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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 22:45

ITALIE

Le secret de Caspar Jacobi

Editions Anacharsis, 2008

Si vous aimez les romans d'aventure labyrinthiques à suspense qui vous emmènent à la fois à New-York, Venise et même dans les histoires de piraterie du Moyen-Äge, ce livre est pour vous !

Alberto Ongaro, écrivain et grand voyageur, a été le complice d'Hugo Pratt. Il nous livre ici un superbe récit labyrinthique sue les méandres de la création littéraire, les rapports diaboliques auteurs/personnages, l'inspiration etc....

Tout commence à Venise : Cipriano Parodi, élevé par ses deux tantes Catholica et Pagana !!!!, est doté d'une imagination débordante. Il vient de sortir son premier roman et reçoit une lettre du plus célèbre écrivain du monde, Caspar Jacobi, résidant à New-York. Il l'invite à venir rejoindre son équipe....Car Jacobi, c'est l'Alexandre Dumas du XXIè siècle.  Il est à la tête d'une véritable "usine de création". Des écrivains créent pour lui des personnages et des intrigues...

Intrigué et surtout flatté, Cipriano se rend à New-York et intègre l'atelier de Jacobi. Il apprend que l'un de ses prédécesseurs, un jeune écrivain français, est mort accidentellement...

La "guerre de la création" commence. Cipriano entend bien garder son indépendance d'écrivain...mais Jacobi se révèle être un talentueux vampire littéraire....

Cipriano se rend peu à peu compte que Jacobi cache un secret et va tout faire pour le découvrir..

Ce titre est d'abord un merveilleux roman d'aventures et un roman à énigmes. Ongaro nous ballade de Venise à New-York, de la piraterie moyen-âgeuse à la commedia dell'arte, des cultes vaudous aux bals masqués de Venise.

Créant un foisonnement de personnages et d'intrigues secondaires, ce roman est surtout une magnifique réflexion sur les arcanes de la création littéraire : mise en abîme de la narration, effacement des limites entre les personnages et l'auteur, entre le réel et l'imaginaire. Cipriano et Caspar se livrent à une impitoyable partie d'échec : qui va piéger l'autre ? Ici, l'arme, c'est d'abord la littérature qui manipule, soumet et rend schizophrène. Chacun cherche à écrire sur l'autre mais ce jeu s'avère très dangereux.

Hommage à Alexandre Dumas, ce livre se révèle un véritable labyrinthe pour le lecteur qui se perd pour son plus grand plaisir. Ici, l'acte d'écriture est vu comme une action démoniaque, vampirique.

Assurément l'un des plus beaux livres que j'ai jamais lu sur la création littéraire. Certains critiques évoquent le lien avec Borges...On peut également évoquer Arturo Perez Reverte (en particulier Club Dumas et Le tableau du maître flamand.Érudition et mystère, pur divertissement allié à une réflexion subtile...

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 08:29

GRANDE-BRETAGNE

Sur la plage de Chesil

Editions Gallimard "Du monde entier", 2008

Ian McEwan est le plus grand écrivain anglais contemporain avec Martin Amis. C'est le premier roman que je lis de lui et c'est une belle découverte.
Son dernier roman fait partie des grands romans étrangers de cette rentrée littéraire. Ce titre relate sur moins de 150 pages le fiasco d'une nuit de noce dans l'Angleterre encore très guindée du début des années 60. C'est très ironique et en même temps d'une grande finesse psychologique. La fin brusque constitue une chute très amère. 

"Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible"

Voila le début qui annonce rapidement la couleur : nous sommes sur le littoral, dans un hôtel proche d'une plage de galets. Défilé des serveurs, repas du soir : les jeunes mariés, Edward et Florence, ont la gorge qui se noue ; ils touchent à peine à ce qu'il y a dans leur assiette ; et pour cause : le moment fatidique approche ; il vont devoir consommer leur mariage. Or, Edward est un jeune puceau et visiblement, Florence est plus que dégoûtée par l'acte sexuel....

McEwan dilate ce moment en examinant le plus possible l'intériorité des deux personnages ; ces derniers se parlent davantage à eux-mêmes qu'ils communiquent entre eux. Entre fantasmes et inhibitions, interdits sociaux, ils tâtonnent, ils hésitent, ils ont peur.

On admirera le brio de la construction : au centre du roman, unité de lieu, de temps et d'action : description du fiasco d'une nuit de noces dans l'Angleterre des années 60. Puis des pauses qui examinent le passé, l'enfance des deux protagonistes. Enfin, les dernières pages examinent en une rapidité exemplaire tout le déroulé d'une vie sur quarante ans et tous les regrets qui vont avec.


Tout en insistant sur les interdits sociaux, le conservatisme des mentalités, Mc Ewan parvient brillamment à saisir la psychologie des personnages et à décrire un magnifique paysage anglais entre landes campagnardes et paysages marins.

Le lecteur hésite toujours entre le rire (l'auteur est très ironique lorsqu'il décrit par exemple le couple qui ne parvient pas à déguster son repas à cause de la peur de "l'après", de même les situations imprévues décrites pendant la nuit de noce sont très cocasses et burlesques).

Mais finalement, on finit par s'identifier à ces personnages qui subissent le poids de leur éducation ; la sympathie va tantôt à Edward tantôt à Florence ; quant à la conclusion, celle qui clôt une vie, elle est très amère...

Saluons McEwan d'avoir su brillament traiter un sujet scabreux, si peu traité en littérature, en oscillant toujours entre la farce et l'amertume.

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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 18:00

COLOMBIE

Dans la ville des veuves intrépides

Editions Belfond, 2008

Voici incontestablement la grande découverte littéraire latino-américaine de l'année 2008. Ce premier roman vient de recevoir le Prix des lecteurs du Festival America de Vincennes et James Canon est considéré par la critique comme le digne héritier du réalisme magique de Garcia Marquez et d'Isabel Allende.

En effet, cette fresque tragi-comique fait alterner la violence de la guerre (la guérilla colombienne) avec un conte baroque : imaginez que le village de Mariquita soit envahi par les guérilleros qui intiment chaque homme valide de venir grossir leur rang. Les femmes, jeunes et moins jeunes, se retrouvent seules avec le curé du village.
L'anarchie est en route : les champs ne sont plus cultivés, la saleté s'installe, les femmes deviennent d'horribles pouilleuses...Jusqu'à ce que Rosalba, la femme du brigadier, s'autoproclame maire du village...

De multiples solutions aussi extravagantes les unes que les autres sont proposées pour que le village continue à vivre. Car pour qu'il perdure, il faut bien que les femmes procréent !!!

On fait venir les hommes dans un bordel, des jeunes femmes accostent les hommes sur les chemins, il y a même le curé qui souhaite se dévouer corps et âme et faire la visitation aux jeunes vierges !!!

Les situations bulesques se suiccèdent (il y a des pénis qui tombent, des hommes qui deviennent des femmes !). Petit à petit, le conte burlesque devient une véritable utopie où les femmes s'organisent et parviennent à créer une communauté marxiste.

Ce rêve communautaire s'oppose aux "scènes masculines" souvent très dures qui exaltent les règlements de compte entre militaires et guérilleros.

On appréciera les personnages féminins hauts en couleur : les vieilles filles moustachues, les jeunes filles effarouchées et surtout deux figures d'homosexuels fort attachants. Car, plus qu'une guerre des sexes, on assiste à leur effacement progressif, à une certaine androgénie ; bien sûr, l'homosexualité autant féminine que masculine, est très présente, mais jamais comme un sentiment de haine envers l'autre sexe.

Une intrigue originale, pleine d'humour !

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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 17:47

ETATS-UNIS



Editions Le cherche Midi, collection "Lot 49", 2008

Brian Evenson est une voix à part dans la littérature américaine. Ancien prêtre mormon, on peut dire que sa prose tient à la fois de Kafka, Borges et de Tarantino !
Son dernier opus oscille entre thriller, absurde et récit d'horreur.

Imaginez Kline, un détective privé qui se fait couper la main au hachoir par l'un de ses ennemis. Qu'à cela ne tienne, il se fait cautériser illico sur une plaque de cuisson en oubliant pas de tuer son mutilateur !!!
Alerté par son courage extrême, deux drôles de bonshommes comiques, mutilés également,  lui demandent de rejoindre "la confrérie des mutilés" pour enquêter sur le meurtre du leader de la secte.... Sauf qu'arrivé dans le mystérieux établissement, il n'y a pas de corps et il se pourrait bien qu'il n'y ait même pas eu de meurtres...De toutes façons, on lui annonce qu'ici, "c'est la chair contre le sang" : pour savoir, il faut perdre un membre à chaque fois. ...Car, pour monter dans la hiérarchie, il faut utiliser le plus possible le hachoir...Ainsi, les hommes sont appelés les un, les deux jusqu'à 12. Je vous laisse deviner l'état des 12.....

Jusqu'où Kline va-t-il aller pour percer le secret de la confrérie ?

L'écriture, tout en étant très froide, très épurée, laisse transparaître une certaine ironie, une dose d'humour noir : les personnages ressemblent à des pantins, tel le duo de mutilés qui convoquent Kline. Les situations sont si absurdes, les personnages sont si flous et manipulables qu'on en sourit.

La fin est véritablement gore et apocalyptique et évoque les tueries des films de Tarantino tel Kill Bill, atmosphère amenée par le trop plein d'hémoglobine.

Mais derrière l'humour noir, la surenchère et les situations absurdes, transparaît une réflexion sur le rôle de la croyance religieuse et ses dérives.
L'auteur est un ancien mormon et a dû rompre avec sa famille pour pouvoir écrire. Les références religieuses abondent : en guise d'introduction, une citation de Mathieu"si ton oeil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi...et si ta main droite est pour toi  une occasion de chute, arrache-la et jette-la loin de toi...". Kline apparaît comme un sauveur, un rédempteur et le feu purificateur évoque l'apocalypse.
Et si ce roman était une métaphore des dérives religieuses aux Etats-Unis ?

Outre la réflexion philosophique, nous apprécierons des dialogues absurdes, un décor mystérieux constitué de chambres d'hôpital et de couloirs sans fin et un personnage principal qui est dépassé par ce qui lui arrive.

Assurément l'une des oeuvres les plus mystérieuses de la littérature américaine, à la croisée de plusieurs influences littéraires et cinématographiques.

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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 15:17

PREMIER ROMAN

Les graffitis de Chambord

Editions Grasset, 2008

Voici un premier roman tout en sensibilité, savamment composé, sur la mémoire et l'oubli. Lorsque j'ai lu ce titre, je n'ai pu m'empêcher de le rapprocher du Secret de Philippe Grinbert. L'intrigue est bien sûr très différente mais il y a également cette réflexion les secrets familiaux oubliés qui ressurgissent par hasard, les secrets liés à la Shoah et à la Seconde Guerre Mondiale.

Le roman fait alterner trois voix, à trois époques différentes.

De nos jours, Trévor, vieux célibataire, semble être en fantôme  sans attache. Il erre dans son appartement cossu de Paris ; rien ne semble l'émouvoir, le toucher. Ses parents viennent de mourir, mais il ne sait rien de ses grands-parents. Un être sans attache, sans passé, sans origine...Un jour, il reçoit une mystérieuse enveloppe mais tarde à l'ouvrir...Nous ne saurons qu'à la fin ce qu'elle contient...

Roman à énigmes donc...Une  autre voix, Simon, prend la parole après la Guerre en 1948. "Le vieux juif de Chambord" l'invite dans le château pour lui parler de son père Isaac.

Enfin, entre les portraits de Trevor et la voix de Simon, le récit racontant la vie d'Isaac dans le réseau de résistance de Chambord...

Petit à petit, les trois histoires entrent en écho et le lecteur comprend peu à peu les liens qui unissent Trevor, Isaac et Simon...

Au centre de ce beau roman, une ode à la mémoire familiale, bien sûr, une réflexion profonde sur l'importance du  nom qui crée l'identité (Trevor ne comprend pas pourquoi il porte un nom américain), sur la transmission familiale (l'importance de "souche"Si Trevor est un être fantomatique, insensible, c'est parce qu'il y a des zones d'ombre dans son passé familial, il y a un "trou" qui le perturbe et l'empêche d'éprouver le monde.

Il y a aussi une magnifique réflexion sur la mémoire culturelle. Ici, pas d'évocation des fours crématoires mais comme dans Fahrenheit 451, des livres qu'on brûle, des écrivains sans livre et pour sauver la mémoire, des oeuvres d'art comme La Joconde ou La Vénus de Milo que l'on transporte du Louvre à Chambord pour sauver le patrimoine de l'humanité. Les graffitis sont une ode à la culture littéraire et artistique ; ils font référence aux centaines d'inscriptions qui sont gravés sur les murs de Chambord. Magnifique passage où le réseau de Chambord inscrit au burin des extraits de textes littéraires ou philosophiques pour que rien ne s'oublie ....

Le tout transmis sans une écriture très sensible, sans pathos, sans fioritures. Les phrases sont  courtes, très rythmées. Olivia Elkaïm convoque tous les sens ; les personnages sont souvent par exemple associés à des parfums, à la texture d'un vêtement ...Les objets, la nature est décrite avec précision, mais fugitivement, afin de créer l'atmosphère requise...

Un jeune écrivain à suivre ...

"Nous étions pitoyables, vraiment, dans notre tentative vaine et folle, de vouloir sauver la littérature, la philosophie, les idées. Parfois, nous imaginions le pire, un monde sans plus rien de ce que nous avions connu, sans plus rien de ce que nous avions aimé, plus rien de ce que nous avions lu ou appris. Nous étions pitoyables. Avec un couteau, un burin, nous gravions les phrases qui nous avaient marquées, afin qu'elles restent quelque part, dans la pierre, sauvegardées pour l'éternité"

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 20:02
Studio des Champs-Elysées - Du 1er octobre au 16 novembre 2008

Beyrouth Hotel


Editions Acte Sud Papiers, 2008

De Rémi De Vos, j'avais déjà chroniqué l'excellente pièce aux allures de vaudeville tragi-comique Jusqu'à ce que la mort nous sépare.
Rémi De Vos, que j'ai la chance de connaître, revient cette année sur la scène parisienne avec une pièce d'un tout autre genre. Je ne l'ai pas encore vue mais lue ; on retrouve son talent de dialoguiste acerbe avec en arrière-plan, une réflexion sur le statut d'auteur de théâtre.

Un écrivain de théâtre français attend dans un hôtel de Beyrouth des nouvelles d'un metteur en scène qui tarde à arriver...Entre des appels téléphoniques à un ami et à son ex-femme, il va dialoguer avec la réceptionniste...Elle croit qu'il fait jouer Alain Delon sur scène. Malheureusement, il ne fait "que" du théâtre subventionné ...

Entre ces deux êtres que tout sépare (un auteur de théâtre solitaire qui cite Baudrillard et Flaubert) et une jeune libanaise qui ne pense qu'à coucher avec lui, les répliques cinglantes fusent. La mise en abîme de l'auteur de théâtre (subventionné !) est pleine d'humour et d'auto dérision.

Le rire naît du décalage culturel entre les deux personnagex et aussi du portrait bourru de l'homme de théâtre qui, derrière sa culture, cache une profonde solitude et une blessure amoureuse. L'homme pétri de références culturelles découvre finalement ses préjugés et finit par comprendre qu'il joue mal le jeu, notamment en ce qui concerne son couple. L'homme obsédé par son théâtre devient un monsieur tout le monde....

On reconnaît à Rémi De Vos un talent de dialoguiste hors-pair : les scènes sont très courtes, les répliques fusent, la chute est souvent très acerbe !

Quelques exemples :

" - C'est beau la France
-Très, 80 millions de touristes par an
- Je regarde souvent les télévisions françaises
- Ah
- Il y a eu des émeutes dans les banlieues
- Oui
- C'était sur les chaînes du monde entier
- C'est normal. On adore ça que le monde parle de nous. On fait des émeutes rien que pour ça
- Pourquoi vous les jetez pas à la mer
- Je ne sais pas quoi vous dire là
- Un jour, vous aurez la guerre comme nous
- Je ne crois pas, non
- Si, ça ne fait aucun doute
- La troisième chambre est très bien merci
- Vous aurez la guerre et enfin vous saurez vous amuser"

"Je veux seulement dormir dans une chambre  ! Ma dernière pièce n'a été jouée que douze fois ! Cette fois-ci, je pensais que des directeurs de lieu se déplaceraient, mais ils avaient apparemment autre chose à foutre...C'est totalement absurde. La seule chose qui les ferait venir, c'est un pistolet sur la tempe ! Je connais toutes les standardistes des théâtres subventionnés par leur prénom ! Je ne cherche plus à joindre les directeurs, j'appelle uniquement pour prendre des nouvelles de leurs secrétaires. Je n'en peux plus. Tu sais quoi ? Je vais en parler aux mafieux de la boîte. On est copains maintenant...Je leur demanderai d'enlever des enfants de programmateurs avec obligation d'aller voir mes pièces s'ils veulent les revoir vivant ! Ou alors les pièger en les photographiant avec des Natachas ! Une glace sans tain dans les chiottes avec un appareil photo derrière. Et crac ! Je me sers des photos pour étoffer les photos de mes pièces ! Je passe commande aux mafieux, je reverse aux Natachas un pourcentage sur mes droits d'auteur ! Putain, je crois que j'ai trouvé le moyen de faire jouer mes putains de pièces ! Quoi ? Oui, j'ai bu et alors ?Je picole pas mal, en ce moment, si tu veux savoir."

-Est-qu'il y a des stars françaises qui jouent dans vos pièces ?
- Vous pensez à qui ?
Je ne sais pas..Catherine Deneuve ou Alain Delon ...
Non. Pas de star
Vous n'êtes pas très réputé, alors ?
- Catherine Deneuve n'est jamais monté sur une scène
-Mais Alain Delon, si, je l'ai lu dans un magazine
- Alain Delon, oui. Mais ce n'est pas moi qui ait écrit la pièce.
-Vous seriez content qu'il joue dans une de vos pièces ,
-Bien sûr, Alain Delon, quand même !
- C'est un acteur qui j'adore
- Vous savez ce que je pense ?
- Non
Si vos pièces n'intéressent pas les acteurs connus, c'est qu'elles ne sont pas intéressantes
- Ma mère dit exactement la même choses ...
- Eh bien, je suis d'accord avec votre mère
-C'est le seul point commun que vous avez avec elle"

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Published by Sylvie - dans Théâtre
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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 19:19

GRANDE-BRETAGNE

Quelque chose à te dire

Editions Christian Bourgois, 2008

Hanif Kureishi, anglo-pakistanais né en 1954, est le plus célèbre représentant de la "world litterature", la littérature métissée  anglo-saxonne (et qui a fait des émules comme par exemple Zadie Smith). C'est Le boudha de banlieue qui l'a fait connaître. On lui doit également des scénarios de films comme Ma beautiful Laundrette. Ses thèmes de prédilection sont l'immigration, le désir et secondairement l'homosexualité.

Il brosse ici un magnifique portrait d'une génération,celle des gauchistes des années 60, qui sont tombés dans le matérialisme le plus pur à l'aube des années 2000. Avec en toile de fond le multiculturalisme de la société londonnienne.

Le prétexte de l'intrigue est très subtil : c'est un psychanalyste qui prend la parole, nous présente son métier (le gardien des secrets ou encore une benne à ordures qui recueillent toutes les fautes inavouées des patients, toute leur culpabilité). Puis on apprend au fil des pages qu'il garde lui-même un secret au fond de lui, quelque chose dont il n'a jamais guéri. Tout consistera donc pour le narrateur à accoucher de ce secret, à dire cette parole enfouie, à "avoir quelque chose à dire". C'est donc le psychanalyste qui entame sa propre psychanalyse. Avec comme arrière plan métaphorique l'inceste et le complexe d'oedipe. Tout est formidablement orchestré.

Portrait intime donc (un homme peut-il encore tomber amoureux à 50 ans ? le poids de la culpabilité, l'absence de désir, le poids du passé). Jamal, le psychanalyste anglo-pakistanais va retrouver deux personnes, dont son premier amour,  ce qui va l'obliger à rouvrir les plaies du passé).
Un portrait tout en subtilité qui aborde la question de la paternité, de la faute mais aussi la nécessité du désir.

Ce portrait intime prend place au sein d'une société foisonnante où les portraits déjantés apportent un rythme effréné au livre. Et c'est sans aucun doute le plus grand talent de Kureishi : aborder un sujet subtil, intime à la charge émotionnelle indéniable avec un humour à toute épreuve et des personnages hauts en couleur : la soeur Myriam, ex-gothique hystérique, l'ex petite amie Karen, une présentatrice télée foldingue, Henri, le meilleur ami, metteur en scène en panne d'inspiration, des couples d'homosexuels très attachants, une mère qui devient lesbienne sur le tard. On va voir les putes, on pratique l'échangisme. ...Kureishi se fait l'habile observateur des moeurs contemporains, d'une société de consommation malade. Ce pourrait être du Houellebecq. C'est au contraire une formidable farandole humaine enjouée et rythmée qui s'interroge sur la force des sentiments et du désir.
Avec en arrière-fond la réflexion sur le passé colonialiste de la Grande-Bretagne et la politique de Tony Blair qui mènera aux attentats islamistes.

Kureishi traque l'intime et le social  tout en nous offrant une intrigue rythmée et fantaisiste. Un livre qui m'a donné envie de découvrir l'ensemble de son oeuvre.

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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 16:54

SUSPENSE

Le passager de l'orage

Editions Syros "Rat noir", 2008

Voici un drôle de roman bien sympathique qui vaut d'abord pour sa construction intéressante.

Jonathan est un ado un peu solitaire, fan de Moby Dick, qui vit des relations difficiles avec ses parents, son père étant alcoolique et sur le point d'être au chômage. Il tombe amoureux de Betty, une jeune ado qui va chercher des livres à la bibliothèque pour sa tante. Il se trouve un curieux job d'été par l'intermédiaire de la libraire du coin : secrétaire particulier de la célèbre auteur de polars Katherin Bets. Elle habite Cotte house, une maison lugubre qui a porté malheur à tous ses habitants....

Et en effet, le ton change dans la deuxième partie. Jonathan devient le complice de Katherin. Tout comme Katherin qui vient de perdre son fils, Jonathan se souvient de la noyade de son frère jumeau...Tous les deux commencent à avoir des cauchemars. Les portes claquent, un mystérieux tableau représentant le fondateur des lieux a des faux airs du capitaine Achab de Moby Dick.On apprend que le frère de Katherin est le patron du père de Jonathan et qu'il cherche à le faire virer...Un soir, survient le passager de l'orage....

Puis on revient à un épilogue bien dérangeant  !

Si la première partie assez lente est centrée sur la famille, les problèmes de l'adolescence (rapport enfants/parents, premières amours), la deuxième partie prend une toute autre tournure et nous rentrons dans un récit à suspense, très noir, allant jusqu'au meurtre.

Enfin, l'élilogue déstabilise le lecteur....

Une lecture bien divertissante, qui multiplie les approches, et met en abîme brillamment le travail de l'écrivain. Inspiration, rêves, hallucinations,écriture....Comment naissent les bons romans ?

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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 16:34

Editions Ecole des Loisirs, 2007



Xavier Laurent-Petit est l'un des écrivains jeunesse les plus connus. Ce n'est pas la première fois qu'il évoque dans un livre pour ados le sujet de la guerre. Mais son dernier traite de l'actualité brûlante puisqu'il s'agit de la Guerre en Irak et de l'enrôlement de la jeunesse américaine.

Jérémy et son petit frère Oskar, jeunes américains, vivent de musique et d'eau fraîche. Jérémy vit de petits boulots jusqu'aù jour où il se fait enrôler dans l'armée sur un parking de supermarché. On lui promet qu'il va aider à construire des ponts....Mais on découvre qu'il est très bon tireur et il se fait engager dans les Forces Spéciales, la troupe d'élite...La joie et la fierté du début laisse vite place à la peur...

Tout est vu indirectement, de l'arrière, puisque c'est par les mails adressés en secret à son petit frère que nous vivons le quotidien de la guerre. Xavier Laurent-Petit étudie de près les rapports familiaux par rapport au sujet de la guerre (on apprend le passé du père, Jérémy cache la réalité à ses parents et se confie à son petit frère). La guerre est vraiment vue à travers le prisme familial.
De même, on vit la résistance de l'arrière grâce à la création d'un groupe de chanteurs aux chansons pacifistes.

L'auteur évite également tout misérabilisme en proposant une fin assez innattendue et non consensuelle. Une oeuvre intéressante qui permet d'explorer ce que représente l'armée pour une jeunesse désoeuvrée...

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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 22:16

ETATS-UNIS -Adaptation cinématographique par Terry Gilliam



Editions Naïve, 2006

Voici un récit mystérieux qui ne ressemble à aucun autre ; on pourrait le qualifier d'Alice au pays des merveilles gothiques...En effet, l'auteur nous dévoile la force que peut avoir l'imaginaire d'une petite fille face à la mort.

Tout commence comme La petite maison dans la prairie : une petite fille nommée Jéliza-Rose emménage avec son père dans une maison au fin fond de la campagne texane. On apprend vite que son père, ex rocker, est un junkie et que sa mère vient de mourir. D'ailleurs, le père, lui non plus, ne va pas tarder à rendre l'âme suite à une overdose. Mais cela, nous le devinons que progressivement car tout est vu par les yeux de l'enfant. Jeliza-Rose est livrée à elle-même ; elle parfume et coiffe son père et découvre le monde alentour : des écureuils "Superman", des lucioles, des hommes des marais....Elle a pour seule amie une tête de barbie, Classique, avec qui elle dialogue sans cesse. En se promenant dans les environs, elles vont apercevoir une grande silhouette féminine. Est-ce une reine ? Une sorcière ?

Je vous laisse découvrir la suite...Ce qui frappe dans ce livre, c'est d'abord sa puissance visuelle. Les éléments féeriques côtoient les sujets les plus morbides ; Jeliza-Rose nie la mort de son père et s'invente un scénario avec ses poupées Barbies. Elle rencontre des personnages foldingues. Sont-ils réels ? Fantasmés ? A vous de choisir !

Tideland, c'est l'imagination passionnée de l'enfance et la transfiguration de la mort. Maquillage, animaux empaillés, momifications...Le roman multiplie les évocations des "rituels mortuaires".

On peut parler de conte noir ; la féerie côtoie toujours le morbide le plus sombre. L'auteur adopte le point de vue de Jeliza-Rose si bien que nous sommes plongés dans le cerveau déjanté de la petite fille qui s'invente une vie, des amis, un mari. Un champ devient un vaste océan où l'on va tuer le méchant requin...

Cela pourrait être du Tim Burton pour la puissance visuelle , le côté burlesque en moins. Fantasmes, folie, rêves : bienvenue dans un monde revisité par l'enfance meurtrie...

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