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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 21:25

Editions Sarbacane, collection Exprim'



La collection Exprim', destinée à un public ado, publie de jeunes auteurs issus du milieu urbain banlieusard qui s'inspirent notamment du slam et du rap.
Coffee est le premier roman ambitieux d'un jeune slameur d'origine camerounaise qui a fondé son groupe, Chant d'encre.

Première originalité : le roman se déroule de 1974 à 2034, soit soixante ans de la vie d'un métis à l'enfance difficile, entre une mère alcoolique et un père absent, homme d'affaire  qui couche avec toutes ses secrétaires.

Le jeune Koffi étouffe ses sentiments, sa colère et subit son enfance sans broncher. Puis les décennies passent. Il est un élève consciencieux, se fait quelques amis très rares et se marie avec une blanche. Une vie sans histoire...les années passent et Koffi est toujours aussi "fermé" au monde. Car il s'est blindé contre la violence des sentiments ; il ne révèlera jamais rien sur ses blessures secrètes, sur sa mère alcoolique...La fin est un modèle de retenue...

Ce qui est exceptionnel dans ce roman, c'est justement le refus de tous les clichés. Non, ce n'est pas un énième roman sur le misérabilisme de la banlieue et de l'immigration. Ce n'est pas non plus un cri de colère d'un rappeur surexcité, un cri de haine contre une société occidentale qui n'a pas su réussir le défi de l'intégration. C'est au contraire une chronique très pudique, un roman d'apprentissage d'un "nègre blanc" qui refuse de dire au monde sa souffrance, qui garde en lui son secret pour vivre une vie normale. Sekloka signe une belle chronique amère sur 60 années ; le parcours d'un homme secret qui tait ses émotions tout en ayant une vie de famille classique.
Certaines scènes sont très dures (l'alcoolisme de la mère) ; d'autres regorgent d'émotion.

Peu de romans dits pour ados évoque un parcours de vie sur 60 ans ; on y évoque le parcours professionnel, la vie conjugale, le désir et la peur de la paternité, les blessures de l'enfance. C'est le grand mérite de ce titre d'avoir pris le personnage dans sa globalité et de ne pas s'être arrêté au portrait éternel de l'adolescent meurtri.

Nous apprécierons également une écriture sobre, loin de la tchatche de banlieue et aussi un rythme intéressant qui scande chaque chapitre. Au début de chaque chapitre consacré à une année, un refrain replace la vie de Koffi dans un contexte culturel : C'était l'année des...à chaque fois, des noms de vêtements, de footballeurs, d'appareils électroniques, de chanteurs...et d'un café particulier.

Un jeune auteur à suivre...

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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 16:15
Vincennes- 26, 27, 28 septembre 2008

Festival America

"L'Amérique-Monde"

A noter à Vincennes le week-end prochain, le festival de la littérature américaine. Pour sa 4ème édition, ce salon est consacré à la littérature issue de l'immigration. En effet, depuis quelques années, bon nombres d'écrivains originaires d'Afrique, de Colombie, d'Asie par exemple redynamisent la littérature américaine et offre bien souvent une vision désenchantée ou douce-amère du rêve américain.

http://www.festival-america.com/Edito.htm

A noter qur la "littérature de l'immigration" n'est pas une originalité de la littérature américaine. Rappelons que la littérature française, avec des noms tels Alain Mabanckou, Fatou Diome ou Léonora Miano, interroge également ces questions, notamment à travers la question du statut de la littérature francophone.

Parmi les titres de ces auteurs américains, présents au Festival America, citons :

Dinaw Mengestu

Les belles choses que porte le ciel
Les belles choses que portent le ciel

Colson Whitehead

Ballades pour John Henry
Ballades pour John Henry
Et puis aussi d'autres titres que je vais découvrir :

Miles fron nowhere de Nami Mun
Miles from nowhere

L'odyssée d'une jeune coréenne immigrée sous forme de descente aux enfers dans l'univers de la drogue et de la prostitution. Inspiré de la vie de l'auteur.

Bêtes sans patriede Uzodinma Iweala

Bêtes sans patrie

Par un auteur d'origine nigériane. Incontestablement, l'un des grands romans de la rentrée. La guerre africaine racontée par un enfant-soldat sur une traduction d'Alain Mabanckou.

Dans la villes de veuves intrépidesde James Canon

Dans la ville des veuves intrépides

On dit de l'auteur que c'est l'héritier de Garcia Marquez et du réalisme magique. Ce jeune colombien signe un récit baroque hilarant sur des femmes qui sont restées toutes seules au village. En l'absence des hommes, elles montent un bordel et se font élire maire...
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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 14:57

RECUEIL DE NOUVELLES

Tirez sur l'ambulance !

Editions Thierry Magnier, 2008

Colin Thibert est un auteur de la Série Noire chez Gallimard. Ici, il nous livre d'étranges nouvelles très bien ficelées destinées aux adolescents. Comme quoi on peu aborder des drames comme la mort dans la littérature dite pour ados sur un ton parfois très humoristique...

Certes, les thèmes de ces nouvelles ne sont pas drôles : vieillesse et mort des personnes, morts accidentelles, dénnonciation du libéralisme à outrance, racisme...

Jugez-en plutôt par ces exemples : un chien meurt et son malheureux propriétaire n'arrive pas à l'enterrer...Une vieille femme acariâtre qui ne veut pas faire rénover sa maison délabrée finie emmurée...Des touristes écrasent sans vergogne une petite fille birmane et à l'heure de l'ultralibéralisme, les ambulances deviennent concurrentes et s'arrachent les malades à coup de revolver !

Colin Thibert est un as de la nouvelle : tout débute de manière presque normale et la chute inattendue très noire vient pour broyer les tripes.

Mais alors pourquoi la présence de l'humour noir ? Tout simplement parce que ces nouvelles sont une charge implacable contre les travers de notre société : des touristes imbus de leurs privilèges qui veulent visiter la Birmanie à tous prix en voiture malgré les contre indications. Les méfaits du libéralisme sur la santé. L'indifférence envers les vieillards. Les stéréotypes du racisme le plus vil qui veut qu'en chaque "noi" réside un dangereux sorcier. Assurément, l'auteur force le trais. Mais c'est pour mieux souligner et dénoncer.

C'est bien ficelé et ironique à souhait. Et mené tambours battants dans un rythme effréné. A souligner d'autant plus que l'art de la nouvelle est rare surtout dans la littérature ado...

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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 14:21

"Modeste contribution à une sous-culture"

10 000 litres d’horreur pure


Editions Au Diable Vauvert, 2007

Illustrations de Blanquet

Décidément, les originales éditions Au Diable Vauvert regorgent de textes "barrés", souvent très déjantés.
Explicitons d'abord le sous-titre : Thomas Gunzig rend hommage à une "sous-culture" celle des films d'horreur de série B américaine genre Massacre à la tronçonneuse, Scream ou encoreThe descent. Tous ces films adoptent le même schéma : un groupe de jeunes insouciants issus du milieu urbain, très stéréotypés (le beau, le faible, la bombe sexuelle, l'intello) se retrouvent dans une campagne paumée et vont se faire tous liquider...La critique a vu dans ce schéma la vengeance des forces réactionnaires contre une jeunesse libre et insouciante...

Tout cela est très bien expliqué dans l'introduction. En fait Gunzig transpose se modèle de cinéma dans la littérature pour notre plus grand plaisir ! C'est divertissant à souhait, rondement bien mené et bourré de suspense et...non dénué d'humour noir...

Voici l'intrigue : un groupe de jeunes étudiants se retrouvent pour passer un week-end dans la maison de campagne de la tante de Patrice. Mais la cohabitation s'avère déja  difficile : Patrice est l'intelligent du groupe mais forcément il est timide et pas beau. Il y a Ivana, sa bonne copine qu'il n'ose pas draguer. Et aussi, JC et Kathy, deux belles gueules qui n'ont rien dans le ciboulot. On déboule avec une grosse voiture et là, on découvre une maison délabrée pas très confortable, un lac et une maison abandonnée...

Et pour ne pas rassurer le petit groupe, Patrice déclare que sa tante est en hôpital psychiatrique et que sa soeur paralysée a disparu il y a  des années...

La nuit tombée, JC et Kathy s'aventurent dans la forêt. JC est attaqué et Kathy disparaît...
Le petit groupe va se ressouder pour partir à la rescousse de leurs deux amis ...

La suite est des plus terrifiantes...Bien sûr, c'est gore mais aussi très humoristique. Les personnages sont très stéréotypés, ce qui poste à rire. De plus, le mal est incarné par des bestioles fantastiques qui nous font davantage plonger dans un conte que dans un film d'horreur.

Si bien que chaque fois, le lecteur hésite entre terreur et franche rigolade. C'est un peu du Tim Burton, la féérie en moins.

Vraiment du pur divertissement ! Merci à Gunzig d'avoir abordé en littérature un schéma emprunté au cinéma.

A recommander notamment aux ados.

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Published by Sylvie
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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 19:55

RENTREE LITTERAIRE -AUSTRALIE

Ailleurs

Editions Christian Bourgois

C'est l'une des grandes découvertes de cette rentrée. Ce deuxième roman de cette  jeune australienne fut salué à la fois par Toni Morrison et JM Coetzee. En une centaine de pages, l'auteur nous décrit une histoire étrange, morbide, faite de non-dits et de lourds secrets.

L'intrigue est minimale : dans une ville française non définie, une femme revient d'Australie dans la maison familiale avec ses deux enfants ; un bras dans le plâtre, des vêtements déchirés ; signes annonciateurs d'une situation familiale difficile.

La femme revient après un départ brutal douze ans plus tôt. Un château d'antan, une grand-mère évoquant l'aristocratie d'autrefois, une gouvernante et deux servantes jumelles. Puis le même jour, reviennent de l'hôpital le frère de la femme, Marcus ainsi que Sophie, la belle-soeur, qui revient à la propriété familiale avec "le paquet" morbide. Etrange huis clos familial qui va durer plusieurs jours...

Le récit est celui de la tentative de l'enterrement du paquet malgré le refus de Sophie...

Voila pour l'intrigue. Certes sujet très dérangeant, mais l'écriture de Juia Leigh est si elliptique, tout en nuance, que tout détail scabreux est absent.

Au contraire, il s'agit avant tout d'un roman d'atmosphère. Les personnages ne sont presque pas décrits, il s'agit de silhouettes fantomatiques. Alors que l'on connaît leurs prénoms, l'auteur les désigne toujours par "le garçon", la "petite fille", la "femme".  

Le décor (un château, un parc avec des fauteuils en rotin, un lac, une forêt) instaure un climat mystérieux et enchanteur (les oiseaux, les daims...). Alors que nous croyons être dans un conte gothique, des éléments de la modernité surgissent : un écran plasma, un portable, un séjour dans un  restaurant de kebab...L'auteur brouille magnifiquement les pistes...

Quant aux relations entre les différents personnages, elles ne sont que suggérées. Peu de communication, beaucoup de non-dits. On devine un adultère, une maltraitance conjugale.

Les critiques ont évoqué Tandis que j'agonise,de par l'ambiance morbide. Cependant, il n'y a pas de tonalité burlesque. On contraire, tout est poésie et retenue.

Par contre, on peut évoquer le magnifique film de Charles Laughton, La nuit du chasseur, de par la présence des deux jeunes enfants qui prennent la barque sur le lac pour aller vers un "ailleurs" plus hospitalier. L'enfance qui cherche à fuir un monde adulte qu'elle ne comprend pas ...

Un roman d'ambiance très cinématographique qui marquera les esprits...

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14 septembre 2008 7 14 /09 /septembre /2008 22:43

RENTREE LITTERAIRE

Pour vous

Editions Joelle Losfeld

Dominique Mainard est pour moi l'un des écrivains français les plus attachants d'aujourd'hui. Après entre autres Leur histoire, Le ciel des chevaux et Le grand fakir, elle signe une fable amère où l'on retrouve comme d'habitude des êtres solitaires, un peu marginaux, cassés par la vie. L'auteur en profite pour pointer le commerce actuel des sentiments.

Pour vous est le nom d'une agence bien spéciale : Delphine, la responsable de l'agence, offre du réconfort et de l'illusion à des gens cabossés pour leur rendre la vie plus supportable ; elle offre l'illusion, elle satisfait les désirs contre rémunération. Promener un vieux monsieur dans le parc, parler à un enfant autiste, faire des dessins pour l'envoyer à un père qui n'a pas vu ses enfants depuis longtemps...Les clients se succèdent ; Delphine est là, elle offre des mouchoirs mauves et annonce le prix...

Mais les services rendus peuvent encore aller plus loin...Delphine accepte de devenir mère porteuse pour un couple stérile...Puis le passé ressurgit lorsque l'ancien amant d'un homosexuel qu'elle avait aidé à mourir vient à l'agence pour lui demander de retranscrire le journal du mort...

A partir de ce moment, Delphine va s'ouvrir aux vrais sentiments, non monnayables...

Cette histoire originale, très amère, vaut d'abord pour ses beaux portraits : une vieille dame solitaire qui lit des romans d'amour, un vieil homosexuel à l'article de la mort amoureux transi, un adolescent autiste qui prend Delphine comme personnage virtuel de jeux vidéos...L'auteur traque l'être humain, ses désirs, ses rêves, ses faiblesses. Delphine est un personnage ambigu, une maquerelle des temps modernes, une "pierre sans parfum" comme le dit l'un des personnages. Elle fait le commerce des sentiments justement parce qu'elle s'est créée une carapace suite à une enfance difficile. Son propre parcours nous est dévoilé peu à peu (à noter l'entrevue troublante avec sa mère, magistrale). Vivre de l'illusion, du mensonge, pour oublier ses propres souffrances...

Dominique Mainard ne nous livre pas une chronique sociale qui cherche à dénoncer quelconque dérive contemporaine. Aucune indication spatio-temporelle ne vient ancrer les personnages dans une société précise. Elle traque au contraire la blessure non cicatrisée universelle et excelle dans les descriptions des relations humaines. Une écriture du sentiment et de la sensation avant tout. En évitant bien sûr toute mièvrerie et happy end...

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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 20:06

RENTREE LITTERAIRE- ALLEMAGNE

L'ultime question


Editions Actes Sud

L'an dernier, La fille sans qualitéavait été un événement littéraire. Un pur chef d'oeuvre. Juli Zeh récidive cette année, un niveau en dessous tout de même...Alors que La fille sans qualités'attachait à la fin du droit et de la morale, ce dernier opus mêle physique quantique, psychologie, morale, thriller et intrigue policière...Quel programme ! Mais par dessus tout, on retrouve la primauté du jeu : les protagonistes jouent avec les règles et principes à leur dépens...

Oskar et Sébastian sont deux physiciens renommés, amis très proches de longue date. Chaque semaine, Oskar vient à Fribourg chez son ami de fac et sa petite famille. Car, si lui a décidé de se livrer corps et âme à la physique, Sébastien a trouvé le bonheur avec sa femme Maike et son fils Liam.  Chaque vendredi, c'est l'occasion d'une joute verbale plein d'ironie car les deux compères ne partagent pas les mêmes conceptions de la physique. Pour Oskar, le matérialiste, le monde est une suite linéaire de cause à effet ; le temps et l'espace existent au même titre que la matière. Le monde est un.  Sébastian souhaite démontrer au contraire la théorie des mondes multiples, des univers parallèles ; différents univers se côtoient ; une chose peut être vraie dans un monde, faux dans l'autre. Le hasard gouverne les sciences et affirme le libre arbitre de l'homme...

Sébastien a exposé la théorie des univers parallèles dans une revue scientifique suite à un mystérieux meurtre : le meurtrier se prétend originaire du futur où ses victimes étaient encore vivantes. On pourrait ainsi tuer ses ancêtres dans le passé et exister toujours dans le futur...Quid des contradictions...

Pour Oskar, Sébastien s'est fourvoyé dans la vulgarisation scientifique. Pour défier son ami, il l'invite à participer à un débat télévisé sur ces questions cruciales : la réalité est-elle unique, la réalité dépend-t-elle de nos propres perceptions ?

Quelques jours plus tard, la vie de Sébastian bascule. Il reçoit un étrange coup de fil qui lui intime de tuer l'ami médecin de sa femme. Au même moment, il croit que son fils a été enlevé...
Sébastian a commis un meurtre contre son gré mais son fils a-t-il vraiment été enlevé ?

Deux enquêtes se croisent. Pour les élucider, un mystérieux commissaire atteint d'une tumeur au cerveau sujet à des hallucinations...Celui justement qui s'est occupé de l'enquête du tueur venu du futur...

Vous suivez toujours ? Le roman scientifique bascule soudainement dans le thriller le plus sordide ; le scientifique perd pied et sa famille se dissoud...Est-il vraiment coupable ? Le commissaire, ému par sa famille, va tout faire pour le disculper...

Juli Zeh parvient à faire "descendre" la physique quantique dans la vie quotidienne et les relations humaines. Jeux de piste, manipulations, sentiments ambigus ; tout ici se rapporte à l'existence ou non de plusieurs univers ? Peut-on vivre deux vies ? Vie et sciences se rejoignent pour parler des valeurs existantes ou non. La science devient un jeu qui influe sur le quotidien...

Saluons des personnages hauts en couleur, d'une profondeur psychologique certaine, un rythme haletant et une intrigue d'une intelligence rare.

Assurément, l'auteur éprouve autant de plaisir à jouer avec les nerfs de ses personnages aussi bien qu'avec l'intelligence du lecteur.

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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 22:32

ETATS-UNIS

Le bûcher de Times Square

Editions du Seuil "Fictions et Cie", 1980

Robert Coover, écrivain américain de premier plan, est connu pour ses fresques irrévérencieuses sur les travers de l'Amérique. Il est considéré avec Thomas Pynchon et William Gass comme l'un des fondateurs du roman post-moderne et récuse à ce titre toute idée de réalisme. Ses fictions oscillent toujours entre tragédie et burlesque.

Ce roman est son titre le plus connu ; il prend pour point de départ l'un des plus grands scandales politiques américains du 20e siècle, à savoir la condamnation à mort des époux Rosenberg pendant la Guerre de Corée en 1953, pour avoir soit disant livrer le secret de la bombe atomique à l'URSS. Le roman relate de manière burlesque les trois jours qui ont précédé leur mort sur la chaise électrique. La chasse aux sorcières, la guerre de Corée, la nouvelle croisade contre les impies d'Eisenhower et de Nixon. Coover s'inspire de faits réels (la biographie des deux juifs communistes, les différentes étapes du procès) pour faire de cette fable foraine un examen clinique de la politique-spectacle des Etats-Unis. 

Il imagine que les autorités américaines ont concocté une exécution à grand spectacle où sont convoquées toutes les grandes figures de la culture américaine, de Mickey à Cecil B De Mille, de Laurel et Hardy à des chanteurs mythiques. Tous se rassemblent autour du bûcher de Times Square pour célébrer la victoire de l'Oncle Sam (qui symbolise l'esprit américain) contre le Spectre (le communisme).   Car dans cette immense foire, les idées sont personnifiées. Le mythique Oncle Sam avec son grand chapeau, sa barbichette et son accent texan incarne l'esprit américain obsédé par  la persécution des ennemis de l'Amérique, en l'occurrence les communistes. Il apparaît comme une marionnette foldingue qui se contrefout d'un procès bâclé, des fausses preuves...Ce qu'il veut, c'est trouver une incarnation, c'est à dire un nouveau président pour défendre ses idées. Il se trouve qu'il a choisi d'introniser Richard Nixon, pour l'instant vice-président.

Cette intronisation, qui dure pendant les trois jours qui précèdent l'exécution des Rosenberg, ne vont donc pas être de tout repos pour Nixon ! D'autant plus qu'un juge de la Cour Suprème , contre l'avis des autres juges, a accepté l'appel des condamnés à mort. Les juges sont donc obligés de revenir de vacances...

Les chapitres font alterner une narration omnisciente avec l'histoire contée par Nixon qui nous fait vivre à l'instant T son parcours du combattant : comment va-t-il faire pour convaincre les juges, liquider les démocrates...En même temps, il se souvient de ses souvenirs d'enfance, de son mariage, de ses premiers émois sexuels et co^mpare son itinéraire avec celui de Julius et Ethel Rosenberg. Je ne vous dit pas tout mais sachez que le discours de Nixon réserve bien des surprises graveleuses !Tous les personnages ressemblent à des pantins burlesques mus par une folie meurtrière non justifiée. Sexe, violence, mauvaise foi sont au rendez-vous.

La condamnation devient une grande fête foraine rassemblant tout le gotha mondain ; les chansons folkloriques se succèdent, tous les grands personnages représentatifs de la culture américaine.

Bien sûr, on peut parler d'outrance. Mais ce qui est génial, c'est que c'est du caricatural, de l'aspect farcesque que naît la vérité de la pensée américaine. Coover ne cherche pas à défendre les communistes mais au contraire à mettre en relief une société manichéenne qui ne vit que dans le conflit. Ce récit est d'autant plus universel et intemporel que l'on pourrait remplacer le spectre communiste d'hier par l'islamism d'aujourd'hui. On est en effet frappé de la similitude entre les discours d'Eisenhower et ceux de Bush. A travers la fiction, Coover se fait l'analyste de la logorrhée américaine. Du pur divertissement et en même temps une fine analyse de la politique américaine qui a toujours eu besoin d'un ennemi pour exister.

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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 21:50

ETATS-UNIS -1851

Moby Dick

J'ai enfin lu ce roman merveilleux, sûrement l'un des plus beaux chefs d'oeuvre de la littérature mondiale !
Rappelons que Melville est l'un des grands pionniers de la littérature américaine avec Edgar Poe et Nathanael Hawthorne. Ce roman de la chasse au cachalot blanc s'inspire d'un fait réel et également de sa vie aventureuse sur les baleiniers du Pacifique. Rappelons que Melville a été fait prisonnier des tribus cannibales...

Mais ce roman est bien plus que l'histoire d'une chasse à la baleine mythique. C'est un roman métaphysique  et spirituel qui brasse tout l'univers dans sa relation avec l'homme.

Rappelons l'intrigue : le narrateur, Ismaël, un jeune aventurier, s'embarque sur le navire baleinier Le Péquod, dirigé par le Capitaine Achab. Bientôt, il découvre que le capitaine, qui a perdu sa jambe dans un précédent affrontement avec le cachalot blanc Moby Dick, n'a qu'un objectif : retrouver le Léviathan pour se venger et le tuer. Achab entraîne l'équipage dans sa folie destructrice...

Roman documentaire, roman appartenant à la vague romantique, inspiration biblique, réflexion sur la condition humaine, magnificience des différents personnages : voila tous les éléments de ce chef d'oeuvre.

En lisant ce roman, le lecteur acquiert une connaissance certaine des cétacés, de leur pêche mais aussi de l'histoire de cette pratique et du fonctionnement d'un navire baleinier. Certains jugent ennuyeux ces chapitres mais ils confèrent au contraire une dimension réaliste au roman et introduisent des pauses dans le récit.

Ce roman métaphysique est une réflexion sur la condition humaine face à Dieu et au Cosmos. En décidant de s'affronter à plus fort que lui, Achab a décidé de se placer au dessus de Dieu, il est la figure de l'impiété (comme le roi biblique d'Israël du même nom). C'est un nouveau Prométhée qui défie sa propre condition. Moby Dick représente la transcendance, le mystère impénétrable de la création ; on ne peut le comprendre.
Achab est un être possédé ; dans de merveilleux passages, il se décrit comme un être tenaillé par une force invisible contre laquelle il ne peut lutter. Les pages où il rêve de s'échapper de cette obsession et de retrouver femmes et enfants sont parmi les plus belles du livre.

A l'inverse, Ismaël, l'aventurier, se lance des défis mais il trouve la sérénité dans la solidarité envers l'homme. Il recherche l'harmonie avec son semblable. L'un des passages les plus intéressants du roman est lorsqu'Ismaël fait la connaissance du harponneur Queequeg. Ce dernier, le "bon sauvage", incarne la religion païenne, la toute autre altérité. Ismaël est d'abord horrifié par ses pratiques d'idolatrie
et de fétichisme puis il découvre finalement un dieu universel qui lui dicte d'aimer son prochain quelque soit ses différences ; c'est la religion de l'humanité, de la divine égalité. Les pages consacrées à cette amitié et à ce dieu universel sont assurément les plus attachantes du livre et les plus modernes. L'amitié indéfectible Ismaël/ Queequeg est l'une des plus belles histoires d'amitié de la littérature mondiale (Avec Des souris et des hommes bien sûr)Certains critiques rappellent que Le Péquod symbolise l'Amérique et ses différentes composantes, ses différentes "races" réunies dans l'élan fraternel :

"Mais qu'est ce-que rendre un culte ? me demandais-je. Vas-tu te figurer, Ismaël, que le Dieu magnanime du ciel et de la terre _ et tous les hommes, païens y compris, puisse éprouver l'ombre d'une jalousie envers un insignifiant morceau de bois ? Impensable. Mais qu'est ce qu'adorer Dieu sinon faire sa volonté ? C'est là l'hommage à lui rendre. et quelle est la volonté de Dieu ? sinon faire à son prochain ce que je voudrais qu'il me fit. Telle est sa volonté. Queequeg est mon prochain. Et que souhaiterais-je voir queequeg faire pour moi ? Eh bien ! s'unir à moi dans ma manière presbytérienne et particulière de rendre grâces. Donc je dois me joindre à lui dans son culte personnel et par conséquent me muer en idolâtre"

Moby Dick peut être vu comme un roman qui embrase l'univers entier et qui questionne l'homme dans sa position par rapport à la divinité, à la Nature. Soit il l'a défie, soit il communie avec elle. De merveilleux paragraphes, à tonalité romantique, célèbrent cette union avec les hommes et le monde, le tout-monde, l'universel.

Ce roman est aussi une méthaphore de l'Amérique expansionniste des années 1850. Melville met en garde son pays dévoreur de territoires ; tout comme Achab, elle risque de s'y perdre.

Soulignons pour finir la langue melvillienne d'une richesse inouïe. Ce roman se lie d'une traite tant les registres de langues sont nombreux. Il y a la veine romantique (l'appel à Dieu, à la nature insaisissable), il y a l'épopée, il y a le discours savant de l'océonographe et de l'historien des navires baleiniers. La narration d'Ismaël est une merveille de discours direct adressé au lecteur ; ce dernier nous raconte son périple, sa descente à l'auberge, ses aventures cocasses. Nous avons l'impression de se réunir au coin du feu pour entendre les vieilles histoires maritimes. Enfin, n'oublions pas l'humour qui est très présent ; le personnage de Stubb, par exemple, le second capîtaine, est un modèle du genre. Son langage truculent  n'hésite pas à faire un sermon religieux aux requins !

Que dire de plus ! Rarement un roman a autant atteint l'universel...

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 21:57

ETATS-UNIS -1936



Editions Gallimard, L'Imaginaire

J'ai enfin dévoré le titre réputé le plus hermétique de Faulkner. Quel délice ! Moi qui avait été "arrêtée" par Le Bruit et la fureur et avait stoppé brutalement la découverte de ce grand auteur, j'ai persévéré plusieurs mois plus tard avec Sanctuaire, Lumière d'août et Tandis que j'agonise. Je suis finalement devenue une fan incontestée. Pour moi, Faulkner est l'un des plus grands écrivains du siècle.

Si Absalon déstabilise autant, c'est d'une part pour le non respect de la chronologie (c'était déjà le cas dans Le bruit et la fureur) et aussi surtout pour l'emploi d'une phrase ample, haletante, qui hypnotise littéralement le lecteur. Soit l'on décroche, soit l'on est littéralement envoûté.Répétition, ressassement, la phrase d'Absalon imite la respiration ; le lecteur est obligé de faire des pauses devant l'absence de virgules et la succession de parenthèses et de tiret. Il en ressort une histoire fragmentée, révélée peu à peu (elle est racontée par 4 narrateurs différents qui ne savent pas les mêmes choses), ce qui ménage le suspense.

Et c'est précisément là que réside le génie d'Absalon : c'est une histoire certes mais c'est surtout l'histoire d'une histoire, un discours, une pure fiction. Et c'est là que réside la modernité incontestable du roman. Il y a bien une histoire au départ mais les personnages sont constamment présentés comme des ombres, des fantômes évanescents qui échappent aux narrateurs. Comme le dit l'excellente préface de François Pitavy, "les narrateurs ne cessent de dire leur incapacité à dire et à donner sens à l'histoire qu'ils sont en train de dire et qui n'existe que dans ces discours impuissants_et dont cependant l'autorité est finalement sa propre et seule légitimitée".

L'histoire d'abord, digne d'une tragédie antique ou biblique ; c'est pourquoi le titre évoque le fils du roi David, mort assassiné après avoir tué son frère aîné qui avait offensé sa soeur. Thomas Sutpen, petit blanc, a été traumatisé pendant son enfance par  un esclave noir qui l'a rejeté d'une propriété ; depuis, il s'est juré qu'à force de travail, il parviendrait à fonder sa propre propriété, à s'établir ; c'est alors qu'il surgit dans un village du sud des Etats-Unis, qu'il construit sa propriété, cherche femme pour être conforme "à l'ordre social établi", fonde une famille. Mais le fils noir des années passées ressurgit...
Tragédie par excellence ! Meurtres en famille, lutte contre l'inceste, le destin qui se retourne contre l'idée même que l'on voulait défendre...Sutpens, pour lutter contre l'inceste, se retrouve obligé de renier sa progéniture et de l'exclure de sa propriété tout comme il l'a vécu étant enfant.
Absalon est l'histoire d'une dynastie déchue, d'un sang vicié, du destin, du fatum qui s'abat sur une famille. On est proche de l'histoire antique des Atrides. Le tout sur arrière-fond de guerre de sécession et de lutte contre la faute originelle, le sang noir qui vient annihiler le rêve de Sutpen...

Quant à la forme post-moderne, c'est ce qui fait tout l'intérêt du roman : quatre narrateurs donc, qui racontent l'histoire à six mois d'intervalle : Rosa Coldfield, la vieille fille recluse dans sa vieille demeure, belle-soeur de Sutpen. Pour elle, c'est un ogre, un djinn, un démon. Elle livre la version gothique de l'histoire dans un célèbre monologue de 40 pages.
Mr Compson, l'ami de Sutpen qui l'a aidé dans la fondation de sa propriété. Lui offre une vision pragmatique, rationnelle de Sutpen. Il raconte l'histoire à son fils Quentin ....qui la complétera six mois plus tard avec son ami d'université Shreve dans leur chambre d'étudiant, un soir d'hiver au coin du feu...
Les quatre narrations se complètent et les discours des étudiants à la fin viennent combler les blancs laissés par Rosa et Compson. Finalement, on peut dire que les étudiants inventent une version vraisemblable des faits, sans annihiler la version des autres. Absalon est bien l'histoire de la production d'un discours sur les personnages d'une fiction.

Le lecteur sera marqué par ces personnages fantomatiques, mythiques, qui demeurent insaisissables malgré la production du discours. L'atmosphère rendue par le décors introduisant la narration est significatif : vieille maison délabrée, chambre d'étudiant sépulcrale. Comme le dit François Pitany dans sa préface, "il faut bien que les personnages soient des fantômes et que le discours participe du rêve pour que la narration puisse dire le triomphe du verbe, la transcendance de la création romanesque".

Il n'y a qu'un mot à dire : lisez ce chef d'oeuvre car aucun article ne pourrait transcrire sa beauté !

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