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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 12:09

d'Olivia Rosenthal

On n'est pas là pour disparaître


Editions Verticales, 2007

Olivia Rosenthal est l'une des voix les plus originales de la littérature française contemporaine. Elle intervient régulièrement dans des lieux artistiques et alternatifs où elle signe des performances en compagnie de musiciens et de plasticiens (notamment au 104 rue d'Aubervilliers à Paris et aux Subsistances de Lyon)

Ses romans mettent en scène des personnages en marge, en rupture de banc, dont la folie s'exprime dans un flux verbal sans fin. Il en ressort un ton particulièrement tragi-comique comme dans par exemple Puisque nous sommes vivants. Son dernier opus, qui a remporté le prix Wepler, occupe cependant une place à part ; le ton est beaucoup plus grave (il est question de la maladie d'Alzheimer) et le récit est polyphonique contrairement aux autres romans où c'est une personne qui déverse sans interruption son discours "au bord de la crise de nerf".

Peux-on encore parler de roman ? Il s'agit plutôt d'un enchâssement de discours (le malade de la maladie de A, sa femme, sa fille, l'écrivain Oilivia Rosenthal, les médecins, les infirmières) et aussi d'une interrogation sur la possibilité d'écrire et de dire la maladie de A. En effet, puisque la maladie de A, c'est le néant, la fin du langage, ce qui est hors des mots, l'écrivain est forcément conduit à l'échec "du dire". Cette interrogation vient à plusieurs reprises ; la littérature s'interroge sur elle-même.

On appréciera également la diversité des formes de discours : tout commence dans un style très journalistique par l'exposition d'un fait divers : Monsieur T a tenté de tuer sa femme avec 5 coups de couteaux. Puis vient le discours médical, le discours biographique (l'écrivain retrace le parcours d'Alois Alzheimer), le discours du malade et enfin, le discours de l'intime (la femme et la fille qui interrogent leur rapport au mari et au père, leur capacité à pouvoir communiquer et éprouver des sentiments).

Les personnages de sont pas nommés, il n'y a pas de narration, de chapitres. Il n'y a que des énonciations, parfois très courtes qui rythment le récit. La chronologie est inversée puisque l'on part de l'événement qui a déclenché l'internement de Monsieur T pour arriver au début du diagnostic par les neurologues.

Ce récit est une succession de voix, les personnages s'effacent devant le discours. Cette forme originale correspond vraiment à une tendance de la littérature française. La littérature est d'abord langage et discours. Elle s'interroge sur elle-même, sur sa capacité à dire le réel.

La narration classique s'efface. Par contre, l'écrivain en tant que tel est très présent dans le texte même. On devine l'implication personnelle d'Olivia Rosenthal dans son rapport à la maladie d'A (son père ?) mais là n'est pas l'essentiel. L'écrivain dit l'échec d'écrire sur la maladie de A car "l'expérience du non-sens est absolument muette, c'est une expérience sans mots. Personne ne peut en rendre compte, aucun de ceux en tout cas qui sont les seuls pourtant à être en mesure de le faire, je veux dire les personnes douées de parole. Les malades ne peuvent pas parler de leur maladie parce qu'ils n'ont pas les mots, et les bien portants parce qu'ils les ont;"

Comme elle exprime également la peur d'être contaminée par A à force d'écrire sur cette maladie. On appréciera également le mélange de ton neutre au discours de l'intime, de l'incertitude.

Un livre très intéressant qui dit malgré tout, malgré l'échec du dire le néant.

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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 22:20

Grand Prix des Lectrices Elle 2007

La femme de l'allemand


Edition Arléa "1er Mille"

Voici le deuxième roman d'une écrivain bien particulière puisque Marie Sizun, ancienne professeur de lettres classiques,  a commencé à publier à la retraite, à 65 ans.

Roman très émouvant d'un amour fusionnel après la guerre entre une petite fille et sa mère qui vivent toutes les deux dans un petit appartement près du métro Saint-Paul. Père absent, grands-parents fâchés avec la maman et une tante entre les deux foyers...
Bientôt, la petite Marion comprend que Fanny, sa maman, est "la femme de l'allemand", qu'elle a vécu une histoire d'amour avec un officier allemand ; elle a donc rompu avec sa famille qui l'a accusée de trahison envers la patrie.

Fragilisée par le départ de l'allemand et sûrement par l'épisode de la tonte après la libération, Fanny devient manio-dépressive : derrière la jolie femme douce, se cache un deuxième visage, une ombre, une bête féroce, la figure de la folie. La femme blessée devient incontrôlable.

Entre répulsion et amour fou, la petite Marion est partagée. Elle cherche à cacher à son entourage les rechutes de sa maman mais est bien obligée un jour d'appeler les médecins quitte à la trahir et à éprouver une profonde culpabilité...Au fur et à mesure, la petite fille grandit ; elle se rend compte que le mal de sa mère est inéluctable...

Ce roman est davantage qu'un énième
récit sur l'après-guerre et sur les conséquences d'une relation franco-allemande. Même si cette histoire occupe une place importante, c'est d'abord et avant tout un portrait des relations entre une enfant et sa mère dépressive, qui sombre dans la folie. Même si elle est est intégrée dans un contexte historique précis, la description de cette relation atteint l'universel et peut concerner toute petite fille face à sa mère malade.

Nous apprécierons une narration originale, à la deuxième personne du singulier, comme si la Marion adulte s'afressais à Marion enfant et adolescente.
Nous passons de l'amour fou à la répulsion, de la "raison" à la culpabilité qui malgré elle, oblige Marion à accepter l'internement de Fanny.

La relation mère/fille n'est jamais dite par des mots, puisque la mère appelle sa fille "Funny Face" et que Marion appelle sa mère par son prénom, Fanny.
Le plus émouvant est sans aucun doute la fin du récit où les rapports mère/fille s'inversent. N'oublions pas de merveilleux personnages comme la Tante Elisa, la vieille fille proche de Fanny qui l'aidera malgré tout et fera le "pont" entre Fanny et ses parents.

Le portrait de la mère est très poétique : elle est vue comme une artiste, une poétesse, quelqu'un qui n'est justement pas comme les autres. Comme le dit Marion, elle est la beauté, la folie alors que Marion est la raison et la laideur. Un portrait émouvant, tout en nuances, qui oscille toujours entre terreur et fascination.

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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 16:34

Rentrée littéraire

lesmainsgamines



















Editions POL, 2008

Voici l'un des plus beaux romans que j'ai lu depuis un bon moment. Sensible, dérangeant, mystérieux, poétique ; les qualificatifs ne manquent pas pour définir ce récit étrange et envoûtant.

Auteur de trois romans remarqués par la critique (Le tiroir à cheveux, Les amants troglodyteset ce dernier roman), Emmanuelle Pagano décrit avec tact et minutie ces "corps empêchés", des corps souffrants, paralysés, frustrés sans pathos ni impudeur.

Car dans Les mains gamines, on peut effectivement parler de fait divers, d'une tournante, d'un viol collectif. Mais que c'est réducteur de décrire de cette manière un récit si subtil ! Car l'événement est décrit très tardivement; on sent qu'il s'est passé quelque chose, un drame il y a des années ; mais un mot est mis sur la chose dans les dernières pages.

Ce roman est d'abord un choeur de femmes meurtries dans leur chair et dans leur âme, une succession de flux de conscience qui à travers différentes sensations comme l'ouïe ou l'odorat, sentent que quelque chose ne va pas, qu'il y a un secret qui n'arrive pas à être dévoilé.

La femme d'un vigneron, propriétaire d'un grand domaine, le grand bourgeois du coin, prend la parole la première. Elle nous livre le mal-être d'être une femme au foyer guindée qui doit donner une belle image d'elle-même en recevant. Elle envie Emma, la femme de ménage, qui elle s'active, surtout qu'une réception se prépare, qui va réunir les anciens élèves de CM2 en 1979-80, la classe du vigneron, d'Emma et des propriétaires de la châtaigneraie d'en face...La châtelaine découvre à l'improviste le carnet d'écriture d'Emma.
Celui-ci parle de sexe féminin meurtri, de filage de vers à soie dans le sexe, de sexes-bogues de châtaignes...La femme est de plus en plus gênée par un bruit dans l'oreille, un insecte vivant dans son oreille...

Puis c'est une vieille femme qui prend la parole. Elle aussi a un problème à l'oreille. Toutes les nuits, elle entend le loir dans le grenier qui se confond avec les cris, les bruits de ses souvenirs...

Puis vient la voix de l'institutrice qui se souvient elle-aussi de cette fameuse année 1979-80. Emma, meilleure élève de sa classe, s'occupe maintenant d'elle dans la maison de retraite. Souffrant d'acouphènes, elle se souvient de tout et surtout des odeurs des enfants...

Enfin, une jeune fille parle, une enfant rêveuse, qui attend ses règles douloureuses...Petit à petit, on comprend ce qui lie ces quatre femmes ...

Nous sommes dans la France du terroir, dans un paysage rustique dont Emmanuelle Pagano restitue parfaitement les images, les textures, les odeurs...Les vignes, les châtaigneraies, le tissage du ver à soie ; trois éléments qui deviennent des métaphores, des images  de tout ce qui se trame dans le roman.
Les vignes ont parfois une maladie, appelée encre ; le lien est fait avec l'écriture qui ouvre et soigne les plaies, où suinte le sang, les humeurs.
Le sexe féminin, présent dans tous le livre, à travers l'accouchement, le sang menstruel, le viol et aussi l'infubulation  (suture des lèvres vaginales), est lui aussi décrit avec le champ lexical appartenant aux châtaigneraies et à la magnanerie (le sexe devient une bogue aux piquants rétractiles qu'aucune main n'éboguera, le fil du ver à soie, la toile d'araignée protège le sexe des mains gamines. Là encore, aucun détail "trash" ; au contraire, des images qui poétisent cet "hymen improbable, cette virginité de magnanerie".

Quant à l'écriture, aux mots, ils soignent, ils apaisent : "les mots , je crois bien que ça peut remplacer les fils pour les sutures des plaies. Mais trouver les mots, c'est bien plus du que la couture, que passer le fil dans le chas".

L'écriture elle aussi est décrite comme un tissage, elle permet de dénouer le fil de la pensée, que les pensées ne se rembobinent plus. Les mots, ce sont aussi les histoires que l'on raconte, les légendes, les contes. On note ici l'influence certaine de Dominique Mainard (Leur histoire) lorsque la grand-mère raconte des histoires d'araignée, de vers à soie et de licornes à sa petite fille malade. La douleur, la blessure sont poétisées par les légendes, comme celle de la licorne, que la petite fille voit dans ses rêves.

Ce roman, parlant d'un sujet délicat, la douleur du sexe féminin, est un kaléidoscope d'images poétiques qui exorcisent la violence. Un grand récit, brillant d'originalité.

"J'entre dans le bois, les arbres séparent les rayons naissants comme mes doigts les fils de laine quand mamie veut que je l'aide avec mes mains pour détricoter un pull. Entre les troncs, encore très noirs, il y a des bandes lumineuses décomposant des milliers de gouttelettes, comme des diagonales de buée, dirigées vers moi. Entre elles, et entre elles et les arbres, et même entre elles et moi, on distingue très précisément de solides et immenses toiles d'araignée irisées, imposantes.

Toutes les aaignées du coin tissen leurs toiles dans ce bois...Alors tout le bois colle et cille de fils soigneusement tramés. Il ya aussi les fils de la veille, déplacés par le vent de l'automne, mamie les appelle les fils de la vierge, les fils d'araignée perdus, migrant de branche en branche et qui me collent au visage quand je ne m'y attend pas. Les fils de la vierge sur ma joue, je les dégage d'une main impatiente et peureuse un peu.

C'est la licorne, moi, que j'attends.

Elle est venue bien sûr, elle est venue dans les toiles; Elle est venue dans les milliers de gouttelettes, dans le scintillement des brumes, dans le noir coupé de lumières. Son museau s'est empêtré dans le treillage de soie fraîche lorsqu'elle s'est penchée pour se gratter la corne à l'écorce de l'arbre à côté de moi."

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31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 10:41

TOME 1 : L'éveil ru roi

Les chroniques de Kheradon - Les chroniques de Kheradon, T1

Editions Hachette Jeunesse, 2008

Voici une nouvelle série d'heroic fantasy pour la jeunesse, au rythme enlevé, qui respecte tous les codes du genre : lutte contre les forces du mal, cosmogonie imaginaire, créatures hybrides à foison....Si ce roman ne renouvelle en aucun cas le genre, nous devons lui reconnaître des personnages attachants, une force visuelle incontestable et un suspense assez haletant.

 

Chris Debien nous invite dans le royaume des Terres tranquilles : la reine vient de donner naissance à un fils mais malheureusement, elle se meurt. Le roi, fou d'amour, fait appel à la magie noire pour la ramener du monde des morts. Karän, le premier magicien du royaume, sacrifie une servante pour ramener la reine à la vie. Le sang est versé, la reine est sauvée mais l' "Obscur" a pris possession d'elle...

 

Quelques années plus tard, le fils, Luther est devenu un roi respecté. Mais bientôt, les forces du mal pénètrent dans le royaume. Les Sanguelem, des adeptes de la magie noire, demandent de l'aide. Kheradon refuse...Un sortilège s'abat sur lui...L'obscur prend possession de lui, il est paralysé...Il devra alors vaincre les forces du mal, aidé en cela par une "invisible", Maé et son fidèle magicien, Arax....

 

Une cosmogonie originale faite de vallées fertiles, de vallées troglodytiques, de déserts...Des créatures fantastiques telles des hargnes, des drakkens, des dragons...Un monde manichéen divisé entre la magie de l'Eclat qui utilise la nature comme souce d'énergie et la magie de l'Obscur, assoifée de sang.

 

Dans ce monde de clair-obscur, l'affrontement est aussi politique : Kheradon incarne la démocratie alors que le mage noir, Khäran incarne la tyrannie.

 

On retrouve évidemment le schéma du roman d'apprentissage : Luther, tiraillé entre deux forces contradictoires, devra choisir son camp...

 

Ode à l'amitié, au respect aîné/cadet, scènes de batailles grandioses...Tout pour ravir les amateurs du genre...et aussi les non initiés !

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31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 09:42

Editions POL 1990

La Pluie d'été

Récit tiré du film "Les enfants" (1984)

Ce récit est sûrement l'un des moins connus de Duras. Il occupe une place très particulière dans son oeuvre : s'il y a bien une histoire d'amour, entre frère et soeur (c'est déjà le cas par exemple dans Agatha ), on note ici un certain "ancrage sociologique" : si les personnages sont somme toute assez fantomatiques (passé nébuleux, âge indéfini), l'histoire se situe dans un lieu précis, et non maritime, comme c'est souvent le cas chez Duras ; nous sommes à Vitry, au bord d'une autoroute, près d'un terrain vague, dans une famille d'immigrés, vivant des allocations.

Il y a le père et la mère, venus en France tardivement, Ernesto et Jeanne les deux aînés et les autres "brothers et sisters". Ils vivent à l'écart de tout, leurs enfants sont livrés à eux-mêmes, ils ne vont pas à l'école.

Parfois, on ramasse des livres près des poubelles et ...Ernesto se met à lire, alors qu'il n'a jamais appris à lire...Il se met à raconter l'histoire de David, le roi d'Israël à ses brothers et sisters. Devant un tel prodige, l'instituteur conseille aux parents de mettre Ernesto à l'école.

Mais, après quelques jours, il veut quitter l'école, car comme il dit "parce qu'à l'école, on apprend des choses que je ne sais pas". Ernesto, le génie, devient la curiosité de la ville, des médias, de la France entière....

Qu'a-t-il voulu dire ? Ernesto est présenté comme un enfant entre "onze et vingt ans". C'est un être à part, déjà trop grand, qui a tout compris au monde, qui a appréhendé la compréhension de l'univers et qui maintenant a perdu espoir, a peur, car, "le monde, ce n'était pas la peine".

Ernesto est le double du roi d'Israël qui a tout appréhendé et qui a compris que "tout est vanité des vanités et poussière du vent" ; Ernesto a été saisi, il a l'intuition du monde incomplet ; l'école ne peut donc rien lui apporter....hormis la peur, car il a compris qu'il manquait quelque chose au monde, qu'il était loupé....

Grandeur de l'intuition, de la porosité avec le monde face à l'autorité futile des institutions de la société...Pauvreté, solitude, marginalisation d'êtres immigrés. Mais c'est derniers, marqués par l'intuition, n'en sont que plus grands, ils sont à part.

Jeanne suit les pas de son frère et vit un amour incestueux avec lui mais ce paradis va prendre fin après la pluie d'été....Car, c'est la fin de l'enfance, ce paradis où l'on avait pas tout encore saisi...

Duras héroïse ces personnages à part, à priori en deçà de la connaissance, mais qui éprouvent, qui sont éblouis...Quand à la mère, elle se réfugie dans les souvenirs russes de la Neva enneigée...mais le paradis va prendre fin...

Poésie de la marginalité, poésie de l'incomplétude du monde, du vide et du manque que l'on ressent car la connaissance est poursuite du vent...Ernesto, le génie, a grandi trop vite et a saisi le vide de l'existence.

Duras fait alterner dialogues, narration ; on a l'impression que si, effectivement, l'auteur ancre plus que d'habitude son histoire dans un milieu sociologique, c'est pour mieux les en extraire, les placer au delà du monde, au dessus pour mieux l'appréhender. Et la société, elle, ne comprend pas, se montre perplexe....

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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 13:38

IRAN

Un jour avant Pâques

Editions Zulma, 2008

Zoyâ Pirzäd est une arménienne d'Iran née en 1952. Avec déjà trois récits à son actif (dont deux récits de nouvelles centrés sur la femme iranienne), elle décrit admirablement la poésie du quotidien et du temps qui passe.

Dans son dernier opus, à travers trois épisodes de la vie d'Edmond, une personnalité très sensible, elle décrit le quotidien et les traditions de la communauté arménienne d'Iran et ses relations avec la communauté musulmane.

Ce court roman (126 pages) est composé de trois chapitres qui s'attachent à trois moments de la vie d'Edmond dans un village puis à Téhéran : son enfance entre l'école et le cimetière avec sa meilleure amie Tahereh, fille du concierge musulman de l'école. L'âge mur, centré sur le mariage de sa fille avec un "non arménien") puis la vieillesse, lorsque veuf, il cherche à renouer avec sa fille. Les deux derniers chapitres font alterner passé et présent, souvenirs nostalgiques de l'enfance, retour au village d'enfance où l'école et les boutiques tombent en décrépitude.

A chaque moment de vie, est associé un souvenir précis, lié à un élément naturel : l'enfance, c'est la confiture de griottes qu'Edmond devait apporter au directeur de l'école. L'âge mur, ce sont les coquillages qu'il avait ramassés étant enfant et qu'il redonne à la mer, la vieillesse, ce sont les massifs de pensées blanches que plantait Marta, sa femme.

Ces souvenirs très précis donnent une coloration très poétique à ce récit : Edmond est d'une sensibilité à fleur de peau ; enfant, il a peur du cimetière, il recueille les coccinelles, il collectionne les coquillages. L'écriture regorge de détails sensitifs très précis qui convoquent tous les sens.

A chaque période de vie, est également associée une figure féminine : la meilleure amie musulmane de l'enfance qui l'aide à avoir moins peur, la fille, figure téméraire bravant les traditions et au crépuscule de la vie, le souvenir de la femme défunte et le soutien de l'amie de toujours. Même si ce titre est centré sur une personnage masculin, nous avons l'impression d'être dans un véritable gynécée ; la figure du père est relativement absente, c'est elle qui punit, qui se moque lors de ses rares apparitions. Au contraire, les femmes aiment, aident et forment. La mère bien sûr, caline et fantasque, la tante, la marchande de limonade...

Il s'agit bien sûr d'une ode à la famille élargie (grands mères, tantes et oncles etc...), l'une des valeurs fondamentales de la communauté arménienne. Cet univers romanesque a une dimension ethnologique lorsque le récit regorge de termes persans et arméniens (un glossaire est présent à la fin ); Pirzäd décrit les fêtes religieuses, l'empreinte de la religion dans la vie quotidienne et notamment les fêtes pascales, avec la tradition des oeufs peints et cassés.
Elle focalise également l'attention sur les dissentions entre les communautés arménienne et musulmane d'Iran ; ainsi l'amitié avec Tahereh est juste tolérée et on apprendra plus tard qu'une femme arménienne a dû fuir sa famille pour avoir voulu épouser un musulman.

Un magnifique roman par l'étoile montante de la littérature iranienne, pour tous les lecteurs qui apprécient la poésie du quotidien et des souvenirs.

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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 14:42

Théâtre de la Colline du 8 octobre au 2 novembre 2008

Incendies

Actes Sud Papiers, 2003

J'avais découvert Wajdi Mouawad en lisant Forêts  l'année dernière . Je viens de voir la mise en scène de Stanislas Nordey et surtout un autre grand texte de Mouawad, Incendies; 3h20 de toute beauté qui filent à toute vitesse...

On y retrouve le même goût pour l'épopée, le tragique, l'extrême violence et le mélange de la petite et de la grande Histoire, de l'intime et de l'épopée. Mais centrée surtout sur un personnage féminin, l'intrigue est moins alambiquée.

Incontestablement, cette pièce est un chef d'oeuvre. Mouawad est sans conteste l'une ou la plus grande voix du théâtre contemporain français. Dans un registre de langues très riche, il mêle le trivial au tragique, l'intime à la bouffonnerie. Et dans une fin sublime, il réunit les contraires en abolissant tout manichéisme...

Cette pièce, qui de même que Forêts, fait partie d'une trilogie. On y retrouve donc les mêmes thèmes et en premier lieu la quête des origines.

De nos jours, un notaire ouvre le testament de Nawal, 60 ans, qui vient de mourir devant ses deux enfants, les jumeaux, Jeanne et Simon. Celle qui n'a plus parlé depuis cinq ans livre deux lettres à Jeanne et à Simon, l'une pour leur père, l'une pour leur frère. eux qui croyaient que leur père était mort et qu'ils n'avaient pas de frère. Ils vont donc partir à la recherche de leur origine, contre leur gré. Origine qui va les mener jusqu au Liban, en pleine guerre civile, dans les années 70.

La pièce s'annonce comme une formidable remontée dans le temps et un magique récit à suspense...

Nous voici donc trente ans plus tôt dans un village du Liban. Nawal, qui vient d'accoucher d'un fils illégitime, est contrainte d'abandonner son enfant. Sa grand-mère mourante lui conseille de partir et d'apprendre à lire, écrire et compter. Nawal lui promet de retrouver son fils et aussi de revenir au village pour graver son nom sur sa tombe.



Puis vient le temps de la guerre civile. Nawal erre dans les villages où sévit l'armée, elle tue ...Vient toute une série de malheurs et violences dignes des tragédies antiques. Meurtres, viols, incestes se succèdent...

Entre chaque scène, Jeanne et Simon découvrent un chapitre supplémentaire de la vie méconnue de leur mère. Pourquoi n'a-t-elle pas reparlé après avoir témoigné au Tribunal de La Haye il y a cinq ans ? Les deux jumeaux vont découvrir l'invraisemblable, le comble de l'horreur mais aussi le sublime, l'abolition des contraires.

D'où vient le génie de Mouawad ?

On peut d'abord parler d'une théâtre épique qui rejoint véritablement le conte et le romanesque. Il met le récit, l'histoire au centre de sa dramaturgie en nous racontant des vies sur 40 ans, dans une multiplicité de lieux et et de temps. On passe d'un cabinet notarial à une prison, d'un amphithéâtre universitaire à un tribunal international, d'un terrain de boxe à des champs de bataille. L'intrigue est si riche, foisonnante que nous avons l'impression de voir, d'entendre un roman. De la naissance à la mort, c'est tout le trajet d'une vie universelle qui nous est conté.

Il y a aussi cette langue si riche qui va de l'incantation à l'épopée, de l'intime au plus trivial. Lorsque le texte atteint l'horreur la plus crue, l'humour revient au galop. Ainsi, le notaire joue le rôle du bouffon, chargé d'introduire une note burlesque dans ce contre très noir. Un snipper se met à chanter du Supertramps...
Avec ces jeux de mots, ces éclats de rire, on est pas loin du théâtre shakespearien qui lie le burlesque au tragique. Les lamentations peuvent êtres succédées par de véritables cris de colère triviaux ; la poésie côtoie le trivial et le rire.

Enfin, nous atteignons le sublime lorsqu'à la fin, la beauté et l'horreur, la haine et l'amour se confondent...Mais chut ! Ne dévoilons pas tout. On est bien là sans conteste en présence d'un pur chef d'oeuvre.

La mise en scène de Nordey est minimale, vaste hangar avec extincteurs où les personnages sont habillés en blanc ou en noir. Ce minimalisme fait ressortir la beauté du texte mais on regrette cependant que la multiplicité des lieux et des temps évoqués dans la pièce n'ait pas donné lieu à plus d'audace dans la mise en scène !


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Published by Sylvie - dans Théâtre
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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 14:09

TENNESSEE WILLIAMS

ETATS-UNIS -Recueil de nouvelles

Le poulet tueur et la folle honteuse

Editions Robert Laffont "Pavillons poche"

Le célèbre dramaturge américain est aussi un excellent nouvelliste. Je vous avais fait découvrir il y a quelque le recueil Le boxeur manchot, une merveille de poésie aux accents véritablement tragiques. Ici, si l'on retrouve le goût de Williams pour les marginaux, le ton est davantage humoristique, ironique, voire franchement comique.

Il se moque tout particulièrement de la sexualité, des désirs refoulés des vieilles filles, des homosexuels non déclarés et de la vieillesse qui....ne veut pas vieillir. Sans vergogne, Williams décrit les frôlements du sexe masculin par la gente féminine. Retenons la nouvelle Dass Wasser is Kalt où une retraitée forcée est mise toute en émoi par des officiers italiens dans le train qui la mène à Naples. Dès lors, elle n'a de cesse de vouloir "voir et toucher" un sexe masculin...Elle se rappelle l'épisode scabreux de sa seule expérience sexuelle forcée dans le métro de Manhattan et se pouponne pour aller à la plage...mais l'arthrose est bien là...

Coup de chapeau également pour la nouvelle du même nom que le recueil où un boursicoteur quadra fait passer un jeune gay pour son fils pour le présenter à sa mère...Quant au jeune gay, il l'initie pour que la "folle honteuse" sorte de l'armoire !

Il y a aussi cette vierge de vingt qui, pour la première fois, à vingt ans, est horrifiée d'avoir ses premières règles...

Derrière cette ironie grinçante, on devine la cruauté de l'existence et la mort qui n'est jamais loin. En effet, la plupart des personnages de ces nouvelles sont saisis sur le tard et prennent conscience de tous leurs espoirs vaincus. Il est trop tard pour être aimé, trop tard pour être reconnu...On retiendra le portrait d'une poétesse reconnue dans le passé qui se fait virer de sa maison d'édition et de son café habituel, détrônée par les poètes de la Beat Generation. Où encore ces deux vieilles filles qui voit en New-York une ville de tombes éclairées dans une nécropole.

La vieillesse est souvent assimilée à la folie où à une sexualité débridée, inassouvie.

A certains moments, ces nouvelles sont franchement cruelles et tragiques. Williams met en relief la bêtise humaine lorsqu'une femme atteinte du pian lui dévorant le visage, est mise en quarantaine par le village et sa fille et finit sa vie dans la montagne parmi les oiseaux.

Un recueil vraiment différent du boxeur manchot, moins poétique, plus grinçant, qui montre toutes les facettes du talent de Williams.

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26 octobre 2008 7 26 /10 /octobre /2008 19:37
LITTERATURE ADOLESCENTE- POLAR HISTORIQUE

Fleurs de dragon

Gulf Stream Editeur, 2008

Jérôme Noirez, l'une des fleurons de la jeune littérature française de science-fiction, signe ici un polar historique rondement mené, alliant à la fois violence et poésie.

Nous sommes au Japon en 1489. Le pays est en proie à la guerre civile : le shogunat de la capitale, Kyoto, est menacé par les seigneurs locaux formant des clans et ayant à leur solde des groupes de samouraïs. Depuis quelques temps, des samouraïs sont assassinés. Le Shogun de Kyoto charge son officier de police Ryosaku de faire son enquête. Pour cela, il est accompagné de trois adolescents un peu turbulents, au passé tourmenté. Un turbulent, un autre courant après les filles et le dernier, l'artiste, préférant son instrument de musique à son sabre...
Les voila partis tous les quatre sur les route du Japon Moyen-Ageux : sa nature foisonnante, ses temples bouddhistes et shintoîstes, ses kamis, les esprits qui animent toute chose...

Le grand mérite de cette enquête policière est la présence à chaque page à la fois de la poésie et de l'humour. Noirez décrit à merveille les paysages naturels du Japon ainsi que l'esprit shintoïste. Ce qui fait que ce polar frise parfois le fantastique, de part la présence des kamis, les esprits qui animent chaque élément inanimé. De même, l'humour vient du caractère des personnages et du refus de leur héroisation. En effet, l'enquêteur Ryösaku, marqué par la violence de la guerre, refuse d'utiliser le sabre. Pour actionner son cerveau et celui de ses trois ados bien turbulents, il lance des coups de maillet sur leur tête ! De même, les trois garnements vivent de multiples péripéties qui les tournent en ridicule. ...Evoquons aussi les trois soeurs Ninja, filles d'un seigneur local, qui ne sont pas non plus au bout de leurs surprises...

Cette humour et cette poésie imprègnent ce récit à suspense qui vaut aussi pour ses descriptions de scènes de bataille. Le style d'écriture est très visuel et en même temps très zen, créant des effets d'arrêt sur image. Des scènes de toute beauté dignes des films d'arts martiaux, qui ne masquent pas une violence très présente.

N'oublions pas le dossier "pédagogique" à la fin du roman qui nous apprend plein de choses sur le Japon historique...

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 22:12

ETATS-UNIS



Editions Gallimard "Du monde entier", 1981

John Edgar Wideman, né en 1941, est l'un des plus importants écrivains noirs américain après James Baldwin et Toni Morrison. Fils d'éboueur de Homewood, le  ghetto de Pittsburg, il est l'auteur d'une oeuvre abondante qui est un hommage à la mémoire afro-américaine.

Damballah est le premier volet de la trilogie de Homewood consacrée justement à l'histoire d'une famille noire de ce ghetto (histoire largement autobiographique)  de 1840, lorsqu'un couple mixte composé une esclave et du fils d'un maître s'installe à Pittsburg, à nos jours. Dans ce roman, pas d'intrigues linéaires, chronologiques. Au contraire, l'image d'une toile d'araignée est évoquée , celle qui rassemble plusieurs voix qui tentent de sauver de l'oubli une mémoire familiale bicentenaire. Chaque chapitre est consacré à un personnage, le plus souvent des femmes : l'aïeule raconteuse d'histoires, la fille mère, la mère d'un taulard mais aussi une chanteuse de blues, une fillette qui tente de sauver son père alcoolique. Un vendeur de glace qui trouve un cadavre de bébé dans la neige et un délinquant qui erre dans les rues.

Cet oratorio de voix donne à ce magnifique roman un air de complainte et d'épopée lyrique. L'influence du gospel est certaine ; ces voix déchirantes en appellent à un Dieu miséricordieux de l'Eglise Méthodiste et aussi à Damballah, le dieu vaudou des africains.

Chaque voix évoque souvent un épisode dramatique de l'existence qui place les âmes au bord de la déréliction. La parole est retranscrite grâce à une narration omnisciente ou à des dialogues. Mais le plus souvent, ce sont des monologues qui retranscrivent de façon très lyrique les émotions des personnages. On peut alors parler de véritable chant poétique dont les influences vont du gospel au rap, du vaudou africain au récit biblique.

On appréciera la divervité des tonalités, allant de la tragédie au burlesque (un sans abri qui s'effondre dans un tas de pastèques...).

Le lecteur peut être déstabilisé par la multitude de personnages et l'absence d'intrigue centrale. Plus qu'un roman, ce récit est un chant poétique qui célèbre, par delà la douleur, l'espoir et la grandeur humaine face au silence des dieux.

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