Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
  • Contact

Bienvenue sur mon Blog !




Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Recherche

29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 19:16

de Louise Desbrusses

 

Couronnes, boucliers, armures

POL, 2008 - Mention spéciale Prix Fondation Wepler - La Poste 2007

Voici le deuxième roman de Louise Desbrusses qui avait été très remarquée par son premier opus, L'argent, l'urgence .

Dans ce deuxième titre, Desbrusses mise toujours sur l'importance de la forme littéraire. Trois chapitres qui reprennent les trois mots du titre, les personnages archétypes sans nom (Mère, Pète, l'Aînée....), un discours sans fin très haché, fait de répétitions.

Une intrigue minimale, cela pourrait être du théâtre : une journée particulière dans la vie d'une famille ...qui se rend à un repas de famille. Le décor est planté : une maison, un jardin, un repas.

Le reste est discours ; mais contrairement à L'argent, l'urgence, c'est le narrateur qui parle et non les personnages. Des personnages divisés en deux groupes : les résistants et les silencieux qui subissent. Car Mère a élevé ses deux filles, l'aînée et la Seconde dans le but qu'elles s'élèvent au dessus de la belle famille de Mère. Ces derniers sont sots, mous, mesquins....il faut donc ériger des armures, des boucliers...Bref, il faut lutter car nous ne faisons pas partie du même monde. D'ailleurs, les deux soeurs portent leurs prénoms (que le lecteur ne connaîtra jamais !) comme des couronnes...

Sauf que La seconde en a ras le bol de résister. Elle essayera au cours de cette journée de prendre son indépendance, de s'immiscer dans la peau de son "deuxième personnage", beaucoup plus indépendant.

Quelques passages tragi-comiques comme par exemple lorsque l'aînée se fait vomir pour sortir tout ce qu'elle rejette de la famille de son père. Mais j'ai trouvé l'ensemble tout de même très artificiel, cherchant avant tout la performance formelle. Alors que le premier opus de Desbrusses était très dynamique, mettait au premier plan un discours débridé, celui ci demeure trop abstrait. Même si c'est très bien construit, cela demeure "trop sec".

Dommage car chaque lecteur peut se reconnaître dans ce milieu familial fait de rancoeurs, de jalousies, de haine cachée. Je pense que cela aurait gagné en humour si le roman avait été une pièce de théâtre; je vois en effet des personnages burlesques, complètement artificiels, des sortes de marionnettes qui combattent, s'insultent, se soufflèttent...

Sur le thème de la rancoeur familiale, Marie N'Diaye, par exemple,  nous a livré quelques chefs d'oeuvre.

Une déception pour moi. En espérant que le troisième roman sera plus réussi car le premier était vraiment une bonne surprise.

Repost 0
26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 22:29

CHINE

 

Les funérailles célestes

Editions Picquier, 2005

Xinran, découverte France avec Chinoises en 2003, est l' un des grands écrivains chinois contemporains avec Gao Xinjiang, Mo Yan et Chi Li.

 

On lui doit une réflexion sur la condition féminine dans son pays. Ce titre, en plus d'offrir un magnifique portrait de femme romanesque, est un superbe roman d'aventures et un récit de voyage.

 

Xinran s'inspire d'un personnage réel qu'elle a interviewé lorsqu'elle recueillait les confidences de femmes chinoises à la radio. Cette femme, dont le mari médecin s'est enrôlé volontairement dans l'armée de libération au Tibet, et qui part à sa recherche lorsqu'elle apprend sa mort accidentelle et mystérieuse. Elle quitte parents et soeur pour découvrir ce qui s'est vraiment passé dans les hautes montagnes tibétaines dans les années 50...

 

Le voyage d'initiation commence ...Au début, le choc culturel entre une chinoise et les Tibétains puis l'acclimatation progressive jusqu'à la fusion...

 

Le lecteur découvre avec Wen la civilisation tibétaine ; lorsque cette dernière est recueillie par une famille de nomades et qu'elle vit hors du monde pendant des années : découverte des femmes "aux deux maris", des hommes couturiers, du mode de vie extrêmement rudimentaire, de la spiritualité tibétaine et des mystérieuses coutumes funéraires...

On admire dans ce livre le mélange du plus pur romanesque à une force documentaire de premier plan. L'intrigue (l'amour passion d'une femme qui cherche son mari pendant plusieurs décennies) s'insère dans une étude extrêmement détaillée de la culture tibétaine ; vous apprendrez ainsi ce que sont les mystérieuses funérailles célestes ainsi que les pierres mani où les personnes gravent leurs prières, leurs paroles adressées aux dieux.Le tout dans un décor paradisiaque...

Ce qui marque, c'est le mélange de rusticité extrème et de spiritualité. Pauvreté des nomades, richesse des monastères, couleurs des fêtes en l'honneur des divinités.

Avec au bout de ce beau récit d'apprentissage, la découverte du secret de la mort du mari...

Le tout écrit dans une écriture très simple et juste. Un magnifique roman qui peut aussi bien convenir aux amoureux des grandes sagas romanesques qu'aux férus de récits de voyage. Un témoignage de tout premier plan sur le conflit sino-tibétain et la rencontre de deux cultures que tout opposent.

Repost 0
23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 20:37

Théâtre de la Colline -Mise en scène d'Hubert Colas

 

Face au mur

Editions Arche Editeur

Martin Crimp est un dramaturge anglais de tout premier plan. En ce moment, il est joué au Théâtre de la Colline et mis en scène par Hubert Colas.

Ce qui marque en premier lieu, c'est bien sûr le décor onirique : un sol de ballons blancs, des effets de lumière blancs et bleus, une musique inquiétante.

Un homme attend sur scène, silencieux, avec un fusil dans la main...La pièce commence. Il annonce une actrice, un acteur et encore un acteur. Un espace-temps indéfini. Les trois acteurs prennent la parole. Ils sont en costumes de soirée, ils boivent du champagne. Ils racontent une histoire tous les trois. Ils se reprennent, ils hésitent...Ils ont l'air heureux, tout d'un coup ils explosent ....

 

Voici donc un espace scénique entièrement dédié à la parole : les acteurs n'incarnent pas des personnages définis mais nous racontent des histoires...

 

 

Ces histoires nous immergent dans un monde moderne aseptisé, urbain, où des familles perdent tout d'un coup pied. Une femme décidée à quitter son mari, un homme bien sous tout rapport qui se met à tuer l'enfant A, l'enfant B, l'enfant C et enfin, Bobby, l'enfant de la première scène, qui se retrouve enfermé à clé dans une maison bunker dans un univers de science-fiction, dans une ville où l'on a découvert le gêne des matelas brûlés, où on a viré les Kurdes mais où la violence peut ressurgir d'un coup...

Martin Crimp décrit à merveille cet univers bizarre, aseptisé, bourgeois où tout paraît bien propre...et tout d'un coup, la violence détone. L'humour n'est jamais très loin, dans la parole des acteurs. Martin Crimp ne montre pas la violence, il la donne à entendre en paroles et cela en est d'autant plus fort. L'intonation des acteurs est l'élément primordial : on raconte une histoire, presque au coin du feu et tout d'un coup, l'acteur perd pied, il hurle, s'acharne sur l'autre acteur.

Crimp, entre Ionesco et Beckett, met en place une parole de l'hésitation, de la correction. Les acteurs hésitent, répètent, corrigent leur histoire, se donnent la parole à tour de rôle.

Une mise en scène géniale qui fait s'opposer un décor onirique à une chronique de la violence ordinaire. Et une dramaturgie très moderne.

A voir.pour une immersion dans du théâtre résolument contemporain...mais pas si conceptuel que ça...

Repost 0
Published by Sylvie - dans Théâtre
commenter cet article
23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 09:01

Chine, 1943

 

Le jardin du repos

Editions Robert Laffont "Bibliothèque Pavillons", 2005

 

Pa Kin, l'auteur centenaire (1904-2005), est l'un des plus grands auteurs chinois du 20e siècle avec Lao She. Il a séjourné en France où il a étudié la Révolution française avant de retourner en Chine. Anarchiste et libertaire, il fut "rééduqué" lors de la Révolution Culturelle avant d'être cité plusieurs fois pour le Prix Nobel.

Son récit la plus importante, Famille est représentatif de toute son oeuvre qui s'attache à faire le portrait du déclin de "l'ancienne société" des propriétaires terriens. D'ailleurs, la postface du Jardin du repos cite "la fierté des habitants de la Chine nouvelle, débarrassés de leurs vieilles cangues".

 

Le jardin du repos, récit éminemment nostalgique et poétique, désigne justement le jardin d'une grande demeure  qui fut vendue par une famille déshonorée et ruinée. Le narrateur, l'écrivain Monsieur Li, nous raconte l'histoire de ce lieu et de ses occupants : il est l'ami du nouveau propriétaire du lieu. Yao lui propose de venir habiter chez lui  : il y fait connaissance de sa femme, la douce Zhaohua, des serviteurs, du fils Xiao et....du petit Yang, l'enfant mystérieux qui vient cueillir des camélias dans le jardin du repos...

 

Monsieur Li cherche à découvrir le secret de cet enfant si sensible. Il le suit jusqu'au temple du Grand Immortel où l'enfant dépose les camélias et rejoint un mendiant. Monsieur Li va peu à peu découvrir le secret de la famille Yang, les anciens propriétaires de la demeure et du jardin...

 

Il va découvrir des familles rongées par l'amour de l'argent et du matérialisme. Le narrateur, la délicieuse Zhaohua et le petit Yang symbolisent l'empathie, l'humain face à des êtres pervertis par les désirs matéralistes qui causent leur ruine. Monsieur Li tentera d'aider le petit Yang et aussi la douce Zhaohua qui tente de remettre sur le droit chemin son beau fils, l'intrépide Xiao, qui quitte l'école pour les jeux et les fêtes.

 

Ce magnifique roman est une ode à l'amitié, à la poésie et à la littérature. Le jardin du repos, magnifique (saluons les descriptions des bassins de poissons et de la nature environnante : saules, camélias...) symbolise l'amour du prochain. C'est le lieu du recueillement et du souvenir de l'enfance. Saluons les descriptions "zen", si typiques de la littérature asiatique.

 

Le thème n'est pas révolutionnaire ! Le manichéisme de l'argent, du matérialisme face à l'amour du prochain, désintéressé. Mais c'est dit avec tant de délicatesse, de tact, que ce récit nous laisse un souvenir impérissable. Les personnages sont aussi attachants les uns que les autres : le petit Yang et son amour sans faille pour son père déchu, le narrateur qui noue une amitié indéfectible avec son hôte et sa femme, Zhaohua, l'âme au coeur empathique, incomprise dans un monde dominé par l'appât du gain.

 

Descriptions de la nature alternent avec les dialogues qui laissent transparaître l'humanité des personnages, leurs désirs, leurs doutes.

Saluons la mise en abîme de la figure de l'écrivain, figure empathiquie par excellence, qui comprend l'âme et se met à la place des autres. Dans ce roman, il apparaît comme étant la figure de l'ami par excellence, de l'humain. De très belles phrases sont à retenir :

"...il y a quelques années, vos livres me tenaient lieu de professeur et d'ami...Une fois chez les Yao, j'ai eu beaucoup de temps libre, et quand Songshi sort et que je suis seule, je n'ai que la lecture pour dissiper mon ennui. j'ai lu de nombreux romans ; ...Tous ces livres m'ont ouvert un univers. Autrefois, mon monde se réduisait à deux maisons, une école et quelques rues. Ce n'est que maintenant que je sais l'existence d'un si grand nombre d'hommes et de femmes autour de moi, ce n'est que maintenant que je pénètre le coeur des hommes et que je comprends ce que signifient malheur et souffrance. Je sais maintenant ce qu'est la vie. Parfois, je me mets à pleurer de joie, parfois ma tristesse n'engendre qu'un rire stupide. Que je pleure ou que je rie, après, j'ai toujours l'impression d'un grand soulagement. La compassion, l'amour et l'assistance ne sont plus des mots vides, mon coeur est lié aux autres : si l'on rit, je suis heureuse ; si l'on pleure, je suis triste. Je vois comme la souffrance et le malheur sont grands parmi les hommes, mais j'y vois encore davantage d'amour. Il me semble entendre dans les livres des rires de reconnaissance et de satisfaction. Mon coeur souvent s'adoucit comme au printemps"

Repost 0
18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 21:35

PRIX GONCOURT 2008

Syngué Sabour, pierre de patience

Editions POL

Voici donc ma critique du Prix Goncourt amplement mérité d'Atiq Rahimi.

Il s'agit de son premier roman écrit en langue française. Au début, j'ai été assez décontenancée par le style ; en effet, je m'attendais à redécouvrir le lyrisme et la poésie de la littérature  orientale. Point de cela. Au contraire, l'écriture de Rahimi est très épurée, très sèche. Elle s'attache à décrire l'action avec le moins de mots possibles, Comptent énormément les silences, les non-dits...Tout cela pour faire ressortir la beauté d'une parole féminine et tout d'un coup, la poésie surgit...

Mais revenons à l'intrigue : une femme, un homme. "En Afghanistan ou ailleurs". On ne saura pas leur nom.
Juste un décor très épuré : une maison, une chambre où est allongé l'homme ; il est blessé, le regard fixé au plafond, dans le coma. Sa femme veille sur lui. Pendant ce temps, dehors, le muezzin appelle à la prière ...et les bombes tombent. Entre dehors et la chambre, un rideau bleu et jaune où sont dessinés des oiseaux migrateurs. Au mur, une photo et un khandjar, un poignard turc. Derrière la chambre, des cris de petites filles...Voila pour le décor très ténu.

La femme au chevet s'occupe de son mari, le soigne, lui caresse le visage part puis revient...Les jours se répètent...Rahimi introduit une pulsation, un rythme à son écriture de part des bruits, des actions. Chaque jour ou plusieurs fois par jour, des petits événements se répètent...Il y a d'abord le souffle du malade sur lequel se cale la femme pour sa propre respiration. Il y a la femme qui egrenne 99 fois son chapelet. Qui dit 99 fois le nom de Dieu. Il y a l'appel du muezzin. Il y a le bruit du goutte-à-goutte. Tous ces événements minuscules introduisent une petite musique bien rythmée sur laquelle se règlent les pas de la femme.

Entre deux bombes, la femme soigne son mari puis tout d'un coup, sa parole se libère...Le mari devient sa pierre de patience, la Syngué Sabour, une pierre magique (sans doute la Kaaba de la Mecque)  que, dans la mythologie perse, l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses blessures. On lui confie ses secrets. Et la pierre absorbe, éponge jusqu'à ce qu'un beau jour, elle éclate. Ce jour là, on est libéré mais ce sera sans doute l'apocalypse...

La femme avoue à sa pierre de patience humaine, inerte, tout ce qu'elle a sur le coeur depuis son mariage : les privations, le mariage forcé, son enfance, ce qu'elle pense des hommes et son plus lourd secret...

Rahimi magnifie la parole. Il s'agit bien sûr de la parole d'Allah, la parole religieuse, celle du muezzin. Mais c'est surtout la parole profane qui se libère. Parfois, le verbe devient très cru, ce qui est d'autant plus fort dans une écriture si épurée. Elle insulte, elle crie sa haine. Parfois, la parole devient conte, enchantement. Il y a bien sûr cette très belle histoire de pierre de patience, métaphore de toute l'action du livre. Il y a aussi ce conte digne des Mille et une nuits, transmis de mère en fille, métaphore de la condition féminine.

La parole se libère. La femme parle de désir, de sexe, de frustration. Elle n'hésite pas à se prostituer pour dire sa haine des hommes. Dans ce texte promis à la censure en Afghanistan, en guise d'introduction, une citation d'Antonin artaud : "Du corps par le corps avec les corps, depuis le corps et jusqu'au corps"La femme déclare : tu me donnes ton corps, je te livre mes secrets.

La parole est une litanie, une incantation. Nous ne sommes pas loin de la tragédie grecque. La femme se croit possédée telle une démone...

En effet, il faut souligner la dimension éminemment théâtrale de ce très beau texte. Le monologue, long cri, se déploie dans un univers de fin du monde ; il est très rythmé de par la petite musique que nous avons évoqué plus haut. Le décor très épuré ne sert qu'à justement mettre au premier rang cette déclamation.On pourrait évoquer Médée ou encore Phèdre..
 Les jours se succèdent, les portes s'ouvrent, les gens reviennent. La femme revient. Entre chaque acte, une bombe qui éclate ou l'appel du muezzin...Tout cela marque les actes d'une tragédie car l'on sait pertinamment que la pierre va éclater...

Entre retenue et cri, ce texte consacre la voix d'un écrivain unique qui renouvelle la forme du récit oriental.

Repost 0
17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 18:51

ROMAN NOIR POUR ADOLESCENTS

Mon amour Kalashnikov

Editions du Rouergue, collection "DoAdo noi", 2008

Voici un excellent roman noir à conseiller aussi bien aux adolescents qu'aux adultes. Très rythmé, ce n'est pas seulement un roman noir mais aussi un roman d'apprentissage qui propose une réflexion sur la société contemporaine.

Agathe est une étudiante  chinoise qui a emménagé récemment à Lyon. Un soir, elle fait du baby-sitting dans un loft chic du quartier de la Croix Rousse. Lorsqu'elle voit la photo du père, elle croit reconnaître l'agresseur qui a tenté de la violer dans un passage obscur dans le même quartier.
Le lendemain matin, le père est retrouvé assassiné ...

La police soupçonne bien sûr Agathe et son petit copain Gilan qu'elle a essayé de joindre désespérément sur son portable la veille au soir. Mais Gilan répond aux abonnés absents. Lorsqu'elle arrive à le joindre, il se montre très évasif et prend ses distances. Que cache-t-il ? Est-ce vraiment un voyou ? La bande qui tourne autour de lui n'a pas l'air très recommandable ...
 
Agathe se montre très jalouse lorsqu'elle apprend qu'une autre fille chinoise se cache chez Gilan...

Les rebondissements sont multiples, l'écriture est très rythmée : phrases courtes, hachées, souvent nominales, avec en arrière fond sonore les chansons de Gilan, une sorte de rock urbain mêlant lyrisme et action. Tout en privilégiant l'action, l'auteur laisse la place au ressenti des personnages ; en effet, il s'agit d'un récit à plusieurs voix qui fait alterner le point de vue d'Agathe, de Gilan et d'autres personnages surprises...

Pour brouiller les pistes, l'auteur fait se ressembler physiquement plusieurs personnages...

Un rythme effréné donc, mais qui laisse s'épanouir un beau récit d'apprentissage qui interroge les sentiments intimes d'adolescents un peu perdus.

Avec en toile de fond, une analyse des rapports Nord-Sud au sein de la mondialisation. Ce récit respecte les codes du roman noir qui se veut une analyse critique de la société.

Le décor choisi, le vieux Lyon et ses traboules, les passages typiques de la Croix Rousse aux escaliers sans fin qui traversent les cours d'immeubles pour se rendre d'une rue à une autre, est le lieu idéal pour les courses poursuites, les cachettes
et les faux semblants. Le climat humide de la Saône, la brume, le crachin donnent une atmosphère spectrale à l'intrigue.

Un bon divertissement.

Repost 0
16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 13:07

Editions L'Arpenteur, 2007



Voici un drôle de récit d'une jeune auteur, inspiré un peu des microfictions de Régis Jauffret.

Dans de courts paragraphes (ou parfois une phrase), Gaëlle Obiégly convoque des figures de femme, sans nom, sans prénom. Juste désignées par le pronom indéfini , une jeune fille, une épouse, une astronaute, un trotskiste, une naturaliste, une astronaute, une obèse, une starlette, une actrice, une prostituée, une enseignante, une complice d'un gangster, une veuve, une religieuse....Certaines ne font qu'une apparition, d'autres reviennent de manière récurrente.

Dans ces "vies minuscules", c'est le rapport homme/femme qui est convoqué ; et l'homme est encore plus évanescent que la figure féminine car il est désigné par "l'époux" "l'amant", "Monsieur".....ou un tigre !!!

Car c'est bien à une ronde sans fin, à un tourbillon de vies auxquels nous convie l'auteur. Ce sont des centaines d'événements, de petits riens qui défilent, comme un véritable zapping. L'épouse ou la maîtresse valsent avec les amants. L'épouse peut être malheureuse et l'amante joyeuse mais ce n'est pas toujours le cas !

Le lecteur est déconcerté, souvent perdu dans un tel télescopage. Il en reste cependant des épisodes assez drolatiques, vraiment originaux ; citons la naturaliste qui quitte sa famille pour aller vivre avec un tigre dans un zoo puis dans la savane, une trotskiste qui rêve d'une mort héroïque, une veuve qui rêve pendant un dîner de famille de faire l'amour sur la table avec son défunt et les épouses et amantes, finalement plus complices que rivales.

On retiendra le rythme effréné, très dynamique (impression de flash), un humour noir très présent ; finalement, l'amour est toujours tenu en échec ; après la perte, la souffrance, vient l'oubli...puis la répétition de l'amour à l'infini. On décèle parfois aussi une poésie assez subtile sur la fuite du temps et des sentiments.

Une impression assez désagréable de lecture au début, le sentiment de ne rien saisir, rien retenir. Puis finalement, il en reste des épisodes assez percutants :

"une femme par amour s'adapte et par ennui, ne supporte plus rien. L'amant est le seul qui réussisse à la faire lever tôt. C'est à dire à sept heures et demie. Une femme dort peu et se sent bien. La grâce la soulève. Elle ne pèse pas même un kilo. L'amant prépare du thé. Elle voit, quand il verse, couler dans les tasses leurs derniers instants d'amour. Une femme voudrait un finir très vite avec ça. Oui et non. La théière est vide, il faut s'en aller"

"Une starlette ayant renversé un pot de confuture dans le lit panique à l'idée que cela soit pris^pour ses règles. "
"Une naturaliste tombe amoureuse d'un tigre. Sa vie s'en trouve ravagée, elle devra choisir entre l'homme et la bête. Au cours d'une nuit de travail, où elle observe le sommeil des lionceaux, elle croise à plusieurs reprises les yeux d'un félin majestueux. Elle entre dans la cage, s'endort auprès de lui. Elle invente un langage, comprend celui de la bête. Par exemple, elle l' entend très vite lui dire "ma belle" ou "mon coeur". Une naturaliste parle très peu de son travail, en général. Cette relation reste secrète. Sa famille ne doit rien savoir ; elle pense, cependant, que les enfants pourraient s'en amuser. Elle tait sa liaison surtout parce qu'elle a toujours trouvé méprisables les amours nées sur un lieu de travail, sauf s'il s'agit d'attouchements homosexuels sur des chantiers. Le tigre et la femme naturaliste ne sont pas tout à fait collègues. "

""Une religieuse fait un cauchemar où elle trompe le Christ, il en souffre tellement qu'il s'élance, traverse un vitrail. une verrière éclate sous son poids."

"Une religieuse et Jésus-Christ se quittent à la station Aubert. Comme des joueurs de basket après un match difficile, il s'empoignent et se donnent des petits coups de point fraternels. Le seigneur pose sa main sur l'épaule d'une religieuse et lui dit File, tu vas être en retard.
Embrassons-nous un petit peu
Oui, mais après ça , tu pars"

"Immobile et accroupie sur un tapis roulant, une clocharde semble un bonbon sur une langue immense"

"Trois jours durant, une veuve lit à voix haute un texte d'André Breton dont un défunt a été un grand lecteur. Le quatrième jour, comme il ne s'est toujours pas manifesté, elle lit plus fort. Il lui répond sèchement, la prie de s'abstenir de le contacter pour un oui ou pour un nom"

"Un mari, de retour de la savane, rédige ses mémoires d'époux d'une naturaliste "vivre avec une naturaliste est très dur, mais vivre sans elle n'a pas d'intérêt", le livre commence par cette phrase"

Repost 0
12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 08:27

Un petit mot sur les prix Goncourt et Renaudot 2008.
Pour une fois, ces prix récompensent une littérature ambitieuse, peu connue du grand public, ne faisant pas partie du "sérail"

.

Saluons l'attribution d'un Prix Goncourt au franco-afghan Atiq Rahimi pour Syngué Sabor (Pierre de patience) édité chez POL.
D'une part, parce qu'il s'agit d'un écrivain d'origine afghane, francophone (c'est son premier roman écrit en français), d'autre part, parce que ce prix récompense pour la première fois l'éditeur POL qui promeut une littérature française de création et est souvent découvreur de jeunes talents (Emmanuelle Pagano entre autres).

Syngué Sabour, pierre de patience

Le jury du Goncourt n'a pas cédé à la tentation du coup éditorial de la rentrée, représenté par le premier roman Une éducation libertinede Jean-Baptiste Del Amo



C'est en soi une bonne chose ! Aussi, lorsque je regarde sur I-Télé, l'interview d'Eric Nauleau, le co-auteur du Jourde et Nauleau, ouvrage polémique sur la littérature française contemporaine, vilipender Atiq Rahimi, je ne suis pas d'accord !

D'accord sur le fait que POL appartient au groupe Gallimard , qu'il n'est pas un éditeur inconnu quoi que très peu connu du grand-public. Mais l'ensemble des critiques et plusieurs de mes amis ont salué la belle langue de Rahimi, inspirée de la poésie persane ....

J'attends de le lire pour me faire ma propre opinion mais je ne pense pas que l'on puisse dire qu'il s'agit d'un prix politique parce qu'il traite de la condition féminine en Afghanistan. Alors, le très beau roman de Yasmina Khadra, Les hirondelles de Kaboul ne serait aussi que politique ?

C'est vrai que depuis quelques années, beaucoup de prix sont décernés aux auteurs francophones (Léonora Miano et Alain Mabanckou entre autres). Justement parce qu'ils apportent à la littérature française un nouveau souffle. Autre que celui du sérail parisien et des auteurs grand-public tels Anna Gavalda ou Marc Lévy.

Donc, oui, je vais lire Syngué Sabor ; cela fait très longtemps que j'ai lu un Goncourt....

Roi de Kahel

Saluons également le Prix Renaudot attribué à "un illustre inconnu" : Le roi de Kahel de Tierno Monénenbo, auteur guinéen. La prodigieuse épopée solitaire d’Olivier de Sanderval, qui voulut se tailler un royaume dans l’actuelle Guinée, au nez et à la barbe des autorités coloniales françaises… et des Anglais. Un portrait à charge de la colonisation française...

Voila, c'est peut-être encore politique mais je préfère que l'on recompense la francophonie, qu'elle soit guinéenne ou afghane, plutôt que de récompenser un auteur du sérail parisien......

Repost 0
11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 14:53

...d'Emmanuelle Pagano

Les adolescents troglodytes

Editions POL, 2007

Je continue la découverte de cette jeune auteur hors du commun. Entre Le tiroir à cheveux et Les mains gamines, voici le deuxième texte d'Emmanuelle Pagano, celui qui l'a définitivement consacré parmi les jeunes écrivains français les plus prometteurs.

Même si je pense que Les mains gamines est vraiment son plus beau texte, aussi bien dans sa construction que dans son écriture métaphorique, ce roman est très fort et évoque également, d'une manière très pudique, un sujet très délicat : un homme qui devient femme... Cette fois encore, Pagano écarte dès le début les frasques du fait divers en amenant progressivement le sujet, en le faisant vivre de l'intérieur par Adèle, l'homme devenu femme. Le secret n'émergera "dans la société qu'à la fin et encore...Le but recherché n'est pas d'étudierle changement de sexe dans la société mais de l'éprouver de manière intime.

Revenons à l'intrigue précise : nous sommes dans la France profonde, sur le plateau ardéchois, pays encaissé, de neige et de brume. Chaque jour, Adèle, chauffeuse de car, fait le ramassage scolaire de ses "ligériens", des écoliers qui vivent dans des villages perdus, fils et filles de fermiers ou de néo ruraux,  qui font des dizaines de kilomètres chaque jour pour leur scolarité. On apprend qu'Adèle est revenue dans son village qu'elle a quitté il y a dix ans. Son frère vient d'avoir un accident de rappel. Elle ne l'a pas vu non plus depuis dix ans...

Dans un journal de bord (ou plutôt cinq journées, du 1er septembre au 17 février), elle nous parle avec beaucoup de tact et de poésie de ces enfants ou adolescents dont elle parvient magnifiquement à décrire les émois, leurs relations, leurs tices de langage, leur visage. Entre deux ramassages, le soir et le matin, elle convoque sa mémoire...Son enfance "entre deux", son adolescence difficile, son "passage à l'acte",
ses relations difficiles avec son frère....

Puis entre souvenirs et paroles d' "adolescents troglodytes", la description d'un paysage magnifique, rude, concentré d'eau, de neige et de brume, qui donne toute sa poésie au récit. A plusieurs reprises, l'auteur établit une communion entre Adèle et le paysage. Le pays d'Adèle la protège par son encaissement (il lui permet d'enfouir son secret ; voir ci-dessous le très beau passage du "bouleau pleureur"), la neige et la brume cachent et protègent.

Bien plus, la nature souffre comme Adèle. Comme dans Les mains gamines,on retrouve l'image très présente du sexe féminin meurtri ; bien sûr, il y a l'opération d'Adèle mais aussi les références constantes aux accouchements douloureux, aussi bien humains qu'animaux. Tout commence au début par le vêlage des vaches puis sont évoquées  les fausses couches. Le vagin est décrit de manière très pessimiste comme "l'alvéole mortuaire", "le caveau"
. Aux fausses couches des femmes, correspondent les accouchements difficiles des vaches. Adèle dit qu' une femme, "c'est la douleur de ne pas avoir d'enfant". Adèle, l'"homme-femme" qui ne pourra pas avoir d'enfants, la femme au vagin douloureux, s'identifie aux naissances avortées ou douloureuses.

De même on peut aller plus loin en rapprochant le paysage décrit de l'inconscient d'Adèle. Le secret final est révélé dans une grotte troglodytique ;  Adèle descend au fond d'elle-même pour révéler son secret identitaire. Le paysage, constitué de gouffres, de gorges,  évoque des cavités : il renferme des secrets inavouables. A plusieurs reprises, Adèle évoque la brume et la neige qui la protègent. C'est "son paysage" qui la protège comme la cavité maternelle.

Du point de vue de l'écriture, la poésie de la description du paysage alterne avec la parole enfantine ou adolescente, restituée avec beaucoup de vérité. Plutôt que d'alterner narrations et dialogues, l'auteur ne fait pas de rupture et intègre les dialogues, la parole de l'autre dans la narration. Il en ressort une mélange d'expressions poétiques et de paroles "de jeunes" telles "jobard le prof" ou "ce sera respect", "un truc de livre", "histoires gore".

L'événementiel  est transcendé par l'évocation constante des légendes, de la mémoire du pays.
L'auteur évoque constamment le souvenir des anciens, les histoires qui deviennent parfois des souvenirs immémoriaux, les légendes du pays. Ce n'est pas un hasard si Paganochoisit à chaque fois de situer ses romans dans un terroir bien défini ; cela lui permet de faire de ses personnages, l'un des éléments de la légende du pays ; ainsi, à la fin, l'identité d'Adèle devient elle-même rumeur et légende, et fait partie intégrante du paysage : "Je sais comment la rumeur va prendre tout le paysage, comme la fonte des neiges, salement. Mais ce sera beau, ce sera vrai, ce sera très terre à terre, par avancées...La rumeur traversera le plateau lentement. Avec le redoux, les brumes descendront en avalanches fumantes sur les parois des gorges et on aura juste l'impression d'être dans un mauvais film"

Un extrait :

"Je mange une des pommes, assise dans mon arbre femelle, les hanches pleines d'eau. Je dis ça, mais je n'ai jamais regardé; Je n'ai jamais pris de fleurs de bouleau dans mes doigts pour l'ouvrir et savoir, d'ailleurs je suis pas la seule, je me demande bien qui s'en préoccupe, du sexe des arbres. Je crois bien que le bouleau, c'est pas comme le saule, il a deux sexes, les fleurs femelle sont plus en haut, sur les rameaux élevés. Je lève les yeux, mais je ne vois rien, ce n'est ni la saison, ni le moment. je ne vois rien qu'une pluie de ramures ternes, je ne vois que du blanc presque bleu, du bleu pâle sale et plongé dans sa tourbière. Il est plus pleureur encore, plus courbe et traînant qu'un saule. J'écarte les ramilles qui m'empêchent de voir la vase à mes pieds....Le lac absorbe toute la lumière, ne renvoie rien, ni regard ni visage, ni jour ou nuage. ...Mon bouleau est bleu comme tous les arbres du bac. Peu d'orangé, même en automne, à cause de la présence dominante, imposante, des conifères, pas de vert non plus en été à cause de la baille grise, presque noire, du volcan plein de vide d'eau. Pas de clarté ou si peu en hiver. Ici, c'est mon espace bleu sombre. Les arbres ne sont pas traversés par les saisons, à peine noués par le temps et la flotte à force de décennies. Mon bouleau comme le reste est bleu, sali d'hématomes, sans feuilles en hiver il prend le marine des épicéas, sans âge il prend la forme de l'eau, des larmes, se redresse un peu, puis avec les feuilles glabres, douces, il se fait border de mousses outremer, mais le lac ne déborde que sur lui-même, et mon bouleau se lave au même endroit à l'eau, à l'ai du lac, et moi je suis assise en dessous. A l'étroit. Ma pause.
Je m'arrête là, parce que j'ai besoin du lac et de l'ombre pour me souvenir, pleurnicher sur ma mémoire comme une vieille. La mémoire, il faut la laver et la remplir tous les jours"

Repost 0
9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 14:46

Editions Seuile "Fiction et Cie", 2008

Genèse chronologie et genèse plateaux

"Genèse Chronologie et Genèse Plateaux"

Continuons notre exploration de la littérature française française dans sa manière d'interroger le réel grâce au langage.

Emmanuel Adely est connu pour sa prose ininterrompue, très répétitive, ses phrases très longues qui cherchent de toutes les manières à épuiser le réel, à dire les choses le plus "réellement" possible.

Dans son dernier roman, il s'interroge réellement sur la manière de dire le réel. On pourrait dire que Genèse est  une tentative expérimentale d'autobiographie., de dire sa naissance, son origine ; c'est une interrogation sur la manière de dire son origine. C'est un livre et son double : en effet, Adely propose deux récits, l'un qui commence classiquement au début. Puis on retourne le livre, et l'on découvre qu'il y a un autre récit à l'autre bout, après la quatrième de couverture.

Chaque récit propose à sa manière, le récit de la genèse de l'écrivain mais aussi du récit.
"Genèse chronologie" propose un récit très factuel, un carnet de bord très détaillé (jour, heure précise, déroulé systématique des différentes actions) de manière chronologique entre le 6 février et le 13 mars 2006 où l'auteur rencontre pour la première fois Jeanne, sa mère biologique et communique par mail avec Gilles, son père biologique.

Quant à"Genèse plateaux", il propose une multiplicité de réels, de genèses. Sous forme de fragments, Adely épuise les différentes possibilités d'origine. Il s'imagine le fils de Marcello Mastroianni et de Sophia Loren, le fils de loubards, d'un noble et d'une bonne etc....Il imagine ainsi les différentes rencontres entre ses parents potentiels. Lui endosse le rôle de l'enfant, il joue à être l'enfant. Il parle le langage de l'enfant qui découvre le monde.
Entre ces fragments,
des extraits de journaux des années 60, des publicités etc...

La grande question est : qu'est-ce qui est réel ? Comment le rendre ? On pourrait croire qu'un récit factuel des événements, très détaillé, minute par minute dit la vérité. Or, Adely affirme que dès qu'il y a mise en récit, il y a fiction ; le récit crée des personnages. De plus, la chronologie organise le réel, le structure alors qu'il est dans la simultanéité. "Chronologie" se termine par le mot fiction. Car finalement, dans ce récit, Adely opère la genèse d'un récit. Genèse d'Adely mais aussi de la fiction. Au contraire, "Plateaux", en épuisant toutes les possibilités imaginaires, se termine par le mot réel. Car tout n'est-il pas réel ?

Adely joue avec le réel et toutes les potentialités de la littérature. Il en ressort un récit à coup sûr expérimental mais tout à fait lisible. On appréciera dans Chronologie, l'énumération clinique de toutes les actions jusqu'à saturation,  y compris les courses, le prix des courses et les choses les plus insignifiantes. Chaque seconde, minute est décrite et ce dans une tentative d'épuisement du réel. On remarquera la référence à la communication virtuelle, à l'envoi des mails. A la fin, Jeanne et Gilles deviennent des personnages de Sims et le narrateur devient le personnage de Truman Show. Chronologie raconte elle-même la genèse de Plateaux car l'écrivain se rend compte que l'événementiel ne rend pas compte du réel.

Le lecteur, de part l'emploi des répétitions, des énumérations incessantes, se retrouve hypnotisé par une telle narration ; l'espace narratif est saturé, il n'y a aucun paragraphe, que de longues phrases ponctuées par des virgules, des mots répétés, scandés à chaque phrase. La narration est un perpétuel ressassement. Lorsque l'on rentre dans un tel livre, on en ressort pas !
Une langue dénuée de tout affect, qui refuse l'intime et la psychologie, et qui souhaite d'abord s'interroger sur elle-même.

Ou commence la fiction ? Ou s'arrête le réel ? Une question inépuisable...

Pour aller plus loin :

-Un entretien  d'Emmanuel Adely sur le site de L'Humanité

-
Une lecture de Genèse sur le site de Libération

Un extrait :

" De quelle ressemblance parle-t-on, de quelle histoire, mon histoire, quelle histoire, c'est quoi une histoire, est-ce que c'est intéressant de raconter une histoire. Je n'ai pas cessé, dans une grande tension, de penser à la façon de dire mon histoire, de leur dire mon histoire, de raconter mon histoire à Gilles et à jeanne, comment dire cette histoire sans faire de cette histoire une histoire bouleversante, dans quelle narration installer cette histoire, une histoire, n'importe quelle histoire, je n'ai pas réussi à m'endormir, comment dire une histoire quelle que soit cette histoire, quelle validité, quelle pertinence a-t-on à dire une histoire, dans quel ordre, par quelle hiérarchie, c'est quoi une histoire, c'est quoi un livre me disais-je, c'est quoi cet univers clos avec un début et une fin, c'est quoi ce cadre qui enferme une histoire et quelle langue utiliser pour raconter une histoire, la langue de Yourcenar ou la langue de Guyotat, est-ce qu'il n'y a pas de langue possible entre Yourcenar et Guyotat, entre Genet et Céline, entre Duras et Pennequin, Levé, Desbrusses, c'est quoi la narration, par où on commence, où est-ce que je commence un livre, comment on dit la profusion, le parallélisme des événements, leur succession parallèle, leur éclatement, leur simultanéité, les raccourcis temporels, l'absence inouïe du temps, j'ai douze ans, en même temps j'ai quarate-trois ans et j'ai cinq ans, j'ai dix ans, j'ai tous les âges, j'ai vingt ans, j'ai tous mes âges, ...."

Repost 0