardellet grâce à cette merveilleuse collection qu'est l'Imaginaire.

Henri Calet (1904-1956) est resté célèbre pour ses chroniques parisiennes qu'il a tenues pendant la guerre au journal Combat. On lui doit la création d'une "littérature arrondissementière" : il se fait le chroniqueur d'un Paris d'autrefois, des années 40 et plus particulièrement le Paris du XIVe arrondissement. Nous partons grâce à lui à la découverte des rues et des métiers d'autrefois. Il croque de beaux portraits humains, teintés de nostalgie. Il mena une vie de bourlingueur, exerça plusieurs petits métiers et adopta son pseudonyme après avoir volé la caisse du boulot !

Le tout sur le tout est un récit inclassable, fourre-tout où sont rassemblées des chroniques qu'il a tenues à Combat. Si la première partie est autobiographique, la seconde est davantage une promenade dans le Paris populaire d'après-guerre ; promenade teintée de nostalgie et de mélancolie. On y mesure l'écoulement du temps ; Calet, en digne mémorialiste, relate l'autrefois ; mais il est parfois difficile de revenir sur ses pas :

"Mieux vaut je crois, cesser ces promenades dans le passé. Je n'en finirais pas. Mieux vaut rester chez soi, dans son quartier, et regarder vivre les autres. Arpenter sa vie à reculons, c'est esquintant ; c'est si long, une vie à pied. Et puis, on peut tout aussi bien revivre à la maison. "

Du haut de ses quarante ans, l'auteur mesure le temps passé, se souvient des morts, mesure la transformation de Paris : et il marche, il marche à la rencontre de personnes pittoresques...

Il se souvient des petits métiers du Paris populaire : la grainetière, le matelassier, le marchand de charbon...Les rues commerçantes, la queue au marché noir, les faits divers tragiques...

Il nous relate une partie de son enfance tourmentée ; père anarchiste, mère flamande ; les déménagements se succèdent...

Lorsque vous aurez lu ce magnifique récit, vous aurez fait un magnifique voyage dans le temps. Vaugirard, Bellevile, Ménilmontant...Autant de quartiers de Paris qui revivent sous la plume de ce mémorialiste des petites gens.

Calet chante la poésie du quotidien entre petits bonheurs et grands malheurs. Du tourisme avec un petit t, une douce mélancolie qui nous émeut :

"Paris des douze mois de l'année, Paris changeant, Paris des quatre saisons, Paris de poche, Paris de tous les jours, Paris à vol d'oiseau, Paris dans un rectangle de verre à vitre, Paris du matin, Paris la nuit, Paris à la lune, Paris en chanson, Paris à l'arc-en- ciel, Paris aux cent milles pipes, Paris bleu de gel, Paris en rose, Paris transparent, Paris qui sue, Paris à la neige, Paris en voile d'épousée, Paris en toilette du soir, Paris paré de ses étoiles, Paris en petite robe de semaine, Paris emmitouflé dans ses écharpes de brume, Paris pauvre, abandonné, inhabité, obscurci, bombardé, Paris riche, Paris bannières au vent...

Je me suis coiffé de cette ville, elle me botte parfaitement, elle est à ma taille. Je l'ai vue sous toutes les coutures. C'est une intimité sans plus aucun secret. Paris en chemise, Paris à poil. Je m'en fais un tour de cou. C'entre nous à la vie à la mort (la vie pour elle, la mort pour moi
")

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 22:12

ETATS-UNIS

Tout est illuminé

Editions de l'Olivier, 2003

Avec deux romans seulement à son actif, Safran Foer est devenu l'enfant prodige de la jeune littérature américaine. Je vous avais présenté il y a quelques temps Extrèmement fort et incroyablement près, son deuxième opus.

On retrouve dans son premier roman la même originalité : un style inimitable, un mélange de bouffonnerie et de tragédie, un travail sur la langue et la narration et une description des liens familiaux très émouvante.

Alors qu'Extrêmement...est fondé sur le 11 septembre 2001, ce premier opus repose sur les coutumes juives yiddish.

En Ukraine, une famille qui tient une agence de voyage très spéciale est contactée par un jeune écrivain juif américain -Jonathan Safran Foer !- qui veut retrouver la femme qui a sauvé son grand-père des persécutions nazies  dans le mystérieux village de Trachimbrod...Et voila qu'Alex, le fils du propriétaire de l'agence spécialisée dans ce genre d'affaires, est chargé d'emmener l'écrivain sur les lieux en compagnie....de son grand-père faussement aveugle et de son chien pour aveugle....

L'écrivain surnommé par Alex Le héros n'est pas au bout de ses surprises, surtout qu'il n'aime pas les chiens...Le burlesque naît de l'image de l'Amérique véhiculée par les Ukrainiens.

Les chapitres font alterner l'histoire mythique du village de Trachimbrod, de 1791 à 1942 (histoire écrire par l'écrivain-héros, alias Safran Foer) et les lettres d'Alex adressée à l'écrivain dont il est en train de traduire le roman.

Tout commence par une bouffonerie sans nom : Alex parle "en petit nègre" (chapeau pour la traduction) avec des expressions mythiques telles que "être charnel avec une fille " ou "manufacturer des RRR" pour dire ronfler ! C'est d'abord ce travail remarquable sur la langue qui fait le génie de ce  récit.

Lorsque nous dégustons la première partie, nous avons l'impression de voyager dans un film de Kusturica ou encore de lire un roman sud-américain hérité du réalisme magique ; le roman regorge de situations truculentes et surréalistes (un bébé qui émerge des eaux, un homme qui vit avec une scie dans la tête, une communauté juive dévisée entre Verticalistes et Avachistes !!!) Ca rit, ca danse, ça crie.

Puis petit à petit, le drame s'immisce en douceur jusqu'en 1942 où les nazis massacrent les juifs d'Ukraine.

Finalement, c'est Alex qui en apprendra davantage sur son passé que Safran Foer. Car les souvenirs du grand-père ressurgissent ...

Tout est tellement bien construit que nous avons l'impression à certains moments que la vie de l'écrivain et celle d'Alex, leur passé, se confondent.
Quant au titre énigmatique, il désigne tout aussi bien une tragédie que la fureur érotique...

Avec ce roman qui ne ressemble à aucun autre, Safran Foer réaffirme la puissance du romanesque qui est capable d'embraser les sentiments les plus contradictoires, allant du profane au sacré, du burlesque à la pure tragédie. Roman rime ici avec Vie ; en même temps, il renouvelle la tradition du roman juif américain en inventant un nouveau choc des cultures drolatique entre les américains et les ukrainiens ...Comme dans Extrêmement..., la grande Histoire se mêle à des histoires de famille tragiques.

Quel premier roman !

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